‹ La Main-d’Œuvre Étrangère dans l’Agriculture FrançaiseChapitre 27 sur 49 · en · texte numérisé non relu

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Il ne s’agit ici que de l’émigration contrôlée,

(1) Victor LourTIEs. Ouv. cité, p. 132.

(2) Annuaire statistique.

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c’est-à-dire celle qui s'effectue par les ports espagnols ; il part pour l'Amérique un certain nombre d'Espagnols par Bordeaux, et enfin il en vient un grand nombre en France pour les travaux agricoles pendant une saison ou pour toujours.

« L’émigration espagnole a pris, dans quelaues régions, le caractère de l'exode en masse d'un village ou d’une ville. Un village. entier Boada, est passé en Amérique, municipalité en tête. Béjar (Salamanque) ville industrielle de 9.006 âmes :a sollicité des républiques latines d'Amérique du Sud, les moyens d’émigrer pour. établir là-bas, sa célèbre manufacture de de draps » (1).

On émigre d’un peu partout en Espagne, car aux raisons de s’expatrier que nous avons données ci-dessus, il faut ajouter que les charges fiscales pèsent lourdement sur les épaules des travailleurs espagnols et que les exigences des gros patrons sont un peu exagérées.

Il résulte des renseignements qu'ontbien voulu nous fournir les Consuls de France auxquels nous nous sommes adressé, que la Catalogne étant particulièrement développée au point de vue industriel et agricole, les habitants ne sogent pas trop à émigrer parce qu'ils trouvent sur place des salaires suffisants, soit dans les usines, soit dans les exploitations agricoles. Toutefois, il est un certain nombre d'ouvriers agricoles qui, chaque année, cherchent à s’'employer

(4) Dugois et KeRGOMARD, p, 347,

et d'. Gén CCE er €

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en France pour la période de la moisson et des vendanges.

Du pays basque espagnol, (province de Viscaya et Guipuzcoa) on part pour l'Amérique du Sud et Cuba où l’on est sûr de trouver des compatriotes et où en tous cas on ne se trouve pas dépaysé parce qu'on parle la langue du pays.

L’Argentine a notamment un attrait particulier pour les populations agricoles du pays Basque espagnol. On s’embarque surtout à Bilbao, Santander, la Corogne et Vigo. Quand on redoute des difficultés du service d’émigration on vient s’embarquer à Bordeaux.

Les départements des Basses-Pyrénées, des Hautes-Pyrénées et de la Haute-Garonne, limitrophes de la Navarre et de l’Aragon reçoivent un certain nombre de travailleurs agricoles ou terrassiers ; mais il est difficile d'évaluer leur nombre.

Le gouvernement Espagnol ému d’une pareille hémorrhagie démographique contrairement à ce qu'a fait l'Italie, a essayé d’enrayer l’émigration. Par la loi du 21 décembre 1907 sur l’émigration, il interdit les agences d’émigration et toute propagande pour l’émigration collective. Le règlement du 30 avril 1908 est venu fixer les conditions d'application de la loi. En apparence, cette loi ne vise que l’émigration transocéani nique et appelle émigrant celui qui part pour l'Amérique, l'Océanie ou l’Asie en troisième classe ou classe correspondante ; mais èn réalité c’est l'émigration en général qu'on a voulu atteindre

dans la mesure stricte où le droit des gens ne permet pas de l’interdire. La sanction est la prison correctionnelle. Cependant les effets de la loi ne sont pas ce qu'on en attendait : l'Espagnol qui sent qu'il ne peut pas vivre chez lui, part pour travailler dans un autre pays. Il part pour les pays de langue espagnole, pour lAlgérie et pour la France: bientôt on videra officielle£ ment l'Espagne en appelant les travailleurs espagnols au Maroc. |

$S IV. - Causes et importance de l’immigration des ouvriers agricoles Polonais

Les Polonais, malgré la disparition de leur patrie de la carte d'Europe, forment une nationalité à laquelle ni les brutalités, ni les violations flagrantes du droit des gens, n’ont pu faire perdre un seul de ses caractères distinctifs. Ils vivent très nombreux dans une région où l’industrie se développe à peine et où l’agriculture se trouve encore beaucoup en retard. Les Polonais forment une nation très prolifique : les familles nombreuses sont en effet la règle en Pologne.

