L... arrive seul à la
VR léthargie, puis se réveille dans le
7“ état où le double s’est considérablement allongé, sans quitter le sol, de façon à avoii" l'air d’une étroite colonnette.
Jerétablis la communication avec la pile, ce qui amène la
VIR léthargie, puis le
8“ état. Le double s’est élevé, mais L.., a encore la sensalion d’avoir les pieds reposant sur quelque chose.
VIR'' léthargie.
9' état. — Le double est très haut. L... a la sensation de fraîcheur, de llottaison dans l’air. Je change les fils de main.
Plus de six mois se passèrent sans que je renouvelasse mes expériences avec Laurent ; mais le 21 mai 1895, je voulus les montrer à M. Boiracetà M. Armand de Gra mont. Je me servis de la machine de Wimshurst et voici les notes qui ont été prises, séance tenante, par le comte de Gramont.
P' (état de crédulité). Insensibilité et suggesti-^ bilité.
— Le double s’est I
VIIR léthargie.
9' état. — Le double est très] haut.
Léthargie.
2“ état. Somnambulisme ordinaire les yeux ouverts. Léthargie.
3® état (rapport). Ce sujet entend tous ceux qui touchent la machine et n’entend que ceux-là.
Léthargie.
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
4® état. Vue du fantôme bleu à droite, légère sensibilité du fantôme.
Léthargie.
5® état. Vue du fantôme rouge à gauche. Sensibilité plus grande des fantômes. Le sujet ne voit que les personnes situées dans le champ de la machine. Amnésie.
Léthargie.
6“ état. Double complet à sa gauche : rouge et bleu en deux colonnes juxtaposées. Sensibilité vague générale du double.
Léthargie.
7® état. Double très condensé et plus éloigné. L... le [ voit mieux dans l’obscurité. Perte complète de la mé- I moire de la personnalité ; se souvient de quelques mots ' latins et de quelques événements passés dans son enfance jusqu’à la classe de sixième. '
Le sujet n’étant plus entraîné, les états se succédaient I lentement, et je supposais que j’aurais de la peine à : aller plus loin, de sorte qu’arrivé au 7® état, je fis chan-
î ger les chaînes de main ; le réveil se produisit alors de la manière suivante :
Léthargie.
6® état. Double complet à ses côtés.
Léthargie.
5® état. Double divisé, fantôme à droite et à gauche.
Léthargie.
4® état. Ne voit plus que le fantôme bleu à droite. Ne j peut se rappeler le nom du doyen de la Faculté des I lettres. A conservé le souvenir de son existence jusqu’à I la classe de seconde.
Léthargie.
3® état (rapport). Ne voit plus aucun fantôme. Ne sait plus qu’il se prépare à l’examen de licence ès lettres.
Léthargie.
2® état. Conscience de sa préparation aux examens de licence. Mémoire complète.
Léthargie.
Réveil,
J’espère que le lecteur voudra bien excuser l’aridité et la monotonie des tableaux que j’ai reproduits dans cet article ; mais, quand on n’a pour garant de la réalité des phénomènes que le témoignage d’une seule personne, on ne peut donner de la valeur à ce témoignage qu’en montrant son invariabilité.
J’aurais pu ajouter à cette preuve le témoignage d’autres sujets mis dans un état d’hyperexcitabilité visuelle qui leur a permis de voir les fantômes, mais j’aurais été entraîné à décrire des phénomènes qui rentrent dans un domaine dont je ne veux point m’occuper encore ici, tenant à rester dans la physique physio- Zo7zque jusqu’au moment où nous aurons acquis une connaissance suffisante pour oser porter plus loin nos investigations.
Albert de Rochas.
Nous ne voulons pas fatiguer nos lecteurs en restant toujours sur les mêmes questions, mais pour corroborer les expériences précédentes nous les engageons à lire attentivementle récit suivant d’expériences tentées par un de nos chefs de branches de Montpellier. Ils y trouveront une éclatante confirmation des récits de Laurent.
Da/is l'astral (JL
J’ai le plaisir de porter à la connaissance des lecteurs de V Initiation le résultat de quelques expériences qui, j’en suis sûr, intéresseront tous les occultistes et les chercheurs. Les expériences que j’avais commencées depuis déjà longtemps avaient pour but de déterminer une sortie consciente du corps astral, et les
(1) juillet 1895.
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
phénomènes ont été des visions complètes ou incomplètes du monde astral, lesquelles ont été obtenues par MM. P. Reybet de Saint-Dizier (Haute-Marne), C. Bourguet, de notre branche de Montpellier et par moimême.
