‹ La Main enchantéeChapitre 23 sur 37 · LE CHATEAU-GAILLARD · texte numérisé non relu

LE CHATEAU-GAILLARD

Le jeune marchand drapier, se réveillant, se trouva ' tout dégrisé de son courage de la veille» Il ne fit point difficulté de s^avouer qu41 avait été très ridicule en proposant un duel à Tarquebusier, lui qui ne savait manier d'autre arme que la demi-aune, dont il s'était escrimé souvent, du temps de son apprentissage, avec ses compagnons, dans le clos des Chartreux»

Partant, il ne tarda guère à prendre la ferme résolution de rester chez lui et de laisser son adversaire promener son béjaune dans le Pré-aux-CIercs, en se balançant sur ses pieds comme un oison bridé*

Quand Fheure fut passée, il se leva, ouvrit sa boutique et ne parla point à sa femme de la scène de la veille, comme elle évita, de son côté, d'y faire la moindre allusion» Ils déjeunèrent silencieusement; après quoi Javotte alla, comme à Fordinaire, s'établir sous le parapluie rouge, laissant son mari occupé, avec sa servante, à visiter une pièce de drap et à en marquer les défauts ♦ Il faut bien dire qu'il tournait souvent les yeux vers la porte, et tremblait à chaque instant que son redoutable parent ne vint lui reprocher sa couardise et son manque de parole» Or, vers huit heures et demie, il aperçut de loin l'uniforme de l'arquebusier poindre sous la galerie des piliers, encore baignée d'ombre, comme un reître de Rembrandt qui luit par trois paillettes, celle du morion, celle du haubert et celle du nez; funeste apparition qui s'agrandissait et s'éclaircissait rapidement, et dont le pas métallique semblait battre chaque minute de la dernière heure du drapier»

Mais le même uniforme ne recouvrait point le même m.oule, et, pour parler plus simplement, c'était un militaire compagnon de l'autre, qui s'arrêta devant la boutique d'Eustache, remis à grand'peine de sa frayeur, et lui adressa la parole d'un ton très calme et très civil»

Il lui fit connaître d'abord que son adversaire.

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