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Ce livre n'est pas destiné, en effet, à être mis dans le commerce, mais doit être seulement distribué aux personnes qu'il peut intéresser. Il est inutile d'ajouter avec quelle gratitude l'auteur accueillerait toutes les observations ou indications que voudraient bien lui adresser ceux qui lui feraient l'honneur de le lire.
ORIGINES DE LA MAISON DE BOVES ET DE COUCY, TIGE DE LA ALAISON DE C\IX. — HUGUES DE BOVES. — DREUX DE BOVES ET SES FILS : ENGUERRAN, ANSEAU OU ANSELME ET ROBERT. — LES ARMOIRIES DE BOVES ET DE COUCV. — Xie ET XII^ SIÈCLES.
a maison de Caix est issue
d'Anseau ou Anselme de
Boves, qui vivait à la fin du XP siècle;
elle descend donc, par les mâles, de
l'ancienne souche féodale qui a donné
naissance à l'illustre lignage des sires de
Coucy, lequel joua un si grand rôle
dans l'histoire du Moyen-Age. C'est
pourquoi nous croyons nécessaire,
avant de nous occuper de la
branche cadette qui est
l'objetspécial de ce travail,
de fournir quelques éclaircissements sur les origines de la maison de Boves ou de Coucy '.
L'historien Colliette ' prétend que cette seigneurie de Boves avait été aliénée par Dreux, comte d'Amiens, en f^iveur de sa fille Adèle, mariée avant Tan 1059 à un Albéric, l"' du nom, seigneur de Coucy à cette époque, lequel aurait eu de ce mariage un Albéric II, également seiiineur de Coucv, et celui qu'il nomme Dreux de Parpes, devenu seigneur de Boves, comme héritier des biens maternels. C'est là une pure fantaisie reproduite, d'ailleurs, par la grande majorité des anciens historiens qui se sont occupés de Coucy. Le docte et scrupuleux Du Cange ne cite nulle part cette prétendue Adèle parmi les enfants de Dreux, comte d'Amiens. « D'ailleurs — fait avec raison remarquer M. A. Janvier ^ — le seul rapprochement des dates vient combattre la thèse avancée par Colliette, puisqu'Albéric de Coucy vivait à la lin du règne de Henri L', qui mourut en 1060, et que La Morlière cite, dès 1034 \ des actes auxquels prend
' Li maison de Caix est, avec la fiimille de Coucy-Poillecourt, issue d'un fils cadet de Raoul III, seigneur de Ven'ins au XVe siècle, le seul rameau maie subsistant aujourd'hui de la maison de Boves-Coucy.
* Colliette : Mémoires pour servir à l'histoire du Ferinaudois, 3 vol. in-4. Cambray et Paris, 1771-72, Tome 11, Livre ix, p. 8.
' A. J.wviER : Bot'es cl ses Seigueurs, i vol. in-8. Amiens, 1877, p. 18.
* L.\ Morlière : Recueil de plus. ill. Maisons de Picardie, Paris, 1642, in-fol., p. 251 et suiv. — C'est par erreur que La Morlière cite cet acte à la date de 1034 et André Du Chesne {Hisloire gcm'alogique des Maisons de Giiines, d'Ardres, de Gaud et de Coucy, Paris, 1631, in-fol.) à celle de 1044. D. Toussaint Du Plessis {Hist. de Coucy, Paris, 1728, note XI, p. 30) établit péremptoirement que 1012 est la date exacte.
part ce Dreux de Boves que l'annaliste du Vermandois regarde comme le petit-fils de Dreux d'Amiens. » Mais il y a plus : nous possédons une charte donnée Tan II 17 par Clérembauld, évêque de Senlis, relative à une contestation entre Enguerran I'-'' de Boves et les moines de Saint-Arnoul de Crépy ', et cette charte nous fait connaître positivement que l'aïeul d'Enguerran se nommait Hugues. \^oici comment Du Gange résume et explique cette charte; nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter son commentaire au savant et consciencieux historien.
« Ce litre — écrit-il ' — nous apprend qu'en l'an II 17 il s'éleva un différend entre les moines du monastère de Saint-Arnoul de Crespy et un chevalier nommé Enguerran. Ce dernier soutenait qu'un certain bourg du château de Crespy qui étoit possédé depuis longtemps par les moines, lui devoit appartenir, comme ayant été possédé tant par son aïeul que par Dreux, son père. Enguerran ajoutoit que sa mère avoit été douée de ce bourg; qu'après la mort de son mari, elle l'avoit possédé encore plusieurs jours et plusieurs nuits; — à quoi les moines répondoient, que si ce bourg avoit été elïectivement possédé par son père et son aïeul, ce n'avoit été que
* Cette charte est donnée dans la GaUia Chrisliaim, Tome X, Instntm. Ecdesim Silvaiwcteiisis, p. 423, 424. Elle est copiée et commentée dans les manuscrits de D. Grenier {CoUcct. de Picardie, Tome 267, fol. 145). Néanmoins nous la reproduisons à nos Pièces justificatives (Preuves I), avec les commentaires de D. Grehier, à cause de son importance pour la filiation de la maison de Boves, et par conséquent pour celle de la maison de Caix, qui en est issue.