M. P. Reybet étudie beaucoup les ouvrages des maîtres de l’occultisme et a l’habitude de lire au lit avant de s'endormir. Il avait depuis longtemps remarqué cette phrase classique qui a fait tant réfléchir : « Nous sommes en Dieu et Dieu est en nous ». Or cette phrase l’intéressait beaucoup et il cherchait à en pénétrer le véritable sens, ce qui sans doute a forcé son cerveau à un(î tension presque continuelle. Si l’on réfléchit que lorsqu’on croit avoir bien compris certains principes, une étude plus approfondie, ou même un phénomène quelconque fait changer le point de vue et I force à étudier plus profondément et plus séiûeusement, on comprendra très bien le cas de M. Reybet. Le sens de la plupart de ces phrases ne doit évidemment jamais changer, l’interprétation seule change avec le degré d’avancement du disciple et avec son état d’esprit.
C’est justement ce qui est arrivé à M. Reybet, car s’étant sans doute déjà fait une opinion sur le principe en question, il a vu cette opinion se modifier légèrement à la suite de sa vision, laquelle, comme il le dit lui-même, lui a fait comprendre bien des choses. Voici, d’après son récit que je traduis le plus fidèlement possible, comment les choses se sont passées : Il était environ cinq heures du matin. M. Reybet venait de se réveiller ; on était dans l’époque où il fait déjà jour à cette heure-là, ce qu’il faut bien remarquer ; il élève la tête et s’appuie sur le coude presque assis et se met à penser qu’il était temps de se lever pour aller faire un tour au bois avant de commencer son travail ; tous ces détails prouvent qu’il était parfaitement éveillé.
Tout à coup, sans qu’il puisse se rendre compte de la
LA MAGIE ET L’ilYPXOSE
transition, il s’est trouvé, dit-il, dans l’état de pouvoir apercevoir ce qui nous est invisible ordinairement ; il aperçut d’abord à 3 ou 4 mètres de distance un homme portant un manteau dans le genre des capucins. Cet homme semblait plongé dans un fluide en continuelle vibration et qui faisait comme des espèces de vagues absolument régulières ; son désir avait été magiquement exaucé, puisqu’à ce même moment, il se trouvait dans le bois et voyait aussi les plantes et les fleurs, comprenant très bien comment elles naissent et vivent par l’action de ces grands fluides.
M. Reybet dit très bien se souvenir de tous ces détails, excepté de la figure de l’homme qui était devant lui, bien qu’il n’ait pas écrit ses impressions sur le moment.. .
Ayant été témoin de quelques phénomènes, le désir de les comprendre me fit étudier les œuvres d’Allan Kardec ; mais, ses théories étant insuffisantes, je ne cessais de réfléchir à une explication plus rationnelle et plus scientifique ; ne connaissant pas plus les ouvrages spéciaux sur les sciences occultes, je m’endormais tous les soirs avec l’esprit non satisfait, et un profond mécontentement de ne pouvoir trouver la véritable théorie. Or, une nuit je fis un rêve bizarre ; je rêvais que, me trouvant chez un libraire, un homme qui était là me dit en me montrant un livre : « Voilà ce que vous cherchez. « Je regardai l’ouvrage indiqué et vis dans coin une figure géométrique que je ne pus distinguer, et comme titre le mot Boudhisme ; je ne me souviens plus de ce qui s’est passé ensuite. Le lendemain, je ne pensai plus à cela, mais dans la matinée je fus forcé pour mes affaires de passer devant la librairie, ce qui éveilla chez moi le souvenir; et machinalement j’entrai. Quelle ne fut pas ma stupéfaction, en apercevant un livre absolument analogue à celui que m’avait montré l’homme de mon rêve ; le signe des théosophes était imprimé dans
un coin, ce qui correspondait comme forme à la figure géométrique que je n’avais pu distinguer. Cependant, le titre seul avait changé, car au lieu de Boudhisme seulement, c’était le Boudhisme ésotérique de Sinnett. Ce livre m’intéressa beaucoup et c’est à la suite de sa lecture que j’entrepris sérieusement l’étude des sciences occultes.
