TnucvDiDE, II
5. Aristophane, Ass. des femmes, 431 et suîv. ; Xf.nopiion, Mémorable»,
ni, 7, e.
208 LA main-d'cëvvre Industrielle dans l'ancienne GtiÈce
scrupules à quitter l'atelier pour se rendre îi l'Agora, et à négliger leur métier pour vaquer k la besogne plus noble du gouvernemeut ou de la justice. 11 y avait là, à quelques égards, une fâcheuse tendance, nuisible à la prospérité de l'industrie et aux artisans eux-mêmes.
Par contre, l'individu qui, malgré l'humilité de sa condition, se voyait membre actif du corps souverain, l'ouvrier qui, en tant que citoyen, se sentait au niveau des plus fortunés, et qui parfois, comme juré, tenait leur sort entre ses mains, le pauvre diable que la loi armait d'un pouvoir pareil à celui de son patron, trouvait dans ses prérogatives un sujet d'orgueil bien légitime, qui rehaussait sa dignité, et l'élevait au-dessus de son rang social. Obligé d'obéir aux ordres de son maître, il se dédommageait de cette servitude en allant k l'Assemblée voter des résolutions sous lesquelles s'inclinaient les têtes les plus hautes. C'était Ik sa satisfaction, presque sa revanche, et le plaisir lui paraissait d'autant plus vif que sa part d'influence dans la direction des alFaires publiques était plus considérable, en raison du nombre limité de ses concitoyens. La tâche professionnelle de l'ouvrier grec pesait sur lui moins lourdement que dans les sociétés modernes, et son horizon n'était pas borné aux murs de son échoppe ou de son atelier, il lui restait du temps pour songer aux grands intérêts nationaux, et cette distraction avait pour effet non seulement de rompre la monotonie de sa vie, mais encore d'aiguiser son esprit et d'élargir son intelligence, spécialement dans les villes où il était investi de la plénitude des droits civiques.