PROVINCES |DENSITÉS| PROVINCES |DENSITÉS
PRÉRRS RRPRER ESA nee LIGNE ARS 227 Toscane ....... 112 Companie..... 205 Marches. 109 Lombardie ..... 199 Latium es 107 Vénéties. Arte 144 Calabre ses 93 Sicile Eric 143 ADLUZZES rte 86 Emile. te 129 Ombrie Te 71 PoOut ITS AT 118 Basilicate.:.... 47 Piémont... 117 Sardaigne...... 39
Sur 16 provinces, trois seulement ont une densité moindre que celle de la France.
L'Italie n’est pas un pays industriel à propre-
ment parler : il occupe sous ce rapport un rang inférieur parmi les pays d'Europe ; c’est un pays : essentiellement agricole. Le climat doux et lumineux de l'Italie en fait un pays admirablement situé en apparence au moins pour l’agriculture, mais la sècheresse y fait des ravages importants. Si l’on en excepte la plaine Lombarde, le sol très accidenté ne se prête guère à une culture intensive.
La mortalité reste en Italie très élevée ; les maladies déciment surtout les classes agricoles. La pellagre frappe 80 sujets par million d’habitants et conduit de nombreux fous pellagreux dans les asiles d’aliénés. La Malaria tue ou affaiblit un grand nombre d’Italien. Enfin les populations rurales italiennes sont dans une grande misère physiologique (1).
(1) G. BouraIN. La question Agrire en Italie. Rev. d’Ec. pol. Mars-Avril 1912.
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« Le pays étant peu industriel, (sauf dans les provinces du Nord), on éprouve spécialement dans les régions méridionales une difficulté de plus en plus grande à nourrir ce surcroît de population et on ne parvient pas à le retenir dans le pays, comme on a pu. Le faire en ‘Allemagne où le développement industriel et l'augmentation de la demande de main-d'œuvre ont été plus rapides encore que l'accroissement pourtant énorme de la population » (1).
Les Italiens souffrent en outre de crises agricoles et industrielles ; les tremblements de terre et les inondations ravagent de temps à autre des régions entières. « Salaires infimes, conditions hygiéniques déplorables, viabilité défectueuse, ignorance scandaleuse, désordres dans les administrations municipales, augmentation des impôts ; tels sont les maux au milieu desquels se débattent les populations méridionales ; se rendant bien compte que les mesures prises par les pouvoirs publics pour remédier à cette situation ne pourraient produire des effets immédiats, elles n’y ont vu qu’un seul remède : l’émigration » (2).
Il est curieux de remarquer combien on semble sous le rapport de l'hygiène alimentaire encore en retard en Italie. On parle toujours de la sobriété des travailleurs italiens : c’est comme un leit motiv qui revient dans presque tous les rapports de consuls. Dans l'ouvrage « Emigrazione e colonie » on peut lire à ce sujet un pas-
(1) et (2) C. FipeL. L’émigration italienne, p. 4 et 7.
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sage très intéressant. L'auteur y discute une étude de Voit sur la relation qui existe entre la ration alimentaire et la quantité de travail produite par le travailleur. D’après cette étude, la science sociale est conduite à dire « que le prolétariat italien à quelque zône de l'Italie qu’il appartienne est insuffisamment nourri et que par conséquent les ouvriers italiens disposent grâce à leur alimentation, de moins de force de travail et de moins de productivité que les Français ». (1) L’auteur met en doute cette théorie-et se demande pourquoi les prédispositions ataviques de la population, les conditions des lieux et des climats, la prédisposition dérivant des habitudes contractées et l’absence ou le moindre concours des forces délétères ne pourraient pas réduire la dose de substances chimiques et de calories nécessaires au travail, sans tenir compte en outre de quelque force vitale cachée (arcane forze vitali) qui peuvent déterminer les inégalités entre les individus qui composent les races humaines.
Quand de telles théories sont soutenues en haut lieu, il n’y a rien d’extraordinaire à ce que la masse ignorante reste dans un état de misère physiologique lamentable. En réalité ce qu’on appelle la sobriété italienne c'est un régime alimentaire très souvent débilitant et en tous cas absolument insuffisant pour permettre à un travailleur de produire pendant longtemps de la force-travail. Les hommes soumis à ce régime
(1) Emigrazione et Colonie. (Vol. 1, 1"e partie), édité par le Commissariat royal de l’émigration, p. 116.
sont voués à une ruine organique qui les conduit certainement à la tombe malgré la pureté du ciel et la douceur du climat. Sans méconnaître les vertus italiennes auxquelles il est bon de rendre un juste hommage, on peut faire remarquer que parfois l’on est sobre au sens où on l’entend ici, parce qu'on n'a pas les moyens de ne pas l'être et c’est certainement le cas d’un grand nombre d’ouvrier italiens ; il est utile d'ajouter aussi que le travail accompli par les salariés agricoles sous un climat enchanteur ne les pousse guère peut-être à l'absorption d'alcools que dans les régions septentrionales, on croit à tort, nécessaires, indispensables même, pour stimuler l'énergie du travailleur.
