‹ La Main-d’Œuvre Étrangère dans l’Agriculture FrançaiseChapitre 18 sur 49 · en · texte numérisé non relu

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727.374 en 1882 588.950 en 1892 La raison en est que le nombre de jour de chômage ayant augmenté et leur salaire ayant diminué ils ne gagnaient plus assez pour entretenir une famille.

Leurs salaires en effet, avaient subi les va-riations suivantes :

HIVER ÉTÉ re Non House , Nour nas 1882 LÉGER 2 502 1198 EX 5 1892 1130 2104 1185 2194

Les fermiers qui avaient vu diminuer et dans des proportions assez importantes le taux du fermage n'avaient pas de raison de déserter.

parce qu'ils trouvaient jusqu’à un-certain point une compensation à la dépréciation des produits agricoles. C’est pour cette raison qu’au lieu de diminuer, leur nombre a augmenté.

Cette augmentation s’est continuée de nos jours et les servantes de ferme elles-mêmes ont vu leurs gages s'élever.

On pourrait être tenté de dire que la question des salaires n’est pas une cause de l’exode rural

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puisqu'ils ont augmenté sans discontinuer au moins depuis 1892. II ne faut pas oublier que cette augmentation est précisément une conséquence de l'exode rural, que si les ouvriers étaient restés aux champs, ils n’eussent pas augmenté, c’est peut-être le contraire qui eût été vrai Car du moment qu'on avait des machines à sa disposition, il était possible de réduire, comme nous le verrons, la main-d'œuvre ouvrière.

Mais pour les journaliers il ne suffit pas d’examiner le taux des salaires, il faut en outre tenir compte du chômage.

La durée du chômage est naturellement très variable suivant les régions. En dehors des dimanches et jours de fête il comporte en outre un certain nombre de jours pendant lesquels il n'y a rien à faire parce que la nature seule peut aider le végétal, et un certain nombre de jours où malgré qu’il y ait quelque chose à faire on ne peut pas travailler parce que les conditions météorologiques ne le permettent pas. Les travaux d'intérieur n’occupent que dans peu de cas les journaliers. Il résulte de l’enquête sur les salaires agricoles qu’en évaluant à 250 jours en moyenne le nombre de jours de travail pour un journalier on est à peu près dans la vérité: Si on fixe à 3fr. 25 en moyenne le salaire quotidien de ce travailleur on arrive à un gain annuel à peine supérieur à 800 francs En supposant que dans certain cas il arrive à 900 francs, ce qui est un maximum, on peut facilement se rendre compte des difficultés auxquelles se heurte le

prolétaire agricole pour se nourrir convenablement et élever une famille.

Il est encore nécessaire de faire remarquer à propos du chômage que l'exode d’un certain nombre d'ouvriers a eu pour conséquence de réduire le chômage de ceux qui restaient car toutes choses étant égales d’ailleurs le nombre d'ouvriers ayant diminué une même opération culturale dure plus longtemps à la propriété et retient par conséquent plus longtemps le journalier.

On dit quelquefois que la vie à la campagne est bien meilleur marché que dans les villes. C’est vrai très souvent, mais ce n’est pas toujours vrai. Dans les régions qui ne sont pas trop éloignées des grands centres il n’est pas rare que la différence entre les prix à la campagne et à la ville soit à peine sensible. Il est des denrées qui sont plus chères qu’à la ville et certains produits agricoles, mêmes ceux obtenu dans le pays sont souvent à peine meilleur marché. Ce sont encore des cas d'espèces qu'il y aurait lieu d’examiner. Enfin pour terminer on remarquera encore, car la remarque a sa valeur, que ces prix et la réduction du chômage n’ont été atteints que parce que la main-d'œuvre étant devenue rare les travailleurs ruraux isolés ou groupés ont pu avec plus de latitude débattre les conditions de travail avec les employeurs.

Les ouvriers agricoles n'avaient qu’à jeter les yeux sur ce qui se passait dans l’industrie, le commerce ou dans les services publics pour se

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rendre compte. qu'ils avaient intérêt à quitter le travail des champs pour aller à l'atelier, la boutique ou l'administration.

L’essor pris par l’industrie dans le courant du XIXe siècle paraît inimaginable tant il sort des limiles ordinaires dans lesquelles s’accomplit le progrès. Ce n’est pas une évolution, c’est une révolution.

Le nombre des ouvriers employés à l’exploitation des mines non compris ceux employés aux minières de fer, tourbières, marais salants, carrières (132.000 environ) est passé de 120.000 en 1875 à 216.000 en 1909, celui des ouvriers de la métallurgie de 55.507 en 1875 à 92.081 en

Les chemins de fer d'intérêt général occupaient 168.000 employés en 1875 et 330.439 en 1909, les chemins de fer d'intérêt local occupaient 6.243 employés en 1880 (l'annuaire statistique ne remonte pas plus loin) et 11.587 en

Comme on le voit toutes ces augmentations d'employés vont presque du simple au double : comme les salaires sont plus élevés, les risques de chômage moins grands les garanties plus nombreuses et comme aussi il y avait, même avant avant la loi générale des retraites ouvrières, des retraites assurées pour les ouvriers mineurs et les employés de chemins de fer, alors les ouvriers de la campagne ont répondu très nombreux à l’appel qui leur était adressé.

