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LA COMTESSE MARIE

Chaillot, éditeur, à Parig.

Ce n'est pas tout : — dans les engueulements

anonymes que je reçois depuis un mois à ce sujet — et dont une phrase se retrouve par hasard dans la lettre que vous avez insérée, on la désigne invariablement par ces mots : « la charmante princesse » .

Ce n’est pas tout : — il y a deux ans, à un court voyage qu’elle fit à Nice, — quatre cents personnes l’ont vue comme moi entrer dans un concert déjà commencé que donnait M. L’Huillier dans la salle de l’hôtel de la Grande-Bretagne. — Elle avait, je me le rappelle, un châle brodé en or; elle était menée par un homme qui est un peu de mes amis, mais qui a sa faiblesse comme nous avons tous les nôtres, et qui criait d’une voix de procureur royal — il a ses raisons pour cela : « Place à la princesse ! »

Donc, la princesse Brouhaha a pris des titres, tant sur ses cartes que sur ses ouvrages; donc, elle en a accepté publiquement; donc, ledit Karr n’a pas menti.

Qu’il me soit permis de tirer les conséquences

de ces deux faits ; commençons par le second :

Madame Marie *** nie crânement, et avec les formes les plus violentes et les plus injurieuses, qu'elle se soit jamais fait appeler princesse et comtesse , — ce qui néanmoins se trouve prouvé.

Elle a publié sous son nom un ouvrage de moi.

Je suis donc fondé à penser qu’il ne faut ajouter qu'une foi modérée aux allégations et aux dénégations de cette dame.

J'ai le droit de croire qu’une personne qui a publié un ouvrage de moi sous son nom, peut bien avoir publié quelques lignes d’elle sous le nom d'Eugène Süe.

J'aime mieux admettre cela que de croire que Süe ait écrit confidentiellement et en cachette les lettres publiées par cette dame, en même temps qu’il m’adressait celles que les Guêpes ont publiées en regard des premières.

Si cette interprétation est meilleure pour la mémoire d’Eugène Süe, elle est également plus indulgente pour la princesse Brouhaha. En

effet, dans l’hypothèse de lettres arrangées, elle n’aurait fait qu’attaquer un peu déloyalement un homme qui ne l’aime pas, tandis qu’en supposant ces lettres vraies, elle aurait odieusement abusé de la confiance et de la tendre amitié d^un homme mort, pour révéler d’inqualifiables faiblesses de son caractère ; j’aime donc mieux supposer les lettres fausses.

La princesse Brouhaha dit : Ponsard luimême répondra plvs tard, avec l’énergie qu'as^ surent à un honnête homme la mauvaise foi et la déloyauté, aux étranges allégations auxquelles Karr mêle son nom.

Je n’ai mêlé le nom de Ponsard à aucune allégation ; — j’ai constaté seulement qu’elle avait « dédié à son ami Ponsard i» le petit ouvrage de moi qu’elle a fait imprimer sous son nom. — Ponsard est également de mes amis, et j’ai dit que je le lui dédierais de mon côté dans la première édition que je ferais de cet ouvrage.

C’est donc au contraire la princesse qui essaye

odieusement de le mêler à cette affaire ; — mais j’ai tout lieu d’espérer que la menace de Ponsard rentrera dans le « bon sens », dont il est le représentant littéraire, comme le poignard de Melpomène rentre dans son manche.

Que me reste-t-il encore à dire ?

Ah!

La petite princesse Brouhaha dit: Karr me dit maigre ; son dépit vient de ne pas avoir été ad~ mis à s'assurer du contraire. . . — Elle ajoute qu’un de ses amis lui a rendu le témoignage que Karr a menti.

On a vu de tout temps des femmes jeter leur bonnet par-dessus les moulins ; mais il me semble que je vois voltiger en cette circonstance et s’entortiller dans les ailes desdits moulins un peu plus que le bonnet.

Quelle est donc la belle Athénienne qui gagna une cause difficile devant l’aréopage, en déchirant sa tunique?

Ma pudeur m’empêche de suivre la princesse

sur ce terrain glissant, où il est aussi facile d’affirmer qu'impossible de prouver. Si je réponds, ce qui n’est que la vérité, que la princesse Brouhaha se trompe ; qu’elle ne m’a jamais inspiré la fantaisie de vérification qu’elle me suppose, elle dira encore que je suis un homme mal élevé : que serait-ce donc si j’ajoutais, ce que je n’ajoute pas, que c'est'pour cela qu’elle est irritée contre moi? Ce serait ridicule, outrecuidant, grossier, et ce ne serait pourtant que le calque fidèle de ce qu'elle dit de moi.

Si elle a encore la fantaisie d’écrire à mon sujet, je l’avertis et je vous avertis, monsieur, que les Guêpes lui sont ouvertes : il n’est pas juste que vous ayez tous les bénéfices, et moi tous les coups.

Agréez, etc.

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