Mais il est incontestable que le prolétaire n’a pas son compte en Italie et que lorsqu'il peut s’alimenter d’une façon plus confortable, il le fait à l'instar de tous les travailleurs des diverses nationalités. Mais l'Italien, habitué à unf régime alimentaire insuffisant, comme on l’a vu, pourra, tout en l’améliorant, réaliser des économies, là où d’autres, les Français surtout, auraient des difficultés pour vivre. La qualité essentielle de l'Italien, c’est l'épargne qu’il pousse parfois jusqu ’àl'avarice, mais cest grâce à elle que peuvent vivre un grand nombre de ceux qui restent au pays.
La population paysanne italienne n'arrive à trouver le morceau de pain nécessaire à son alimentation qu’en se déplaçant pour aller le gagner dans d’autres régions au moment des grands
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travaux : de janvier à avril 1905, il 4 a eu 137 mille paysans en mouvement pour aller travailler dans d’autres provinces (1).
« Cette mobilité de la main-d'œuvre italienne qui pourrait-être un bien si les fluctuations de la main-d'œuvre cessaient d’être chaotiques, révèle l'impossibilité où se trouvent plusieurs régions de l'Italie de nourrir leurs enfants. Elle apparaît donc comme un nouveau symptôme de la misère qui pèse sur les classes agricoles. en Italie » (2).
Les conditions dans lesquelles vivent ces ouvriers agricoles ont amené la société « Umanitaria » de Milan, à faire une enquête qui a permis de faire les constatations suivantes : « Au point de vue hygiénique on peut reprocher à la rizière, la malaria qui frappe tous ceux qui y travaillent. D’autres inconvénients compromettent la.santé des travailleurs; et notamment l’obligation de rester longtemps courbés avec de l’eau à moitié des jambes nues, pendant que le soleil leur darde sur la tête et l’échine ; le mauvais état des dortoirs installés dans les cassines où, sur une paille qui n’est presque jamais renouvelée, hommes -et femmes dorment pêlemêle, exposés aux intempéries, au niveau d’un sol imprégné d'humidité ; le manque d’une nourriture forte et saine et souvent l’absence d’eau salubre... Au point de vue économique on se plaint d'un travail excessif, sans rémunération
(1) BaGziontr. Critica sociale du 16 mai 1911. (2) G. RouRGIN. Ouv. cité.
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correspondante et par dessus tout, du système appelé caporalalo, c’est-à-dire du système par lequel les propriétaires au lieu de s'adresser directement aux ouvriers, traitent avec des intermédiaires caporali de qui seuls dépendent les travailleurs embauchés. Ces intermédiaires tirent leur profit, outre ce que leur paient les propriétaires de l'exploitation systématique des ouvriers engagés par eux auxquels ils imposent des travaux supplémentaires non payés et auxquels ils fournissent une alimentation composeé de denrées toujours les mêmes et de qualité plus que médiocre » (1).
Dans l’Agro, M. Bourgin a fait des constatations analogues et il ajoute: « Les journaliers habitent dans des huttes de paile, de roseau et d'herbe sèche, parfois dans les ruines antiques ou dans des grottes creusées dans le sol, souvent groupés à raison de 150 personnes sous le même toit ; l’été on dort en plein champ sous une couverture tendue par des piquets ». Les impôts italiens sont très élevés et en disproportion avec le rendement agricole. Le technique agricole est en Italie, des plus rudimentaires : la grande propriété y fait l’objet d’une culture très extensive de sorte que les salaires y sont très bas : ils sont de 1 lire 20 l'hiver et de 4 en juillet pour les journaliers. L’ouvrier fixe a des salaires qui varient entre 1 lire 85 à 2 lires 50 et les femmes touchent de 1 lire 10 à 2 lires 50.
