‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 39 sur 60 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les Mêmes, moins PLANÏELOUP, LAPIGE, BELGENGE et le Secrétaire.

MA3SENA.Y, arpentant la scène.

Ah! non, quelle brute! quelle brute! quelle brute!

SOPHIE) qui pendant la sortie a gagné la dioite de la scène, devant la banquette.

Bah! qu'est-ce que ça fait? l'important : c'est que tu sois là, que tu me sois rendu.

MASSENAY, allant à elle et la serrant dans ses bras.

Ma chérie !

AUGUSTE

Monsieur n'a plus besoin de nous?

MASSENAY.

Hein? non!... si!... apportez-moi mon vêtement d'intérieur... Et vous, Marthe, du thé bien chaud... avec du rhum.

MARTHE

Oui, monsieur.

Elle sort par le fond pendant qu'Auguste sort, premier

plan droit.

SOPHIE, qui pendant ce qui précède a de nouveau traversé

la scène, et un genou sur le canapé, l'avant-bras sur le bois

du dossier, dévore son mari des yeux, — à celui-ci qui vient

la rejoindre.

Ahl mon chéri! mon chéri! j'ai cru que je

devenais folle! je ne pouvais pas supposer ce voyage, n'est-ce pas ?

MASSENAY.

Evidemment! évidemment!

Il s assied sur le canapé.

SOPHIE, s'asseyant également près de lui et se pelotonnant contre sa poitrine.

Oh ! mais maintenant je ne regrette pas les moments d'angoisse que je viens de traverser ! Au contraire! je ne sais pas si ça n'est pas salutaire ces émotions-là? il me semble que ça retrempe l'amour! qu'on savoure mieux son bonheur après! (sur un ton profond.) Yois-tu, il faut vraiment perdre son mari pour comprendre combien on l'aime !

MASSENAY, souriant.

Diable! c'est cher!

AUGUSTE} revenant de la chambre de son maître avec un vêtement d'intérieur sur le bras.

Le vêtement de monsieur.

Il va le poser sur la chaise volante qui est derrière le canapé.

MASSENAY, quittant sa femme pour aller se changer derrière le canapé.

Ah! merci.

MARTHE, entrant avec un plateau sur lequel est le service à thé et un flacon de rhum.

Le thé de monsieur!

MASSENAY, tout en se changeant aidé par Auguste, indiquant d'un geste de la tète, In table de droite.

C'est bien! posez ça là!

MARTHE

Oui, monsieur!

• Elle sort du fond. — A ce moment on entend carillonner le téléphone.

SOPHIE, assise sur le canapé.

Voyez donc, Auguste! on sonne au téléphone.

AUGUSTE, tout eu courant vers le téléphone. Oui, madame! (Il décroche le récepteur, puis.) Allo!

Allo! Ehl Len?... hein?... Ah! parfaitement.

MASSBNAY, toujours derrière le canapé, s'habillant.

Qu'est-ce que c'est?

AUGUSTE, du ton le plus naturel, sans quitter le récepteur qu'il conserve à la main.

C'est de la morgue, monsieur!

MASSENAY.

Comment de la morgue?

AUGUSTE

Oui, monsieur... (Reprenant sa communication.)

Allo!... hein! qu'est-ce que vous dites?... Comment « on l'a repêché » ?

MASSENAY.

Quoi? qu'est-ce qu'on a repêché?

AUGUSTE

C'est pour avertir qu'on a repêché le corps de monsieur...

MASSENAY.

Comment on a repêché...?

AUGUSTE

... dans un état de décopiposition avancée.

SOPHIE, tressaillant à cette idée, et se retournant un genou sur le canapé pour serrer les mains de son mari.

Oli! mon pauvre chéri!

MASSEN'AY.

Mais non, mais non! mais c'est pas vrai! ils sont fous!

Qu'est-ce qu'il faut répondre ?...

MASSENAY.

Mais dites qu'ils sont fous! que ça n'est pas I...

Attendez! (complètement rhabillé, il va au téléphone et prend le récepteur des main« d'Auguste, qui dès lors va ramasser les vêtements que Massenay vient de quitter.) Allo!...

Bonjour monsieur! mon domestique me dit... il y a sûrement une erreur... quoi? Mais je vous assure!... c'est lui-môme qui vous parle!... hein? Si vous pouvez en disposer? Mais je crois bien! disposez! disposez!... Comment?... du tout, du tout, il n'y a pas de mal!... Je vous remercie, vous êtes bien aimable, (n raccroche la

récepteur, puis descendant et gagnant la gauche pendant qu'Auguste emporte les vêtements dans la chambre de droite.) IIs

sont très obligeants à la morgue! Ils me disent : « Tout à votre service à une autre occasion. »

SOPHIE

Tu vois tout de même ton équipée?

MASSENAY.

Eh! oui, elle a remué le monde mon équipée!

(s'étaiant avec délice.) Ah ! ça fait tout de même du bien de se sentir tranquille chez soi... après tant de tribulations I on respire.

A ce moment on entend dans la coulisse un violent tapage qui peu à peu devient plus distinct en se rapprochant. MASSENAY et SOPHIE.

Qu'est-ce que c'est que ça?...

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