‹ La Main-d'œuvre Agricole Pendant la GuerreChapitre 36 sur 47 · TN PEINE NE OO O · texte numérisé non relu

TN PEINE NE OO O

De sorte qu'actuellement le manque de bras pour lagriculture s'inscrit à 1.600.000, soit plus d’un million et demi d'hommes. Où les trouverons-nous ? |

En France, par l’amélioration des conditions de la vie ouvrière paysanne. À l’étranger, par l’intensification et la création de courants migratoires vers la France.

Pour cela, il n’est pas douteux, en effet, que les programmes d’avant-guerre sont plus insuffisants que jamais. Il faut avoir des vues larges et ne pas reculer devant une politique qui, tout en restant méthodique, doit être puissante et hardie.

Il est à craindre que le dépeuplement des campagnes né provoque une crise agraire d’une grande intensité. Le retour à la terre d’une partie des populations urbaines n’est pas à espérer et il est malheureusement possible que notre natalité ne se relève pas suffisamment. Les conséquences de cet état de choses vont être graves pour la France si l’on ne prend pas les mesures nécessaires pour y remédier. Vis-àvis d’une Allemagne possédant une population surabondante, notre pays va se trouver dans un état d’infériorité qui nous conduirait, malgré la victoire, aux pires catastrophes, si l’on ne parvenait à reconstituer la population rurale française. Au point de vue agraire, ces conséquences seront les suivantes :

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1° Délaissement d’étendues considérables, dans beaucoup de pays morcelés, au profit de la friche et de la forêt ;

2° Extension des zones pastorales au détriment des zones culturales, et, par suite, diminution de la culture des céréales, pourtant essentiels pour l’alimentation du pays ;

3° Régression, sur certains points, de la moyenne et même de la petite culture et constitution de très vastes exploitations où il sera possible de cultiver mécaniquement avec moins de main-d'œuvre. Certaines de ces vastes exploitations ne seront plus possédées par des particuliers, mais par des sociétés foncières. Le capital foncier, jusqu'ici personnel, deviendra en partie anonyme, comme dans l’industrie, et la contre-partie fatale de ce changement sera la formation d’un prolétariat agricole analogue au prolétariat industriel, avec cette différence que la formation de ce prolétariat agricole ne correspondra nullement à une nécessité économique et qu’elle résultera seulement d’un état de choses’ fâcheux, contre lequel il aurait été facile de réagir.

Si l’évolution que nous envisageons ci-dessus venait à se produire (et elle se produira si aucun effort n’est fait pour l’enrayer), le plus sérieux élément de stabilité sociale du pays aura disparu. La société anonyme financière, en se

substituant, dans une mesure plus ou moins grande, à la propriété rurale individuelle, constituerait une extension de plus en plus dangereuse de la fortune anonyme dans toutes les formes de la richesse et provoquerait un développement parallèle du prolétariat agricole. La formule de la société anonyme foncière est, à nos yeux, extrêmement dangereuse au point de vue social ; elle ne comporte, au point de vue agricole, aucun avantage vraiment sérieux.

1° Rémunération du travail agricole et chômage. — Les terriens qui constituent la main-d'œuvre agricole française sont parfois de véritables artistes, d'autant plus remarquables qu’en maintes circonstances il leur est encore interdit de se spécialiser. Leur physionomie se précise lorsque l’on songe que ces travaux variés auxquels l’ouvrier agricole doit se consacrer sont souvent contrariés par les intempéries de toutes sortes qu’il faut subir et combattre. Or, l'heure de semer le blé ou de le faucher ne saurait être indéfiniment différée, et si la pluie ou le froid ont retardé ces opérations, vitales pour le pays, les éclaircies appellent sans délai le laboureur. À de telles nécessités, le législateur doit se plier ; comme, d’un autre côté, il ne lui faut pas oublier ce que nous devons à ces laboureurs qui nous font vivre, la tâche est pour lui délicate de concilier les besoins du sol et ceux des cultivateurs. Comment s’y prendre pour trouver la solution ?

Il va sans dire que la première chose à faire est d’assurer à l’ouvrier agricole un bien-être égal à celui dont bénéficie son camarade des villes, afin qu’à aucun moment il ne puisse se croire sacrifié à ce dernier, alors que son rôle est tout aussi, sinon plus important. Ce but peut être atteint par une rémunération du travail proportionnée à la peine que celui-ci comporte, et il n’est pas nécessaire, pour que le résultat soit obtenu, qu’il sorte mensuellement de la poche de l’agriculteur un nombre de pièces de cent sous égal à celui qu’aurait versé un industriel.