Je repris donc mon train de vio habituelle, ce dont j’avais grand besoin, étant très fatigué, et je me considérai comme inapte à produire la sortie, lorsqu’un soir, sans y avoir pensé dans la journée, je fus pris tout d’un coup de l’idée de faire un nouvel essai ; je m’allongeai donc selon mon habitude sur une couverture étendue sur mon lit, je fixai ma volonté et... je m’endormis. Ce sommeil dura jusqu’à la pointe du jour ; à ce moment, je fus réveillé par un grand frisson qui me parcourut tout le corps ; j’avais toujours l’idée fixe de continuer l’expérience. Comprenant que le phénomène
allait se produire, je fus saisi d’une grande joie, mais néanmoins je cherchai à ne pas remuer et ma volonté s’affermit avec l’idée de bien analyser mes sensations et de les écrire ensuite. Un nouveau frisson suivi d’un hérissement des cheveux survint; un autre plusrapproché. Les cheveux se dressent et crépitent ; j’ai alors la volonté de projeter ma forme astrale au milieu de la chambre et au même instant un frisson arrive, se prolonge et j’ai la sensation que mon corps matériel à demi soulevé par une force inconnue se retournait, se penchait par le travers hors du lit et il me sembla qu’il allait tomber sur le parquet ; la peur de cette chute me fit faire un mouvement de rotation contraire, ce qui fit , augmenter le frisson qui diminuait et finalement il ; cessa complètement. Je regardai alors près de mon lit I et je vis qu’un meuble que j’avais poussé la veille contre j le bord m’empêchait complètement de tomber ; plus j rassuré, je recommençai l’expérience, car j’avais compris que ce que j’avais pris pour mon corps matériel I n’était autre chose que ma forme astrale ; mais pour- I quoi cette sensation de pesanteur : sans doute mon 1 imagination l’avait provoquée puisque j’avais cru sur I le moment que c’était mon corps vrai ; donc, en ayant I une volonté contraire, je devais pouvoir l’élever au- I dessus de moi. Je dois dire que l’expérience ne confirma | pas du tout mon raisonnement, car la même chute se I reproduisit deux ou trois fois ; mais, complètement 1 décidé à le laisser tomber, quoi qu’il arrive, je laissai I la chose suivre son cours. Je sentis alors le frisson se I changer en une vibration continuelle ; mon corps astral I glissa sur la table et se trouva enfin au milieu de la | chambre ; je me retournai et aperçus un autre moi- j même étendu sur le lit, les yeux grands ouverts et fixes ; 1 les contours du corps étaient lumineux et une traînée H lumineuse partait du haut de la poitrine et arrivait jusqu'à moi ; les objets eux-mêmes étaient plus ou
moins colorés. Je passai alors dans la chambre voisine sans plus m’occuper de l’autre qui gisait inerte, et je me sentis alors complètement libre. Je vis d’abord que la fenêtre était légèrement ouverte ; je jetai un coup d’œil dehors et vis que toutes les maisons avaient les volets fermés. Un morne silence régnait ; je n’entendais plus qu’un très léger bourdonnement à la place de mes oreilles. Vous dire ce que j’ai vu serait presque impossible ; j’essayerais de le faire que je ne pourrais m’expliquer clairement et ne serais compris que de ceux qui ont réussi dans leurs expériences. M. Reybet doit bien comprendre, lui, qu’il est des choses qui ne peuvent s’expliquer vu le manque absolu d’expressions capables de désigner des états de choses qui n’ont pas leurs analogues dans la vie ordinaire. Je puis seulement dire que j’ai vu quelques formes astrales, entre autres celle de mon père avec qui j’ai conversé assez longtemps. J’ai cru remarquer que ces formes obéissaient à la volonté et qu’il suffisait de vouloir pour les faire disparaître.
Néanmoins la volonté n’est pas toujours suffisante et on obtient quelquefois des résultats tout à fait contraires à ceux que l’on se propose d’atteindre, je dirai même des résultats tout à fait inattendus. Dans tous les cas, au sortir de cet état, j’ai vu mes opinions sur la que.stion changer complètement. Pour en revenir au récit de mes expériences, je dois dire qu’à un certain moment une idée vint : « Si j’allais ne pas pouvoir rentrer ». Très inquiet, je fis un effort de volonté pour opérer la réunion : je revis alors avec la rapidité de la foudre ma chambre à coucher, mon lit et mon corps toujours dans la même position ; une vibration et puis, sans savoir comment, la réunion s’est opérée, car je me levai sur mon séant, je pus constater à la pendule qu’il était six heures et demie du matin : il y avait donc une heure environ que mes expériences étaient commencées. Je me levai et passai dans la chambre à côté et pus
