‹ La main passe! Pièce en quatre actesChapitre 51 sur 60 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, ETIENNE, puis MADELEINE.

FRANGINE, à Etienne qui se dirige vers la grande table, lui indiquant de la tête, mais sans regarder d'abord, la place près du canapé où était la petite table au lever du rideau.

Non, tenez... meitez-ça sur la table... (s'aper-

cevant que la table n'est plus à la même placé.) TienS OÙ

est-elle ?

Elle cherche des yeux.

GHANAL.

Quoi donc?

Il se retourne sur place pour voir ce qu'on cherche. ETIENNE, qui en pivotant sur lui-mê.iie, aperçoit la table au fond.

Ah!... On l'a remise là, au fond.

Il va poser son plateau sur la table. FRANGINE.

Tiens ?

CHANAL, se retournant vers Francine.

Ah ! oui, c'est moi f... l'habitude de la voir là.

FRANGINE, se penchant vers lui en lui mettant la main sur la main qu'il a sur la table, et avec ironie.

Toujours maniaque, alors ?

Elle gagne au-dessus de la table de droite pour aller directement s'asseoir sur la partie droite du canapé. GHANAL, en manière do justification.

J'ai l'horreur du désordre.

Etienne pendant ce temps descend avec la petite table

surmontée du plateau; arrivé devant le canapé il fait

demi-tour, toujours avec la table dans les mains, de

sorte qu il est dos au public.

FRANGINE, pendant qu'Étienno range le couvert sur la

table qu il a mise à proximité de Francine, devant le milieu

du canapé.

OÙ est donc monsieur?

ETIENNE ( I)

Monsieur a attendu madame pour se mettre à table ; puis comme madame no venait pas il

a pris son chapeau et il est parti sans déjeuner, en disant « Xous allons un peu voir ce que ça signifie ! »

FRANGINE (2), les lèvres pincées, et le son de voix dans le nez.

Aha?... (Rictus amer, puis.) bien!

ETIENNE

Monsieur n'avait pas l'air content.

FRANGIN !î, sur un ton dédaigneux.

Bon, bon, ça va bien, (changeant de ton.; Eh I

bien, Etienne, vous avez vu monsieur?...

ETIENNE, qui s'apprêtait à remonter et est à gauche du canapé.

Ohl oui, madame.

GUANAL, qui toujours sur son tabouret était en train de jeter les yeux sur un journal illustré, relevant la tète en entendant qu'il est question do lui.

Comment donc ! nous avons même eu le temps de causer.

ETIENNE

Oui, madame! Ah! ce que nous avons été heureux de savoir monsieur là !

GHANAL, à demi tourné vers eux.

Merci, Etienne !... Qui, « nous »?

ETIENNE

Mais nous, monsieur ! moi et la cuisinière : Madeleine!

GHANAL, reposant son journal, et se retournant vers l'rancine.

Ail I Tu as toujours cette bonne Madeleine ?

FRANGINE

Toujours.

ETIENNE

Oh ! elle serait si contente si elle pouvait voir monsieur!

GHANAL.

Mais qu'elle vienne! (a Francine.) Tu permets?

FRANGINE

Oui, oui !

ETIENNE, tout en remontant vers le fond.

Ah ! hien, c'est ça qui va lui faire plaisir !

(Parlant à la cantonade direction gauche.) Vcuez Madeleine!... Oui, oui! vous pouvez! madame permet, (a Chanal en redescendant un peu et sur un ton d'indulgence.) Elle n'était pas loin! elle s'était mise là pour si monsieur sortait...

MADELEINE, tenue de cuisinière — elle passe la moitié de son corps à la porte du hall.

Bonjour, monsieur.

CHANAL, 1 avant-bras gauche appuyé sur la table — avec condoscenilance.

Entrez, ma honne Madeleine.

MADELEINE, s'avançant timidement en essuyant ses mains à son tablier relevé d'un côté.

Monsieur est bien bon ! Et monsieur va toujours bien ?

CHANAL.

Mais comme vous voyez, Madeleine !... et vous ?

MADELEINE

Oh ! ça va, monsieur ! Dame, c'est pas comme

du temps de monsieur! (Regardant Francine.) Oh!

c'est pas que monsieur ne soit pas un hon maître! (AChanal, avec de la tendresse dans la voix.) Mais

c'est égal! c'est tout de même pas monsieur!... il n'est pas attentionné comme monsieur pour les domestiques! Monsieur était heaucoup plus gâteux.

GHANAL, qui écoute tout cela avec des gestes d'approbation de la tête, frappé tout à coup par le dernier mot.

Quoi?

ETIENNE, au-dessus de la table de droite.

Ça, c'est vrai, monsieur.

GHANAL, qui a compris, se met à rire, puis.

Ah!... Vous voulez dire, n'est-ce pas. que je vous gâtais davantage.

ETIENNE et MADELEINE, bien en chœur.

Oh! oui, monsieur !

GHANAL, blagueur.

Oui, oui ! Evidemment ! C'est la même chose I c'est la même chose !

FRANGINE, tout en linissant de rire.

Allons, c'est hon, Madeleine, maintenant que vous avez vu monsieur!...

MADELEINE, faisant mine de remonter.

Oui. madame.

FRANGINE, à Chanal en se levant.

C'est que je la connais celle-là, si on la laisse bavarder... I

MADELEINE, s'autorisant des dispositions où elle voit Francine, pour se familiariser, — gaîment, avec un geste des bras en 1 air.

Ah! bien, madame sait ben... ! On n'a pas si souvent.., !

FRANGINE, brusquement sur un ton qui veut être bourru.

Voulez-vous aller à votre cuisine I

MADELEINE, pirouettant.

Oui. madame, oui! (se retournant vers Chanal.) Au

revoir, monsieur.

CHANAL.

Au revoir.

FRANGINE, la rappelant.

Ah!... et dites à Marie...

MADELEINE, au-dessus du piano.

Marie est sortie, madame.

FRANGINE

Ah! C'est vrai... Eh! bien, allez dans ma chambre et apportez- moi ici ma robe que j'avais hier... allez!

MADELEINE

Oui madame.

Elle sort do pauche.

FRANGINE, n Chanal, désignant sa robe.

J'ai liàlo de qui lier celte robe... pour choses tristes !

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