CHAPITRE IX
DES ÉLÉMENTALS (OU ÉLÉMENTAUX)
Peu de questions ont donné lieu, dans les milieux techniques, à plus de discussions que celle des élémentals.
Il faut d’abord éviter, à ce propos, les confusions de termes et de mots, première source d’obscurité.
11 faut ensuite se garder de confondre entre elles les neuf classes d’élémentals qui habitent les quatre régions du plan astral.
Et comme il s’agit là d’une des questions les plus secrètes de l’ésotérisme, il faut compter encore avec l’ahurissement que les premières révélations concernant ce mystère produisirent dans les milieux spirites et profanes. Les écrivains attitrés du monde spirite ont confondu les élémentals, les élémentaires et les esprits astraux dans une même salade où les invectives le disputent à l’ignorance.
Nous comptons publier dans un prochain ouvrage une étude aussi complète que possible sur les élémentals. Pour le moment, faisons nos efforts pour préciser de notre mieux les éléments indispensables à bien connaître pour faire saisir les mystères de cette tradition à nos lecteurs.
Dans le monde invisible comme dans le monde visible, il existe des créatures moins élevées que l’homme.'
Celles de ces créatures qui agissent dans le plan astral
sont les agents chargés de mettre à exécution les décisions des êtres immortels soit incarnés, soit désincarnés, soit même angéliques.
Ces créatures sont mortelles et la durée de leur existence astrale varie suivant chacun des neuf ordres auxquelles elles appartiennent respectivement.
Depuis l'idée humaine rendue vivante par leur intervention jusqu’à to soi-disant mystique, pro-
duite par un des leurs s’affublant pour la circonstance d’un grand nom historique, leur domaine s’étend en passant parles masses d’âmes d’animaux qui participent à la plupart des phénomènes physiques des milieux spk’ites.
Les élémentals ne sont, en général, et sauf certaines exceptions spéciales, ni bons ni mauvais. Ce sont dos teintures d'idèts qui reflètent au naïf qui les interroge ses propres aspirations et ses propres désirs. La peur de la part du consultant, les rend audacieux et enclins aux taquineries. Le sang-froid et la volonté les terrorisent et les soumettent.
Les élémentals (ou élémentaux) étant les agents d’action dans l’invisible du Bon Livre et des Initiés appartenant aux fraternités occultes élevees, on comprendra
que, malirré mon vif désir d’éclairer le lecteur, la plus grande réserve m’est ici nécessaire. La imissance ne doit être confiée qu'à la ynoralité et à l'humilité. Or, la puissance conférée par la connaissance des élémentals e.st réelle, et si je passe pour un désoccultateur do l’occulte, c’est que je sais ce qu’on peut dire et ce qui doit être réservé. Les prétendus initiés qui croient savoir quelque chose et qui ne connaissent que ce qu’il y a dans les livres, sont navrés que le moindre de nos lecteurs devienne plus savant qu’eux en quelques heures et m’accusent de désocculter leur ignorance. En cela, je fais mon devoir. Mais je tiens à prévenir mes accusateurs que jamais je n'ai rien révélé avant d’en avoir référé en « haut lieu » et qu’on ne trouvera pas dans mes livres le moyen de faire du mal, alors qu’on y trouve beaucoup de moyens de faire du bien, La connaissance pratique des élémentals permettant aussi bien les bonnes que les mauvaises actions, je m’abstiendrai du moindre détail à ce sujet et je chargerai les exemples de parler pour moi après deux citations exposant clairement la tradition à ce sujet.
« Les esprits appelés élémentaux ou esprits de la nature, esprits résidants ou genü loci, habitent aussi la région astrale (mais ils sont bien différents de ceux que nous venons de décrire).
« A cette dernière classe apparliennent les esprits connus dans toutes les nations pour hanter les forêts, les montagnes, les cataractes, les rivières, les lieux solitaires. Ce sont les dryades, les naïades, les kelpis, les elfs, les fées, etc. Les élémentaux sont souvent mystérieux, terrifiants et dangereux. Ce sont les esprits qu’invoquaient les Rose-Croix et les magiciens du moyen âge et qu’invoquent encore certaines personnes aujourd’hui. Ils répondent aux pentagrammes et aux autres symboles, et il est dangereux même de les nommer en certains lieux et en certaines saisons. Les plus puissants sont les sala-
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manclrcs ou les esprits du feu. L’habileté des élémentaux à produire des phénomènes physiques, aussi bien que leur absence de sens moral, les rend très dangereux.