constater que, comme je l’avais vu en corps astral, la fenêtre de cette chambre était bienouverte. J’entendis plusieurs craquements rapides dans les meubles et puis plus rien ; j’écrivis alors le récit qui précède et mis les feuilles sur la cheminée. Très fatigué, je me recouchai, espérant dormir un peu, mais voici bien une autre histoire : il me sembla que le dégagement s’opérait encore, mais alors simplement et sans vibrations ; je revis à peu près la même scène que je viens de décrire, mais les objets n’étaient plus colorés ; je revis aussi les mêmes formes astrales et bien d’autres encore et même des images de personnes vivantes. Mon père était toujours là ; il me dit un discours un peu.... incohérent et, me félicitant sur la réussite de mes expériences, il me proposa d’aller faire un tour dans une planète ce que j’acceptai après lui avoir fait promettre que mon corps ne risquerait rien. Je me sentis alors enlevé dans les airs ; la rapidité de ma course qui ne dura que quelques secondes m’empêcha de distinguer ce qui se passait autour de moi ; nous arrivâmes en effet dans un pays extraordinaire sans végétation, avec des coteaux et des montagnes pittoresques colorés d’un rose tendre inimitable ; je marchai côte à côte avec l’ombre de mon père qui me donnait toutes les explications relatives au mode d’existence, à la marche des saisons, etc. Il paraîtrait que sur cette sphère les jours durent plusieurs mois et que souvent un soleil vert remplace le rose... On y est très heureux car on n’a pas les mêmes besoins matériels que chez nous, la charité seule et l’amour du prochain étant là-haut des sources de jouissances incomparables. « Tu ne peux comprendre, mon fils, me dit-il, ces sortes de jouissances, car tu es dans un état d’avancement tel que même les expressions les plus poétiques et les plus choisies ne pourraient t’impressionner suffisamment pour que tu puisses voir et saisir la vérité. Cependant tu es plus que moi et moi plus que toi. » Je
vous fais grâce du reste, car je pense que l’on aura 1 compris : je venais de rêver ; par une répercussion toute naturelle à ce qui venait de se passer dans mes expériences de sortie consciente, mon imagination avait travaillé et continuait en rêvant le phénomène réel. Le réveil eut lieu à la manière ordinaire et je compris tout de suite que j’avais dormi. Cependant la première partie ne se confondait pas dans mon cerveau avec la deuxième ; peur m’en assurer, j’allai droit à la cheminée et trouvai les feuilles où j’avais enregistré l’expérience; j’ouvris la porte de la chambre et constatai pour la deuxième fois que la fenêtre était bien ouverte. . .
Notre ami et F.’. Bourguet, qui a déjà écrit quelques articles sur les plantes magiques et la magie des campagnes, est du même âge que moi ; il a, à peu de chose près, fait les mêmes études occultes que les miennes, et devait être par conséquent à peu près dans le même état d’esprit. Or, une nuit, il rêvait qu’il était dans la rue située derrière chez lui et que, se promenant il aperçut une voiture de déménagement attelée de plusieurs chevaux ; il vit un de ces derniers s’abattre et il fut impossible au conducteur de le relever, ce qui nécessita l’aide de plusieurs personnes. A ce moment il fut brusquement réveillé par des vigoureux coups de fouet, ce qui naturellement lui fît penser à son rêve de la nuit. Vivement intrigué, il n’eut rien de plus pressé à faire que de se lever d’ouvrir une fenêtre, et il constata avec stupéfaction que la voiture de son rêve était bien au même endroit, qu’un cheval était abattu et que plusieurs voisins aidaient le conducteur à relever la bête : cela le frappa tellement qu’il vint de suite me réveiller pour me le raconter.
11 avait déjà eu une apparition dans des conditions assez singulières. Une personne qu’il connaissait venait de mourir et, comment elle se trouvait avant sa mort dans une certaine misère, ses amis firent une collecte
pour lui offrir une couronne. Or, ils vinrent trouver Bourguet et celui-ci donna une petite somme, mais moins que ce qu’il aurait voulu donner. Le lendemain, pendant la nuit, il fut réveillé tout à coup par un certain malaise, et il aperçut au pied de son lit la personne morte, les bras croisés sur la poitrine, qui le regardait fixement. Très gêné, il fit un saut hors du lit ; l’apparition était toujours là. Désirant que cela cesse, il cligna plusieurs fois les yeux et elle disparut. Quant à moi, dans ma jeunesse j’ai vu aussi quelque chose d’analogue, mais accompagné de circonstances exceptionnelles. Je suis né dans un vieux château de Lorraine que mon père avait fait reconstruire presque en entier ; il restait néanmoins une portion assez conséquente qui, respectée par les siècles, avait toujours conservé son caractère primitif. On racontait à son sujet des histoires assez extraordinaires et les vieilles femmes disaient tout bas que le château était hanté et qu’il était dangereux d’y rentrer à certaines heures. J’avais à cette époque sept ou huit ans et c’était le jour de la Saint Nicolas. Ce jour-là tous les petits enfants lorrains ont l’habitude de mettre leurs souliers dans la cheminée.
