Michel
LA VIE ba ocvniEHS 207
désireux de banqueter et de se réjouir en commun ', et c'est tout au plus si elles pourvoyaient parfois aux frais de sépulture de leurs membres^. 11 était loisible aux riches d'obliger leurs confrères besogneux; mais ils devaient le faire h titre privé, et sans la participation de la Société ^
Jusqu'ici nous n'avons rien noté qui distinguât les différentes catégories d'ouvriers libres ; pour tous, le genre de vie était presque identique. Mais il y avait un privilège qui mettait tout à fait hors de pair les citoyens, c'était la jouissance des droits politiques. Ces droits n'étaient pas partout d'une égale étendue, et ils se réduisaient h peu de chose dans les oligarchies. Là, au contraire, où régnait la démocratie, le moindre artisan prenait part au gouvernement, non par l'organe de ses mandataires comme chez noiis, mais directement et en personne. On voulait même que sa souveraineté fût effective, au lieu d'être purement nominale, et c'est pour ce motif qu'on avait créé ces jetons de présence qui étaient destinés à attirer le menu peuple vers l'ecclésia et les tribunaux. Avant que ce système fût pleinement organisé, Périclês remarquait déjà qu'aux yeux de ses compatriotes un citoyen qui demeurait à l'écart était un être inutile, qu'à Athènes un modeste ouvrier était apte à décider les questions de politique générale, et que chacun menait de front la gestion de ses affaires propres et l'administration de la cité^. Des indices certains confirment l'exactitude de ces paroles. Nous savons par des textes bien connus d'Aristophane et de Xénophon que l'assemblée populaire et les jurys d'Athènes se composaient surtout d'artisans, ouvriers et patrons^.
Ce goût des Grecs pour la politique avait l'inconvénient de les arracher fréquemment à leur travail. L'attrait naturel qu'elle exerce sur l'homme libre n'était pas combattu chez eux par les préoccupations matérielles, puisqu'on les rémunérait tout exprès pour qu'ils cédassent à la tentation. Aussi avaient-ils peu de
1. Ahibtote, Éthique à Nico'naque,VlU, 9,5. Cf. Foucaht, p. 139 etsuiv., p. 133 et suiv.