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ÉVOCATION

... Quelle fut mon émotion, lorsque je vis le crayon abandonné sur le papier se redresser et tracer rapidement des lettres, des mots, des phrases, etc ! Je voulus juger si M. Allan-Kardec avait raison relativement au perisprit, c’est-àdire à une sorte d’ombre du corps pouvant quelquefois être visible et tangible, et je passai la main au-dessus du crayon et derrière lui ; — probablement je coupai ainsi un courant de

fluide magnétique, car le crayon tourna sur luimême, roula sur le papier, s’y coucha et redevint immobile au milieu d’un mot commencé : An...

Assez triste de ma maladresse, je ne me décourageai cependant pas, et, la nuit suivante, jo recommençai mon évocation.

Mais, celte fois, j’avais pris une plus grande confiance dans le phénomène qui n’était plus douteux pour moi, et, me rappelant qu’aux séances du cercle des Invisibles de M. Brasseur, comme aux séances de la société Spirite de M. Allan-Kardec, plusieurs esprits se réunissaient volontiers, j’évoquai une vingtaine de personnes dont le souvenir se rattache aux idées surnaturelles, et je plaçai une poignée de croyions sur de grands carrés de papier étalés sur une longue table.

Le premier soir, j’avais évoqué Balzac, et je lui avais demandé quelques renseignements sur la vie des esprits.

Voici sa réponse ;

BALZAC. — Quelle sotte idée de nous ramener ainsi sur la terre que Dieu nous a permis de quitter, après une épreuve plus ou moins longue ! Si j’obéis à ton évocation, c’est que je te sais gré de n’avoir pas, comme les autres, attendu, pour reconnaître mon génie, que je fusse mort; c’està-dire que j'eusse abandonné à jamais mes prétentions sur le papier blanc. J’étais vivant et nous étions brouillés quand tu as écrit: o L’Aca- » démie de ce temps-ci veut aussi n’avoir pas T> nommé son Molière ; » Je t’ai souvent envié ; tu pouvais dire de moi ce que tu pensais, et, moi, je ne le pouvais pas.

» Je te répondrai donc : La vie que nous menons est charmante ; nous vivons au milieu des créations des poètes, des peintres, des.^sculpteurs et des musiciens.

» Ces divinités de marbre, de toile, de papier sont devenues vivantes, et vivantes d’une vie éternelle. — En arrivant ici, j’ai trouvé, non-

seulement Homère, Virgile, Praxitèle, Rousseau, Goethe, Shakspeare, l’Ariosle, Mozart, mais aussi Hélène, Didon, la Vénus de Gnide, Julie, Charlotte, Juliette, An...

C’est là que j’avais interrompu Balzac, soit en interceptant un courant magnétique, soit en offensant, d’un mouvement brusque, \eperispril de son bras. Mais, le lendemain, le crayon reprit le mot interrompu ;

— ... Gélique, etc. — Elles sont vivantes, réelles, animées et immortelles comme nous. De charmants oiseaux sifflent tour à tour les beaux airs qui ont obtenu, comme les figures des poètes, des peintres et des sculpteurs, de devenir immortels, bienheureux et canonisés.

— Tu ne me parles pas de nos contemporains demandai-je.

— C’est, répondit Balzac, que pour plusieurs le sort de leurs œuvres n’est pas encore décidé ; quelques-unes des figures qui leur doivent la

vie errent encore dans les limbes de Texamen et de la critique, en attendant la canonisation.

» Quelques-unes de nos créations, cependant, montent tout droit et d’un seul vol jusqu’au ciel. Ainsi, j’ai été reçu par madame Marneffe et par Delphine de Nucingen, dont je suis devenu tout à fait amoureux, en dépit de Lucien de Rubempré.

» Tu comprends, mon vieil ami, qu’on ne quitte pas volontiers une pareille société pour revenir dans ce pays du trivial, du lieu commun et de la baliverne que vous habitez. J’ai voulu le manifester mes bons sentiments, mais ne t’y accoutume pas. '

— Il n’est donc pas vrai que tu sois forcé de venir à l’évocation de tout médium?