' Du Caxge : Histoire de J'etai et de lu ville et comté d'Jiiiieiis (publiée par M. Hardouin). Amiens, 1840, in-S", p. 241 et suiv.
par violence et par force. — W'autier, comte d'Amiens et de Crespy, disoient-ils, et Adèle sa femme (à laquelle la charte donne le titre de « très noble ») en avoient fait don autrefois au monastère de Saint- Arnoul. Cette donation avoit été confirmée du consentement du roi Robert, par Arnoul, archevêque de Reims, Robert, archevêque de Rouen, Lothérie, archevêque de Sens, et autres prélats, et ensuite par les papes Jean et Pascal II. Hnfin, ils ajoutoient à CCS raisons que Hugues, aïeul d'Enguerran, qui avoit envahi par force ce bourg, ayant reconnu son injustice, l'avoit remis en leur possession, qu'il ne s'étoit réservé qu'une demeure, tant pour lui que pour son fils, à la charge d'un cens de trois sols qu'il s'obligeoit de payer tous les ans à l'église de Saint-Arnoul, étant d'ailleurs stipulé qu'après la mort de son héritier, le total retourncroit à cette église; qu'enfin par suite de ce traité, l'église de Saint-Arnoul avoit possédé le bourg pendant l'espace de plus de vingt-cinq ans, dont dix ans au moins à la vue et en présence d'Enguerran, majeur et ayant la qualité de chevalier l'espace de plus de dix ans. Quoiqu'il eut intenté procès à ce sujet, Hnguerran n'ayant osé contester plus avant, ni se trouver au .jugement de l'église, la possession du bourg fut confirmée au monastère de Saint-Arnoul par jugement rendu par l'évêque de Senlis, etc.. '. Ce titre nous apprend :
' Les historiens de Crépy ont voulu voir dans Hugues un Bulgare de cette ville ; mais cela est très confus et très incohérent ou repose sur des affirmations dénuées de preuves positives. — Cfr. Gross : Hist. de la ville de Crepy, Senlis, 1881, in-8.
1° Qu'lingucrran eut Hugues pour aïeul, ce qui étoit ignore jusqu'à présent; 2*^ que ce fut Hugues qui s'empani du bourg de Crespy, d'où l'on peut conjecturer qu'il talloit qu'il eût quelqu'alliance avec les comtes de Wilois, ou qu'il fut de la famille de ces comtes ou des comtes d'Amiens, puisqu'il prétendoit que le bourg de Crespy lui appartenoit. Or, le château étoit des appartenances des comtes d'Amiens. QjLiant à ce que le titre dit que la mère d'Engjuerran fut douée de ce bourc:, cela se doit entendre du douaire qui lui fut assigné sur ce bourg par Dreux son mari. Mais la difficulté reste toujours de savoir de qui Hugues descendoit originairement \ y>
On voit par tout ce qui précède que les deux Albéric doivent être supprimés dans la généalogie de la maison de Coucy , malgré l'autorité de Colliette et des autres historiens qui ont partagé son opinion.
Il y eut bien, comme nous l'avons vu plus haut, un Albéric, seigneur de Coucy au XI"^ siècle ; mais il était seulement le contemporain et non le père ou le frère de Dreux, seigneur de Boves. Le domaine de Coucy était alors un fîef de l'Église de Reims, à
' Dans les commentaires dont il accompagne la copie qu'il donne de cette charte, D. Grenier se demande — d'une façon d'ailleurs tout à fait dubitative et sans prendre parti — s'il est bien question ici de Dreux et d'Enguerran de Boves. Nous nous rangeons entièrement sur ce point à l'opinion de Du Cange et nous en donnons nos raisons dans la discussion dont nous faisons suivre cette pièce à nos Preuves, I.
