‹ La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne GrèceChapitre 218 sur 229 · XII. - GuiBAUD. - La mam-tTceavre. U · texte numérisé non relu

XII. - GuiBAUD. - La mam-tTceavre. U

210 LA main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne ghéce

progrès lents et continus, dont on constate le terme lînal, sans qu'il soit possible de les suivre à la trace.

Ce n'est pas tout: beaucoup d'individus finirent par se désintéresser même de la surveillance de leur personnel. Ils tenaient à se ménager des loisirs, soit pour cultiver leur esprit, soit pour vaquer à leurs devoii-s civiques, soit pour goûter dans leur plénitude tous les agréments de la vie, et, sans renoncer complètement à leur qualité d'industriels, ils se faisaient suppléer par un homme de confiance à qui ils déléguaient tous leurs pouvoirs, ou bien encore ils louaient leurs esclaves à autrui moyennant le paiement d'une redevance fixe. Libres ainsi de tout souci matériel, ils s'engageaient dans la politique, ou menaient l'existence oisive du rentier. Seules, les femmes continuèrent d'obéir aux anciennes traditions, et de participer aux tâches diverses qui constituaient le travail industriel de la maison, lequel, on l'a vu, avait un domaine bien plus étendu que de nos jours,

La place que les citoyens laissaient vacante fut envahie par les étrangers. Si l'antiquité nous avait transmis à cet égard des statistiques exactes, on aurait certainement la preuve que ceux-ci fournissaient à l'industrie hellénique une proportion beaucoup plus considérable de patrons de toute catégorie que dans les sociétés modernes. Ce phénomène s'explique k la fois par les préjugés des citoyens riches et par les lois prohibitives qui excluaient les métèques de la propriété foncière.

Pendant longtemps l'industrie trouva parmi les citoyens pauvres une partie notable de la main-d'œuvre qui lui était nécessaire, le reste lui étant donné par les étrangers et les esclaves. Mais lorsque la démocratie fut installée dans la plupart des États, et que tous les citoyens eurent part au gouvernement, les plus humbles d'entre eux subirent à leur tour l'empire des idées qui avaient peu à peu détourné du travail manuel les gens des classes supérieures. Ils ne pouvaient véritablement jouir de leurs droits civiques qu'à la condition de cesser ou tout au moins de suspendre fréquemment leur besogne. Le travail leur apparut de plus en plus comme l'obstacle qui les empêchait d'être des citoyens actifs dans toute la force du terme, et ceux qui [irisaient par-dessus tout l'exercice de leurs prérogatives politiques y sacrifièrent plus d'une' fois leur métier, au profit des métèques, des affranchis et des esclaves, qui n'avaient pas les mêmes raisons de rompre avec leurs habitudes laborieuses, 11 y eut là, en somme, non pas une diminution, mais un déplacement de la main-d'œuvre. Le travail * descendit, pour ainsi dire, d'un degré dans la liiérarchie sociale,

CONCLUSION 2fl

en vertu de la loi qui de tout temps avait régi son évolution, et de même qu'auparavant il avait été successivement délaissé par les nobles et par les roturiers riches, de même aussi les citoyens pauvres tendirent de plus en plus à y renoncer.

11 fallait vivre pourtant, et puisqu'on se privait volontairement de son salaire, il fallait chercher ailleurs de quoi le remplacer. On eut donc recours à l'ËUit. Les individus besogneux, qui dans bien des cités formaient la majorité de l'assemblée populaire, et l«s démagogues qui s'évertuaient à leur plaire, oi^anisèrent tout un système de secours publics destinés à mettre la basse classe à l'abri du besoin. J'en ai parlé plus haut', et je n'y reviens pas ici. J'insiste seulement sur ce point que c'était là une prime à la paresse, et qu'en débarrassant l'ouvrier de l'obligation de gagner son pain, on le dispensait par cela même de travailler. Si ces secours avaient été assez abondants pour faire de lui une sorte de rentier nourri par le Trésor, nul doute qu'il n'eût cédé aux charmes de l'oisiveté. Mais comme ils étaient insuffisants pour l'entretenir, lui et sa famille, d'un bout à l'autre de l'année, il ne pouvait se reposer que d'une façon intermittente, et il était forcé de reprendre ses outils plus souvent peut-être qu'il n'eût voulu. En tout cas, ces distributions d'argent et de vivres étaient une des ressources essentielles de la classe pauvre d'Athènes, et quand elles vinrent k lui manquer en 321 après la réforme d'Antipater, une foule de citoyens durent émigrer en Thrace ^,

Il semble que les Athéniens n'aient pas été mal inspirés en imposant au Trésor une charge pareille, si onéreuse qu'elle fût; car leur ville fut à peu près la seule en Grèce qu'épargnèrent les révolutions sociales. On sait, au contraire, que partout ailleurs ce fléau se déchaîna avec une violence inouïe à partir du iii^ siècle. Les ouvriers des villes, qui étaient la partie la plus remuante de la population, participaient activement à tous ces troubles. Leur programme était très simple: il consistait à dépouiller les propriétaires et à s'emparer de leurs biens. A Athènes, on appauvri.ssait graduellement les riches par les lois fiscales ; dans les autres cités, on les ruinait d'un seul coup par la violence, La mesure était ici plus radicale, sans être cependant plus efficace. Les victimes, en effet, au lieu de se résigner à leur sort, n'avaient qu'un désir, c'était de recouvrer ce qu'on leur avait enlevé et de tirer vengeance des maux qu'elles avaient souiTefts. De là une suite

i. Voir p. 193-195.

a, Dhovsen, Histoire de fheUéniame, II, p. 73-"S(trad. fr.).

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