Balzac ne répondit pas; — le crayon, abandonné, tomba inerte.

Mais le crayon, qui avait dessiné, en tombant, une sorte de parafe, ne tarda pas à se relever et à tracer une écriture un peu carrée, dont les

mots et les lignes étaient extrêmement serrés ; je reconnus l’écriture de Gérard de Nerval.

— Que me voulez-vous, mon ami, me dit-il?

— Étiez-vous là, mon cher Gérard, tandis que Balzac tenait le crayon ?

— Oui, nous étions venus ensemble.

— Ce qu’il nous a dit est-il vrai?

— Parfaitement vrai, si ce n’est qu’il vous a dit qu’il était amoureux de Delphine de Nucingen, parce qu’il n’ose pas avouer qu’il est tombé dans les pièges de la Marnelîe.

— Les poètes sont-ils heureux là-haut?

— Il n’y a plus de poètes, il y a des intelligents; qu’est-ce que la poésie? un souvenir, un regret, une aspiration. — Là où nous sommes, tous nos souvenirs, tous nos rêves sont réalisés et vivants .’ nous voyons clairement tout ce que nous avions deviné et entrevu ; nous voyons Dieu face à face, dans toute sa splendeur; nous avons obtenu nos entrées dans les coulisses du théât re de la création.

— Hais vous, mon cher ami, êtes-vous heu-

reux ? * ;

— Oui certes ; — quand je suis venu à votre voix, j’étais avec une femme de Rubens, que. j'avais passé toute ma vie terrestre à chercher et pour laquelle j’avais pris assez mélancoliquement la chanteuse rousse que vous savez; — elle m'attend sous le plus bleu et le plus flou des arbres peints par Boucher, arbre dont j’ai obtenu

la canonisation ~ et ça n’a pas été sans peine;

— ^ c’est cette femme à gauche dansia Descenlê

de croix qui est à Anvers ♦

— Est-il vrai, mon cher ami, que les esprits dégagés des corps conservent leur moi et se font un plaisir de venir jaser avec MM. Allan-Kardec, ' Brasseur, etc. ?

' — Demandez à Arago; et permettez-moi de

remonter là-haut. Une femme qui s’ennuie, est

capable de tout, fut-elle peinte par Rubens; elle pourrait me tromper, ou, qui pis est, maigrir. Dites à Gautier et à mes autres amis que je sais

combien vous m’avez regretté et quel bon et . tendre souvenir vous avez tous gardé de moi.

Le crayon tomba; mais je m’aperçus qu’un autre déjà courait sur une feuille de papier voiçine : — c’était Arago qui, obéissant à l’invitation de Gérard, voulait bien répondre à la quesrion que Gérard lui avait renvoyée.

ARAGO. Nier à priori ce qu’on ne comprend pas est une sottise ; c'est borner le monde à l’horizon, c’est croire que ce que nos yeux ne distinguent pas, n'existe pas, — sans penser que les microscopes ont toujours été se perfectionnant, et étendant pour nous l’immense cercle de la création, — qu’on les perfectionnera encore, et qa'ensuile il y aura des multitudes, des nfïillions de myriadès-d'êtres que les microscopes de l’avenir, qui révéleront tant de choses encore, seront cependant impuissants à vous faire discerner.

» Gependantj il faut distinguer entre l’inconnu et l’absurde.

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» Je ne crois pas devoir vous faire des révélations complètes sur notre vie actuelle.

» Mais je puis vous dire que votre jugement, votre raisonnement doivent vous servir comme le flair au chien, comme les cornes au colimaçon et ses longues barhes à la langouste.