Au milieu de la nuit, je me réveillai et vis au milieu de la chambre une grande clarté provenant sans doute des rayons lunaires entrant par la fenêtre dont les volets n’étaient pas clos. Je m’assis sur mon lit avec l’idée d’aller me rendre compte si saint Nicolas n’était pas encore passé. Avant de descendre, je pris sur ma table de nuit un verre d’eau sucrée qui s’y trouvait et je bus un peu ; au moment où je reposais le verre sur la table, je me retournai et vis dans la demi-obscurité un homme plus grand que nature, coiffé d’un bonnet de coton dont la mèche dressée touchait presque le plafond ; il était vêtu d’une petite veste blanche et d’un caleçon blanc. Il resta une seconde immobile et se dirigea vers moi ; quand il fut éclairé par la lune,
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
je constatai que sa figure m’était tout à fait inconnue, et, pris d’une peur insensée, clans l’impossibilité complète d’émettre un seul cri pour appeler, je me jetai sur mon lit et me couvris la figure sous l’édredon, mais la curiosité fut plus forte que la peur, car je hasardai bientôt un coup d’œil ; je vis toujours le même homme, seulement, il était prés de moi. La peur me reprit de plus belle et me cloua dans cette position de sorte que je vis distinctement c|u’il se baissait pour me regarder ; il prit ensuite le verre d’eau sucrée, le vida d’un trait et se dirigea dans la direction d’où il était venu et où il n’existait aucune porte, d’une marche lente, automatique et silencieuse. Comme je ne le voyais plus que de dos, je n’avais plus si peur et je pensais c[ue ejuand je raconterais cela le lendemain, personne ne me croirait ; la voix me revint et j’appelai aussitôt de toutes mes forces, ce c|ui n’eut même pas pour résultat de faire accélérer sa marche. Néanmoins je continuai à crier, car j’entendais du bruit dans la maison, ce qui prouvait que j’avais été entendu. Arrivé au milieu de la chambre, l’apparition se retourna, me sourit doucement, ce qui calma ma frayeur comme par enchantement. Elle C.t quelques signes et étendit les bras dans ma direction, puis elle resta immobile en pleine lumière. Laporte s’ouvrit ; plusieurs personnes entrèrent avec des lumières et au même instant tout disparut. Je racontai alors à tout le monde ce qui était arrivé, ce qui fît bien rire. Je racontai aussi qu’il avait bu tout le verre d’eau sucrée et je fis constater qu’en effet il était vide. PourmeJranquilliser, on me dit que cela était bien naturel puisque c’était la Saint-Nicolas et que c’était sans doute lui que j’avais vu ; mais, ayant regardé dans mes souliers et n’ayant rien vu dedans, je n’étais pas convaincu et il fut impossible de me laisser seul cette nuit-là ainsi quo plusieurs autres.
§ 2. — Phénomènes spirites et Corps astral.
Dans une étude antérieure sur les phénomènes du spiritisme nous avions été amené à signaler les rapports étroits qui existaient entre le sujet hypnotiqué et le médium. Or, les expériences faites avec le médium EusapiaPalladino à l’Agnélas en 1896, par une commission de six membres sont venues confirmer les enseignements traditionnels de l’ésotérisme sur ce point. Nous verrons dans un chapitre suivant comment certains phénomènes peuvent être réellement produits par des Esprits ; nous tenons simplement à montrer ici que les phénomènes physiques sont en très grande partie, produits par l’extériorisation de double du médium.
On a commis de grosses fautes en confondant le rôle des occultistes et le rôle des savants;
Les occultistes, forts de l’appui de leurs expériences personnelles d’une part, et de l’autorité d’un enseignement qui n’a pas varié depuis trente-six siècles, d’autre part, affirment une série de doctrines se rattachant soit à des forces de la nature encore peu connues, soit aux conditions d’évolution de la portion immortelle de l’homme.
Mais le public se défie beaucoup de toutes les expériences tentées par les occultistes pour prouver par les faits la réalité de leurs théories. On suppose que les dits expérimentateurs seront partiaux et que cela détruira en grande partie la valeur de leurs essais.
Pourquoi ?
Parce que les occultistes, étant, avant tout, des philosophes, ne doivent pas marcher sur les brisées des savants, qui sont, eux, les expérimentateurs en qui le public aura, et à juste titre, plus de confiance.
Que, lorsque les savants refusent systématiquement de marcher, les oceultistes soient obligés de les pousser en publiant leurs personnelles expériences, rien de
mieux; mais, une fois les savants lancés dans la voie des expériences, les rôles changent, et les occultistes doivent rester dans leur domaine (vis-à-vis du public profane), c’est-à-dire doivent seulement enregistrer les faits dûment contrôlés qui viennent affirmer leurs dires.
