‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 26 sur 60 · LES DEUX AUTRES · texte numérisé non relu

LES DEUX AUTRES

Quoi?

MASSENAY.

Ils n'y sont plus !

FRANGINE

Qui?

MASSENAY.

Mes vêtements!... On les a ramassés, parbleu! sans ça on les verrait, ils n'ont pas pu s'envoler.

HUBERTIN, gagnant le petit canapé du pied du lit en se tordant.

Ah ! que c'est drôle I

MASSENAY, qui a fermé la fenêtre pendant ce temps-là, desrendant 2, et sur un ton lamentable.

Qu'est-ce que nous allons faire, maintenant?

Geste découragé de Francine, HUBERTIN, se frappant le front en poussant un cri.

Ah!

MASSENAY et FRANCINE, sursautant.

Quoi?

HUBERTIN

J'ai une idée!... Si on faisait un poker I

FRANGINE, furieuse.

Ahl non I...

MASSENAY, furieux, éclatant.

Ah I ça, est-ce que ça va durer longtemps, cette plaisanterie-là ? (sourire béat d'Hubertin.) Allez, fichez-moi le camp !

HUBERTIN, digne.

Ahl dis donc toi I Tâche donc d'être poh 1 II me semble que je suis poli avec toi, moi... espèce de brute I

MASSENAY, lui agitant d'un air provocateur son doigt soua le nez.

Ecoutez, mon petit ami, la patience a des limites ; je vous ai déjà infligé une correction tout à l'heure ? mais si vous voulez que je recommence I... (Hubertinqui l'a écouté avec un sourire placide, brusquement et sans se démunir de son calme, lui envoie une bonne poussée de l'abdomen dans le ventre qui projette Massenay au loin. — Celni-ci manquant de tomber.) Oh! FRANGINE, à bout de patience.

Mais allez donc chercher le commissaire ! vous voyez bien qu'il n'y a que ce moyen.

Elle remonte par le milieu de la scène. MASSENAY.

Le commissaire, mais oui. vous avez raison ! il faut que ça finisse.

D un pas décidé, il traverse la scène ; en passant devant le canapé il saisit son chapoau[haut-de- forme, s'en coitfe

en l'enfonçant d une tape de la main et remonte carrément dans la direction de la porte de sortie. Hubertin jovial fait un pas dans la direction de Francine. FRANGINE, qui a vu le mouvement d'Hubertin, effrayée subitement à l'idée de rester seule avec lui.

Emile! Emile! Ne me quittez pas!

A son cri, instinctivement Massenay est revenu à elle comme elle a couru à lui ; il se met devant elle, tandis qu'elle s'abrite derrière lui.

HUBERTIN, tout à l'idée fixe du pochard.

Alors, tu ne veux pas faire un poker ?

MASSENAY (2), hors de ses gonda.

No-o-on!

Il dépose son chapeau à 1 endroit où il 1 avait pris. HUBERTIN.

Alors... le duel !

MASSENAY.

Allez vous promener!

Il est au-dessus du canapé, et tourne le dos h Hubertin.

HUBERTIN, tirant un revolver do la poche ad hoc de son

pantalon.

Allons, prends ton revolver ; voilà le mien.

En ce disant, il relève le col do son habit comme pour un duel.

FRANGINE, qui a aperçu le revolver qu'Hubertin tient en mains.

Emile ! Emile ! Il a un revolver !

MASSENAY, se précipitant à croupeton vers la porte de sortie.

Eh! là! Eh! là!

FRANGINE, même jeu (3) que Massenay (2).

Au secours, sauvons-nous.

HUBERTIN

Mon Dieu que je suis saoul !

MASSENAY, essayant d'ouvrir la porte qui résiste.

Ah!... Allons bon, la porte!

FRAXGINE.

Mais, ouvrez-la, voyons ! Qu'est-ce que vous attendez?

MASSENAY.

Mais je ne peux pas ! Elle est fermée à clé !

FRANGINE

Ah! mon Dieu, mon Dieu !

MASSENAY.

Et ma clé est dans la rue... dans mon pantalon I

FRANGINE

Mais alors nous sommes à sa merci !

MASSENAY.

Ah bien, nous sommes bien !

HUBERTIN, toujours au pied du lit et face au public.

Eh! bien, y es-tu?

MASSENAYi vivement, s'accroupissant derrière le canapé

Non-non! Non-non!