Les conclusions de ce qui précède sont que fatalement, le travailleur italien devait songer à
(1) VANDERVELDE, Ouv. cité, p. 170,
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émigrer : «Il est incontestable qu’en Italie la population est allée en augmentant dans une mesure non proportionnée à la puissance économique du pays, d’où un manque d'équilibre qui a produit un considérable désordre économique dans les provinces les moins prospères du royaume. L’inverse s’est produit en France où à la diminution en chiffres de la population a correspondu toujours une croissante prospérité du commerce et de l’industrie : d’où, tandis qu’en Italie, la moyenne des salaires avait tendanfge à baisser, en France ils allaient toujours croissant. C’est ce qui a attiré un bon nombre de travailleurs italiens qui, peu rémunérés dans leur pays natal, accouraient volontiers là, où on leur offrait des salaires plus élevés » (1).
L’émigration italienne que M. Cammareri- Scurti appelle pittoresquement «une hémorragie démographique », atteint des chiffres très élevés, mais tandis que pendant un certain nombre d'années, l’émigration était plus importante que l’émigration transocéanique, cette dernière a pris une importance plus grande depuis 1890 environ .Le tableau ci-dessous donnera un aperçu de ce mouvement d’émigration (2).
Pour l'Europe et autres Pays Pour les Pays
Années qu Dassin méditerranéen WransocÉaniques Totaux 1876 88.923 19.848 107.771 1880 86.643 33.258 T'Y OUE 1896 102.295 114.949 217.244 1900 186.279 166.503 392.782 1906 276.042 911.995 101901 1908 248.101 238.973 486.674
(1) L’Immigrazione italiana nel distretto consolare di Marsiglia. Ou. cité, p. 249.
(2) A. CABRINI. Emigrazione ed emigranti. p. 315.
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Nous avons cité l’année 1906 parce qu’elle a donné les chiffres les plus élevés et de beaucoup. L'année 1908 marque un recul mais en 1910 il part 348.741 individus pour les 2 Amériques et pour le seul premier semestre 160.016 Italiens se sont répandus en Europe. Maïs il W a entre les deux émigrations des différences qu'il est intéressant de signaler : les provinces les plus riches fournissent les émigrants d'Europe, les provinces les plus pauvres fournissent les émigrants d'Amérique. C’est ainsi que pour le premier semestre de l’année 1910 les deux courants d’émigration ont été de 160.016 individus pour l’Europe et 213.350 pour l’Amérique (1). Les provinces du Nord, le Piémont, la Ligurie, la Lombardie, la Vénétie, l’Emilie et la Toscane ont fourni 133.572 émigrants européens, soit plus des quatre cinquièmes du total, tandis qu’elles n'ont fourni que 36.637 émigrants transocéaniques, soit à peine plus d’un sixième du total.
M. Georges Bourgin dit que l’on estime à 73 Pb. cent, la part fournie par la catégorie paysanne. Cependant M. Cabrini ne l'estime qu'à 32,50 pb. cent en 1904 ; 35,71 p. cent en 1905 ; 36,16 p. cent en 1906 ; 33,64 p: cent en 1907 et 31,71 p. cent en 1908 (2). M. Camille Fidel dit qu’en 1907 et pendant les années précédentes, les agriculteurs ont fourni le plus fort contingent, tandis qu’en 1908 ce sont les journaliers: il est d'accord en cela avec M. Cabrini qui donne pour ces der-
(1) G. BAGLENOI. Per una saggia politica prolétaria dei trasporti, Critica sociale. 16 mai 1911.
(2) Ouv. ciié, p. 319.
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niers la proportion de 28,96 p. cent de journaliers en 1907 et 31,83 p. cent en 1908.
Quels que soit les chiffres que l’on admette, les agriculteurs, on le voit, fournissent une proportion d’émigrants très élevée. L'âge et le sexe des émigrants sont également très importants à retenir. Le tableau suivant de M. Cabrini pré-
sente un certain intérêt : | Mineurs Partis en Ames Hommes Femmes dels ans Partis seuls famille
En moyenne il y. a sur 100 émigrants, 82 hommes et 10 mineurs de 15 ans. Enfin sur 100 émigrants, 20 seulement partent en famille. La France elle seule a recu 63.105 italiens en 1907-et 57.702 en 1908 (d’après A. Cabrini).
