SECONDE
Mr. Cadbury, ayant remis le rapport Burtt au Gouvernement anglais et sollicité son intervention avant de le communiquer aux planteurs qui lui facilitèrent cette étude, et les planteurs ayant de leur côté pour ce motif publié leur mémoire avant cette conférence, Mr. Cadbury a exposé les raisons de force majeure qui avaient déterminé son acte et entre les deux parties furent échangées à cet égard des explications satisfaisantes.
Appréciation des documents présentés
PREMIÈREMENT— S. Thomè et le Prince
La commission a affirmé que le rapport Burtt contenait, à propos de S. Thomé et du Prince, des omissions et des erreurs de fait et d'appréciation qui étaient reproduites en résumé dans la lettre de Mr. Cadbury et, après les avoir discutées largement, elle précisa:
a) Que dans la mention du mois de repos accordé aux travailleuses en couches il reste à dire qu'elles ne perdent pour cela rien de leur salaire;
b) Que pour apprécier la mortalité à S. Thomé et au Prince, il faut tenir compte de leur situation géographique, sous l'équateur; on ne doit point prendre pour base de comparaison la mortalité de la Grande-Bretagne, mais bien celle des pays similaires, et, dans notre cas spécial, celle du pays d'origine du travailleur, incontestablement plus malsain, ce qui serait déjà vrai du seul fait de la maladie du sommeil, qui y fait tant de victimes; du reste la statistique du Transvaal, que Mr. Cadbury a présentée, démontre que la moyenne de la mortalité dans ce pays est presque la même qu'à S. Thomé;
c) Que les travaux violents des abatages, quand ils sont confiés aux indigènes d'Angola, sont distribués aux travailleurs les plus robustes, mais que généralement
on n'emploie à ces travaux que les indigènes de l'île, nommés Angolarcs qui sont d'une race très forte, et qui les exécutent à l'entreprise, ce qui leur permet de travailler quand et comme il leur convient.
d) Que dans le chapitre Salaires, Mr. Burtt ne parle que de la somme que chaque travailleur reçoit mensuellement, c'est à dire les 2/5 de son salaire, mais il omet de mentionner les 3/5 restants, qui sont déposés, qui constituent son pécule pour le terme de son contrat et qui lui seront remis plus tard dans les conditions déterminées par la loi;
e) Que l'on n'applique pas de punitions corporelles comme le rapport Burtt l'affirme et que, prié instamment à plusieurs reprises de dire s'il les avait vu pratiquer, s'il avait vu quelqu'un armé des instruments pour ces punitions et dans quelle propriété il avait vu les uns ou les autres, Mr. Burtt a répondu que dans aucune des propriétés où il avait été il n'avait rien vu de pareil mais qu'il était convaincu que ces châtiments se pratiquaient, d'après les informations que de nombreuses personnes lui avaient données, et comme l'on insistait auprès de lui pour qu'il nommât les informateurs, il répondit qu'il désirait ne point citer leurs noms mais que ces renseignements provenaient de S. Thomé ou d'Angola ;
i) Que le respect que les travailleurs ont pour les administrateurs des plantations ne procède point de la crainte de leur pouvoir presque illimité, comme l'affirme Mr. Burtt, mais de l'autorité morale que, par leurs bons procédés, les administrateurs ont acquise sur le personnel qu'ils dirigent, de sorte que, pour se faire respecter, ils ne disposent d'aucune autre force et n'en ont nullement besoin.
g") Que les fuites de travailleurs, qui se produisent quelquefois, presque toujours parmi les nouveaux arrivés, proviennent en général des querelles entre les propres travailleurs ou de causes se rattachant au fétichisme;
h) Que les ouvriers d'Angola travaillant dans les îles ont les avantages conférés par la loi, c'est-à-dire: le salaire payé mensuellement, des aliments trois fois par jour, deux ternes d'habits tous les six mois, une habitation hygiénique, le traitement médical, les aliments pour malades, la pharmacie et le voyage payé tant vers les îles que pour le retour dans leur pays, s'ils veulent y rentrer lorsqu'ils ont accompli leur contrat; ils ne sont pas astreints au service militaire, ne paient pas d'impôts, ont le droit de sortir sans permission des plantations pour se plaindre à l'autorité des infractions à leurs contrats ou de mauvais traitements subis; dans les procès motivés par ces plaintes, qui sont sommaires et se résolvent rapidement, ils ne paient pas de frais et ont un avocat gratuit, même dans les procès criminels auxquels ils donnent lieu, la loi imposant ce devoir au curateur général.
