‹ La maison closeChapitre 36 sur 40 · FRANÇOIS PONSARD · texte numérisé non relu

FRANÇOIS PONSARD

J’ai maintenant à demander pardon à mes lecteurs de les avoir, cette fois, aussi longtemps occupés de choses auxquelles je suis mêlé ; mon excuse consiste en ceci, que cette manie du bruit et de la publicité est, dans le cas présent, poussée à un tel degré, que cela devient presque un caractère, et tombe dans le domaine de la comédie.

La môme excuse me servira pour un autre point auprès de mes lectrices.

Ce n’est certes pas moi qui m’aviserai d’aller chercher une femme dans son salon, dans sa maison, où elle est reine légitime, pour la livrer

à la curiosité publique; mais, si la femme csf reine légitime dans sa maison, elle est, dans la rue et au dehors, quelque chose qui ressemble à un conquérant et à un soldat, et, comme telle, exposée volontairement aux chances de la mêlée. Celui qui met la main sur le voile de la jeune fille ou de la mère de famille est un criminel coquin ; mais, quand Aruns frappa à son tour Camille au moment où la reine des Volsques abattait lesTroyens sous ses coups, personne — il y a cependant longtemps de cela — ne s*est jamais avisé de l’accuser d’impolitesse et de manque de savoir-vivre.

Il y a longtemps que j’ai fait cette remarque qu’il y a deux choses que les femmes ne pardonnent pas aux hommes ; le sommeil et les affaires ; mais je n’avais jamais vu cette horreur du sommeil poussée à un tel excès. Jolie comme vous

êtes, amusez-vous 5 tourmenter les vivants ,

mais laissez les morts dormir tranquilles.

Je ne m'étonnerais pas de voir paraître prochai-

nement quelque épître inédite d’Horace ou une ode inconnue de Pindare, ou quelques lignes exhumées de Tacite, où je serais par ces illustres morts traité comme je le mérite. Ce serait plus prudent : je n'ai pas de lettres d’eux à opposer.

Pour finir, je suis curieux de voir si M. Granier de Cassagnac, qui a reproduit avec tant d'empressement dans son journal les passages qui me concernent dans les lettres apocryphes publiées par madame la princesse de Solms, publiera également celles qui leur donnent ici un démenti formel, auquel cas je rendrai témoignage de son impartialité.

A Monsieur le Directeur du journal le figaro,

à Paris,

[Monsieur,

Vous avez admis dans votre journal une lettre qui me concerne ; vous voudrez bien admettre ma réponse.

LA MAISON CLOSE 26r,

Perniettez-moi, d’abord, de vous demander pourquoi vous avez donné une mauvaise raison de cette insertion, quand vous pouviez en donner une excellente?

La lettre en question est^ellement bizarre, tellement inusitée, qu’elle était une bonne fortune pour votre journal ; — voilà la bonne raison.

Dire, comme vous le faites, que l’auteur de cette lettre « attaquée par la presse et voulant se défendre n’aurait pu le faire ailleurs que dans le Figaro > : voilà la mauvaise, et je le prouve : 1« Elle n’était pas attaquée, mais avait attaqué par la presse^ en publiant les prétendues lettres d’Eugène Süe ; 2° elle avait déjà fait une réplique à ma réponse, et avait vu sa lettre insérée immédiatement dans les GttépeSy c’est-àdire là où elle se]pensait attaquée ; il en aurait été de même de la seconde épître.

Ce n’est donc pas en qualité de saint Vincent de Paul de la presse, mais en qualité de journaliste soucieux de l’amusement de ses lecteurs,

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que vous avez donné asile à la leltre de la princesse : — voilà pour ce qui vous concerne .

Passons à ma belle ennemie, la charmante madame Marie Sludolmine Brouhaha, née, suivant elle, comme elle « cru devoir le faire imprimer dans votre journal, le 25 avril 4833; suivant d'autres, qui sans aucun doute se trompent, le 25 avril 1829.

La princesse répond à divers points de ma plaidoirie ; mais il en est un sur lequel elle se tait, et qui a cependant son importance.

J’ai fait imprimer, en regard, dansfcs Guêpes, des fragments d’un ouvrage de moi publié en 1838 — et des fragments d’un ouvrage do madame*** publié en 1858 ; — le second est littéralement copié sur le premier.

Il est donc avéré qu’elle a fait imprimer et publier sous son nom un ouvrage de moi.

La princesse Brouhaha dit dans le Figaro :

« Il y a une mauvaise foi inique à dire que je me fais appeler la princesse Marie; je ne

porte aucun titre ; mes cartes, mes livres portent mon simple nom. Mensonge donc de la part dudit Karr. »

Eh bien, ledit Karr, pendant qu’il écrit ces lignes de la main droite, tient de la main gauche une carte donnée â Nice par celte dame ellemême ; et, de cette carte, voici le portrait exact :

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