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LES SALAIRES ïd'.i
produisaient oiO drachmes. (3r, au moment où cette parole fut prononcée, c'est-à-dire vers 330, l'ouvrier gagnait en moyenne deux drachmes par jour, et dans sa famille il était rarement seul à travailler.
Il résulte de tout ceci que le salaire de l'artisan, quand il ne soutirait pas d'interruption pendant l'année entière, était généralement supérieur à ses besoins per.sonnels, mais inférieur à ceux de la plupart des ménages athéniens. Dans quelle mesure dépassait-il les uns et demeurait-il au-dessous des autres, il est impossible de le dire, sous peine de se perdre dans le domaine de l'hypothèse. C'est assez d'avoir pu, en une matière si délicate, aboutir à une constatation qui par elle-même olfre déjà un grand intérêt.
On a prétendu que les Athéniens connaissaient la participation aux bénéfices ' ; mais les textes cités à ce propos sont loin de le démontrer. D'abord il suiïit d'observer que la combinaison dont il s'agit concerne exclusivement les esclaves, pour avoir des doutes sur le caractère qu'on lui prête ; car il est à présumer que si les Grecs en avaient eu l'idée, ils l'auraient appliquée surtout au travail libre. Du reste, que lisons-nous dans les chapitres de V Economique de Xénophon qu'on invoque? (^ue le maître doit donner de meilleurs vêtements et une meilleure nourriture aux serviteurs consciencieux, récompenser leur zèle par des éloges et des gratifications, les intéresser à sa prospérité en leur accordant des faveurs chaque fois qu'ils contribuent eux-mêmes à l'accroître, les convaincre enfin que son l^onheur sera aussi le leur, et que leur condition en subira le contre-coup '. Tout cela est évidemment fort éloigné du système qui associe les travailleurs aux profits annuels du patron; et il faut avoir l'esprit singulièrement prévenu, pour apercevoir dans ces conseils de bon sens l'image anticipée d'une institution qui a tant de peine às'acclimiter chez les modernes.
L'ouvrier citoyen ajoutait à son salaire certains avantages accessoires qu'il tirait de 1 Etat, sinon partout, du moins dans quelques démocraties.
A Athènes, quand il était appelé à siéger comme juré, il touchait un jeton de présence, qui fut successivement de une, deux et
1. Brants, i)e/a condition du travailleur lihi-e dans l'industrie athénienne, p. 15.
2. Xknophon, Écon., IX, (1-12; XII, G; XIII,6et 19-12 ; XIV. Cf. Diouoru-, XIV, 18, 41-42 (travaux publics de Syracuse au temps de Deuys).
.\IL — GuiBACD. — La main-d'œuvre. ):}
lui LA main-d'œuvre indusïrtelle; DAiNs l'ancienne ghrce
trois oboles. lien était de même lorsqu'il assistait à une séance de l'assemblée '. Je ne parle pas de celui qu'on allouait aux sénateurs et aux archontes, parce que les ouvriers devaient décliner la première de ces fonctions comme trop absorbante, et qu ils étaient exclus de la seconde, à laquelle les thètes, c'est-à-dire les gens de la dernière classe, ne pouvaient aspirer'-'. A lasos, il y avait aussi une indemnité pour lès membres de l'assemblée populaire-^; et cette ville n'était peut-être pas la seule qui imitât l'exemple des Athéniens ; car Aristote signale parmi les traits distinctifs du régime démocratique l'usage de payer les pauvres, pour qu'ils soient en mesure d'exercer leurs droits politiques '*. Il est vrai que, les jours où l'artisan remplissait l'oilice soit de juré, soit de législateur, il ne travaillait pas, et perdait par suite son salaire. Mais les honoraires qu'il recevait du Trésor dans le courant de l'année l'aidaient à traverser les périodes de chômage, et c'était là une ressource qui manquait aux métèques et aux affranchis.
(( Les Pihodiens, dit Strabon, se montrent fort soucieux du bien-être du peuple, quoique leur république ne soit pas proprement une démocratie ; ils espèrent par là contenir la classe si nom- Ijreuse des pauvres. Outre les distributions périodiques de blé, qui leur sont faites au nom de FT^tat, les particuliers les comblent de libéralités. Souvent même la générosité des riches prend la forme d'une véritable liturgie. Tout un approvisionnement, toute une fourniture de vivres, est mis à la charge de l'un d'entre eux, en sorte que le pauvre est toujours assuré de sa subsistance '. » La cité athénienne immolait une foule de victimes et le peuple se partageait les viandes''. A intervalles réguliers on organisait, aux frais des riches, des repas publics qui groupaient les membres de
1. AnisTOTE, Goiiv. (les Alluhi., 41. L'auteur dit ailleurs ( § 62) qu'on touchait 1 drachme pour les assemblées ordinaires, et 9 oboles pour l'assemblée principale de chaque prylanie. Ce tarif a paru exorbitant à M. Weil ; il croit que c'est celui dos proèdrcs, et que le copiste a omis une ligne [Bévue des études grecques, IV, p. 406). Dans leur 3"= édition (1898), Wilamowitz et Kaibel n'admettent pas cette correction, qui paraît cependant très plausible.