Il est utile de rechercher maintenant les caractères de cette émigration : est-elle permanent ou temporaire ? Comme le fait justement remarquer M. Cabrini, naturellement ces termes ont une valeur relative et non ab$solue. Il entend} par émigration permanente celle qui doit durer trois ou quatre ans. L’émigration européenne est surtout temporaire ; on l’a définie « une espèce de prolongement des migrations internes » analogues à celles qu'accomiblissent les travailleurs agricoles et qui consiste à fournir chaque année en dehors de l'Italie une main-d'œuvre saisonnière. Il est assez difficile de se rendre compte de l'importance relative de l’émigration temporaire et de l’émigration permanente. Comme on le verra plus loin la déclaration de résidence est
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une simple mesure de police qui ne peut pas faire connaître l’intention de l'Italien. Au départ on peut supposer qu’un homme ou une famille part définitivement s’il réalise tout son avoir, vend ses propriétés par exemple. Un homme qui laisse sa famille retournera certainement au pays ; celui qui part avec femme et enfants, très souvent ne retourne pas, surtout s’il trouve une occupation permanente. Les provinces du Nord sont infiniment mieux placées que celles du Sud pour fournir la main-d'œuvre saisonnière. Elles sont plus rapprochées des pays d'Europe, ce qui est un facteur important car on se déplace quelquefois à pied. Les populations du Nord sont moins pauvres que celles du Sud de l'Italie et peuvent par conséquent, se déplacer temporairement pour aller chercher à l'étranger un complément de subsides financiers. Enfin nous disons que l’émigration européenne n'étant pas protégée officiellement comme l’émigration transocéanique, les populations malheureuses du Sud italien peuvent moins que les autres se mettre en quête en Europe d’un travail qu’on peut ne pas trouver immédiatement. Et en effet, ce sont bien les Italiens du Nord que nous avons en France et la plupart de ces travailleurs immigrent temporairement. Ils sont attirés par les salaires plus élevés qu’on donne aux travailleurs ruraux et aussi par la similitude de langue, de sentiments et de mœurs. M. Burdesce, le vice- Consul du Var, dit par exemple au sujet de l’immigration italienne dans ce département, qu'elle
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a pour causes en outre des causes indiquées plus haut «les facilités des communications etle prix ininime du voyage (9fr. 60 de Vintimille à Toulon), l’absolue communion d'idées et de sentiments, la facilité pour les Piémontais d'apprendre le dialecte parlé dans le Var ». Les Italiens se rendent en France «presque sans se rendre compte qu'il existe une frontière ». « Pour les Piémontais, la Savoie est comme un prolongement de sa propre terre, il y vient avec la même facilité et de la même manière que dans tout autre partie du royaume où le demandait son travail » (1). On vient en effet avec facilité d'Italie en France : en chemin de fer, on entre en France par la voie de Vintimille et de Modane ; mais les voyages à pied sont encore très nombreux. On vient dans notre pays non seulement de la frontière franco-italienne, mais on s'y déverse aussi quand on n’a pas trouvé d'ouvrage en Suisse ou en Allemagne. L’attrait de notre pays s’explique en outre par la similitude des langues : on parle un français très pur dans la vallée d’Aoste et comme la chose a déjà été dite, les Italiens du nord sont facilement compris dès leur arrivée dans toute la Provence et le Comté de Nice.
Il est difficile de se faire une idée exacte de l'immigration saisonnière en France. Il échappe aux statistiques italiennes un nombre considérable d’émigrants qui ne viennent en France
(1) Gli operai Italiani nel distretto consolare di Chambéry. Ouv. cité, p. 237 et 238.
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que pour un temps très court. C’est ainsi que pour la campagne oléïicole comme pour la campagne ivinicole qui ne durent que quelques sem'aines, les immigrants italiens viennent très nombreux. C’est presque par trains complets qu’on fait venir des vendangeurs italiens pour une période qui excède rarement un mois ; au moment de la récolte des fleurs et des fruits, femmes et enfants arrivent en caravanes sur le littoral méditerranéen : les statistiques les mieux faites ne peuvent saisir ces mouvements très importants mais de très courte durée.
C’est cependant cette main-d'œuvre qui présente pour notre pays un intérêt tellement grand qu’on la considère comme absolument indispensable à l’agriculture méridionale.
SIIIL. — Causes et importance de l’immigration des ouvriers agricoles espagnols
L'Espagne est un des pays les moins peuplés d'Europe. La densité de sa population atteint à peine le chiffre de 38 habitants par kilomètre carré. L’excédent des naissances sur les décès a été en 1909 de 920 unités, mais l’émigration atteint le chiffre de 677 par 100.000 habitants.
