SCENE III
HUBERTIN dans le lit, FRANGINE, puis MASSENAY.
FRANGINE, sortant sans lumière du cabinet de toilette et se dirigeant vers le lit tout eu continuant de parler à Massenay qui est dans la coulisse.
Je vais voir! il doit être tombé sur le lit!
Arrivée au lit, elle 1 explore à tâtons et rencontre le corps d'Hubertin.
HUBERTIN, sur le ton émoustillé.
Aoh ! Gaby, what are you doing !
FRANGINE, poussant un cri strident.
Ail! (So sauvant éperdue.) Emilc ! Emile !
Elle se précipite dans le cabinet do toilette. HUBERTIN, qui au cri de Francine s'est dressé sur son séant.
Ohl Watis it? Gabyl... Gaby!
MASSENAY, accourant, — il a mis un col à sa ebemise, et n a plus sur lui que le pantalon du pyjama.
OÙ ça? où ça l'homme?
FRANGINE, arrivant à sa suite mais s'arrètaut sur le pas de la porte du cabinet de toilette.
Làl dans le lit!
HUBERTIN, entrevojant Massenaj à travers l'obscurité.
Un homme dans la chambre de ma femme !
Il bondit hors du lit et se précipite vers le petit canapé sur lequel sont les vêtements de Massenay. Il s'empare de ceux-ci qu'il croit lui appartenir, et se dispose à s'en vêtir, bien qu'habillé déjà.
MASSENAY.
Qui êtes-vous, monsieur ?
HUBERTIN, avec explosion.
Je suis cocu 1
MASSENAY.
Qu'est-ce que vous dites?
HUBERTIN (l).
Je dis que je suis cocu.
Pendant ces dernières répliques, debout devant le petit canapé, il s'évertue à enfiler le pantalon d'habit de Massenay.
MASSENAY, qui distingue son manège.
Hein! Mais c'est mon pantalon I Mais voulezvous laisser mes vêtements !
Il veut se précipiter sur lui, mais Francine eflfraj'ée s'agrippe à lui.
FRANCINE, l'étreignant et ainsi paralysant ses mouvements.
Emile! Emile!
MASSENAY, essayant do se dégager de l'étreinte de Francine.
Mais laissez-moi donc voyons !
Emile! je vous en supplie!
' (r.cs trois dernières répliques no sont là que pour permettre à Uubortiu son jeu de scène, sans que Massonay s'y
HUBEHTIN, sa voix couvrant celle des autres.
Ah! c'est tes vêtements! eh bien tu vas voir, tes vêtements.. !
Il les roule en boule et remonte avec jusqu'à la fenêtre du fond.
MASSENAY, essayant toujours de se dégager.
Mais voyons ! mais il prend mes vêtements I
HUBERTIN, ouvrant la fenêtre toute grande.
Ah! tu es l'amant de ma femme!
MASSBNAY, ahuri.
Mais qu'est-ce qu'il fait!
HUBEHTIN^ jetant les vêtements par la fenêtre.
Eh bien, tiens !
MASSENAY, se dégageant et courant à la fenêtre.
" Oh!
FRANGINE, affolée de se trouver seule courant également vers le fond, mais par la droite de la scène.
Emile ! Emile !
MASSENAY.
Il a jeté mes vêtements dans la rue!
HUBERTIN, digne, indiquant la fenêtre comme si c'était la porte.
Et maintenant, monsieur, sortez !
interpose; par conséquent Hubertin devra enchaîner la réplique suivante avec la précédente sans tenir compte de ce qui se dit pendant ce temps-là.)
110 LA MAIN PASSE î
MASSENAY, avec ud recul instinctif.
Mon Dieu, c'est un fou !
FRANGIXE, affolée, courant du côté de la porte de sortie.
Un fou ! Au secours ! Au secours !
MASSENAY.
Mais ne criez donc pas ! Vous allez ameuter la maison !
FRANGINE, suppliante.
Ah! Je vous en prie! Sauvons-nous! Allonsnous en !
Elle redescend par la droite jusque devant le canapé. MASSENAY, montrant son pyjama.
Je ne peux pas m'en aller comme ça.
HUBERTIN, digne, près de la fenêtre.
Eh ! bien monsieur I... j'attends.
MASSENAY, sentant la moutarde lui monter au nez.
Oui! eh! bien, attendez un peu! c'est moi qui vais vous sortir.
FRANGINE, se lamentant
Ah! mon Dieu! mon Dieu!
MASSENAY, redescendant jusqu'à rextrèmilé droite du canapé, et indiquant le tuyau acoustique.
Vite, le tuyau acoustique, là I sifflez le concierge.
FRANGINE
Ohl Oui!... oui!
Elle traverse rapidement le devant de la scène, grimpe sur le lit, et saisissant le tuyau acoustique< souffle operdument dedans.
WASSENAY, gagnant la gauche jusque devant la table entre le canapé et le fauteuil.
Et mainlenant, à nous deux.
II retrousse ses manches, comme un homme qui se dispose à lutter.
HUBERTIN, se dirigeant vers Francine qui est à genoux sur le lit, et, sur un ton grivois.
Ehé ! Gaby...
FRANCINE, eSiayée.
Emile I Emile! Il vient sur moi!
MASSENAY, courant se mettre entre lui et Francine.
N'ayez pas peur. Je suis là !
Il lui donne une forte poussée.
HUBERTIN, qui a été envoyé à peu près à trois pas en arrière.
Oho!
MASSENAY, fanfaron.