FRANGINE, gagnant à croupeton jusqu'au canapé, et ne laissant passer que la moitié de la tôle au-dessus du dossier — d'une voix suppliante à Habortin.

Monsieur ! Monsieur ! Je vous en supplie.

(lluborlin interpollo, se découvre galamment.) NoUS aVOnS

grand plaisir ;ï être avec vous!., et certainement, une autre fois..! Mais vous voyez j'ai à

m'habiller !... je ne suis pas dans une tenue... vous, vous êtes en habit I mais moi, (indiquant sa matinée.) je suis en chemise.

Insensiblement rassurée par 1 air amadoué d Hubertin, elle a gagné en longeant le canapé, jusqu'au fauteuil. HUBERTIN.

Eh! ben?

FRANGINE, de son air le plus gentil.

Eh! bien, ça me gêne !...

HUBERTIN

Elle vous gêne?... Enlevez-la!

FRANGINE, redescendant vivement à droite devant le canapé.

Hein ? Ah ! non !

HUBERTIN, pris d'une nouvelle lubie.

Si! Si! on va se déshabiller!... Moi aussi!... d'abord avant tout il faut être poli... il ne sera pas dit que je resterai couvert devant une femme.

Tout on parlant après avoir mis le revolver dans la poche de côté de son pantalon, il a enlevé son habit et son gilet.

FRANGINE

Emile! Emile! il se déshabille à présent.

MASSENAY, se précipitant vers lui pour l'arrêter.

Ah ! non alors ! Ah ! non.

HUBERTIN, lui jetant habit et gilet dans les bras.

Si ! Si ! On sera plus à l'aise pour jouer au poker.

Tout on parlant, il défait son pantalon, et après avoir repris son revolver.

Ij4 LA MAIN PASSE !

MASSENAY, essayant de l'empêcher.

Voulez- vous!... Voulez-vous! Ah! ça voyons!

(voyant son impuissance à arrêter Hubertin.) Oll !

Il va déposer en désespoir de cause les effets qu'il a reçus d'Hubertin, sur le canapé de droite.

FRANGINE, pendant qu'Hubertin retire son pantalon.

Enfin c'est insensé! est-ce que vous allez tolérer ça longtemps ?

MASSENAY, exaspéré.

Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?

HUBERTIN, qui a achevé de retirer son pantalon, le jette d un air détaché par-dessus son épaule, de façon à 1 envoj-er tomber de 1 autre côté du lit.

Là!... et maintenant...!

Il tire un coup de revolver en 1 air ; après quoi, ravi de ce qu il a fait, il danse sur place une petite bourrée. MASSENAY et FRANOINE, sur le coup de revolver, poussant un même cri de fraveur.

Ah!

FRA.NGINE, atîolée.

Ah ! la la I Ah ! la ! la !

MASSENAY.

Au secours ! Au secours !

Us courent dans tous les sens comme des lapins. HUBERTIN, s'arrôtant brusquement.

Mon Dieu, que j'ai envie de dormir !

Il se laisse tomber sur l'x qui est au pied du lit ; mais s'étant assis trop au bord, il glisse et tombe le derrière par terre, le dos contre le siège, le côté droit appuya contre le bord du lit; il reste là abruti. — Francine et Masaenay, qui n'ont cessé d'appeler au secours pendant

ce jeu de scène, se précipitent, Massenay à la fenêtre qu il ouvre, Francine à la porte qu elle secoue dôsespêrôment.

MASSENAY, regardant dans la rue avec désespoir.

Personne ne viendra donc à notre secours !

FRANGINE

Et cette porte ! cette porte qui est fermée !

HUBERTIN, par terre.

Oh! mais il y a des courants d'air...

UNE VOIX, à l'étage supérieur.

Eh ! bien qu'est-ce qu'il y a donc en dessous ? Qui est-ce qui tire des coups de revolver ?

FRANGINE, courant à la fenêtre ainsi que Massenay qui était un peu redescendu.

Dieu! C'est le ciel qui l'envoie!

HUBliRTIN.

Fermez donc la fenêtre là-bas.

Frileux, il tire sur lui le couvre-pied, sous lequel il disparaît complètement.

MASSENAY, se penchant extérieurement le dos appuj-é à la barre d appui.

Au nom du ciel, monsieur, au secours ! Prévenez le concierge, dites-lui de monter avec les agents : il y a un fou chez moi !

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