» Admettez que les âmes de ceux qui on t vécu, au lieu de retourner s’abîmer, comme je soui> çonne que vous le pensez, dans le grand foyer central, dans l’océan de vie et de lumière où la création puise sans cesse; admettez que ces âmes conservent l’agrégation de parcelles de molécules qui en a fait un être à part, qui en a fait le vioi ;

» Admettez, enfin, non pas l’immortalité de Tàme — qui est hors de doute, puisqu’il faut admettre même l’immortalité d’une goutte d’eau, qui monte en vapeur, retombe en pluie, se confond dans l’Océan ou tremble et brille sur le pétale d’une rose, — mais l’immortalité de l’iiidividu ; — ou le maître de toutes choses accorde

à ces âmes délivrées et fatiguées de leurs chaînes de chair une nouvelle et différente existence en dehors des relations terrestres, — ou, s’il leur donne un rôle parmi les vivants, ce doit être un rôle grand, utile, bienfaisant, efficace, — ou du moins, doux et rémunérateur, tel que d’aver- ' tir, d’éclairer les humains, ou de veiller sur les objets de nos affections que nous avons dù abandonner dans la vie. De plus, débarrassées des besoins des sens, des infirmités, ces âmes doivent s’être élevées, doivent avoir grandi dans une proportion immense.

» Eh bien, les apparitions dont on vous parle répondent-elles à ces conditions que le jugement peut seul admettre ?

» Tous ces discours prêtés aux plus illustres morts, sont-ils supérieurs à ce qu’ils ont dit et à • •' ce qu’ils ont écrit?

» Loin delà, ils iiefont ({ue'dcviner des rébus

et dos charades dans un langage misérable et vulgaire. '

» Et ils seraient condamnés à passer leur éternité à amuser des gens avec qui, pour rien au monde, ils n’auraient consenti à causer cinq minutes de leur vivant! Ce serait un des enfers les mieux réussis qu’aient jamais faits les poctes, et le sort de ces pauvres âmes' serait déplorable à faire regretter la vie terrestre,

» Si je suis descendu à votre évocation, c’est qu’il est temps que cette plaisanterie cesse, et que vous lanciez sur les spirilistes, spiritualistes

et invisibles un essaim de vos guêpes. Dieu vous a donné la haine inexorable de l'absurde, du trivial et du mensonge; vous avez une mission et un devoir, remplissez-les. — Adieu.

Le crayon tenu par Arago retomba et resta immobile pendant le restant de la nuit; personne n’osa le ramasser.

Mais, au même instant, comme s’ils eussent attendu son départ, comme si sa présence les eût gênés, je vis les douze ou quinze crayons que j’avais tailiés se dresser et s’agiter tous à la

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fois; en vain j’essayai de suivre leurs mouvements, et de lire ce qu’ils traçaient, ce fut impossible. — Heureusement, les papiers sont là et je vais les transcrire. — Outre ceux que j’avais évoqués, d’autres esprits sont intervenus sans que j’aie songé à eux le moins du monde. Mais les exemples d’une pareille intervention ne sont pas rares, aux séances de MM. Allan- Kardec et Brasseur.

MESMER. Après le baquet, les passes; après

les passes, les tables tournantes; après les tables

tournantes, les esprits frappeurs ; puis les tables

écrivantes, puis les crayons, les cartons, les planchettes, etc.

LA PYTHIE. Donnez-moi quelques feuilles de laurier, que je les mâche.

TROPHONius. Voilà de la mise en scène et du charlatanisme.

LA PYTHIE. On sait que je ne rendais jamais les oracles d’Apollon sans avoir mâché quelques feuilles de laurier.

(D’après les théories de Brasseur, on frotte le crayon d’un peu de laurier.)

LA PYTHIE. Il te sied bien, ô Trophonius, de parler de mise en scène, avec ton antre et les hallucinations qui empêchaient tes initiés de jamais rire de leur vie !

MESMER. Mon baquet n’est autre que le trépied sur lequel tu t’asseyais.

LA PYTHIE. Le baquet est ignoble.

MESMER. On ne peut cependant pas tromper toujours les hommes de la même manière.

l’abbé de saint-pierre. On les trompera donc toujours?

laïs. Il est impossible de ne pas les tromper au point de vue de l’amour. Ils ont dans la tête un type de femme impossible, qui ne ressemble en rien à une femme vivante, et auquel il faut s’arranger pour ressembler, sous peine de ne pas obtenir leur précieuse approbation. Il n’y a pas de religion qui soit aussi hardie dans les mira-

des qu’elle offre à la crédulité de ses adeptes,

que le culte que ces messieurs veulent bien nous

rendre.