laquelle il appartenait depuis la donation qu'en avait fait à saint Rémi le roi Clovis. Vers le commencement du X*-^ siècle, les Archevêques y avaient fait construire un château et y avaient mis une garnison dont ils confiaient le commandement à des seigneurs du voisinage ou même à de simples chevaliers, à charge de défendre leurs intérêts, de protéger le pays avoisinant et de rendre à l'Eglise de Reims l'hommage féodal et le service militaire. Parfois aussi, au milieu de la confusion de cette époque troublée par des guerres incessantes, quelque seigneur s'emparait de la forteresse sur le détenteur légitime et la gardait plus ou moins longtemps, avec ou sans l'agrément des successeurs de saint Rémi. C'est ainsi que cette charge d'avoué ou de vicomte de Coucy avait été successivement dans les mains d'Herbert, comte de Vermandois, de Bernard, comte de Senlis, et de Thibaud, comte de Tours et de Chartres ; c'est même la possession — tout à fait précaire — de Coucy par ces différents princes, qui a induit certains auteurs à chercher l'origine de la maison de Coucy dans celles de Blois et de Chartres ; nous ne nous arrêterons même pas à discuter cette fantaisie qui est rendue absolument insoutenable par les f^iits dont nous donnons la preuve. Thibaud de Chartres, en 963, abusa des circonstances pour faire céder à son fils Eudes, par l'archevêque Odalric, la jouissance perpétuelle de Coucy, sous la seule condition d'un cens annuel de soixante sous d'or. Mais, s'il faut en croire Du Chcsne, Du Plessis et d'autres historiens, les archevêques de Reims ne tardèrent pas à
reprendre une suzeraineté plus effective sur le domaine de Coucy et en gratifièrent successivement plusieurs seigneurs à titre plus ou moins précaire. Le dernier de ces seigneurs fut précisément Albéric, qui détenait déjà le fief de Coucy au plus tard dés Tannée 1059, et qui fut le fondateur de l'abbaye de Nogent.
duoi qu'il en soit de toutes ces obscurités, il n'y avait donc pas encore, au XP siècle, de maison de Coucv, mais seulement des vicomtes sans titre héréditaire; et ce n'est que lors de l'occupation de ce domaine par Enguerran, fils de Dreux de Boves, occupation dont nous parlerons plus loin, que fut constituée la dynastie des sires de Coucy, issue de la maison de Boves.
Hugues, qui vivait aux environs de l'an 1000, sous le règne de Hugues-Capet, est donc le premier auteur historiquement connu de cette maison; mais de qui descendait-il lui-même? C'est là une question que les documents qui ont survécu au temps, ne nous permettent pas d'élucider complètement. L'opinion générale ^ — et l'on a vu plus haut que c'est celle qu'exprime Du Cange à propos de la charte de Clérembauld, évéque de Senlis — est que la maison de Boves tenait par une alliance à celle des comtes d'Amiens et de Crépy, ce qui n'est d'ailleurs, qu'une conjecture tout à fait plausible, mais dépourvue de
' André du Chesxe (Hist. da Maisons Je Guines, d'Anhrs et de Coucv) ne cherche même pas à ékicider la question des origines de Dreux de Boves.
certitude '. Le iils de Hugues, Dreux, né dans le premier quart du XL' siècle ou même dans les dernières années du X"-', et seigneur de Boves, comme son père, se serait appelé d'abord, — s'il faut en croire les historiens de Coucy, et notamment Colliettc, André Du Chesne et Dom Toussaint du Plessis "', — Dreux de Parpes, du nom d'un village dont il était seigneur, et que l'on veut retrouver aujourd'hui dans un hameau du canton de Ribémont (ancienne Thiérache, département
' Voici la Généalogie que donne Du Cange lui-même, dans son Histoire inaiiuscrile. (Maniiscr. de la Bihl. Kat. Fonds Français, 9478).
Gautier,- comte du Vexin ou d'Amiens, épouse Adèle.
Dreux, comte du Vexin
Raoul, comte
de Crépy,
ou d'Amiens,
ép. Godione.
ép. N. de Brcteuil.
Raoul,
Thibault,
Alix,
comte de Crépy
sgr. deXanteuil.
mariée à Dreux,
ép. Thibaut,
et d'Amiens,
sgr. de Boves.
comte
mort en 1074,
de Chartres.
ép. 1° Eléonore, 2''Anne de Russie,
Enguerr.in
Robert
Anseau
reine de France.
sgr. de Boves, de Coucy,
puis de Péronne
de Caix.
comte d'Amiens.
On voit qu'il n'est pas question ici de notre Hugues. C'est probablement parce que Du Cange n'a eu connaissance que plus tard du document publié par les bénédictins dans leur Gallia Cbrisliana.
* CoLLiETTE : op. cit. Tom. II, p. 8; Du Chesne : op. cit. p. 189; Du Plessis, op. cit. p. 19. — L'auteur de Mémoires sur la Maison de Coucy (Mss. franc. 18616), dit textuellement, f° 15 recto : « peut cstre la terre de Parpes en Tliiérache. » Voir aussi Moreau : Notice sur Us Sires de Coucy, in-8. Chauny, 1871, p. 108.
de l'Aisne). C'est là une interprétation tout à fait fantaisiste du nom latin « Papiriacum », qui seul se trouve dans les pièces originales, et nous préférons beaucoup nous ranger sur ce point à l'opinion du judicieux D. Grenier \ qui traduit « Drogo de Papiriaco » par Dreux de Pavery, localité qui existait autrefois entre Boves et Gentelles '\ lin effet, les seigneurs de Boves n'avaient encore, à ce moment, aucun intérêt dans la Thiérache ou le Vermandois, et c'était dans l'Amiénois et le Valois que se trouvaient leurs biens et le siège de leur inlUience.