Qu'en outre ils reçoivent des planteurs l'hospitalisation dans leur vieillesse et quand ils sont physiquement incapables de travailler; on les nourrit, on les habille, ils ont le logement et le traitement médical pour leurs enfants; on leur donne des gratifications de bonne conduite; ou leur enseigne la vie agricole et les arts et métiers, on les exhorte à abandonner la religion de leur tribu, les préparant au baptême ainsi que leurs familles et leur servant de parrains dans ces actes solennels du christianisme catholique; on les pousse à la suppression de la polygamie et à la constitution d'une famille. On leur inculque des habitudes de tempérance jusqu'à l'abandon complet du vice alcoolique. Les lois et les règlements en vigueur et en exécution ne permettent pas, même aux autorités, les châtiments corporels ou par privation de nourriture. Grâce à tous ces avantages et à tous ces privilèges, à
l'intérêt et à l'appui paternel qu'ils trouvent dans tous les autres actes de leur vie, ces travailleurs lorsqu'ils terminent leurs contrats, ayant joui d'un bien-être qu'ils auraient été loin de trouver dans leur pays natal, préfèrent fixer leur résidence dans les îles plutôt que de retourner dans l'Angola, et voilà la cause déterminante du non rapatriement; il n'y en a pas d'autre.
C'est donc par un acte spontané de leur volonté qu'ils restent dans les îles. Les agriculteurs n'ont jamais entravé le rapatriement, — l'autorité d'ailleurs n'y aurait point consenti, — et ils souhaiteraient même que quelques-uns retournent dans leur pays natal pour stimuler, en racontant le bon traitement qu'ils ont reçu, l'émigration de leurs compatriotes ; mais il serait illégal et inhumain de les obliger à partir contre leur gré; les agriculteurs n'auraient pas le pouvoir de le faire et d'ailleurs ils ne le devraient pas. La Liberté et l'Humanité prendraient le deuil s'ils le faisaient.
Mr. Cadbury, à qui l'on demanda si un travailleur qui reçoit ces bienfaits et qui, ayant terminé son contrat, veut rester à S. Thomé, doit être obligé de retourner à Angola, répondit qu'il serait absurde d'exiger cela dans de telles circonstances.
i) Que l'on insista auprès de Mr. Burtt pour qu'il déclarât s'il avait entendu quelque travailleur manifester le désir de retourner dans son pays, et s'il pensait qu'en débarquant sur le continent il pourrait arriver chez lui avec le pécule économisé pendant les cinq années de travail; Mr. Burtt répondit à la première question qu'il n'avait jamais entendu manifester ce désir par aucun des travailleurs et que, sollicité par le général Faro, administrateur de la plantation Agua-Izé, d'interroger en ce sens les travailleurs de cette propriété, il avait refusé de le faire; sur la seconde question, il dit que si un travailleur s'enfonçait dans l'intérieur du continent, porteur de valeurs, il serait volé avant d'arriver dans son pays.
j) Que par l'exposé des alinéas h et i, par tout ce qui a été dit de plus sur ce sujet et par la rigoureuse exactitude avec laquelle les autorités tutélaires de la colonie exécutent les lois du travail, on prouve que les travailleurs d'Angola qui renouvellent leurs contrats à S. Thomé n'y restent point contre leur gré et sont encore bien moins des esclaves.
li) Que les retenues que la loi ordonne d'opérer sur les salaires des travailleurs ont été faites, et l'argent déposé dans la caisse de leurs maîtres; ces dépôts sont garantis en faveur des travailleurs par les mêmes privilèges et sûretés spéciales qui servent de garantie à l'Etat pour le recouvrement des impôts et créances de la nation, mais les patrons ont sollicité du gouvernement le transfert de ces dépôts dans les coffres de l'Etat et le Ministre des Colonies a donné les ordres nécessaires pour ces transferts qui doivent être achevés le 3 1 Décembre de cette année ( 1 907). L'on a calculé que la somme des dépôts s'élèvera à près de £ 1 00:000.