Voilà pourquoi nous applaudissons de tout cœur au superbe rapport publié sur la médiumnité d’Eusapia par une commission de véritables savants non encore ^ entachés d’occultisme ni de journalisme, et qui mérite de fixer maintenant et plus tard toute notre attention.
Du 20 septembre 1895 jusqu’au 26, MM. le lieutenantcolonel de Rochas^ ancien élève de l’école polytechnique ;
I Comte A. de Gr amont ^ docteur ès sciences phy- ! siques ;
Sabatier^ professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Montpellier ;
MaxweH^ substitut du procureur général à la cour i d’appel de Limoges ;
S Baron C. de Watteville, licencié ès sciences physiques et licencié en droit;
Le Z)' Dariex, directeur des Annales des Sciences Psychiques ;
se sont réunis à la villa de l’Agnélas pour étudier les faits produits par Eusapia Paladino.
Ces messieurs se sont entourés des plus minutieuses précautions contre la fraude, et à cet effet ils ont employé le moyen le plus radical, qui consistait à tenir et à toujours contrôler les quatre membres et la tête du médium.
Nous n’avons pas à insister pour nos lecteurs sur ce contrôle, car les occultistes sont assez avancés dans ces études pour admettre la réalité des phénomènes. Nous nous occuperons donc seulement des faits les plus importants produits, et nous passerons successivement en revue par rapport à notre doctrine :
1“ Le médium ;
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
2“ Les assistants ;
3“ Les actions extérieures.
1° Le médium étudié était Eusapia Paladino, dont nos lecteurs connaissent déjà le nom.
La Commission, tout en cherchant à éviter toute fraude, était animée d’un excellent esprit, qui ressort clairement de l’extrait suivant de son remarquable rapport.
Cela était, d’ailleurs, d’autant plus nécessaire que la Commission n’ignorait pas que tout sujet, médium ou autre, appelé à produire des phénomènes qui exigent de sa part des efforts pénibles et parfois même douloureux, peut être tenté consciemment ou même inconsciemment d’avoir recours à des moyens plus faciles d’obtenir les résultats demandés. C’est là une disposition essentiellement humaine et naturelle, avec laquelle il faut d’autant plus compter que l’on se trouve (et c’était ici le cas) en présence de personnes habituées dès longtemps à se servir de sujets d’expérience, qui ont pu penser souvent aux moyens de faciliter leur tâche par la fraude et à en faire l’essai. Il y a là des habitudes de penser et d’agir qui prennent peu à peu place dans la manière d’être du sujet, et qui peuvent aboutir, avec le temps et la répétition, à des tentatives inconscientes et presque innocentes de tromperie.
Cette considération a son importance, car elle peut conduire à des conclusions négatives un observateur qui n’y attache pas une attention suffisante. Surprendre un médium en tentative de supercherie ne suffit pas pour nier d’une manière absolue et sans appel la réalité des phénomènes.
A côté des essais de supercherie, peuvent réellement exister les phénomènes sincères et positifs ; et, quand
on veut observer, dans l’ordre de faits qui nous préoccupent, on est tenu de penser qu’un phénomène obtenu par voie illégitime peut se mêler parfois à des faits sérieux et dignes de crédit. Il importe donc que les observateurs cherchent à saisir, à côté des observations douteuses ou suspectes, des observations faites avec la netteté et la rigueur de la méthode scientifique.
Dégagement du corps astral du medium. — Synchronisme des mouvements musculaires et des actions produites.
L’Occultisme a toujours prétendu que la véritable cause de la plupart des phénomènes dits spirites était la sortie hors du médium àe son « double » (ou corps astral, périsprit, etc.) et qu’il fallait voir là non pas un fait extra-naturel, mais au contraire un fait se rattachant à la physiologie transcendante.
Comme corollaire à notre affirmation, citons l’opinion d’Éliphas Levi à ce sujet.
« Dire par exemple que dans les soirées magnétiques de M. Home, il sort des tables des mains réelles et vivantes, de vraies mains que les uns voient, que les autres touchent et par lesquelles d’autres encore se sentent touchés sans les voir, dire que ces mains vraiment corporelles sont des mains d’esprits, c’est parler comme des enfants ou comme des fous, c’est expliquer contradiction dans les termes. Mais avouer que telles ou telles apparences, telles ou telles sensations se produisent, c’est être simplement sincère et .se moquer de la moquerie des prud’hommes, quand bien même ces prud’hommes auraient de l’esprit comme tel ou tel rédacteur de tel ou tel journal pour rire (1). »
(1) Eliphas Levi, Clef des grands mystères, p. 240.
