STE
saient pour quelques jours ou quelques semaines du souci de sa subsistance ; telle a été l’origine de l'épargne, l’homme a profité du répit qui en résultait pour fabriquer ou perfectionner des outils de travail ; cela était une manière indirecte de produire, puisque, avec ces outils, il pourrait ensuite produire davantage et plus facilement. De l'épargne est sorti ainsi peu à peu le progrès, la civilisation. Les outils primitifs du début sont devenus aujourd’hui les machines agricoles, les métiers à tisser, les locomotives et les moteurs électriques. Et lorsqu'on transforme du minerai de fer en machines qui serviront à semer ou à moissonner le blé, en rails et en wagons qui permettront de transporter le charbon de la mine jusqu’à tous les points du territoire, lorsqu'on transforme l'énergie d’une chute d’eau en électricité qui apportera partout la lumière ou la force nécessaire à tous les travaux, on fait de la production. On pourrait même dire que, pendant notre enfance, lorsque nous développons. peu à peu, par l'instruction, notre intelligence, nous commençons déjà à produire, car nous préparons un merveilleux outil, l'intelligence, qui nous permettra plus tard d’organiser l'exploitation d’une ferme ou d’une usine.
La prospérité d’un pays est intimement liée à sa production. Cela peut sembler évident : pour améliorer la situation du peuple, il faut augmenter ses moyens de subsistance. Pourtant, cette notion toute simple est bien souvent oubliée, parfois même on refuse de d'admettre. Etudions-la donc de plus près.
Avant la formation des sociétés, les hommes vivaient groupés par familles, ou même isolément. Chacun produi-
sait sa nourriture, ses vêtements, ses outils, son chauffage.
vu " Data
ser
Dans cette situation-là, chacun savait bien qu’en fabriquant deux fois plus de pain il aurait deux fois à manger, qu’en amassant deux fois plus de bois il pourrait avoir deux fois plus chaud, Peu à peu, les hommes se sont groupés en familles, en tribus, en sociétés : cela a été un progrès ; d’une part, en elet, les forces mises en commun étant plus grandes, on pouvait entreprendre des travaux importants d’intérèt général : construction de routes, de canaux, de ports ; et, d'autre part, chacun pouvait se spécialiser dans un cerain travail, sachant que, pendant qu'il fabriquait par exemple du pain, d'autres faisaient des vêtements, des chaussures, et qu'il trouverail ainsi à s’en procurer, Grâce à cette division du travail, chacun devenail plus habile en son métier et produisait davantage.
Mais, pour ces hommes associés qui forment un peuple, le principe qui étail vrai pour un homme isolé ne subsistet-il pas intégralement ? En produisant davantage, ils auront plus de ressources, la vie sera plus facile, plus douce, et le bien-être général aura augmenté.
C'est ainsi que la France est une grande association. Chaeun de nous produit une part de ce qui est nécessaire à la vie du pays; chacun collabore, par l'impôt, aux travaux d'intérêt général, Tous nous sommes solidaires les uns des autres, el le bien-être, la richesse de chacun de nous dépend de la prospérité du pays. Supposons, én effet, que la France arrivé à doubler sa production ; n’en résultera-t-il pas que chaque Français disposera de deux fois plus de pain, de viande, de vêtements, de charbon, etc. ?
En général, un pays ne produit pas tous les objets néces-
saires à la vie de ses habilants. Par suite des ressources de
RTE)
son sol, de sa situation, de son climat, il est amené à se spécialiser dans certaines catégories de production qui sont plus avantageuses pour lui. La France, par exemple, très riche en minerai de fer, manque au contraire de charbon. Qu’arrive-t-il alors ? C’est que chaque pays vend aux autres ce qu'il a produit en excès, et cela lui permet d’acheter ce qu’il ne peut produire lui-même en quantité suffisante. Ces sortes d'échanges constituent le commerce extérieur du pays ; ce qu’il vend au dehors constitue l’exportation, ce qu’il achète, l'importation.
L'importance du commerce est un signe d’activité économique, de production abondante, et, par suite, de prospérité.