Le nom de Dreux, seigneur de Boves, paraît pour la première fois dans l'histoire, parmi ceux des témoins d'un accord fait en 1042 '' en présence du roi Henri P\ entre l'abbaye de Corbie et ^\\ultier, seigneur d'Encre. Il assista également la même année, à Épernay, à la donation que Thibaud, comte de Champagne, et Etienne, comte de Meaux, qualifiés
' Cite par A. Janvier : Boivs et ses Seigneurs (Amiens, 1877, in-8"), p. 18.
* Il y a encore sur le territoire de la commune de Boves, un grand lieu dit appelé Pcwrv (section D du cadastre) qui s'étend dans la vallée, depuis un pont sur l'Aixe, situé tout prés du village de Fouencamps, jusque prés de celui de Thésy. Il n'y reste plus aucune trace apparente d'habitations, mais on y a souvent rencontré des vases, des monnaies, des outils, etc., qui semblent indiquer qu'il y avait là un village à une époque très ancienne. Dans le « Dénombrement de Juniel », du 10 mars 1404, publié par M. C.\uvel de Be.a.uvillé (Recueil de doc. iiied; sur la Picardie, tome III, p. 215) on voit cité le Moulin de Pavery, prés de Boves.
^ iMss. de D. Grenier et L.\ Morlière, op. cit. V. plus haut, p. 2, note 4.
(( Comtes de Franco ^\ firent à Foulques, évêque d'Amiens, et au chapitre de la C>athédrale, du village de Croissy-en-Amiénois '. Dreux de Boves fut aussi présent, en 1069, à la donation que Raoul de Crépy, comte d'Amiens et de \'aIois — successeur d'un autre Dreux, également comte d'Amiens, dont nous avons parlé plus haut — fit, à la demande de l'évêque Guy, du droit de justice que lui et les seigneurs de Conty possédaient sur toutes les terres de l'évêché d'Amiens '\ et en (in au don de ce que ce seigneur et ses chevaliers ou vassaux avaient dans la terre de Conty '*. Dans le premier de ces actes, Dreux et son fils Robert (de Pérou ne), le seul de ses enfants qui signe avec lui, sont nommés les premiers parmi les chevaliers de la suite du comte d'Amiens, ce qui semble indiquer, d'après les usages suivis à cette époque dans le libellé des actes publics — qu'ils avaient une certaine suprématie sur les autres chevaliers du comté d'Amiens, « probablement, dit textuellement Du Cange, parce qu'ils étaient de la famille de Raoul » \ et ce qui expliquerait peut-être jusqu'à un certain point les droits que fit valoir plus tard sur le comté d'Amiens le fils aîné de Dreux, liniruerran I. Dans un autre
' Cette pièce est publiée dans Du Ciiesnk (op. cit.). Preuves, p. 315. Dreux y signe au-dessus d'un Xévelon de Boves, probablement son parent.
' Dit Chf.sne, op. cit. Preuves, p. 316. « Drogo Hovensis, Robenus ejus filius, Oilardus miles ipsius. »
' Ms. de D. Grrs'IKK, Collect. de Picanlie.
* flisloire de l'état de la ville d'Auiiens et de ses comtes, publiée par -M. H.VRDOUIN (Amiens, 1840, in-8;, p. 258, 23p.
endroit du même ouvrage. Du Gange est plus explicite encore, d propos d'une seconde charte, sans date, mais qui dut être passée de 109 1 à iiO(S ' : « D'ailleurs, dit le savant historien, les termes de la patente de Guy et Yves, comtes d'Amiens, dont nous avons parlé (p. 253 de l'imprimé), portant qu'elle a été expédiée par le conseil et le consentement des grands seigneurs qui étaient leurs héritiers : Coiicilio proccniui harcdumquc nostronuu , ne se peuvent entendre à mon avis que des enfonts de Dreux (de Bovcs). » Il existait donc très certainement "• des liens de vassalité immédiate et de proche parenté entre Dreux de Boves et les comtes d'Amiens qui lui avaient concédé de nombreux fiefs et privilèges ', et il avait aussi une alliance intime Axcc les châtelains d'Aniiens, gouverneurs de la forteresse de Gastillon.