XJN PRÊTRE d’ammon. Une religion sans croyances contraires à la nature et à la marche ordinaire des choses, n’aurait aucune chance de s’établir : les hommes yeulent être trompés.

ALEXANDRE. Et en politique donc! si je n’avais pas déshonoré ma mère Olympias en prétendant qu’elle avait trompé mon père pour Jupiter..., je n’aurais pas eu la moitié de ma puissance.

ROMüLus. Et moi, que n’ai-je pas du à la fable de mon allaitement par une louve!

NUMA poMPiLius. M’aurait-on écouté aussi bien sans la nymphe Égérie?

MANGIN, LE MARCHAND DE CRAYONS. Et lUOi,

sans nmn casque de pompier,, que serais-je? Combien vaudraient mes crayons?

MAHOMET. Et ma colombe?

SOCRATE. C’est par le chemin de l’erreur

qu’il faut conduire les hommes, meme à la

sagesse; — sans cela, aurais-je imaginé mon Démont

cAGLiosTRO. Ail çà! pardoR de vous interrompre, Socrate, mais est-ce que Mangin est mort?

MANGIN. Non, je me suis assoupi après un bon diner;j’ai laissé un moment mon corps, comme on laisse scs habits pour se baigner, et je suis venu parmi vous, pour me distraire.

JEANNE DARC. J’étais jeune, pure, exaltée, dévouée à mon pays jusqu'à la mort; tout cela n’aurait servi de rien si je n’avais été envoyée directement par Dieu et si je n’avais traduit ainsi la mission qu’il m’avait indirectement donnée, en me donnant le cœur et l’esprit que j’avais.

CHARLES VI. Croyez-vous que cela ne nous #

a pas servi, de laisser croire que nous guérissions les écrouelles en les touchant ?o

VOLTAIRE. C’est imprudent : à force de les toucher, on finit par les gagner et on devient crétin.

LA ’MATSON close

SAINT LOUIS. Je VOUS annonce M. Allan- Kardec.

(On sait que c’est saint Louis qui annonce les visiteurs dans les séances de M. Allan-Kardèc, comme c’est Charlemagne chez M. Brasseur, au ‘cercle des Invisibles.)

M. ALLAN- KARDEC. Défiez-vous de M. Brasseur !

CAGLiosTRO. Oui, c’est la boutique à côté.

CHARLEMAGNE. Je VOUS annonce M. Brasseur.

M. BRASSEUR. Dites-nous d’abord votre Vrai nom ; on ne s’appelle pas Âllan-Kardec. Dites si ça se prononce Guillaume ou Durand.

M. ALLAN-KARDEC. M. le gérant du Moniteur de la Toilette!

M. BRASSEUR. M. Ic prudent pseudonyme!

CHARLEMAGNE. Saint Louis, faites donc taire votre homme.

SAINT LOUIS. Imposez silence au vôtre.

cnARi.RMAfiNE. Vous foites là un joli mélier; concierge de M. Kardec !

SAINT LOUIS. Et vous donc ! garçon modiste et barbier en sous-ordre.

CHARLEMAGNE. Figaro l’était.

BEAUMARCHAIS. A bas le sceptre, maladroit !

(Il se fit alors un mouvement de crayons et un bruit de grincement sur le papier tel, que j’abattis les crayons de MM. Âllan-Kardec et Brasseur, et de saint Louis et de Charlemagne.)

LE MARCHAND DE V U L N ^ R A IR E S UI SSE. Si

ze n'avais pas un assent étranger, si ze ne m’habillais pas en zénéral, on ne croirait pas que mon vulnéraire souisse il guérit de tous les maux, du mal de tête et des cors aux pieds, de la dissenterie, de l’apoplexie, de l’anarsie, de la philosophie. Et mon confrère le dentiste, il s’habille aussi en zénéral, loui ; sans cela, on ne lui confierait pas sa massoire, et il a des domestiques habillés en colonels qui zouent de la mousique ; sans cela, on ne loui croirait pas de talent.