Les Polonais Allemands, dans les Etats Allemands envirronants trouvent du travail en abondance dans les fermes à betterave, d'avril à novembre. L'industrie sucrière en occupe aussi beaucoup. Dans « l'enquête sur la culture de la

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betterave à sucre en Allemagne, en Autriche- Hongrie et en Belgique », faite en 1910, M. Emi-

Je Saillard, ingénieur-agronome, expose les con-

ditions de la main-d'œuvre dans les grandes propriétés de la Prusse Rhénane, le Hanovre, la Saxe, le Mechlembourg, où on occupe des Polonais allemands et dans la Silésie où on emploie des Polonais allemands et des Polonais russes. Il ressort de cette étude que les ouvriers polonais sont par bandes nombreuses occupés à la culture de la betterave sous la conduite permanente d’un surveillant. Les ouvriers à l’année dans quelques grandes fermes ont une petite maison avec dépendances et une petite étendue de terre. Les ouvriers de saison sont logés dans des casernes à deux étages ou des baraques à un étage avec chambres séparées pour les ouvriers mariés. Ces ouvriers de saison reçoivent des pommes de terre, du laït, de la farine, etc.

Dans la province de Saxe, ils reçoivent en outre les salaires suivants pour le travail de la journée :

a) Pour les hommes qui peuvent faucher. 2 fr. 19 par jour

b) Pour les jeunes gens qui peuvent conduire les bœufs, les chevaux ..... Afr 87 — c) Pour les jeunes filles au-dessus de 16 ans

et jeunes gens au-dessus de 15 ans... Afr.56 —

Au moment de la récolte, les salaires sont majorés de Of. 30 par jour pendant quatre semaines.

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Les travaux à forfait sont rémunérés de la façon suivante :

Pour le ler binage des betteraves...... 9 fr. par hectare Pour la mise en bouquets et le binage. 9 fr. =

Démariage (à la journée)

Pour le 2e binäge à Ja: main..." A1 fr 25 — — 3e. — RÉ tRere 11 fr 25 r& AS CN Fa EE EOT RE ISERE

Pour l’arrachage à la main, le décolletage, la mise en tas des feuil'es, la mise en tas des beiteraves, le recouvrement des tas de betteraves de 1/Spiedrdenterre.- Lane nee 47 fr 20 —

Il y a de plus une caisse pour les invalides, pour les accidents et pour la pension de retraite. En définitive, à ne voir que les renseignements d'ordre matériel qui sont donnés par l'enquête de M. Emile Saillard, on ne.peut pas dire que les ouvriers polonais employés dans ces régions, vivent dans des conditions vraiment mauvaises. On ne se plaint pas d'eux : dans une ferme, près de Rostock (Mecklembourg) «M. G.… dit que ses ouvriers polonais sont en général, laborieux, honnêtes, sobres et économes. Il faut néanmoins toujours surveiller les travaux qu’on leur confie. C’est l’œuvre du surveillant qui, pendant les binages à la main, par exembple, suit le travail de 25 à 30 femmes » (1).

Mais la main-d'œuvre polonaise se raréfie cependant. «II est assez curieux de voir que les

(1) Emile SaILLARD. Ouv. cité, p. 62.

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fermes de Pologne sont obligées de faire venir de la main-d'œuvre étrangère alors que tant d'ouvriers polonais vont chercher du travail en dehors de leur pays », dit M. E. Saillard, qui a étudié en technicien la culture de la betterave sans s’occuper du côté social de la question. L’explication de l'exode polonais, nous la trouvons en partie dans la description qu’en fait K. Kautsky, d’après le docteur Karger. Voici ce que dit à ce sujet Kautsky dans la Politique agraire du Parti socialiste (p. 96) « Ecoutons un témoin nullement suspect, l’ardent panégyriste des ouvriers nomades en Saxe, aussi ardent que le comporte l'institution, le docteur Kärger :

« Les ouvriers sont racolés par des agents qui présentent une analogie étonnante avec l’entrepreneur des ouvriers anglais (le gangmeister). Le racolage se fait dans les auberges à l’aide de toutes les supercheries imaginables. « Le racoleur, quand il a à faire avec des gens très bornés, étale à leur yeux le timbre du contrat pour leur faire croire qu'il est approuvé par les autorités, il engage d'avance, s’il lui est possible, un homme de confiance influent, allemand ou polonais qui se trouve parmi les premiers, pour leur persuader d'accepter le contrat qu’il signe le premier. re

« Il arrive malheureusement dans les villages où l’on parle polonais, que les agents promettent aux gens des conditions meilleures que celles que renferme le contrat. »

Mais ce n’est pas tout, et d’après le docteur

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Kärger (nullement suspect) l'agent racoleur qui les surveille continue son métier d’escroc. C’est ainsi que les ouvriers sont obligés d'acheter chez le marchand de l’agent et que ce dernier retient une partie des salaires au moment de leur distribution.

Mais «le travail est pénible, la journée d’une longueur démesurée ». D’après le contrat elle commence à 5 heures du matin et finit à 7 b.

du soir avec deux d'interruption pour les repas. « Les jeunes filles, par conséquent, s’échinent plus de quatorze heures et c’est avec ardeur qu'elles travaillent ». Le « maudit schnaps » permet d'obtenir des heures supplémentaires.

« Comme on le voit les schnaps prussiens sont, pour le hobereau, une source de profit, non seulement comme marchandise mais aussi comme objet de consommation ».