1) Que dans le courant de l'année prochaine doivent prendre fin les premiers contrats de travailleurs d'Angola, effectués dans les termes de la loi du 3i Janvier 1903, et que, loyalement et ouvertement comme ils l'ont toujours fait, les agriculteurs leur laisseront librement le choix de retourner dans leur pays ou de se réengager dans les îles. Dans le premier cas ils recevront le montant de leurs retenues accumulées, qui doivent se chiffrer à près de 90.000 reis par homme. Dans le second cas, ils continueront à gagner leur salaire antérieur, augmenté de 1 o °/0 et en outre leur premier dépôt leur sera restitué par remises trimestrielles; ce pécule se reconstituera et s'augmentera par les retenues des seconds contrats, qui seront supérieures aux premières, car elles porteront sur des salaires majorés de 1 o °/0.
DEUXIEMEMENT -Angola
La Commission n'ayant pas les connaissances locales ni la compétence spéciale nécessaires pour pouvoir apprécier dans ses détails la partie du rapport Burtt se rapportant à la province d'Angola, s'est abstenue de la discuter, mais elle a voulu cependant préciser un point capital qui s'y rattache.
Les nouvelles des mauvais traitements envers les indigènes et des attentats contre leur liberté, que Mr. Burtt nous signale, ont pour théâtre, d'après son rapport, des régions où n'existaient ni autorité permanente du gouvernement, ni police.
Sans entrer dans la discussion de ces affirmations, la Commission juge qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce que parmi des peuples sauvages, livrés à leurs propres instincts, il se commette des abus de force et des crimes contre la liberté; en tout cas on pourrait y remédier par l'occupation effective de ces territoires et l'organisation d'une police permanente. C'est ce que notre Gouvernement a entrepris depuis des mois et ce qu'il est en voie d'achever.
Quatre colonnes militaires ont opéré et quelques-unes d'entre elles opèrent encore dans cette province pour en effectuer l'occupation, — l'une au sud et l'autre à l'est ; elles viennent de terminer avec succès leurs campagnes, la première occupant la région des Cuamatas, et la seconde celle des Dembos.
La troisième et la quatrième colonnes procédaient à ce moment d'une manière identique dans les régions du nord, comprises entre les districts de Loanda et d'Ambriz, et dans les territoires de la Lunda, limitrophes de l'Etat libre du Congo.
Grâce à ces mesures gouvernementales, la police des vastes régions de l'Hinterland Angolais se trouvera assurée.
La Commission est informée que par le bateau du 7 Janvier prochain le chef du bureau du Cabinet doit partir pour cette colonie, chargé par le Ministre de régler de la meilleure manière possible le recrutement des travailleurs dans cette province et le contrôle officiel dans l'intérieur.
TROISIÈMEMENT — Mozambique
A l'égard des émigrants du Mozambique pour le Transvaal, les notes de Mr. Burtt sont ultra-optimistes. Les travailleurs s'offrent avec ardeur, dit-il, pour le travail, et retournent à leur pays.
La Commission a lu avec satisfaction que les choses se passaient là correctement, mais elle doit ajouter que, d'après ses informations, les nègres qui vont du Mozambique au Transvaal ne reviennent pas tous dans leur pays, et que si les uns reviennent avec de l'argent, d'autres ne rapportent rien et un assez grand' nombre d'entre eux reviennent estropiés par des accidents dans les nimes ou par des excès de travail.
Les agriculteurs de S. Thomé et du Prince songent aussi à recourir à ces éléments de travail dans les mêmes conditions que celles où on les engage pour le Transvaal, afin de compléter le contingent de main-d'œuvre dont ils ont besoin et que Angola ne peut pas leur fournir.
Ayant extrait et résumé, autant que notre mémoire nous l'a permis, les principaux points dont s'est occupée notre conférence, ayant constaté la justice que le
rapport Burtt rend au bon traitement, à la modération du travail, à la bonne alimentation, à l'excellence de l'assistance médicale et hospitalière et des habitations et passant sur tous les autres sujets de moindre importance expliqués d'une manière satisfaisante, pour ne pas rendre cette lettre trop longue, nous nous référerons encore à deux questions, l'une qui fut discutée et à laquelle, vu son importance, nous désirons répondre ici spécialement, et l'autre qui par oubli n'a pas été débattue et que, la considérant aussi comme très importante, nous désirons liquider expressément.
