‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 5 sur 60 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, ETIENNE.

CHANAL, à Etienne, tout en continuant d'arranger son phonographe.

Madame voudrait déjeuner.

ÊTIKNNE.

Bien, monsieur.

Il sort.

CHANAL, même jeu.

Mais enfin, qu'est-ce que tu peux faire dehors ? C'est tous les jours la même chose. Tu es sortie depuis neuf heures.

FRANGINE, pincée.

C'est heureux! Ça m'a permis de rentrer moins tard...

CHANAL.

Vraiment, c'est à se demander...!

FRANGINE, allant à lui et, le prenant par lo bras gauche, le faisant pivoter.

Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce que tu vas encore im;i- ^'incr?... i\on. mais dis tout de suite que j'ai un amant.

GHANAL, calme et i.onique.

Ma foi...!

FRANCIXE.

Oh!... As-tu l'esprit assez perverti pour voir

toujours le mal dans tout!... (Redescendant.) Uu

amant, j'ai un amant maintenant ! (chanai hausse

les épaules.) Quoi ? (Elle fait le geste de Chanai.) Qu'cst-

ce que ça veut dire, ce geste?

GHANAL, redescendant vers elle et avec bonhomie.

Mais non, ma pauvre enfant ! Je sais très bien que tu n'as pas d'amant.

FRANGINE} étonnée et légèrement vexée.

Ah?

GHANAL.

Un amant, toi? Ah! je suis bien tranquille.

FRANGINE, vexée.

Et pourquoi ça, je n'aurais pas d'amant?

GHANAL.

Parce que!... Parce que tout en toi démontre le contraire. Parce qu'il y a des femmes qui sont faites pour avoir des amants et d'autres qui ne le sont pas.

FRANGINE, révoltée.

Parce que je n'ai pas vécu cinq ans avec toi sans te connaître à fond. Toi, un amant? allons donc! Tu as l'étoffe d'une brave petite femme, d'une bonne mère de famille... (Badin.) à qui il

ne manque que des enfants pour l'être tout à fait; mais ça, ça n'est pas de notre faute.

(En ce disant, il l'embrasse joyeusement; maussaile, Francine

dégage sa tête.) Enfin... enfin, tu n'as pas de tempérament... Que diable!... je le sais bien!

Il remonte vers le piano.

FRANCINE, piquée, s'attachant à ses pas.

Ah! c'est comme ça! Eh bien! je ne voulais pas te le dire, mais puisque tu m'y forces, (Frappant du poing sur le piano.) eh bien! j'ai uu amant, là!

CHâNàL, qui a fait le tour du piano de façon à être dans la partie cintrée. — Calme et moqueur.

Oui dà ?

FRANGINE, en face de lui, devant le clavier.

Parfaitement!,., et que j'aime!... et qui m'aime.

CHANA.L) la félicitant ironiquement.

Mais... c'est bien, ça !

FK ANGINE, furieuse de voir qu'elle n'atteint pas son but.

J'ai un amant, j'ai un amant, j'ai un amant!

CHANAL, la regarde une seconde on souriant, puis.

Eh bien! tu lui diras bien des choses do ma part !

FU.VNCINE, indignée, redescendant.

Oh!

CHANAL, suivant son mouvomont ot allant à elle.

Ah! ma pauvre enfant, comme lu t'y prends mal pour me faire pour. Un amant, toi! laisse-

moi donc tranquille!... Tiens! veux-tu que je te dise? tu te vantes.

FRANGINE

Moi!

GHANAL.

Oui, madame! C'est très humiliant, mais vous n'êtes qu'une honnête femme!

FRANGINEj crispant les mains.

Ce qu'il faut s'entendre dire!

GHANAL.

Avoue que j'ai raison.

FRAXCINE, avec énergie.

Non.

GHANAL.

Si.

FRAXGIXE, plus énergiqueraent encore.

Non.

GHANAL, avec un haussement d'épaule.

Allons donc ! (Brusquement.) Tiens ! Ose douc me le dire en face que tu as un amant !

Entre le « allons donc » et le « tiens ! ose donc... » sonnerie à la porte d'entrée.

FRANGINE, hésite un instant puis exaspérée de son impuissance, comme prête à griffer.

Oh! tu m'agaces!

GHANAL, triomphant.

Eh! lu vois bien! (LuI donnant une tape amicale sur la

joue.) Tiens! t'es une grosse bête!

Francine a un geste d'humeur et gagne la droite, Chanal remonte un peu.

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