Mais si un pays ne produit plus suffisamment pour obtenir, au moyen du commerce, ce qui lui est nécessaire pour vivre, il marche à sa ruine. Tel était, pendant la guerre, le cas de la plupart des belligérants, et le nôtre en particulier ; tant que nos voisins ou alliés voulaient bien nous fournir à crédit, nous pouvions vivre. Mais on ne trouve pas indéfiniment du crédit. L'Allemagne s’en est bien aperçu pour son propre compte.
En somme, pour avoir de quoi vivre, il faut produire suffisamment, et plus nous produirons, plus la vie sera facile. Jusqu’à présent, on n’a pas assez tenu compte de cette loi naturelle. On s’est, en effet, beaucoup plus préoccupé de modifier la répartition des richesses que de les augmenter. On s’est efforcé d'y parvenir par le moyen de l'impôt, en faisant supporter aux classes riches une part plus lourde des charges du pays ; on s’est efforcé aussi d'augmenter, dans la plupart des entreprises, la part qui revient aux
employés en diminuant celle qui allait aux employeurs. Ces
pe PS
mesures partent, en général, d'excellentes intentions, et témoignent d’un bel esprit de justice et d'équité. Remarquons toutefois en passant qu’il existe souvent des richesses qui sont le résultat du travail et de l’épargne et que l’on risquerait de décourager tout effort, toute initiative, le jour où chacun pourrait craindre de ne pas bénéficier suffisamment de son travail et de ne pas voir ses enfants bénéficier d’une épargne laborieusement accumulée.
Mais ce qui est aussi important à constater, c’est que l’on ne pourrait arriver par cette voie qu’à un résultat tout à fait médiocre : si, en France, nous partagions toutes nos ressources, {ous nos revenus, en admettant que cela puisse se faire sans bouleverser notre production, nous disposerions d’un revenu quotidien légèrement inférieur à deux francs par tête et par jour, le calcul a été fait bien des fois. Ce n’est pas un résultat merveilleux ; et s’il était obtenu, croyezvous qu’il n’y aurait pas tout de suite des gens qui travailleraient plus que les autres, feraient des économies, et que l’égalité parfaite subsisterait longtemps ?
Au contraire, si nous parveñions à doubler notre production, chacun des Français serait deux fois plus riche, chacun aurait deux fois plus de choses utiles ou agréables à sa disposition ; et comme il serait possible de faire bénéficier particulièrement la classe pauvre de cet accroissement de production, on pourrait ainsi tripler ou quadrupler la fortune de toute une partie de la population. Bien peu de gens préféreraient gagner uniformément 40 sous par jour. N’oublions donc pas que lPamélioration sociale n’est pas seulement une question de partage, elle est bien davantage, elle
est avant tout une question de production. Il est donc pro-
UGS
fondément ridicule et triste de voir des entreprises dans lesquelles le patron et les actionnaires d’une part, les employés et ouvriers d’autre part, sont en discussions perpétuelles, chacun voulant augmenter sa part dans la répartition des recettes. Ils arrivent seulement, pour une question de quelques francs, à se ruiner mutuellement, alors qu’en développant d’un commun accord la prospérité de l’entreprise, ils en retireraient les uns et les autres des avantages considérables, et le pays bénéficierait de l’accroissement de production réalisé. 4 Actuellement la vie est chère, c’est un fait trop certain. La nourriture, les vêtements, les moyens de transport, le chauffage, l'éclairage, tout a augmenté dans des proportions qui varient du double au décupie. On a donné de cette hausse : des prix diverses raisons : accroissement des importations, change défavorable, hausse des frets et des assurances maritimes, excès de circulation monétaire (40 milliards au lieu de 10 avant la guerre), difficultés de transport. Mais tout cela se ramène à une cause première indiscutable : nous manquons en France, actuellement, d’une foule de produits indispensables ; nous ne possédons plus en quantité suffisante les outils, les moyens de transport nécessaires. Bref, la vie est chère parce que le pays est pauvre. Si nous produisions suffisamment, nos importations diminueraient ; si nous possédions plus de navires, nous ne serions pas forcés de payer des sommes considérables aux armateurs étrangers ; Si nos stocks de marchandises étaient plus considérables, la monnaie cesserait d’être en excès et de perdre de sa valeur. Quant aux difficultés de transports intérieurs,
elles n’ont sur la hausse des prix que des effets locaux et
passagers. Done, quand nous aurons reconstruit nos usines, repris l'exploilation de nos mines et la culture de notre terre, quand un travail actif aura comblé le déficit de production causé par la guerre, la vie chère aura disparu.