« Maintenant, au nom de la science, nous dirons à M. de Guldenstubbé, non pas pour lui qui ne nous croira pas, mais pour les observateurs sérieux de ces phénomènes extraordinaires :
« Monsieur le baron, les écritures que vous obtenez ne viennent pas de l’autre monde ; et c’est vous-même qui les tracez à votre insu,
« Vous avez, par vos expériences multipliées à l’excès et par l’excessive tension de votre volonté, détruit l’équilibre de votre corps fluidique et astral, vous le forcez à réaliser vos rêves, et il trace en caractères empruntés à vos souvenirs le reflet de vos imaginations et de vos pensées.
Si vous étiez plongé dans un' sommeil magnétique . parfaitement lucide, vous verriez le mirage lumineux de votre main s’allonger comme une ombre au soleil couchant et tracer sur le papier préparé par vous ou vos amis les caractères qui vous étonnent (l). »
Nous-même, dans un travail sur le spiritisme. Considérations SU7' les phénomènes du spiritisme, rapports du spiritisme et de l'hypnotisme, paru en 1890, nous avons ainsi résumé nos idées sur cette question :
La vie peut, dans certaines conditions, sortir de l’être humain et agir à distance.
Vous avez pu lire les expériences de M. Pelletier qui, endormant trois sujets et les plaçant autour d’une table, voit les objets matériels légers se mouvoir sans contact et au commandement. Que se passe-t-il ?
Sa volonté s’empare de la vie des trois sujets et dirige la force de ces trois périsprits sur les objets matériels qui se meuvent sous cette influence.
Une autre manière de vérifier ce fait consiste à prendre un sujet endormi, isolé électriquement, et à
(1) Idem, Science des esprits, p. 267.
lui demander de décrire ses impressions. Le sujet voit parfaitement le corps astral, c’est-à-dire la vie sortir du médium par le côté gauche (au niveau de la rate), et elle j agit sur les objets matériels suivant l'impulsion que I reçoit le pêrisprit (1).
Un médium n’est pas autre chose qu’une machine à dégager du pêrisprit (corps astral), et ce pêrisprit sert d’intermédiaire et de moyen d’action à toutes les volon- ! tés visibles ou invisibles qui savent s’en emparer.
Du reste, interrogez les médiums, et tous vous diront qu’au moment où les phénomènes d’incarnation ou de matérialisation vont se produire, ils sentent une douleur , aiguë au niveau du cœur et qu’aussitôt après ils perdent ) conscience (2).
Quand les spirites prétendent que les mains qui tou- I chent la tête des assistants, qui déplacent les meubles I ou se profilent en vagues reflets sur les murs, sont les i mains des esprits morts, l’occultisme (qui cependant n’a jamais nié l’existence possible des esprits) (3) affirme qu’il s’agit là d’un phénomène physique d’un genre particulier et que c’est le corps astral du médium momentanément extériorisé qui produit ces faits.
A l’appui de notre affirmation, nous ferons remarquer, non pas aux sectaires, mais aux hommes de science :
U Que toute projection, en dehors, de la main astrale est accompagnée chez Eusapia d’un refroidissement de la main physique ;
(1) Op. cit., p. 7.
(2) Op. cit., p. 8.
(3) Les spirites éclairés ont toujours été d’avis que, tout en admettant l’existence d’agents spirituels, il faut attribuer une très grande part, dans la production des phénomènes physiques, aux influences provenant du médium.
Nous ne pouvons que renvoyer à ce propos à l’excellent ouvrage d’Aksakofï ; Animisme et Spiritisme, p. 275, p. 277 bas et p. 278 haut.
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
2° Que le refroidissement cesse en même temps que le phénomène produit sous l’influence de la main extériorisée ;
3° Que chaque phénomène physique (déplacement de meubles, etc.), produit à distance, est accompagné de mouvement synchronique des muscles physiques, qui, dans les conditions normales, auraient produit le phénomène ;
4° Enfin que les assistants contribuent, à leur insu, à fournir de la force dans beaucoup de phénomènes, ce qui explique la fatigue rapide ressentie par lesdits assistants.
En somme, il s’agit là de la production, par des piles humaines montées en série ou en quantité d’une force condensée et dirigée par le corps astral du médium qui annonce les 'phénomènes dans la majorité des cas.
Les extraits suivants du rapport vont confirmer d’une façon remarquable nos affirmations concernant le s'ynchronisme des actions ci distance el des 'mouvements musculaires du médium.
Comme remarque générale, il est important do noter qu’Eusapia, presque toujours, a annoncé les phénomènes au moment où ils allaient commencer à se produire, et que par là elle facilitait singulièrement la surveillance et le contrôle.