La population a subi en Espagne l’augmenta-
tion suivante :
Nombre d'habitants
Périodes en milliers Densités 1797-1805 10.541 21 1856-1865 15.674 91 1896-1905 18.608 37
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L'Espagne est l’un des pays d'Europe où les naissances atteignent les chiffres les plus élevés : elles ont été de 3260 enfants vivants en 1909 pour 100.000 habitants ; mais les décès, mortsnés non compris, sont également très nombreux puisqu'ils se sont élevés à 2340 : sous ce rapport comme sous celui des naissances ,l'Espagne arrive presque en tête des Etats européens. C’est qu’au point de vue de l'instruction comme de l'hygiène, l'Espagne est un pays très en retard : il ya en effet 2 illetrés sur 3 habitants, soit plus exactement, 12.400.000 illettrés contre 6.227.000 individus sachant lire et écrire. IL est vrai que le budget de l’Instruction publique est doté seulement de 50 millions et que l'obligation scolaire n'est pas assurée.
L'Espagne est admirablement dotée: ses richgesses minières sont des plus abondantes, son climat, exceptionnellement beau, lui permet de faire des cultures qui comptent parmi les plus rémunératrices comme la culture des fruits, des primeurs et des vins de qualité ; mais l'Espagne est au point de vue économique au moins un pays déchu : « Sans agression du dehors et par le seul effet de la décadence intérieure, la nation déclina dans le monde avec une rapidité sans exemple. Après l’expulsion des Maures, les citoyens les plus industrieux de la contrée, toute activité s’éteignit » (1). On avait pris l’habitude de se faire nourrir par les Colonies et quand ces dernières cessèrent de nourrir la mère-patrie
(1) Elisée Reclus. Nouvelle Géographie universelle, p. 704,
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« fous ceux qui s'étaient accoutumés à la paresse durent vivre par la mendicité bureaucratique plus basse et plus dissolvante encore ».
Au point de vue agricole l'Espagne est très en retard. Des surfaces immenses sont laissées incultes. Dans la basse Estramadure on trouve des pâturages à perte de vue sans un arbre. Dans le district de Badajoz, au commencement du.
XIXe siècle, on trouvait « des terres tout à fait incultes quoique très fertiles naturellement » sur une superficie de plus de 5000 kilomètres carrés. « Un demi-million d'hommes eût vécu à l’aise dans un désert ».
Par suite du déboisement intensif, d’immenses étendues de terre se trouvent exposées à la sècheresse et par moments aux inondations. La haine de l'Espagne contre les arbres a été telle que là où il y avait d'immenses et superbes forêts on ne trouve aujourd'hui que la plaine absolument nue ef au point que d’après un pro:
verbe « l’alouette traversant les Castilles doit emporter son grain ». Le résultat de ce déboisement a été la transformation profonde du climat sur le plateau Castillan qui est aujourd’hui essentiellement continental : très froid lhiver, très chaud l’été « Trois mois d'hiver, neuf mois d'enfer » dit un proverbe.
De nos jours encore, une grande partie de la péninsule ibérique est inculte. L'Estramadure, J’Aragon et la Nouvelle Castille font seulement un peu d'élevage. L'élevage du mouton fut un fléau pour lEspagne.Les troupeaux de brebis appartenant à la race mérinos se composaient
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de 10.000 animaux : ils avaient chacun un majoral assisté d’un rabadan à la tête d’un groupe formé de 1000 à 1200 bêtes. Ils traversaient. une grande partie de l'Espagne et les grandes maisons princières et les communautés religieuses possesseurs de troupeaux s'étaient attribuées des privilèges excessifs comme celui de pouvoir passer partout : il était défendu d’enclore les champs et la « mesta » ou corporation qui possédait les troupeaux pouvait même interdire les cultures. Les méfaits de la bête « féroce » ont été tels qu'aujourd'hui encore malgré que ces exorbitants privilèges aient été abolis l'Espagne a beaucoup de peine pour reconquérir son rang économique parmi les nations de l’Europe.
L'Espagne produit des céréales en assez grandes quantités mais elle doit cependant acheter pour 50 millions-de pesetas de blé. Elle peut produire des fruits de toutes sortes : elle commence à s'organiser quelque peu ; mais il semble bien que les moyens d'aboutir lui font défaut : « L’Espagne est un pays bien doué pour le développement de la richesse agricole mais où la mise en œuvre n est pas digne de l’aptitude naturelle. La faute n’en est pas seulement imputable comme on le croit souvent à la nonchalence des des hommes ; mais après plusieurs siècles d’épreuves de toute nature, ce pays ne renferme pas les éléments de richesse acquise, les capitaug sans lesquels les progrès sont impossible en notre siècle , les réformes presque impraticables » (1).