« En cela ils diffèrent des esprits célestes pour qui aucune manifestation physique n’est possible, car ils ne se mettent point en contact avec la matière.
« C'est principalement par le moyen des élémentaux que l’adepte accomplit ses merveilles.
« D’autres personnes que des adeptes peuvent avoir des rapports avec les élémentaux, mais cette association est dangereuse pour tous ceux qui ne sont pas purifiés et perfectionnés dans leur intellect et leur esprit. Là où ils ne sont pas dominés, ils deviennent les maîtres et se montrent sans pitié dans leur vengeance pour qui désobéit à leurs ordres (1). »
Les esprits des éléments qui pénètrent toutes les choses, non seulement 'de la planète microcosmique, mais de l’homme microcosmique, appartiennent au premier cercle le plus élevé. Parmi ces élémentaux, les esprits de l’air gouvernent les fonctions de la respiration et les organes qui l’accomplissent. Les esprits de l’eau dirigent les humeurs et les sécrétions du corps, en particulier le sang. Les esprits de la terre ont pour domaine les différents tissus du corps. La chaleur animale, l’assimilation et la nutrition dépendent des esprits du feu (2).
Les quelques lignes ci-dessus révéleront à ceux qui « savent comprendre » tout le secret du 'pouvoir de guérir, auquel on reconnaît dans le monde profane tout frère illuminé de la Rose-Croix.
(1) -La Voie Parfaite^ p. 76.
(2) La Voie Parfaite, p. 65.
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
§ 1. — Vision d’Élémentaux.
L’un des exemples les plus détaillés que nous connaissions de rapports entretenus avec les élémentaux est, avec l’ouvrage de l’infortuné abbé de V'illars, celui, bien plus volumineux, de Berbiguier. Nous en devons la connaissance à M. Stanislas de Guaita ; et nous ne voulons que résumer brièvementce qu’il en dit dans son magistral ouvrage, \eTemple de Safan(3).
Berbiguier « est un possédé véritable, qui ne voit partout que démons (qu’il nomme des Farfadets) et sorciers (qu’il appelle des Physiciens). Il se plaint amèrement d’une société infernalico-diabolique (sic), dont il démasque à la face du ciel les principaux affidés — des docteurs, des étudiants, des avocats, des pharmaciens... Les incessantes persécutions que lui font subir ces misérables, empoisonnent son existence ; il croit s’en venger en dénonçant leurs noms...
« Berbiguier n’est point un fou comme les autres ; sa folie a cela de particulier qu’elle se fonde sur la perception— absolument indirecte et faussée, ^j’en conviens — d’un monde très réel que les genssense's ne soupçonnent pas, et que mon livre ne leur fera connaître, d’ailleurs, que s’ils se résignent à devenir des fous eux-mêmes : je veux dire des êtres susceptibles de notions et deperceptiens auxquelles restent fermés la plupart de leurs semblables.
« Berbiguier est certainement la victime d’une nuée de
(1) Le Comte de Gabalis. Londres 1742, 2 vol. in 12. Réimprimé dans le Lotus rouge.
(2; Berbiguier (Alexis-Vincent-Charles), de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou Tous les démons nesontpas de Vautre monde, orné de 8 superbes dessins lithographiés. Paris, Tauleur, 1821, 3 vol. in 8.
(3) Paris, Chamuel, 1891, in-8.
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larves ; mais il attribue ces vexations à des sorciers métamorphosés en monstres de toute sorte et de toute grandeur. L’examen de ses gravures est des plus curieux à ce point de vue ; ceux dont les yeux ne sont pas faits pour l’astral peuvent liu moins étudier en ce miroir la nature protéenne des larves, aptes à revêtir avec une inconcevable souplesse, les formes les plus paradoxales et les plus variées ; il suffît que le pauvre possédé, que leur présence horripile, ait l’appréhension de quelque hideuse figure, et les larves de se modeler aussitôt en conséquence : c’est une hallucination qui prend corps; c’est une pensée qui s’objective et s’informe dans la substance plastique ambiante, ainsi que je le détaille en l'expliquant dans la Clef de la Magie noire.
H Lorsque vous entendez, dit notre homme, le bruit que font de gros oiseaux qui battent des ailes, c’est du farfadérisme pur ; il en est de même lorsque vous entendez marcherdes monstres d’une grosseurprodigieuse ou d’une forme affreuse, mais que vous ne voyez pas non plus ; lorsque, dans les appartements les mieux clos, vous entendez un vent épouvantable, qui effraie les personnes qui se croient à l’abri » (1).