III, p
48 LA MAIN-D ŒUVRE liNDUSTRlELLE DANS L ANCIENNE GRÈCE
la sorte, chacun occupera la place la plus conforme à ses aptitudes et à rintérêl public.
Dans les Lo/s, Platon a le dessein d'esquisser le plan d'une cité non pas idéale, mais réelle. L'Etat qu'il y crée compte 5.040 citoyens, qui reçoivent tous un lot de terre, d'où ils tirent par le travail de leurs esclaves un revenu modeste '. Des précautions minutieuses sont prises pour que le nombre des citoyens et des lots demeure immuable. L'industrie est réduite au minimum ; elle se borne à la fabrication des objets usuels. Il est interdit aux citoyens d'exercer un métier quelconque. « Ils ont une tâche qui exige beaucoup d'étude, c'est de mettre et de conserver le bon ordre dans l'État; or une œuvre pareille n'est point de celles qu'on exécute à la hâte ■^. » Toutes les professions manuelles sont laissées aux métèques, et nul n'a le droit d'en cumuler deux à la fois"^. Le corps des artisans se fractionne en treize parts. Une d'elles habite dans la ville, où elle est distribuée entre les douze quartiers ; les autres résident à la campagne. Les magistrats déterminent la quantité d'ouvriers nécessaire à chaque canton rural, et les fixent aux endroits les plus commodes pour les cultivateurs 4. Après un séjour de vingt ans, le métèque est obligé de quitter le pays avec tous ses biens °. Ainsi, prépondérance du régime agricole, restriction systématique de l'industrie et du commerce, et par suite de la richesse mobilière , maintien aussi exact que possible de l'égalité sociale, exploitation du sol confiée à des espèces de serfs, métiers abandonnés aux étrangers établis dans la contrée, longs loisirs ménagés aux citoyens pour qu'ils puissent consacrer toute leur vie à l'acquisition et à la pratique de la vertu, tels sont les pi'incipaux traits de la conception platonicienne de l'Etat. Qu'il y ait là de nombreux emprunts faits aux législations positives des cités aristocratiques de la Grèce, notamment à celle de Sparte, c'est ce qui n'est point douteux. Mais la pensée primordiale appartient en propre au philosophe, et jure avec le spectacle qu'il avait sous les yeux, surtout à Athènes.
1. Lois, V, p. 737 et suiv.; VII, p. 806 D : rstopytat oï izoïBoiiivat SoûXot? à7:ap/fjV -tov Ix Tf)ç yi)? aTîOTsXouaiv r/cavr]v à^Oçitôr.oii 'COni xoaijLLco;.
2. VIII, p. 846 D : tlpwxov ij.îv È-i/wpio; [xr,0£Î; saxw xtov r.iol ta orjjjLtoupYtxà T£yvrJij.aTa oia7:ovo'jv-o)v [xrfiï oi/.ïtitjç àvopo; £7îf/topîou.
.3. VIII, p. 847 A.