En 1069, Dreux de Boves, accablé, dit la charte que nous citons, de vieillesse et d'infirmités — « ipse enim accidente vitae suae termino ultimâ infirmitate praegravatus » \ — remit au chapitre
' Cette pièce est en effet indiquée comme écrite sous le régne de Philippe I et de Gervin (et non Garin, qui est mis par une erreur évidente), évêque d'Amiens. Or, Philippe I régna de 1060 à 1 108 et l'épiscopat de Gervin s'étend de 109 1 à 11 15.
* C'est aussi l'avis de M. Hardouin, le savant éditeur de l'ouvrage cité de Du Cange : Introduction, p. 36, 37.
■' C'est ainsi que Dreux jouit jusqu'à sa mort de la vicomte de Corbie, qui lui avait é:é donnée par Gautier, comte d'Amiens.
* Dreux devait être, en effet, fort âgé à cette époque, puisque ses deux fils aînés, ainsi que nous le verrons plus loin, étaient nés trèj certainement vers l'année 1020. Il signe cet acte avec ses trois fils dans l'ordre suivant : Enguerran, Robert et Anseau. (V. nos Preuves, II).
d'Amiens ravoucric et le comté qu'il possédait au villaore de Cottenchv, et dans tout son territoire \ Quelques années après, Dreux de Boves, malgré sa vieillesse, prit avec ardeur la défense de Richilde, comtesse de Hainaut, veuvedeBeaudouin deFlandres, des domaines de laquelle il avait l'administration, conjointement avec Anselme de Mailly, autre seigneur picard. Cette princesse ayant été attaquée par son beau-frère Robert, qui voulait la dépouiller, Dreux arma ses vassaux et marcha contre l'envahisseur; mais l'armée de Robert fut victorieuse à Cassel, en l'année 1070, et Dreux de Boves périt dans le combat *.
De sa femme, dont on ignore le nom, Dreux de Boves laissait trois fils :
L'aîné, Enguerran ^, appartient à l'histoire générale. Il fut comte d'Amiens — peut-être par usurpation sur les seigneurs légitimes, peut-être aussi du chef de sa mère qui, d'après certains auteurs \ appartenait à la famille des anciens
' Du Chesxe : Hist. gt'iièal. de Giiines... et de Coiicy. Preuves, p. 317.
* Voy. Mt'tii. pour l'histoire de Coucy. Bihl.Kat. F. Franc., 18616, f. 15 et 89.
* Ce nom que devait illustrer une nombreuse descendance, fut sans doute donné au fils aîné de Dreux de Boves, par le bienheureux Enguerran, abbé de Saint-Riquier, fameux dans toute la Picardie, et qui, mort en 1045, tint probablement sur les fonts du baptême l'enfant de Boves.
* Voir notamment D. Toussaint Du Plf.ssis, note xii, et Du Cange (op. cit., p. 245), qui dit positivement : « ... Par droit de succession légitime... » Et son éditeur ajoute sagement en note : o C'est là du moins la conjecture plausible, mais quelque peu systématique, de notre auteur. »
comtes de cette ville. C'est avec Enguerran que commence la série des sires de Coucy de la maison de Boves. Il devint maître de cette célèbre forteresse vers l'année 1080, d'une manière restée assez obscure. Albcric, dont nous avons parlé plus haut, en était alors le détenteur, sous l'autorité de l'Église de Reims. Les uns prétendent ' qu'Enguerran épousa en secondes noces une fille dudit Albéric et qu'il succéda ainsi à son beau-père dans la possession du château de Coucy, où il parvint à se rendre indépendant et à se créer un fief héréditaire — de viaiier qu'il était jusque-là — à la faveur de ses luttes avec son suzerain l'archevêque de Reims et du développement de la féodalité au XIL' siècle. Les autres '^ assurent, d'après une vieille vie de saint Arnoul \ qu'il s'empara de Coucy par la violence sur Albéric, qu'il fit saisir dans son manoir, une belle nuit de l'an 1078 ou 1079, et qui disparut depuis sans qu'on ait jamais plus entendu parler de lui, laissant la place à l'usurpateur *.
' iM.\LBRANca : De Morinis, t. II, 489. Mss. de D. Grenier.
' Parmi lesquels Jovet, chanoine de Laon, dans son Histoire des anciens seigneurs de Coucy (Laon, 1682, in-12); André Du Chesne (op. cit., p. 188), et Du Gange (op. cit., p. 251).
^ Ex vitd Sancti Arnulphi Suessioncnsis episcopi, auctore Hariiilplx ahhate Aldenlmrgensi, dans Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XIV, p. 56).
* D'après D. Toussaint Du Plessis (Hist. de Coucy, note v, p. Il) et d'autres auteurs, l'Albéric auquel arriva cette aventure, n'était pas le seigneur de Goucy, mais un autre Albéric, seigneur de Ghoisyau-Bac, près Gompiègne, localité qui, en latin, s'appelait aussi Cauciacuni, ce qui a donné lieu à la confusion. (Voir la note sus-indiquée, où Du Plessis discute les diverses hypothèses de l'origine des Coucy.)