Les salaires, disons-nous, sont plus élevés:

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en effet, en 1909 (annuaire statistique de 1910) il a été donné 311.656.290 francs de salaire pour 63.137.871 journées de travail soit en moyenne 4 fr. 95 par journée de travail et 1440 fr. par ouvrier. La moyenne des indices des salaires moyens, compris ceux se rapportant aux femmes d’après les renseignements fournis par les Conseils de Prud'hommes et les maires ont été

En 1896 En 1901 En 1906 En 1911

Re CP Mie

par heure par jour | par heure par jour | par heure par jour | par heure par jour

PASSES 0:67.:6.97.: 0007126 :950--707 27-4196 07767027 Autres villes..! 0.36 3.85 | 0.58 3.92 | 0.41 4.10 | 0.42 4.22

On ne parviendra pas à arrêter le mouvement d’exode tant qu'il y aura les différentes que nous signalons entre la situation de l’ouvrief agricole et celle de l’ouvrier industriel. Dans la région orientale à la fois agricole et minière de l'arrondissement d’Aix, le petit exploitant est heureux et ne déserte pas ; mais nous connaissons des ouvriers agricoles d'hier qui travaillent aux mines de charbon déjà en exploitation ou à celles qu’on est en train de créer et qui ne le regrettent pas. Nous n'avons pas connaissance d’un ouvrier mineur quittant le pic pour reprendre comme journalier ou domestique les mancherons de la charrue. £

Sion examine Ce qui se passe dans le commerce nous trouvons une augmentation analogue à celle que nous avons trouvée dans l’industrie. Le nombre des commerçants ordinaires s’est accru considérablement. Le nombre des paten-

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tes est passé (annuaire statistique 1910) de 1.600.000 en chiffres ronds en 1875 à 1.861.000

en 1910 parmi lesquels les patentés du commerce ordinaire figurant au tableau A sont en 1910 au nombre de 1.476.935.

L’accroissement du nombre des boutiquiers est certainement moins réjouissant que celui du personnel occupé dans l’industrie surtout si l’on considère que parmi ceux qui ont ouvert boutique les débitants de boissons entrent pour une très grande part. Ainsi en 1875 leur nombré était de 342.622 et en 1910 il était monté à 477.899. Cependant il est nécessaire de faire remarquer que les ruraux devenus boutiquiers ne regrettent pas leur changement de profession d’uñe manière générale. Parmi les débitants de boissons les déserteurs des champs sont très nombreux ; ils forment certainement une très grosse majorité. La plupart ont commencé par tenir un petit débit de vins auquel ils ont progressivement annexé un débit de boissons diverses. De tous les boutiquiers et il est déso:+ Jant de la constater, ce sont ceux dont le succès est à l'avance le mieux assuré.

Le commerce occupait en 1906 1.259.666 personnes non compris les chômeurs au nombre de 29.790 et notre commerce extérieurs s'élevait pour le commerce général à 4 milliards, 462 millions en 1875 et à 9 milliards 102 millions en 1910. Ce développement de notre commerce ne pouvait pas aller sans une augmentation du personnel.

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Le développemnt des services publics a suivi une marche parallèle. On s'élève très souvent contre le développement du fonctionnarisme ; mais on oublie généralement de dire à quel fonctionnarisme s'adressent les critiques. Si, à juste titre quelquefois on s'élève contre l'extension de la bureaucratie administrative on ne devrait pas manquer de faire remarquer qu'il existe une Catégorie de fonctionnaires, celle des fonctionnaires actifs, dont le nombre ne s’est accru qu'en raison des besoins et nous ferons même remarquer sous Ce rapport que dans notre pays certains services publics font l’objet de quelques critiques parce que le nombre des fonctionnaires ne répond pas à l'intensité du besoin. Qui trouverait extraordinaire que le nombre des employés des postes et télégraphes, des employés de la voirie et des membres de l’enseignement pour rie citer que ceux-là, se soit accru dans de justes et parfois insuffisantes proportions ?

En 1882, il y avait en France, Algérie, Tunisie, en chiffres ronds 51.400 employés des P. T. lT. en 1909 il y en avait 111.000 ; nous passons du simple au double il est vrai, mais les recettes ont suivi la progression suivante

Postes Téléérapbes Téléphones 1882..| 128.103.883 fr. 29.399.000 fr. 15.373.000 fr.(en1890) 1910..| 273.783 .000 » 58.246.000 » 30.548.000 fr.