(@) Dusois el KERGoMARD. Géographie Economique, p. 347.
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Les capitaux étrangers sont indispensables à l'Espagne : la France est le pays qui contribue le plus largement au développement économique de sa sœur latine. L'enquête du Ministère des Affaires étrangères en 1901, a montré que les capitaux français s’élevaient en Espagne au chiffre de 2.974 millions ; on est sans doute au-dessous de la vérité en disant que la France a aujourd’hui plus de trois milliards engagés en Espagne » (1). |
Il semble qu’on veuille donner une impulsion à l’agriculture espagnole. Les plaies de l’'Espagne actuelle sont le phylloxéra, les inondations et la sècheresse. Il faut reconstituer le vignoble et les procédés sont connus. Pour lutter contre la sècheresse et les inondations il faut procéder au reboisement progressif et c’est ce qu'on à commencer de faire : il faut en outre adopter upe politique hydraulique. Un plan général dressé en 1906 prévoit la construction de 10 barrages-réservoirs destinés à éviter les inondations et à remédier à la sècheresse. Certains pourraient contenir plus de 100 millions de mètres cubes. On pourrait de la sorte fertiliser plusieurs centaines de millions d'hectares. Ce sont des projets qui seraient excellents pour coloniser l'Espagne ; mais il semble que l'Espagne inconsolable de la perte de ses colonies ait aujourd’hui comme préoccupation plutôt d'en créer d’autres que de tirer de son propre sol les richesses qui s’y trouvent enfouies.
(2) Victor LourTies. Relalions commerciales entre la France el l'Espagne, p. 114.
140 {re PART. — LA SOLUTION
En réalité la misère est extrême en Espagne.
Sur une population de 18.618.086 habitants, il y a un nombre considérable d’oisif, « plus considérable dans ce pays favorisé à tout point de vue par la nature que dans la plupart des nations européennes » (1). Il y a près de 100.000 ecclésiastiques, 1 pour 180 habitants, un grand nombre de rentiers et plus de 40.000 mendiants de profession.
« Sous le ciel d'azur de l'Espagne la vie est infiniment douce. Avec deux réaux, un homme a Pour tout un jour du tabac, du pain et des oignons. La belle eau claire ne coûte rien et le reste pas beaucoup » (2).
Fort heureusement il y a en Espagne encore beaucoup de gens qui nese contentent pas de cette vie de mendiant. Il ya des travailleurs dont la situation est des plus précaires et parmi ces travailleurs nous citerons les travailleurs agricoles. « L'enquête de 1902-1905 sur les conditions de l’ouvrier agricole a révélé sa situation très précaire qui devrait faire l’objet de la sollicitude gouvernementale. Il y aurait là encore un excellent moyen d'augmenter la superficie des terres cultivées sans combpter les avantages spéciaux que l’on retirerait des mesures protectrices à l’égard de la population rurale » (3).
C’est ainsi que dans la province de Huesca, où sévit la crise phylloxérique, les salaires sont les suivants :
( Victor LourrTies. Ouv. cité, p. 125.
(2) Gaston Rourier. L'industrie et le commerce de l'Espagne. (3) Victor LoURTIES. Ouv. cité, p. 128.
2me PART. — LA SOLUTION 141
Chef muletier......... 400 pesetas et la nourriture, soit 800 pesetas environ Ouvrier ordinaire (Ne0l) 600 — en tout Journaliers =: 2 — parjour en automne, 1.50 à 1.75 8D hiver
L'été, au moment des moissons, ils peuvent gagner 9 à 6 pesetas et 2,50 en juillet et août pour les battages.
Seulement la vie n’y est pas bon marché car l'Espagne a des tarifs protecteurs très élevés et « le consommateur exploité n’a même pas la maigre consolation d'enrichir toujours des industriels espagnols, car le nombre des industriels étrangers qui s’établissent en Espagne à l'abri des murailles de douane élevées contre eux, augmente de jour en jour » (1).
Si l’on ajoute à ces considérations économiques des considérations d'ordre politique si l’on songe au peu deliberté dont on jouit dans Ce pays, on se rend alors un compte exact des raisons irrésistibles qui chassent en grand nombre les Espagnols de leur pays.
L’émigration a atteint des chiffres assez variables, elle a été de : (2)
| 121.000 en 1889 67.000 en 1890