Nous ne prendrons pas parti dans cette querelle rétrospective, d'ailleurs étrangère à notre sujet; nous ferons seulement remarquer qu'un de nos documents \ émanant d'Hnguerran, contient la souscription d'un Guy, fils d'Albéric de Coucy '. Doit-on en conclure quTinguerran I était, en eilet, par mariage ou autrement, le légitime possesseur de Coucy, ce qui confirmerait l'hypothèse de D. Toussaint Du Plessis ^? Ou bien, adoptant la seconde hypothèse, faut-il penser que le fils du seigneur dépossédé, se trouvant trop faible pour réclamer la succession, soit à titre héréditaire, soit comme avoué ou vicomte de l'Hglise de Reims, aurait trouvé plus politique de se niettre à la solde du spoliateur? C'est une question que je laisse le soin d'élucider aux érudits qui entreprendront de nous donner enfin une histoire sérieuse et critique de la maison de Coucy \ Enguerran de Boves,
' V. à nos Preuves, XI.
* C'est par erreur que M. de Florival, dans son ouvrage, d'ailleurs si complet et si bien étudié (Etude sur le X^I' siècle : Barthélémy de Vir, l'vêque de Laou, Paris, libr. Didron, 1877, in-8, p. 300), dans une pièce qu'il intitule ainsi : « Charte de restitution de l'autel de Coucy- Ia-\'ille à l'abbaye de Nogent, par Jean, clerc, fils d'Albéric, ancien seigneur de Coucy, » donne à Albéric de Coucy un autre fils, nommé Jean qui aurait été d'église, et qui aurait ûiit, en 1122, une restitution à Nogent-sous-Coucy. La lecture attentive de cette pièce prouve que ce Jean était fils, non d'Albéric, mais d'un certain Guy, qui détenait injustement, d'après l'évêque de Laon, l'autel de Coucy.
' Note V où Cette question est longuement examinée.
* Du Plessis (op. cit. pièce justif., j 4) donne une charte de l'an 1086, dans laquelle il est fait mention de Guy et de R(enaud), tous deux fils de Tiezzon, châtelain de Coucy sous Albéric ; ce Guy n'est pas le même, évidemment, que celui dont nous parlons ici. Guy, châtelain
premier sire de Coucy, seigneur de Marie, de La Fère, etc., mourut très certainement après 1118, puisqu'il signe un acte daté de cette année '. 11 était alors presque centenaire '.
Nous savons, en efTet, par une charte de l'année 1095 '*, que le frère cadet d'Iînguerran, Robert de Capy ou de lYTonne (qui nous est connu en outre par divers titres de 1069, 1079 et 1108) \ était à cette époque — 1093 — depuis ciuquaulc ans seigneur pour partie de Péronne, par suite du mariage qu'il avait contracté, étant encore fort jeune, avec Adèle ou Adélaïs, fille de Robert I de Péronne, laquelle avait recueilli une partie de cette seigneurie ainsi que de celle de Capy, à la mort de son père,
et vicomte de Coucy, est encore cité dans une autre charte donnée par le même auteur (p. justif., § 1 1), et il y eut certainement deux châtelains de Coucy de ce nom de Guy, car ce ne peut être le même qui est cité en II 16 (Florival, op. cit., p. 280), et en ii 58 (Lep.mgf. : Bibliotbeca 'Pnuiiionstrdli'iiiis, p. 452). C'est à l'un de ces deux Guy, que Engucrran I, voulant désliériter son fils Thomas de Marie, comme l'assure Guibert de Nogent (dans son Traite de la mort de Gualdric, êvèqiie de Laoïi, reproduit par Du Chesne, op. cit.. Preuves, p. 321 et suiv. ; et Guibert : de vite sud, lib. III, cap. xi), donna en mariage la tille qu'il avait eue de sa seconde femme (Du Chesne, op. cit. p. 196).
' C'est donc par erreur que D. Toussaint Du Plessis, note XXV, le fait mourir en 1 1 16.
* Le seul historien de Coucy qui ait fait quelqu'attention à l'âge des trois fils de Dreux de Boves est l'auteur du Ms. F. Français de la Bihl. Xat., n" 18616, qui dit au folio 21 (recto) en parlant de la mort d'Enguerran I : « Il ne pouvoit pas avoir moins de 80 ans... »
' Du Plessis, p. justif. 5 7- — Nous reproduisons cette pièce dans nos Preuves, no III.