Qu'on n'oublie pas non plus qu'entre temps les tarifs ont été diminués ce qui représente un accroissement de travail supérieur à celui que

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les recettes permettraient de supposer. D'ailleurs la France est loin d’être au premier rang pour cet important service public puisqu'il ya un bureau pour 3.100 habitants (sans l'Algérie) tandis qu'il y en a un pour 1500 habitants en Allemagne, 1300 habitants aux Etats-Unis, 2800 en Autriche-Hongrie, 1.900 pour la Grande-Bretagne, par exemple.

On pourrait faire une démonstration analogue pour les différents services publics qui suivent en France un accroissement parallèle à celui de l'étranger, mais pas davantage.

Il a donc fallu en raison du développement des services public nécessaires faire appel à des employés et les travailleurs de la terre avec leurs enfants sont venus en grand nombre.

On s’évertue parfois à démontrer au rural qu'il est bien mieux ‘àl la] campagne ; mais le rural qui au fond connaît ses intérêts aussi bien que ceux qui entreprennent ‘de le convertir continue à solliciter des emplois dans les diverses administrations. « Sous la pression du sentiment d'insécurité qui le torture sans cesse, il se Jette avidement sur toutes les professions où il trouve des garanties pour son avenir et le pain de ses derniers jours ; c’est pour cette raison qu'il ne voit rien de plus beau que d’être facteur, employé de chemin de fer, douanier. Ce n’est pas la fonction ni même le traitement qui le séduisent, c’est la retraïte et il sacrifie tout pour décrocher cette timbale merveilleuse qui suffit à son bonheur » (1).

(1) Jules MÉLINE. Ouv. cité, p. 179.

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La timbale merveilleuse dont parle M. Méline a son importance. Aujourd’hui les salariés de l’agriculture sont sûrs d’avoir une retraite qui leur Q assurera le pain pour leurs vieux jours, mais l’industrie, le commerce et l’administration auront toujours un certain attrait pour le travailleur des champs. Comme le dit M. Grandeau il faut « fournir à cet ouvrier agricole un salaire mensuel suffisant et proportionnel à ses nécessités, afin qu'il ne soit plus incité, s’il en est capable, à rechercher à la ville ou dans les travaux de l’industrie et des fabriques un débouché plus lucratif. Recherches d’ailleurs très légiltimes et qui, bien plus que les séductions des centres manufacturiers ou urbains, comme on se plaît à le répéter, ont causé, à notre avis, la dépopulation des campagnes » (1).

On a très souvent dit et écrit que l’exode rural n'avait pas pour cause linfériorité des salaires agricoles :il n’est pas inutile de prouver le contraire non seulement avec des chiffres comme nous l’avons déjà fait, mais encore par des attestations d’agronomes qui très au courant des choses et des hommes de la terre peuvent en toute connaissance donner leur opinion. Après M.

Grandeau ,hous citerons M. Martial Laplaud, ingénieur agronome et agriculteur à la Trémouille qui, au Congrès de mécanique agricole tenu en 1911 a présenté un très intéressant rapport sur la main-d'œuvre rurale dans la Vienne

(2) Journal d'agriculture pratique. N° du 24 Septembre 1908, p. 395.

et la Haute-Vienne ; il termine par les considérations suivantes : « Quoi qu'on en dise et quoi qu'on fasse quand le travailleur des champs, qui est un homme comme les autres, voit qu'ailleurs on gagne plus que dans le métier qu'il fait, il abandonne son métier pour celui qui lui parait plus avantageux. Les discours ne changent: rien à l’état des bourses et au besoin des populations. Le cheminot, le gendarme, etc. sont bien logés, bien payés et jouissent d’une retraite à la fin de leurs jours..En est-il de même pour l'homme des champs ? Oui, dans certains cas, non, dans d’autres ; très souvent la disparition de la maind'œuvre rurale est une crise sociale et non pas seulement agricole. Ceux qui s’en vont, on ne les retiendra pas quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise » (1).

Enfin et pour nous résumer, nous terminerons par un extrait de l'enquête sur les salaires agricoles (2). « Que d’économiste se sont efforcés d'analyser les causes de l’exode rural ! L’attrait irrésistible des villes et de ses plaisirs, l’instruc- tion obligatoire et le service militaire ont été tour à tour mis en avant après tant d’autres causes, De même maints remèdes ont été successivement proposés et certains par exemple ont cru qu’il suffirait de vanter aux enfants les charmes et les avantages de la campagne pour enrayer le courant. On ne s'arrête pas plus aujourd'hui à ces causes secondaires de lexode rural qu'on

(1) Congrès de mécanique agricole, p. 32.

(2) Ouv. ciié, p. 408.

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ne croît à l'efficacité de pareils palliatifs. L’insuffisance des salaires et la fréquence du chômage à la campagne doivent être signalés comme les grands coupables ; aussi l'exode rural ne sera effectivement entravé qu'avec le relèvement des salaires, il prendra fin seulement quand l’ouvrier agricole touchera un salaire proportionnel à celui de l’ouvrier de l’industrie, c’est-à-dire quand il pourra vivre aussi largement à la campagne que son camarade vit à la ville et quand il sera en mesure ,de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille ».

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