LE DIACRE PARIS. Eo a-t-oo fait, des cabrioles, et de la catalepsie et des convulsions sur mon tombeau, dans le cimetière Saint-Médard en l’honneur de Jansénius ! Si on ne trompait pas un peu les hommes, ils s’ennuieraient.

URBAIN GRANDiER. Merci ! avec cela, on m’a torturé et brûlé vif, parce que les ursulines de Loudun faisaient des culbutes et invoquaient Asmodée.

MADEMOISELLE LOUISE. Peut-on parler?

MATIIURIN BRUNEAU (LOUis XVII). l’allflis prendre le crayon, mais je vous le cède, gentille demoiselle. — Qui êtes- vous?

MADEMOISELLE LOUISE. Je suis la somuambule de madame Lafontaine : douée d’une figure ordinaire mais expressive, qui devient belle dans les grands mouvements de la passion; je n’aurais jamais osé, ni même pu me cambrer les reins jusqu’au demi-cercle, ni lever les yeux au ciel jusqu’à les désorbiter, ni faire certains mouvements de hanches en public

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et convenablement, sans le prétexte d’une exaltation produite par le magnétisme el la musique; ça fait plaisir aux vieux et ça ne fait de mal à personne.

LOUIS XVII (Mathurin Bruneau). Vous avez fini, mademoiselle, à mon tour. Combien de désastres, de révolutions avez-vous subis depuis quelque soixante ans, pour avoir interrompu les traditions de la légitimité! Au premier abord, ça parait raisonnable de donner l’empire au plus digne, comme fit Alexandre ; mais rappelez-vous quel gâchis suivit le règne d’Alexandre.

» Le plus digne est celui qui, étant le plus fort, tue, bat, emprisonne, exile, épouvante les autres.

» Pour manifester qu’on est le plus digne à des gens qui se défendent, il faut être le plus adroit, le plus traître, le plus résolu, le plus féroce.

» Si je voulais vous tromper, c’était pour re-

nouer le Cl coupé de la tradition et de la légitimité, et vous épargner ce que vous avez souffert depuis.

M. ALLAN-KARDEC. — Monsieur Brasseur, quand vous aurez fini de me faire des grimaces...

SAINT LOUIS. — Ça, c’est vrai, qu’il fait des grimaces à M. Brasseur.

CHARLEMAGNE. — Vous av6z bien besoin de vous mêler de cela.

SAINT LOUIS. — Vous vous cn mêlez bien, vous,

M. BRASSEUR. — Je cesserai de vous faire des grimaces, monsieur Kardec, quand vous m’aurez dit franchement comment on prononce Allan-Kardec.

SAINT LOUIS. — Tu te répètes, mon fils.

CHARLEMAGNE. — Pourquoi qu’on ne lui répond pas, aussi.

M. KARDEC. — Pourvu que ça ne se prononce pus Brasseur, je serai content.

M. BRASSEUR. — Brasseur porte le nom de

son père, au moins : Pierre Brasseur engendra Antoine Brasseur^ qui genuit Fortuné Brasseur — lequel je suis.

(Ici, MM. Brasseur et Kardec, MM. saint Louis et Charlemagne écrivent tous à la fois sur le même papier, les crayons s’entre-choquent, s’é-

pointent, on se les arrache.)

ALCIDE TousEz, — Président, couvrez-vous.

ODRY. — Vous n’avez pas de chapeau, je vous prêle la tête de l’ours blanc de Chahabaam.

BOSCO. — Tous farceurs! et pas forts.

Le tumulte est à son comble; je n’ai de ressource que de frapper sur les crayons qui tombent et roulent, de telle sorte que la séance est terminée.

On sait que les esprits écrivent très-gros, absolument comme quelqu’un qui écrirait en tenant un crayon enmanché dans une table ; soixantetrois feuilles de papier ont été couvertes, dans celle mémorable séance, qui laisse loin derrière elle toutes celles données jusqu’à ce jour par les

sociétés spirites et spiritualistes, et par le cercle des Invisibles, etc.

Je défie MM. Brasseur et 'Allan-Kardec d’oser dire que les choses ne se sont pas passées comme je les raconte.

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