* V. Du Chesxe : op. cit. Preuves, p. 319, 320, et Du C.\xge : op. cit, p. 246.
conjointement avec son frère, Robert II de Péronne, en 1045. Hobcrt de Boves devait donc être né vers l'année 1023 ; il prit part en 1 104 à la guerre soutenue par son frère Enguerran contre Thomas de Marie, fils dudit Enguerran, et on croit qu'il mourut sans postérité mâle le 5 août, entre les années 1106 et 1 109 *.
Le dernier fils de Dreux de Boves, Anselme ou Anseau (Ansellus), que certains auteurs nomment le second, et d'autres le troisième, fut la tige de la maison de Caix. Nous nous occuperons de lui dans le chapitre suivant.
C'est peut-être le moment de faire remarquer ici que Dreux de Boves et ses fils portaient alors pour armoiries un écu de gueules, à la bande d'or accostée de deux coticcs de même. Enguerran I lui-même, le fondateur de la maison de Coucy, n'en eut point d'autres et ne prit jamais l'écu « fascé de vair et de gueules de six pièces » qui devint, après lui, celui de sa famille, et dans lequel ses descendants se sont pour ainsi dire, héraldiquement incarnés.
C'est en elTet Thomas de Marie, (ils d'Enguerran I, qui adopta le premier ces nouvelles armoiries à la suite d'un glorieux épisode dont il fut le héros à la première croisade de 1096, épisode rapporté par tous les historiens.
Un jour, les Croisés ayant été surpris par les Turcs, n'eurent pas le temps de revêtir leurs armures ; Thomas de Marie et quelques autres
' D. Toussaint Du Plessis, note xix (Nàrohge de Vuhhtye du Mont -Sa iut -Que ni in) .
seigneurs découpèrent alors en toute hâte leurs longs manteaux de parade qui étaient d'écarlate fourrés de pannes de vair et y percèrent des trous par lesquels ils passèrent la tête et les bras pour s'en faire des cottes d'armes ; puis, se précipitant dans cet accoutrement sur l'ennemi, ils le taillèrent en pièces. C'est en souvenir de ce fait d'armes que Thomas de Marie adopta pour armoiries un « fascé de vair et de gueules de six pièces » qu'il laissa à ses descendants '. Plusieurs autres familles, parmi lesquelles les Berlaymont, les Chastillon, les Longueval, les Torcy, les de Chin, etc., etc. -, dont les auteurs se trouvaient au même combat et suivirent l'exemple de Thomas de Marie, doivent, paraît-il, de porter du vair dans leurs armoiries, à la même circonstance ■'.
On voit que la famille de Caix devrait régulièrement porter « en abîme » l'écu « coticé » de Boves et non l'écu « fascé » de Coucy, puisque ce dernier
' Les anciens historiens fantaisistes de la Maison de Coucy, Lallouette (Traité des Nobles, etc., avec tiiie histoire et description géuêal. de la... Maison de Coucy et de ses alliances, Paris, 1677, in-4"), et JovET (Histoire des anciens seigneurs de Coucy, Laon, 1682, in- 12), ont raconté ce fait à leur manière. Le premier (p. 83) dit que ce furent trois frères, l'un seigneur de Coucy, l'autre de Marie et le troisième de Vervins, qui furent les héros de ce fliit d'armes de loSo; le second (p. 7), l'attribue à Enguerran I lui-même, qui aurait été accompagné à la croisade par ses deux frères, et par son fils Thomas. Tout cela n'a aucune valeur historique.
* L.A.LLOUETTE, Op. cit. p. 84.
' C'est cette identité d'armoiries des Coucy et des Berlaymont qui a trompé Rietst.'\p dans la première édition de son Armoriai général (Gouda, 1867) où il donne à la maison de Caix des armoiries ridicules prises dans un recueil sans aucune valeur.
n'est devenu le signe distinctif de la maison de Coucv qu'à l'avènement de Thomas de Marie, lequel ne fut sire de Coucy qu'en iiiy et mourut en 1130, et que par conséquent, Anseau de Boves, oncle de Thomas, duquel, comme nous allons le voir, cette maison de Caix est issue, n'a jamais dû, pas plus que ses frères, porter d'autres armoiries que celles de son père Dreux de Boves, c'est-à-dire : de gueules à la bande d'or accostée de deux cotices de même. Néanmoins, l'usage a depuis longtemps prévalu dans cette famille de charger ses propres armoiries du c( fascé » de Coucy, devenu populaire, et qui rappelle son origine commune avec cette illustre maison. Sous réserve de l'observation que nous venons de faire, on peut donc affirmer que jamais armoirie « à prétention » n'a été portée à plus juste titre et avec plus de droits.