Au lieu de cela, qu'arrive-t-il actuellement ? La vie étant chère, on augmente les salaires, et cela est sans doute indispensable, car il faut bien vivre. Mais au lieu d'améliorer la situation, cela l'aggrave, l'augmentation des salaires augmente tous les prix de revient. Ainsi, les Compagnies de chemins de fer payant plus cher leurs employés, ont dû augmenter leurs tarifs, et encore arrivent-elles à peine, malgré cette augmentation, à couvrir leurs frais, tout en réduisant tous les travaux au minimum. Du coup, le prix des marchandises transportées a augmenté. De même, les ouvriers mineurs ayant eu leurs salaires augmentés, le charbon coûte plus cher, EU il en est de même pour tout. Le prix de la vie continuant done à augmenter, il faudra continuer d’augmenter les salaires. Et tant que nous n'aügmenterons pas notre production, la vie sera de plus en plus chère, et on finira par dire un franc là où on disait un sou. Nous aurons changé de langage, mais nous n’y aurons rien gagné. Un ouvrier gagnera 100 francs par jour, mais il paiera son pain 5 francs la livre el un vêtement 1.500 francs. A quoi cela nous avancera-t-il d'être tous millionnaires, le jour où l’argent n'aura plus de valeur ? |
Car voilà d'où vient l'erreur. Nous oublions que la monnaie est une marchandise {rès précieuse si on peut l’échanger contre une autre, mais sans utilité par elle-même. Pour nous, un franc c'est quelque chose de palpable, de fixe, de
bien défini, El nous croyons que, si nous gagnons 10 francs
rt | LU x M,
lt —
par jour au lieu de 5, nous sommes deux fois plus riches. Maïs non, si tout a en même temps triplé de prix, ne sommes-nous pas plus pauvres ?
Donc élevons les salaires autant que cela est nécessaire pour compenser la cherté de la vie, mais ne songeons pas à nous enrichir par cette voie. Seulement produisons, produisons davantage, doublons notre production, et nous serons alors tous deux fois plus riches, puisque tout coûtera deux fois moins cher.
Comment faire pour accroître notre production ? D’abord, pour produire, les conditions indispensables sont le bon ordre et l’organisation. Il est certain, par exemple, que la Russie ne produit pas grand chose en ce moment. Mais je n'insiste pas sur ce point, car la population de notre pays a trop de bon sens pour compromettre par les disputes et les émeutes le fruit de l’effort admirable. fourni pendant 4 ans.
Pour produire beaucoup, que faut-il produire ? Evidemment ce que l’on est capable de fournir dans les conditions les plus avantageuses. Tout en cherchant à produire, en France, ce qui nous manque, il faut surtout chercher à tirer parti des ressources de notre pays, et d’abord et avant tout de notre admirable terre de France, si fertile, capable de nourrir tout le peuple français. Il faut aussi profiter de nos riches mines de fer pour devenir de grands producteurs d'acier ; nous manquons de charbon, mais nous avons la houille blanche, l’énergie de toutes les chutes d’eau de nos régions montagneuses, que nous pouvons tranformer en électricité, en économisant ainsi d'énormes quantités de
charbon. Il faut, enfin, profiter de notre situation géogra-
‘phique par la construction de ports maritimes et par la
END es
création d’une importante marine marchande, qui nous permettra de tirer bénéfice des transports maritimes au lieu d’en faire bénéficier d’autres pays à nos dépens.
Pour accroître notre production, il y a deux méthodes. L'une consiste à multiplier les entreprises pour cela, cultiver des Llerres encore incultes (il en reste encore en France et surtout aux colonies); exploiter de nouvelles mines en essayant de tirer parti, grâce à des procédés nouveaux, de minerais moins riches ; encourager la création de nouvelles industries ; multiplier les usines. Mais, pour tout cela, il faut de l'argent et il faut des hommes.
