‹ La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne GrèceChapitre 194 sur 229 · Michel · texte numérisé non relu

Michel

188 LA MAIN-d'œCVBE ISDU8TR[ELLE dans l'ancienne GRÈCE

dans les années intercalaires, comme 190, Les chiffres de 540 et et 585 dr. se rapportent à des années entières. Il y eut donc en ce temps une réduction, et il est curieux de constater qu'elle coïncide avec la crise financière révélée par la baisse des fermages. Le salaire normal s'abaisse alors à 540 dr., année ordinaire ; ce qui donne pour les années intercalaires 585 dr, , ou i dr, 1/2 par jour. La somme de 1.266 drachmes se décompose ainsi : ITjours à l'architecte Simos, soit 34 drachmes au taux de deux drachmes par jour, et 1232 drachmes k Satyros pour dix mois et treize jours, au taux de 3 drachmes 5 oboles. En 278 la plus-value est moindre, mais encore considérable, puisqu'elle atteint une . drachme par jour, en comptant sur une année intercalaire. Nous n'avons pas la clef de ces irrégularités apparentes. Il semble que les augmentations fussent en rapport avec la qualité de l'architecte, et que le prix fût débattu chaque fois avec celui qu'on engageait. Ainsi dans une même année (282) un architecte est payé deux drachmes, et un autre près de quatre. Le prix usuel est de deux drachmes, avec une moyenne de travaux de 10.000 drachmes environ. Cela fait notablement plus que le 5 'jg de nos architectes d'aujourd'hui'. »

Deux drachmes, tel était aussi le salaire d'un maître ouvrier, comme le charpentier Théodémos ou le maçon Nikon et son (ils '-. Quelques-uns réclamaient pour toute rémunération les frais de nourriture ^. Platon et les poètes comiques signalent cette coutume à Athènes *. Mais c'est surtout à Délos qu'elle était en vigueur. Deux tailleurs de pierres, Leptinès et Bacchios, évidemment attachés au temple d'une façon permanente, reçoivent par mois et par tète en 282 : 1" dix drachmes pour l'èij-iivtev, 2" un demi-hectolitre de blé, dont la manutention ne leur coûte rien. Parfois le blé est remplacé par de la farine d'oi^e, et alors la ration est doublée. On préférait alors fournir le grain en nature plutôt qu'en argent, parce qu'à Délos le prix des céréales était

i. BCH, XIV, p. i77-480.

2. Michel. 594,1. 69 : 0eo3.[p)i tÉxrovi r;|.f|;aî5ii') ia'-tI»; hJ-hh- L. 70-71 :

NtxMvt xai Tôi 'jîiiii ipfaaxfiii'Hi Éri toS xiovo; îjfiipaf SiJo [iisflôî Sfayjiai Phhl".

.t. Athénée, VL p. ^46 F : 'Exiii-zioi xaXoûvxai oi im rpo^aXt lino^p-^oSi^ti. IlÉzvcHiuR, 'E;;[3iTiuî, 5 tpoyiiî /^«piv èpYaCéjiEvof.

4. Platon, République, IV, p. 420 A : 'Enm'uoi xai où3ï j^iaDoï j:poc toî; 01T1V4 la[».5ivovT!;. Cratés cité par .\TniiNÉE, VI, p. 2i7 : àih'^ct: S' ini [iiaOcî. aÎTOv. Cf. CIA, IV. 2. 834 A. col. I, 1. 23 : Tpo^r, ti& ra.31 tû Kiiti3'>B"'>P'>^'- (C'est p>!ut-ëtre un esclave)

sujet à des oscillations qui pour le blé allèrent en 282 de huit à vingt drachmes l'hectolitre, et qu'on ne voulait pas que les ouvriers en fussent victimes. On leur allouait en outre comme indemnité d'habillement 15 dr. 1/2 par an'. Quant au logement et aux autres dépenses, il n'en est point question.

Gomment l'artisan y faisait-it lace? Là-dessus trois hypothèses sont possibles. On peut d'abord admettre qu'il était logé, soigné, en un mot défrayé de tout par l'Administration. On peut également supposer que, lorsqu'il avait des loisirs, il était autorisé à travailler pour le public, et que cela lui procurait un supplément de gain. Il se peut enlin qu'il économisât sur sa nourriture. Un Grec consommait une chénice de blé par jour ^, c'est-à-dire trente-trois litres par mois. Leptinès et Bacchios eurent donc dix-sept litres d'excédent à l'époque que nous envisageons. S'ils les revendirent au taux moyen de l'année, à sept drachmes le médimne, ils firent un bénélice annuel de trente drachmes. Uii^ûmot demandait au temps d'Aristophane moins de cinq drachmes par mois ■'. Il n'est pas probable qu'il fût deux fois cherk Délos en 282; de là une nouvelle source de profits.

Le forgeron Héracléidès ne fut occupé par le temple d'une manière suivie que pendant deux mois, et on le paya comme les tailleurs de pierres, sauf qu'il ne fut pas habillé. Le reste du temps, il avait une obole par outil qu'il aiguisait; en tout, dans l'année 281, quarante-sept drachmes, qu'il eut à partager avec son camarade Dexios.

En 279 les prestations en nature furent abolies, et on donna à Leptinès et à Bacchios 262 drachmes par tête, dont 22 pour l'habillement et 240 pour ce qu'on appelle Ta âmT^Ssi»*. On évitait ainsi les inconvénients qui résultaient pour le Trésor des variations dans le prix du blé. Le salaire journalier était donc k peine de cinq oboles ; mais en revanche il était assuré pour l'année entière, et l'ouvrier n'avait pas à craindre de chômage.

M. Homolle remarque qu'après 269 on ne trouve plus d'ouvriers employés à Tannée et nourris''. Dans un compte de 180, des individus touchent 120 drachmes sic oitTîpssisv, et 1 3 sî; îjj^xtwijlov ; mais rien ne prouve que ce soient des artisans ''. Le seul qu i

i. BCH, XIV, p. 481-482.

■i. C'était la ration du soldat en campagne (Hébodote, Vil, 187).

Page 1