Vous nous dites que vous redouteriez des conséquences très graves de la mise en pratique du principe qu'une nation peut déplacer des travailleurs, d'une contrée où ils ne font pas défaut dans une autre où ils sont nécessaires, principe affirmé dans le mémoire des agriculteurs, que vous interprétez comme un exil perpétuel et que vous craignez de voir appliquer aux nègres de l'Angola et du Mozambique.
A cela nous répondrons que renonciation doctrinaire de ce principe, dérivé de la souveraineté nationale, qui comporte dès lors la restriction : sous réserve du régime de travail légalement établi (ce qui, dans les termes de notre législation agraire, signifie: avec l'obligation de rapatrier), et qui est applicable aussi bien aux nécessités économiques d'un pays qu'à celles de la sécurité de ses institutions ou aux exigences de sa police et de sa défense, cette énonciation du principe n'implique cependant en aucune façon l'idée d'en demander l'exécution en cette circonstance et bien moins encore celle d'obliger des travailleurs d'une localité déterminée à un exil perpétuel de leur pays natal.
Il y a longtemps que la peine de mort, les châtiments corporels et la déportation perpétuelle ont été bannis de la législation portugaise ; en Portugal et dans ses colonies, il n'y a que des pénalités temporaires. Ce ne sont donc pas les citoyens d'un pays qui réserve le droit et concède l'espoir du retour à la patrie même aux plus grands criminels qui pourraient prétendre faire revivre, contre des hommes qui n'ont commis aucun crime, des dispositions qui ne sont pas applicables même aux condamnés de droit commun.
Vos craintes ne sont donc pas fondées et les agriculteurs de S. Thomé et du Prince, lorsqu'ils ont affirmé le droit souverain de leur pays de légiférer pour ses sujets et de résoudre comme il le juge le plus nécessaire les problêmes du travail entre ses nationaux, n'ont jamais pensé, ni alors ni plus tard à demander au Gouvernement de faire l'application actuelle de ce droit souverain.
L'autre question que nous désirons trancher est celle qui est désignée dans le rapport Burtt sous l'épigraphe, Trafic clandestin.
Nous sommes profondément convaincus que les informations données à Mr. Burtt manquent complètement de fondement et que le fait n'est pas exact, mais nous serions fort reconnaissants à Mr. Burtt de nous fournir les éléments d'information qu'il a obtenus pour que, sur cette base, la Commission sollicite du Gouvernement une rigoureuse enquête et les mesures corrélatives, si, au contraire de ce que nous croyons, le fait allégué a quelque fondement.
En nous réjouissant avec Mr. Caddbury du résultat obtenu dans notre conférence du 2 8 Novembre dernier où des appréciations erronées et des malentendus ont été tirés au clair et détruits, nous présentons les conclusions que nous tirons de cette conférence.
Conclusions
Les agriculteurs sont sincèrement animés des mêmes sentiments humanitaires et libéraux que Mr. Cadbury; il est absolument contraire à leurs intentions de mettre obstacle au rapatriement de ceux d'entre leurs travailleurs d'Angola qui désirent retourner dans leur pays ; ils désireraient même que quelques-uns d'entre eux retournent dans leurs contrées et y portent la bonne nouvelle du bon traitement qu'ils ont reçu aux îles.
Mr. Cadbury reconnaît franchement les nombreuses preuves du bon traitement dans les plantations, admettant que dans ces conditions les travailleurs s'y trouvent maintenant volontairement et qu'un grand nombre d'entre eux préfèrent demeurer à S. Thomé et profiter des avantages d'un travail et d'un paiement réguliers, à retourner à leur vie précaire d'Angola.
Le fonds de rapatriement, qui s'élève maintenant à environ £ 100.000 va, sur la demande des agriculteurs, être versé à la Banque Coloniale à S. Thomé, prise comme caisse de l'Etat, au plus tard le 3 1 Décembre courant, pour être administré par la Commission locale d'Emigration sous le contrôle du gouvernement.
Chaque travailleur rapatrié recevra environ £ 20 en débarquant dans l'Angola. Ceux qui voudront renouveler leur contrat recevront 1 o % d'augmentation de leur salaire et leur capital mentionné ci-dessus en paiements trimestriels de 6 %• Un nouveau fonds de rapatriement commencera alors à se former pour chaque travailleur. Les premiers contrats faits d'après la loi de Janvier 1903 expireront au cours du premier semestre de 1908.