En outre, elle paraissait pendant tout le temps de l’cxpériencc dans un état do transe douloureux et pénible, qui se traduisait par des soupirs, des gémissements, une toux nerveuse, une transpiration abondante. Quand un phénomène allait se pruduiru, les gémi.ssements redoublaient et on sentait eu elle un état d’effort et de tension considérables. Dès que le phénomène cessait, elle retombait inerte et comme épuisée par la dépense de force qu’elle avait dû faire.
Il faut également noter qu’Eusapia esquisse gêné-
3 râlement les mouvements de ses membres, qui sont ) censés devoir produire le phénomène. Mais elle les ) esquisse seulement par des mouvements de faible ampli- 1 tude, incapables d’atteindre les objets qui sont remués i et transportés. Il y a là quelque chose qui rappelle les 1 mouvements synergiques que l’on produit instinctive-
ment lorsqu’on observe et que l’on veut aider un homme faisant un très grand effort. Ainsi, quand Eusapia veut t| attirer et mettre en mouvement un fauteuil placé dans I son voisinage, elle porte un peu la main ou mieux le
4 poing fermé du côté du fauteuil, et le retire ensuite,
I comme pour tirer le fauteuil à l’aide d’un lien matériel.
1 Dans aucun cas, ce lien matériel n’a pu être ni saisi ni i même soupçonné par les observateurs.
Pendant tout le temps de cette surveillance, M. de J Gramont a bien observé que chaque manifestation proi duite par le médium est immédiatement précédée ou : accompagnée d’un mouvement corrélatif du pied ou de I la jambe tout entière du côté où le phénomène va se : produire ou se produit. Ce mouvement est accompagné I d’un effort musculaire violent^ révélé par le durcisse- I ment des muscles, mais il n’a qu’une amplitude très faible et tout à fait hors de proportion avec le mouve- I ment produit. M. do Gramont s’est assuré d’ailleurs i que le mouvement, ou plutôt l’effort du membre n’avait 1 aucune relation possible de contact ou de lien supposé soit avec l’objet déplacé, soit avec la personne touchée, soit avec le corps frappé. Eusapia agite la jambe ou le pied gauche ; on y sent une contraction musculaire, et,
: en même temps, le fauteuil placé derrière le rideau et ■ derrière elle se déplace synchroniquement, à plusieurs 1 reprises, derrière le rideau, comme s’il avait été méca- I niquement solidaire de ce pied gauche tenu dans la main i droite de M. de Gramont, qui s’assure bien de l’indé- ) pendance absolue du membre du médium, de tout lion ' ou de tout contact avec le fauteuil. Le contrôle des
pieds et de la tête ainsi assuré, et le contrôle des mains restant ce qu’il était, c'est-à-dire peu satisfaisant à cause de leurs déplacements fréquents déjà signalés par M. Sabatier, des coups violents retentissent dans la table, accompagnés de mouvements synchrones de la jambe gauche. Plusieurs assistants éprouvent des contacts de mains. Le fauteuil s’agite. Le rideau est projeté sur la table.
9 h. 30. — M. Sabatier est touché trois fois et tiré trois fois violemment par le pan gauche de sa jaquette. A ces contacts correspondent des mouvements synchrones du pied gauche tenu sous la table par M. de Rochas.
On entend des bruits répétés frappés sur la table.
M. Maxwell est touché onze fois de suite sur le sommet de la tête. Les coups sont reproduits synchroniquement par le pied gauche du médium. La figure de M. Maxwell était contre celle d’Eusapia qui s’était penchée sur lui. La chaise sui; laquelle est assis M. Sabatier est arrachée riolemynent et renversée et M. Sabatier tombe à demi couché par terre.
Le contrôle paraît et aucun des membres
du médium, ni sa tête n’ont fait, un mouvement suffisant pour produire un tel effet, M. Sabatier tenait bien la main droite, M. Maxwell la main gauche. La main droite de M. Sabatier reposait sur les deux cuisses du médium.
Le piano émet deux notes qui sont accompagnées de mouvements synchrones des pieds d’Eusapia Le clavier blanc est vu par M. Maxwell qui ne remarque pas de corps étranger passant au-dessus de lui.
Eusapia fait des mouvements de la main tenue par M. Maxwell à 0'“20 au-dessus du piano, comme si elle voulait frapper sur les touches. Celles-ci rendent des sons synchrones à ces mouvements.
Trois coups sont frappés dans le bahut placé derrière
M. Maxwell et séparé d’Eusapia par ce dernier. A chaque coup correspond un léger mouvement synchrone de la main gauche bien tenue par M. Maxwell.