De l’argent, on peut être assuré d’en trouver en ‘France, tant que chacun sera rassuré sur le revenu de son argent. Mais des hommes, il n’en est pas de même. Cet accroissement du nombre des entreprises fera croître la demande de main-d'œuvre, mais ce serait une erreur de croire que la main-d'œuvre risque dans quelque temps de rester sans emploi et que le travail fera défaut. Cela pourra peut-être se produire pendant la période d’après-guerre ; bien des industries, ruinées par la guerre, ne pourront pas reprendre tout de suite leur travail ; d’autres ayant travaillé pour la guerre, ne pourront s'adapter immédiatement à un travail de paix ; car, pour pouvoir payer les employés, il faut une production qui rapporte. Mais ces problèmes ont été envisagés. En facilitant la reprise de la vie économique du pays, la période de crise sera aisément traversée,
Et après on ne tardera pas à s’apercevoir que, plus encore qu'avant la guerre, nous manquons d'hommes. Dès maintenant, d’abord, la terre française est capable de faire vivre
plus de gens qu'il n’en ira vers elle, elle est toujours prête
Re
Re LE LE
et n'attend que des bras pour la travailler. Déjà avant la guerre, il venait tous les étés en France une moyenne de 60.000 travailleurs agricoles étrangers, et ce déficit se sera considérablement accru, car ce sont les paysans qui ont payé le plus largement l’impôt du sang.
Dans les mines de houille, sur 200.000 ouvriers, il y avait 20.000 étrangers, et dans les mines de fer le chiffre s'élevait à 60.000. Ne vaudrait-il pas mieux que ce soit les Français qui bénéficient de tout l'argent qui s’en allait, sous forme de salaires, à l’étranger ?
Je sais bien que, pendant la guerre, les femmes françaises ont montré qu’elles étaient capables de remplacer les hommes appelés à défendre le pays. En particulier dans les travaux agricoles, elles ont fait preuve, pour ce remplacement, d'énergie, de persévérance et d’un admirable amour du sol natal. Mais il ne faut pas trop leur demander. Sans compter qu’elles ne peuvent pas fournir la même quantité de travail que l’homme, il ne faut pas les détourner de leur place véritable, qui est au foyer, de leur rôle, qui est de s’occuper de leur ménage et d’élever leurs enfants.
Donc nous manquons d’hommes, c’est même là le danger qui nous menace et qui pourrait limiter notre production. A cette grave question de la dépopulation, on a cherché des remèdes ; ceux-ci sont difficiles à trouver et leur résultat se fera encore longtemps attendre. Tant que nous manquerons d'hommes, il sera difficile, sinon impossible, d'accroître le nombre des entreprises. Et c’est pourquoi il faudra recourir, pour augmenter notre production, à la seconde méthode : accroître le rendement, l’efficacité du travail, et il y a beau-
coup à faire dans cet ordre d'idées. Accroître le rendement
Le AUS
du travail constitue un problème technique. Mais je veux répondre à une objection d’ordre social malheureusement trop répandue ; on craint en effet qu’en augmentant le rendement, on ne diminue le besoin de main-d'œuvre et qu’il en résulte un accroissement de chômage et une diminution de salaire. Cette crainte est bien peu justifiée, puisque la. main-d'œuvre française existant après la guerre sera loin de suffire aux besoins. Etudions-la malgré cela plus attentivement. Sans doute, si l’amélioration du rendement ne correspondait pas à un accroissement de la production, on serait exposé à voir augmenter le chômage. Le patron d’une entreprise pouvant réaliser la même production avec un nombre plus restreint d'ouvriers, pourrait songer à en congédier un certain nombre. Mais puisque nous voulons, au contraire, augmenter le plus possible la production, le problème est tout différent. Prenons un exemple simple : un cordonnier et son aide fabriquent ensemble deux paires de chaussures par jour. La vente de ces deux paires rapporte au cordonnier un bénéfice de 15 francs, dont une partie lui sert à payer son aide et dont l’autre constitue son revenu personnel. Supposons que, en perfectionnant leurs outils ou en travaillant davantage, ce cordonnier et son aide arrivent à fabriquer quatre paires par jour. Le cordonnier va-t-il con- gédier son aide et se contenter de fabriquer à lui tout seul * deux paires de chaussures par jour. Ce serait absurde. Ne vaut-il pas mieux pour lui doubler sa production, ce qui lui permettra, tout en augmentant les salaires de son aide, de doubler son propre revenu ? |
Mais, direz-vous, trouvera-t-il à vendre les quatre paires
de chaussures ? Telle est, en effet, l'inquiétude de tous ceux