Les agriculteurs de S. Thomé et du Prince n'ont aucunement l'intention de demander au Gouvernement que dans les futures émigrations de travailleurs d'autres colonies portugaises on exclue le droit de rapatriement dans toutes les circonstances, droit qui se trouve déjà consigné dans les lois actuelles.
Il paraît que le Ministre de la Marine et des Colonies va envoyer aux colonies le 7 janvier le chef de son cabinet pour pourvoir aux quelques imperfections qui pourraient être constatées dans le recrutement.
Le Gouvernement Portugais a agi dans ces derniers mois et agit encore énergiquement et efficacement pour imposer le respect des lois dans les régions de la province d'Angola où auparavant sa vigilance ne pénétrait pas.
Les informations recueillies par Mr. Burtt sur S. Thomé et le Prince, et que ce monsieur a acceptées de bonne foi, ne furent pas toujours l'expression de la vérité.
En terminant ce compte-rendu, nous saluons en la personne de Mr. Cadbury la glorieuse nation anglaise, notre vieille amie et alliée.
La commission déléguée des agriculteurs de S. Thomé et du Prince réunie en assemblée le 14 novembre 1907.
Alfredo Mendes da Silva
Henrique José Monteiro de Mendonça
Joaquim de Ornellas e Mattos
José Paulo Cancella
Nicolau Mac. Nicoll
Francisco Mantero.
TRADUCTION
Le 2 i janvier 1908.
Messieurs,
Je suis en possession de votre honorée du 1 4 janvier 1 908.
Je commence par vous exprimer mon regret que vous n'ayez pas reçu la réponse à votre note originale du 28 novembre. Cette réponse a été expédiée par ma maison (au nom de laquelle j'ai toujours traité) le 1 o décembre et ci-inclus je vous en envoie copie. Personnellement je vous remercie, et j'ai apprécié votre lettre.
Au nom de ma maison et de nos amis, je vous remercie de nous avoir fait part que vous continuiez à attacher beaucoup d'intérêt à la question du rapatriement du travailleur de S. Thomé, ainsi qu'il résulte de votre lettre du 1 4 janvier, et aussi de la copie communiquée du mémorandum que vous avez adressé à Son Excellence M. le Ministre de la Marine et des Colonies.
Je suis, etc.
Signé: William A. Cadbury.
Messieurs Francisco Mantero, Joaquim d'Ornellas e Mattos, Henrique José Monteiro de Mendonça, Nicolau Mac. Nicoll, José Paulo Cancella et Alfredo Mendes da Silva.
TRADUCTION
Bournville, environs de Birmingham, le 10 décembre 1907.
Messieurs les propriétaires des plantations de cacao de S. Thomé et du Prince, représentés par M. Francisco Mantero.
Lisbonne.
Estimés Messieurs,
Nous vous remercions pour le compte-rendu de votre réunion du 4 décembre que nous avons lu avec beaucoup d'intérêt. Nous avons également reçu des exemplaires des journaux de Lisbonne du 5 décembre donnant la nouvelle de cette réunion et nous vous remercions également de leur envoi.
Nous vous remercions encore pour l'aimable réception faite à MMrs. William A. Cadbury et Joseph Burtt, qui sont revenus en Angleterre et nous ont relaté personnellement l'entrevue réalisée.
Nous sommes très heureux de voir que l'on exécute des mesures importantes de réforme qui éloigneront les sérieuses difficultés du passé et nous vous remercions très sincèrement de la part que vous avez prise dans cette affaire.
La semaine prochaine nous ferons à la presse anglaise un exposé public qui, nous l'espérons, fera honneur aux mesures prises récemment par le Ministre des Colonies et par vous comme propriétaires.
Nous sommes avec considération Cadbury Bros, Limited
Quelques-uns des articles
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La main-d'œuvre à S. Thomé et au Prince
i — Hope Terrace.
Edimbourg, le 5 septembre 1909.
Londres — E. C.
A Monsieur le rédacteur en chef du Times ( 1 ). Londres — E. C.
