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nemi ou par des troupes alliées, ou encore tout à fait impropres à la culture comme situées trop près du front de combat ; cette superficie représente environ 6 0/0 du territoire national, et, précisément, les terres ainsi improductives étaient celles où la production était la plus élevée.
Qu'on en juge. Dans ces régions, la moyenne de la production du blé à l’hectare est d'environ 17 quintaux, alors que dans toute la France elle est à peine de 12 quintaux. Ainsi, nous étions privés des moyens de produire environ 10 millions de quintaux de blé, soit près de 12 0/0 de nos besoins, dont il fallait s’ingénier à trouver la compensation sur les terres restées libres.
Les difficultés étaient d'autant plus grandes qu’en dehors de la gêne apportée par la mobilisation de 58 0/0 de la maind'œuvre agricole masculine, la meilleure, répétons-le, nous étions privés de la presque totalité des engrais nécessaires. L’importation en était impossible, nos transports maritimes étaient employés à des besognes plus urgentes encore, la fabrication fort réduite, les usines étant soit en pays occupés, soit utilisées pour les industries de guerre proprement dites : poudres, acides, alcools, etc. Aïnsi, pour les engrais azotés, la consommation a-t-elle dû passer de près de 71.000 tonnes à 21.000 tonnes, soit une diminution de plus de 60 0/0, et pour les engrais potassiques elle a été de 98 0/0 environ. |
On se tromperait lourdement si on pensait que les difficultées supportées par l’agriculture se bornaient à celles qu'on vient d’énoncer. D’autres encore rendaient la tâche plus lourde. Les animaux de trait nécessaires au travail,
après une large réquisition pour les armées, manquèrent
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aux agriculteurs dans beaucoup de régions ; les instruments de travail usés ne purent être remplacés.
C'est donc avec des moyens extrêmement réduits que nos cultivateurs durent pourvoir pour de longs mois à la subsistance du pays. Il s’ingénièrent de mille façons à remplir leur devoir d’auxiliaire précieux des combattants.
Le gouvernement, quoiqu’ayant à prendre de tous côtés des mesures capitales, vint au secours de l’agriculture. Il en fut de même des départements, des grandes villes et de certains groupements d'initiative privée. Au début, on p'avail pas suffisamment songé à certaines répercussions de la guerre, secondaires à première vue, mais que les circons-
tances firent passer au premier plan. Sans parler des fem-
mes qui se laissèrent tenter par les hauts prix du bétail et
réalisèrent leur cheptel, pensant vivre paisiblement du prix qu'elles en obtenaient, l’usine appela à elle une foule de ménagères agricoles dans la force de l’âge, qui furent ainsi perdues pour la terre.
Au premier rang de ces jeunes femmes, figurèrent les servantes de ferme, déjà trop peu nombreuses. Elles partirent attirées par des salaires élevés, sur lesquels elles ne surent
d’ailleurs pas réaliser d'économies, et l’industrie laitière,
difficile, faute de bras pour traire les vaches, devint plus
précaire encore, d'autant plus qu’à cet exode s’ajoutait la rareté des fourrages et les difficultés d’approvisionnement en denrées de substitution.
Le vide causé dans nos campagnes par le départ des femmes: pour l'usine est assez difficile à apprécier. Il n’est pas exagéré de dire qu'il fut très important.
L'appel des hommes aux armées enleva au sol plus de
2 millions et demi de travailleurs. Ce chiffre, donné par les statistiques du ministère du Travail, est confirmé par les renseignements du ministère de la Guerre. On a pu établir qu’il avait envoyé aux armées, en plus des contingents présents dans les casernes au moment de la déclaration de guerre, 5.768.677 hommes, dont 5.210.293 du service armé et 558.384 des services auxiliaires. Sur ces nombres, on comptait 2.750.486 agriculteurs.
Tant bien que mal, la rentrée des récoltes pendantes, où la faulx était déjà engagée en août 1914, put être assurée. Puis femmes et parents continuèrent l’œuvre commencée. Les terres étaient encore en bon état de culture; les outils, à peu près entretenus, avaient besoin de peü de réparations et l’assistance des spécialistes, charrons, maréchaux-ferrants, était presque inutile.
Les années passant, la situation s’aggrava et ne fut que trop soulignée par la diminution des surfaces emblavées et la chute du rendement à l’hectare. Il fallut aviser pour enrayer la baisse de la production. Les permissions agricoles, l’utilisation des prisonniers de guerre, les équipes de soldats ayant été reconnues insuffisantes, on détacha successivement aux travaux agricoles plus de 300.000 agriculteurs des vieilles classes. A ces contingents vinrent s’ajouter quelques milliers de travailleurs coloniaux. La répartition et Putilisation de cette main-d'œuvre, dite « main-d'œuvre d'Etat », furent confiées au Service de la main-d'œuvre agricole.
Parallèlement fut organisée, aussi bien que faire se pou-
vait en raison des circonstances, la main-d'œuvre civile, en
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ce qui concerne le placement des réfugiés français et belges et l'immigration des travailleurs étrangers.
Ce fut l'Office national de la main-d'œuvre agricole, incorporé depuis au Service de la main-d'œuvre agricole, qui fut particulièrement chargé dé ce placement et de cette immigration.
Le placement direct ne l’occupa guère que jusqu’en 1916. Pour ce qui est, au contraire, de l'immigration, elle prit une certaine importance dès 1915 et, bien que naturellement restreinte du fait que l'Espagne était à peu près la seule source où puiser, elle fut facilitée et développée au maximum permis par les Bureaux et Postes créés sur les frontières. Bureaux et Postes furent bientôt aidés par les Bureaux de main-d'œuvre agricole qui, constitués dans un - certain nombre de départements, canalisèrent les ouvriers venus de l’étranger et assurèrent leur placement.
Nous allons passer en revue toutes les mesures prises pendant la guerre par le gouvernement pour remédier à la crise
et nous commencerons par la main-d'œuvre militaire.