TOUS DEUX
Hein !
HUBERTIN. bien naïf.
C'est donc pas le cinquième ici?
FRANGINE, hors d'elle.
Il demande si ce n'est pas le cinquième I
MASSENAY, furieux.
Mais non, monsieur, c'est l'entresol t C'est l'entresol !
HUBERTIN
Mais alors, pourquoi suis-je ici?...
MASSENAY, ahuri.
Quoi?
HUBERTIN
Qu'est-ce que vous avez après moi ? je ne vous connais pas.
MASSENAY, hors do lui.
Non I mais je vous en prie ! Est-ce que c'est nous qui sommes allés vous chercher ?
HUBERTIN
Eh bien ! alors, allez-vous-on I
MASSENAY, id.
Mais c'est vous, « Allez-TOus-en » ! Nous sommes chez nous, entendez-vous ! nous sommes chez nous.
FRANGINE
C'est honteux, Monsieur, de pénétrer ainsi chez les g-ens pour se ruer sur eux I
HUBERTIN, poussant un grand cri.
Ah!
TOUS DEUX, sursautant.
Quoi?
HUBERTIN, qui l'a reconnue, d'une voix joviale et très train^.
Ma-da-me Cha-nal!
FRANGINE, faisant brusqTiement vol to- face.
HeinI
MASSENAY.
Nom d'un chien !
HUBERTIN, 80 découvrant avec un omprossomonl exagéré, avec un poste que son ivresse rend ridicule.
Quelle charmante surprise! Et vous allez bien madame Chanal?
FRANGINE, vivement se dissimulant derrière Massenay.
Non, non! C'est pas moi ! C'est pas moi!
MASSENAY, vivement
C'est pas elle ! C'est pas elle !
HUBERTIN, persistant dans son idée.
Et monsieur Chanal, comment va-t-il?
FUANCINE. id.
Connais pas I Connais pas !
MASSENAY, id.
Connaissons pas ! Connaissons pas ! Xous ne sommes pas madame Chanall
HUBERTIN
Comment ?.,.
MASSENAY.
Non, non! madame est ma femme.
HUBERTIN
Oh I Je vous demande pardon, excusez-moi. Quand on est saoul on voit de travers... (se recoiffant de son chapeau melon -^ et à Massenay.) Aiusi vous, je VOUS vois comme ça (ll fait avec le doigt un geate en demi-lune.) ... en COnCOmljre I
En concombre !
HUBERTIN, ravi.
Oui.
MASSENAY, exaspéré.
Oui, eh! Lien, quand on est saoul, on n'envahit pas le domicile des gens qu'on ne connaît pas.
HUBERTIN, bien sincère.
Si VOUS n'aviez pas pris ma serrure..!
MASSENAY.
Moi, j'ai pris votre serrure !...
HUBERTIN
Bien oui, puisque ma clé allait dedans.
MASSbNAY.
Elle est forte, celle-là!... Ah ! et puis, en voilà assez I
Il remonte légèrement avec l'intention de lui montrer la porte.
FRANGINE
Nous n'allons pas causer comme ça jusqu'à demain...
HUBERTIN» gagnant le 2 en s'avancant vei-s Francine.
Ah! madame Ghanal, c'est pas gentil!...
MASSENAY, descendant 1, empoignant Hubertin par le bras et le faisant passer au 1.
D'abord, je vous défends d'appeler madame, madame Ghanal...
HUBERTIN, hausse les épaules en signe d'ignorance puis bien naïvement.
Je sais pas son petit nom !
MASSENAY, remontant en indiquant la fenêtre.
Et puis vous allez me faire le plaisir d'aller cherch3r mes vêtements que vous avez flanqués dans la rue.
HUBERTIN, le suivant machinalement.
Tes vêtements ?
MASSENAY.
Oui, mes vêtements ?
HUBERTIN
Bon ! (il fait quelques pas comme pour aller les chercher, s'arrêtant brusquement.) Tu y tienS?
MASSENAY.
Évidemment que j'y tiens ! Avec quoi voulezvous que je m'en aille?...
Il ouvre la fenêtre.
HUBERTIN, de bonne composition.
Bon-bon!
MASSENAY, qui s'est penché pour voir où sont tombés ses vêtements.
Ah!