LES GREGUES DU MAGISTRAT
TOUT ceci étant déduit , je crois qu^il est Fheure de tirer la toile et^ suivant Tusage de nos anciennes comédies t de donner un coup de pied par derrière à mons le Prologue, qui devient outrageusement prolixe, au point que les chandelles ont été déjà trois fois mouchées depuis son exorde* Qu^il se hâte donc de terminer, comme Bruscambille, en conjurant les
spectateurs « de nettoyer les imperfections de son dire avec les époussettes de leur humanité, et de recevoir un clystère dVxcuses aux intestins de leur impatience » ; et voilà qui est dit, et Faction va commencer ♦
C^est dans une assez grande salle , sombre et boisée ♦ Le vieux magistrat , assis dans un large fauteuil sculpté , à pieds tortust dont le dossier est vêtu de sa chemisette de damas à franges , essaye une paire de grègues bouffantes toutes neuves que lui vient d'apporter Eustache Bouteroue, apprenti de maître Goubard, drapier-chaussetier» Maître Chevassut, en nouant ses aiguillettes t se lève et se rassied successivement , adressant par intervalles la parole au jeune homme , qui, roide comme un saint de pierre, a pris place, d'après son invitation, sur le coin d'un escabeau, et qui le regarde avec hésitation et timidités
— Hum ! celles-là ont fait leur temps 1 dit-il en poussant du pied les vieilles grègues qu'il venait de quitter; elles montraient la corde comme une ordonnance prohibitive de la prévôté; et puis, tous les morceaux se disaient adieu»^» un adieu déchirant!
Le facétieux magistrat releva cependant encore l'ancien vêtement nécessaire pour y prendre sa bourse, dont il répandit quelques pièces dans sa main»
— Il est sûr, poursuivit-il, que nous autres gens de loi faisons de nos vêtements un très durable usage, à cause de la robe sous laquelle nous les portons aussi longtemps que le tissu résiste et que les coutures gardent leur sérieux; c'est pourquoi, et comme il faut que chacun vive, même les voleurs, et partant les