Monsieur:
Ce n'est qu'aujourd'hui en revenant de S. Thomé et du Prince, que j'ai pu consulter le Times, qui publie in extenso la lettre adressée à sa rédaction par Mr. W. H. Nevinson le 4 juin, lettre de laquelle une version incorrecte, télégraphiée à la presse de Lisbonne, a blessé le public, tant dans cette ville qu'à S. Thomé.
Mais l'incorrection, â ce que je vois, ne s'est point limitée au monde de la presse à Lisbonne.
Le cas véridique des planteurs de S. Thomé a-t-il déjà été soumis à l'appréciation du public anglais?
En faisant cette question, je n'oublie pas le résumé contenu dans le communiqué de Mr. W. A. Cadbury du 16 décembre 1907.
Les sept paragraphes dont se compose la réponse de S. Thomé aux accusations formulées le 4 juin par Mr. Joseph Burtt sont le modèle de ce que doit être un tel résumé. Mais pour être interprété avec exactitude, un résumé a besoin d'être expliqué.
Si cela avait été fait alors, bien des assertions faites inconsidérément plus tard, n'auraient jamais pu être crues.
Quant à la lettre de Mr. Nevinson du 4 juin 1 909, si la narration à laquelle il fait allusion est son ouvrage intitulé: A Modem Slavery (un esclavage moderne), un volume comme celui-là et non une simple lettre à la presse, suffirait seul pour éclaircir tous ses faits, ses fictions et ses conclusions.
Pour le moment, permettez-moi d'examiner trois des affirmations qu'il vous adresse à savoir:
Primo — Que le système de la main-d'œuvre dans l'Angola et à S. Thomé est un horrible système d'esclavage, à peine dissimulé sous des formes légales ;
Secundo — Que les travailleurs sont achetés et vendus, les planteurs les payant à des prix fixés par eux-mêmes ;
Tertio — Qu'il ne faut voir que l'argument habituel de toute communauté escla-
(1) Du journal de Lisbonne O Dia, n.° 2866, du 30 septembre 1909.
vagiste, dans la défense portugaise (que les travailleurs mariés, ayant leurs familles commodément établies à S. Thomé, ne désirent pas retourner à la barbarie d'Angola).
i ° — Angola et S. Thomé.
Poussé par un excès de zèle pour la cause du nègre, j'ai peur que Mr. Nevinson ne soit injuste pour le blanc.
Le lecteur qui ne connaît pas la côte occidentale de l'Afrique se doutera difficilement que ces deux colonies portugaises, ainsi confondues aux fins de cette accusation, sont très-éloignées l'une de l'autre, étant séparées par 9 à 10 degrés de latitude et 5 à 10 degrés de longitude, sans parler du manque de communication par terre, ce qui rend en fait énorme la distance à traverser. En outre, elles ne sont pas sous la même administration.
Ainsi, rendre responsables les planteurs de S. Thomé, un groupe d'hommes des plus sympathiques et des plus intelligents qu'on puisse rencontrer, des atrocités commises par des sauvages nègres, bruns ou blancs, dans l'intérieur d'Angola ou sur la frontière mal délimitée du Congo belge, est aussi raisonnable que de blâmer un commerçant d 'Oxford- Street, qui fait ses affaires par correspondance, pour les actes personnels et criminels de quelque client de Barcelone ou de Madrid qui s'est enrôlé dans l'anarchisme actif.
Je n'ai pas à défendre le recrutement des travailleurs d'Angola; mais quant aux formes légales, je dois observer qu'il ne s'agit pas de lacunes dans un décret portugais, reconnu bon, mais bien d'abus sévèrement punis par la loi portugaise comme par les lois de toute autre nation civilisée; abus, faut-il ajouter, d'une espèce malheureusement trop connue, partout où un gouvernement effectif n'a pas encore été établi.
Mais en lisant dans les journaux que, sous le prétexte de ces abus, on essaie d'étendre jusqu'aux Etats-Unis le boycottage britannique du cacao de S. Thomé, qu'à défaut de nos marchés l'on commence à vendre là-bas, je demande: les braves gens humanitaires qui entrent ainsi dans une campagne de persécution savent-ils que le Portugal, a déjà depuis un certain temps, fermé Angola au recrutement de S. Thomé ( 1 ).
