‹ La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne GrèceChapitre 50 sur 235 · VIII, p. 848 E · texte numérisé non relu

VIII, p. 848 E

"i. VIII, p. 850.

Les doctrines politiques d'Aristote procèdent de la même inspiration. La qualité essentielle du citoyen doit être, d'après lui, la vertu; mais on n'arrive à la vertu que par un apprentissage qui suppose une certaine liberté d'esprit. Il faut donc que le citoyen s^abstienne de tous ces travaux pénibles et absorbants qui dépriment l'àme en même temps qu'ils fatiguent le corps i. En soi, le travail n'est pas absolument condamnable. Ce qui avilit, c'est de travailler pour autrui en vue d'un salaire ou d'un profit matériel ; une condition semblable ravale l'homme au niveau de l'esclave-. Il est visible dès lors que dans tout Etat sagement ordonné, le citoyen ne sera ni artisan ni marchand, car ce genre de vie est bas et contraire à la vertu ; il ne sera pas non plus agriculteur, car il a besoin de loisirs, tant pour s'élever à la vertu que pour s'acquitter de ses devoirs civiques 3; et comme la société ne peut vivre que par le concours de ces professions, ce sont les étrangers et les esclaves qui en seront chargés ^. Ces principes toutefois comportent des exceptions plus ou moins graves, selon la nature du régime en vigueur. Dans une aristocratie, c'est-à-dire dans un État où les dignités sont attribuées au mérite et à la vertu, l'artisan et l'ouvrier seront privés des droits politiques. Dans une oligarchie censitaire, l'artisan, s'il est riche, aura accès aux magistratures, tandis que l'ouvrier pauvre n'y parviendra jamais. Dans une démocratie avancée, l'un et l'autre possédera forcément la plénitude des prérogatives du citoyen^; mais le signe d'un Etat bien réglé, c'est l'exclusion qui frappe à cet égard l'ensemble des artisans^.

Cette hostilité des philosophes contre le travail industriel fut

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