Si vous croyez que c'est ce bonhomme-là qui me fera reculer !
FRANGINE, soufflant en désespérée dans le tuyau acoustique.
Mon Dieu, mais il ne répond pas le concierge!
MASSENAY} faisant deux pas sur Hubertin, et lui indiquant la porte.
Allez, ho ! (Hubertin le regarde en souriant d'un air abruti.) AllcZ ! alleZ ! llOUSte ! (Même jeu de scène d'Hubertin. — Massenay se montant.) Mais UOm d'uU cllicn...! (U l'empoigne à bras le corps pour le sortir ; longs eflforts infructueux pour déboulonner Hubertin qui semble rivé au sol. — Reprenant haleine sans quitter le bras-le-corps.) Oui ! Il GSt
plus lourd que je ne croyais.
113 LA MAIN PASSK !
FRANCIN'E, qui n'a pas lâché son tuyau dans lequel elle n'a cessé de souffler. Avec impatience à Massenay.
Eh! ben?
MASSENAY, rageur.
Oh ! Vous êtes étonnante, si vous croyez qu'il
se laisse fdire! (Reprise de la lutte ; impossibilité absolue pour Massenay de bouger Hubertin. Avec rage.) MsiS IditeS
donc pas le lourd !
Massenay s'épuise en efforts superflus ; Hubertin, sans opposer de violence, le regarde faire d un air amusé. Considérant le crâne de Massenay appuyé, dans la lutte, con> tre sa poitrine, dans une fantaisie de pochard, il 1 entoure de son bras droit et dépose un baiser dessus. MASSENAY, dégageant sa tète.
Allons I voyons. (Nouveau baiser.) Ah! ça, avCZ-
vous fini là-haut!
FRANGINE, s'énervant.
Enfin! Qu'est-ce que vous faites? Sortez -lo donc !
MASSENAY, qui maintenant perd du terrain poussé par le simpie poids d Hubertin Huit par se caler en appuyant son pied droit contre le bord du petit canapé du pied de lit.
Ehl bien voilà, quoi? Attendez ! Ça ne va pas être loni,'.
Hubertin lui passe brusquement lo!< mains sous les cuisses et l'envoie comme un paquet sur le lit. MASSENAY.
Oh!
FRANCINE, territiée, poussant un cri strident. Ail ! (Hlle traverse la scàuo éperdue ; puis arrivée à l'ex— trômo droite. — Avec anxiété.) C'ôSt luï ?
MASSENA Y, qui est en train de se relever. Avec humeur.
Mais non...! C'est moi.
FRANGINE, navrée.
Oh!
Hubertin, aussitôt qu'il a envoyé Maisenay sur le lit, est redescenflu do deux pas, d un air tranquille et satisfait. MASSENA Vi qui est redescendu devant le lit.
Oh! mais ça ne fait rien 1 J'ai un autre moyen !
vous allez voir. (ll se précipite le poing en avant sur Hube. tin qui toujours placide attend les événements.) l ieUS I (Hubertin froidement pare son coup do poing-, et lui en envoie un sur l'œil.) Oll !
Nouveau coup de poing de Massenay, nouvelle parade d'Hubertin suivie d un maître coup de poing qui envoie Massenay à 1 extrême gauche *.
MASSENAY, se tenant l'œil.
Oh! nom d'un chien I
FRANGINE, de l'extrême droite.
Mais qu'est-ce que vous faites, enfin ?
MASSENAY) épanchant sa rage sur Francine.
Mais quoi? quoi? Je fais ce que je peux! Allez donc chercher la hougie au lieu de demander... vous voyez bien que je ne vois pas ses coups de poing, alors je les reçois dans la figure !
Avis : pour qu on entende le bruit du coup do poing, à chaque coup porté par Hubertin le souffleur en donnera le son on se frappant le plat do la main gauche d'un coup de poing de l'autre main.
FRANGINE
La bougie ? Oui ! . . . oui !
MASSENAY, traversant la scène pour aUer à Francine et jetant un regard de haine à Hubertin, tout en prenant sa dis» tance au moment où il passe devant lui.
Il n'y a pas moyen de se battre dans ces conditions-là.
FRAXCINE.
La bougie!... La bougie!... Attendez 1
Elle entre précipitamment dans le cabinet de toilette.
HUBERTIN, tout à la joie, gagnant d'un pas titubant jusqu'à
Massenay.
C'est ça I la bougie ! On va se battre à la bougie.
MASSENAY, rageur.
Oui, et vous ne perdez rien pour attendre!
HUBERTIN, bien rond.
C'est ça... c'est ça!..,
FRANGINE, accourant du cabinet de toilette, lo bougeoir allumé à la main. — Lumière.
Voilà la bougie. (Dans son élan elle a dépassé légèrement Masseoay, so trouve nez à nez- avec Hubertin, pivote brusquement autour de MaHsenay, de façon à se coller dos à dos avec lui. Ce mouvement doit durer l'espace d'un clin d'oeil — d une voix étranglée tout en se dissimulant derrière Massenay.)
Dieu! C'est Hubertin!
MASRENAV, se tournant à demi vers elle.
Quoi « Hubertin ? »
FRANGIN K, vivement a mi-voix.
Un ami de mon mari.
MASSKNAY, avec conviction,
Ahl bien, c'est un rude chameau I
HUBERTIN, qui depuis l'arrivée de la lumière, considère la pièce où il est, poussant un cri.
Ahl
TOUS DEUX, sursautant.
Quoi?
HUBERTIN, avec stupéfaction.
Jo ne suis pas chez moit...