S'ils ne le savent pas, je puis leur certifier le fait parce que je l'ai entendu de la propre bouche du Ministre des colonies portugaises, lequel certainement ne me l'a pas confié comme un secret d'Etat.
Mr. Nevinson s'étonne et s'indigne que les planteurs voient dans le boycottage une tendance plus commerciale qu'humanitaire, mais qui peut s'étonner de cela, de la part d'étrangers peu au courant des phénomènes psychologiques du tempérament anglais, d'hommes qui jusqu'ici ont considéré le boycottage comme une arme indigne d'un anglais, une arme plus familière aux anarchistes du Bengale qu'aux philanthropes britanniques?
De plus, l'esprit public est-il déjà au courant de ce fait essentiel qu'Angola
(1) Le recrutement a été suspendu temporairement jusqu'à ce que soient terminées les mesures préparatoires prescrites par la loi réglementaire du 17 Juillet 1909, afin que cette opération puisse s'exécuter dans les termes précis de la loi. Dans une lettre publiée le 14 Octobre 1909 dans le journal O Dia n.° 2:878, le colonel Wyllie expliqua que telle doit être l'interprétation ce paragraphe.
ne fournit qu'une partie de la main-d'œuvre nécessaire aux plantations: que quelques-unes d'entre elles, plus anciennes, et depuis longtemps pleines de cacaotiers, se passent de toute introduction d'indigènes, vu que les «moleques», c'est-à-dire les nègres nés dans les propriétés, suffisent à leurs besoins?
Mr. Nevinson a visité l'île de S. Thomé et au moment de sa visite une partie de la main-d'œuvre n'était pas d'Angola; il y avait là des gens du Cap Vert, de Cabinda et peut-être aussi du Mozambique. Leur introduction dans ces plantations s'accroît de jour en jour et quant à leur recrutement volontaire et à leur rapatriement régulier aucun doute ne peut exister.
Je me suis occupé spécialement de contrôler ce fait en recueillant des informations des intéressés eux-mêmes, non seulement dans les îles, mais aussi à bord des vapeurs de YEmpre^a Nacional de Navegação qui les transportaient.
Mais les boycotteurs enveloppent tout le monde dans le même filet: chaque travailleur est un esclave, chaque planteur un trafiquant, brutal et sans pitié ; c'est pourquoi il faut anéantir le commerce de ces îles par tous les moyens possibles!
Mr. Nevinson, lui-même, malgré une antipathie qui perce à chaque page de son livre, est forcé d'avouer, de son propre témoignage, et d'admettre que le traitement des esclaves dans les îles est bon.
A mon point de vue il devrait faire un pas de plus et indiquer le vrai coupable.
Angola n'est pas S. Thomé, et toute la main-d'œuvre de S. Thomé ne vient pas d'Angola.
L'on a pratiqué de grandes cruautés dans l'intérieur de l'Afrique.
Dans la Vo\ de Angola, journal de Loanda courageux et persuasif, nous avons le témoignage d'accusations qui ont été constatées officiellement et qui poussèrent les autorités à prendre les mesures nécessaires.
Mais il semble qu'aucun des critiques acerbes de S. Thomé n'ait enregistré ou tout au moins reconnu le fait si manifeste que chaque mutilation d'un noir, chaque mort sur le chemin vers la côte, qu'elle ait pour cause la violence ou la négligence, est un vol au préjudice du planteur, pour considérer le cas sous son point de vue le plus mesquin.
Ces faits représentent de l'argent dépensé inutilement, en frais de voyages, sans même parler de la flétrissure qu'ils impriment à l'honneur national.
Les philanthropes bruyants qui demandent la ruine du planteur, oublient que celui-ci désire aussi ardemment qu'eux-mêmes la fin de ces maux ; plus ardemment encore, sans aucun doute, puisque c'est un homme d'affaires lésé dans ses intérêts par ces maux.
On ne considère pas que lorsqu'il ne réussit pas, ce n'est pas sa faute ; attendu que les intérêts coloniaux d'Angola représentent une cause non seulement absolument différente, mais encore foncièrement opposée à celle des intérêts de S. Thomé.
Le planteur se plaint continuellement que le gouvernement ne fait rien pour l'aider; dans l'administration de ses affaires importantes et compliquées il doit, privé de tout appui, combattre en même temps d'un côté la fraude, de l'autre la diffamation et en face le boycottage.