I. — MAIN-D'ŒUVRE MILITAIRE
Dès la fin de juillet 1914, le ministère de l’Agriculture a été amené à se préoccuper de la situation agricole. La raréfaction subite de la main-d'œuvre, à la suite de la mobilisalion générale, rendait difficile l'achèvement et la rentrée de la moisson. Il importait, en outre, d’assurer le battage rapide des blés et des avoines nécessaires à la constitution des approvisionnements de guerre, Pour obvier, dans la mesure du possible, à cette pénurie considérable de la main-d’œuvre, le ministère de l’Agriculture adressait, dès le 1° août 1914, aux préfets, des instructions leur prescrivant de prendre, d'accord avec les directeurs des services agricoles, toutes les dispositions permettant d'utiliser tous les bras disponibles au mieux des intérêts du pays, non seulement en vue de la récolle des foins, de la moisson, des battages, de l’emmagasinage et de la conservation des grains, etc, mais encore pour assurer les emblavures pour 1915. Enfin, ces fonctionnaires devaient fournir au ministre un rapport bimensuel sur la situation agricole des départements.
Pour donner plus de poids encore à ces instructions, M. le Président du Conseil voulut bien appuyer les efforts du
ministre de l'Agriculture en adressant aux femmes fran-
çaises un appel pressant et éloquent. Par les soins des grandes sociétés d’agriculture, de la Légation de Belgique, à qui les demandes furent immédiatement transmises, une partie importante des postulants aux travaux agricoles put être utilisée.
Les ministères de la Guerre et de la Marine mettaient à la disposition du ministre de l’Agriculture 20.000 inscrits maritimes, qui pouvaient être répartis dans les divers départements où la main-d'œuvre faisait le plus défaut.
En un mot, l’organisation méthodique des ressources locales dans les pays de culture morcelée, l’activité déployée par les femmes, les enfants, les vieillards restés à la ferme ou au village, le concours des évacués des villes fortes et de tous ceux qui, inoccupés dans les cités industrielles, venaient chercher à la campagne une vie peu onéreuse, ont permis la rentrée presque intégrale des moissons.
Pour la préparation des récoltes des années suivantes, le ministre de l’Agriculture, par une circulaire aux Préfets, annonçait la décision prise par le ministre de la Guerre de mettre en congé des territoriaux et de les renvoyer pour 15 jours dans leurs foyers, sous l'obligation impérieuse de coopérer aux travaux des semailles.
Le ministre de la Guerre, en outre, était disposé à accorder des permissions spéciales et à mettre en sursis d'appel les entrepreneurs de battage.
En dehors de l’action gouvernementale, des mesures d’initiative privée furent prises par plusieurs groupements agricoles, en vue de recruter et de répartir les ouvriers nécessaires à la culture. Plusieurs agirent d’abord chacun de leur
côté. Puis certains se réunirent et formèrent le Comité de
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travail agricole pour les Réfugiés. D’un autre côté, le Syndicat central des Agriculteurs de France, agissant seul, obtenait les meilleurs résultats. Les Compagnies de chemin de fer P.-O. et P.-L.-M. firent également du placement agricole. Quant à la Société nationale de protection dela M. O. A., elle ne put que fermer ses portes à la mobilisation. Mais fut créé, le 15 mars 1915, l'Office national de la main-d'œuvre agricole, sous le patronage du ministre de l'Agriculture ; nous en reparlerons plus tard.
Au début de 1916, le ministre de la Guerre décida de décentraliser complètement le service de la main-d'œuvre agricole en déléguant ses pouvoirs aux généraux commandant les régions, qui étaient assistés, dans chaque département, par une Commission exécutive composée dé trois membres seulement : le Préfet, un officier général et le Directeur des Services agricoles. Cette Commission devait se tenir en liaison avec les Comités départementaux économiques créés en 1915, et les tenait régulièrement au courant de ses opérations.
Les généraux ont pleins pouvoirs pour trancher les questions de personne ou de répartition de main-d'œuvre, et délèguent leur autorité aux Commissions départementales, qui sont à la fois leurs agents d'exécution et leur Conseil.
Un décret du 2 février 1916 décide de créer dans chaque commune, pour la durée de la guerre, un Comité d’action agricole permanent composé de 5 membres et plus, suivant le nombre d'habitants, qui devait faire l’union de toutes les forces et bonnes volontés pour obtenir des cultivateurs un concours sans borne et désintéressé pour les travaux des
champs.