Cependant les casernes et les baraquements dont nous parlions précedemment ne se rencontrent pas partout. Kautsky cite un passage de Weber, « Dans la Prusse occidentale ce sont des baraques des écuries ,des granges vides dans lesquelles on couche dix ouvriers et même davantages. On ne voit pas bien si les sexes sont séparés, les jeunes filles forment la moitié, les deux tiers ,;quelquefois même une plus forte proportion du nombre total des ouvriers » Weber a déjà dit en parlant des logements réservés aux ouvriers en garni : « Il faut que la famille partage avec les ouvriers étrangers sa chambre d’habitation et sa chambre à coucher » (1).

(1) KauTsky. Ouv. cité, p. 100,

SE D RER AN SE EEE QE | p 9-08

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Les résultats d’une pareille promis-cuité ne se font pas attendre : le nombre des jeunes filles séduites est considérable. M. Kärger n’est pas d'avis qu'on interdise le travail ambulant aux ieunes filles mineures : « La proposition d’interdire tout éloignement de la maison paternelle aux jeunes filles mineures a pour origine l’espoir de voir diminuer les dangers de la dépravation. Mais je crois que cette mesure ne diminuera que très peu le nombre des jeunes filles jetant leur bonnet par dessus les moulins, puisque la jeune fille qui aura vécu sous la surveillance des parents sans être victime de la séduction jusqu'à vingt et un ans, n’y résistera pas mieux une fois lancée dans le monde que celle qui y a été jetée plus: jeune ». On ne pouvait certainement pas donner une raison plus mauvaise.

Mais les Polonais ont d’autres raisons pour fuir les exploitations allemandes et surtout les fermes prussiennes dans lesquelles ils se rendaient en nombre de 300.000 : c’est qu'ils ysont traités comme des esclaves. Les Allemands qui n’ont pas encore réussi à faire oublier leur ancienne patrie aux Polonais du Grand-Duché de Posen les persécutent de la façon la plus odieuse. Les brutalités fes plus indignes sont commises sur la personne des travailleurs polonais, on leur défend de se dire bonjour dans la langue maternelle ; on poursuit tout ce qui peut rap- peler la langue polonaise : inscriptions et enseignes ; on interdit les réunions scientifiques po-

150 {re PART. — LA SOLUTION

lonaises ; on boycotte les commerçants polonais elipar simple Hécret on décide l'expulsion des polonais de leurs propriétés que l’on attribue sans autre formalité à des Prussiens. Les patriotes polonais justement exaspérés cherchent une revanche sur le terrain économique : on boycotte les produits allemands et comme lindustrie et l’agriculture allemandes ont grand besoin de la main-d'œuvre polonaise, on s'efforce de diriger vers d’autres pays et notamment vers la:

France, les travailleurs polonais qui s’expatrient pour une saison ou pour toujours.

La haine de l'Allemand est tellement forte en Pologne, que l’on veut éviter de faire gagner quoique ce soit aux oppresseurs des Polonais: on évite quand on le peut, d'emprunter les chemins de fer allemands, au risque de payer plus cher et la sympathie pour notre pays est telle, qu’il seraît extrêmement facile d'attirer entièrement à l’industrie et au commerce français la totalité de la clientèle polonaise. Les Polonais sont relativement nombreux en France. Les statistiques sont muettes à leur sujet parce qu'ils y ffgurent sous les dénominations d’Allemands, d’Autrichiens et de Russes : mais les noms d’origine polonaise sont assez répandus.

Les travailleurs agricoles, cependant, se sont dirigés surtout vers les deux Amériques. Les Etats-Unis offrant plus particulièrement un Champ favorable, les Polonais y sont allés nombreux. Dans la période de 1899 à 1903, le nom-

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bre des immigrants polonais s’éleva en moyenne à 62.055 se décomposant ainsi :

36.810 agriculteurs ; 25.245 travailleurs de diverses professions (1).

Après les Italiens et les Hébreux ce sont les Polonais qui fournissent le plus fort contingent.

Depuis quelques années on a songé à diriger sur la Franec une partie des émigrants polonais comme il l’a déjà été dit De nombreux essais ont été tentés dans ces dernières années : les ouvriers agricoles polonais se sont répandus dans un grand nombre de départements français.

L'œuvre en est à son début : on verra un peu plus loin ce qu'il y a lieu de faire pour donner à cette tentative toute l'importance et touts les conséquences désirables.

$ V. — Causes et importance de l’immigration des ouvriers agricoles de diverses nationalités

En dehors des Belges, des Italiens, des Espagnols et des Polonais, il vient en France des ouvriers agricoles de divers pays.

C’est plutot à raison de leurs aptitudes spéciales que l’on recherche ces ouvriers, les Suisses et les Hollandais, par exemple. L’émigration: Suisse n’est pas très importante. Pour les pays d'outre-mer, elle a été de :

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