A côté du salaire en argent, figure le salaire en nature, et

si le salaire en nature tend de plus en plus à disparaître dans

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l'industrie, pour des motifs qui s’expliquent de façon assez rationnelle, il faut reconnaître que son maintien est tout à fait justifié en agriculture. Il semble bien, il est vrai, que le paiement entièrement en nature ne soit pas à conserver et encore moins à conseiller, parce que le bénéficiaire peut avoir quelque difficulté à réaliser la partie des récoltes que le patron lui a cédées et qu’il n’emploie pas à sa propre consommation. De même, on peut admettre que chaque ménage agricole peut se nourrir chez lui suivant ses goûts ; mais, outre que la nourriture chez le patron peut procurer quelques-uns des avantages qu'on demande aux sociétés coopératives de consommation, tant qu’on n’aura pas ‘assez multiplié les logements ruraux, tant que s’imposera à la ferme le maintien d’un certain nombre de gages célibataires pour l’entrelien du bétail, l’octroi de la nourriture sera absolument nécessaire à une partie au moins de la main-d'œuvre agricole. ù à

La nourriture, d’ailleurs, ne constitue pas le seul paiement en nature. L’octroi d’un champ cultivé par les attelages et instruments du patron gratuitement prêtés le dimanche, la concession d’une maison, interviennent de la façon la plus heureuse pour compléter un salaire en argent au premier abord modeste. Nul n’ignore, en effet, que si la nourriture achetée coûte à la campagne presque plus cher qu’en ville, celle que l’on produit chez soi avec les déchets du ménage transformés par les porcs et les volailles, revient à un prix à peu près nul. L'attribution de primes en nature ou en espèces peut aussi très utilement intervenir pour relever les

salaires et récompenser un effort'qui, en certaines circons-

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tances, aura assuré le salut d’une récolte, et, en tous cas, il est un élément dont il y a lieu de tenir compte, si l’on veut être juste, dans l’attribution des salaires agricoles.

Il y a en France des régions nettement caractérisées pour leurs conditions économiques générales, variables selon chacune d'elles. Ces conditions économiques doivent retenir l'attention des agriculteurs et il paraît indispensable de rechercher les bases d’une harmonie entre les salaires pratiqués non seulement dans une même région, mais encore de région à région, si l’on veut arriver non pas à une égalité de pièces de cinq francs versées à l’ouvrier, mais par une égalité de bien-être procurée par la quantité de numéraire et de produits en nature octroyés. Nous insistons sur ce point, car le cultivateur n’a pas toujours sous la main tout le personnel qui lui est nécessaire au moment des grands travaux ; une main-d'œuvre volante empruntée non $eulement à nos nationaux, mais à l'étranger, doit se transporter de place en place pour combler les vides, et, par conséquent, savoir que, malgré les apparences auxquelles elle pourrait se laisser tromper, elle n’est pas l’objet de traitements différents suivant qu’elle remonte au nord ou descend vers le midi.

Les salaires ruraux sont incontestablement moins élevés que les salaires urbains ; quelles sont les raisons de cette moindre élévation ?

Une des premières raisons est le manque d’entente que, du fait de leur travail en formations dispersées, les ouvriers des champs apportent à la défense de leurs intérêts. L’absence de syndicats ouvriers agricoles n’est pas l’unique motif

des salaires élevés, la composition même de la population

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agricole en est un autre. Beaucoup d'ouvriers agricoles sont en même lemps petits propriétaires ou petits exploitants. Ils louent leurs services quand ils ont achevé le travail qu'ils ont à faire chez eux, mais comme c’est parfois à titre de réciprocité ou d’entr’aide, ils ne font pas payer cher un service qu'eux-mêmes sont exposés à demander à leur tour. Une telle manière de faire réagit sur le taux des salaires.

Un troisième motif se rencontre dans l’inégale répartition des travaux au cours de l’année ; il y a toujours une mortesaison.

Pour être juste, il faut reconnaître que le salaire n’a pas besoin d’être aussi élevé à la campagne qu’à la ville pour procurer un bien-être égal à l’ouvrier agricole. Le prix de revient du logement, de la nourriture, l’usure des vêtements sont moins élevés à la campagne.

On peut donc arriver à cette conclusion que la rémunération du travail des champs a contre elle le grave inconvénient de s’appliquer à un travail trop souvent irrégulier, ayant pour conséquence un chômage plus ou moins éaractérisé. C’est pourquoi les salaires sont si bas, bien que la guerre les ait fait monter sensiblement, mais leur caractère n’en a pas été changé.

Il est donc important que l’ouvrier agricole soit convenablement rétribué, mais surtout qu’il le soit d’une façon continue, qu’il n’ait pas ou ait le moins possible à souffrir des mortes-saisons, pendant lesquelles il mangerait les économies péniblement acquises au cours des périodes où le travail du sol est le plus intense. Il faut, en un mot, lutter contre le chômage de la main-d'œuvre agricole. :

Le chômage agricole a deux causes principales : les intem-

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