JS^^
AXSEAU DE BOVES, FRERE D ENGUERRAX, PREMIER SIRE DE COUCY. — IL SE MARIE ET A UX FILS, APPELÉ ROBERT DE C\IX. — DOXATION DE LA TERRE DE CAIX AU MONASTÈRE DE LIHONS-EN-SANTERRE. — ANSEAU DE BOVES, DEVENU VEUF, ENTRE DANS LES ORDRES ET DEVIENT ARCHIDIACRE d'aMIENS. — PROTESTATIONS DE SON FILS ROBERT, CONTRE LA DONATION DE LA TERRE DE CAIX. — SA LUTFE CONTRE LES RELIGIEUX DE LIHONS-EN-SANTERRE. — SA RENONCIATION DÉFINITIVE EN II3I. — ROBERT DE CAIX, PREMIER PAIR DU CH.\TEAU DE COUCY. — IL SE FIXE DANS LE L.\ONNOIS. — XII^ SIÈCLE.
reux de Boves, tué à la bataille de Cassel en 1079, laissait, ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent, trois fils : Enguerran, qui fut la tige des sires de Coucy, dont il porta le premier le titre ; Robert, seigneur de Péronne et de Capy, et Anselme ou Anseau ', duquel, comme nous allons
' Nous ne savons pourquoi Du Cange {Hht. de l'état de la ville, etc., p. 245) et après lui M. Janvier {Boves et ses Seigneurs, p. 2 1 ) traduisent Ansellus par Anselin. Ansellus se traduit bien par Anseau, Anselle ou Anselme, et c'est Ansellinus qui ferait Anselin. Nous continuerons donc, malgré l'autorité de Du Cange, à dire Anseau ou Anselme de Boves.
le voir maintenant, la maison de Caix tire son origmc.
Cet Anseau est nomme, dans les chartes, tantôt le second, tantôt le troisième des enfants de Dreux de Boves; nous inclinons à penser qu'il était le frère puinc d'Enguerran, et Taînè de Robert. Une charte du Cartulaire du prieuré de Lihons-en-Santerre (Carta de Gais Laudunensis) dont nous aurons à parler bientôt, nous semble, en effet, formelle sur ce point. Citant les trois frères, elle s'exprime ainsi : « Ingelrannus de Para (de la Fère), et Anselmus clericus frater ejus, et Robertus icrtiiis frater ' ». Cette pièce est de 113 1. Les trois frères étaient morts depuis longtemps à cette époque, Engucrran — comme qous l'avons dit précédemment — presque centenaire en 11 16 ou 11 17, Robert de Péronne, fort âgé aussi, entre 1106 et 1109, et Anselme à une date que nous ignorons, mais que nous croyons pouvoir être indiquée à une époque très voisine de celle du décès de son frère aîné. Si l'on admet notre hypothèse qui en fait le second des fils de Dreux de Boves, ce qui placerait sa naissance aux environs de l'année 1020, on voit qu'il parvint, comme ses frères, à un âge très avancé.
Il avait, en effet, près de soixante ans, lorque son père étant mort, comme nous l'avons vu, en 1079, il confirma avec ses frères, à l'Eglise d'Amiens, la donation que Dreux lui avait faite précédemment de
' Dans le Manuscrit français de la Bibl. Nat. no 18616, on lit : « Le 5 s'appcloiî Anselme ou .^Vnseau de Boves... »
toute la justice qu'il possédait au village de Cotenchv et lieux circonvoisins '.
La mort de Dreux de Boves donna lieu entre ses enfants à un partage, par suite duquel Anseau ou Anselme eut la portion principale de la seigneurie de Caix-en-Santerre, qui dépendait déjà à cette époque de la baronnie de Boves.
La charte de Cotenchv est la seule pièce qui nous fasse connaître d'une manière indiscutable Anseau de Boves, en dehors des chartes de l'année 113 1 qui terminèrent le dilférend de son fils, Robert de Caix, avec les moines de Lihons-en-Santerre.
Il nous paraît cependant très possible que le « Ansellus », archidiacre dWmiens, dont on trouve notamment la signature dans une charte de donation faite en 1088, par l'Eglise d'Amiens, à l'Abbaye de Saint-Jean-d'Angeli , d'une église du territoire de Corbie, dédiée à Saint-Laurent *, et dans la charte des comtes Guy et Yves, précédemment citée (p. Il), — il nous paraît, disons-nous, très possible que cet « Ansellus » soit le même que notre Anseau de Boves qui, dans cette hypothèse, eût déjà été archidiacre d'Amiens en 1088. Nous verrons, en effet, tout à l'heure, qu'il eut ce titre d'archidiacre d'Amiens.
' Pièces justificatives, n"III.
* L'original de cette charte ^'dont Moreau nous a conservé une coj ie dans sa Collection de Chartes et Diplômes de la Bibl. Xat. tome XXXV, fol. 87) était dans le Cartulaire de l'Abbaye de Saint- Jean-d'Angeli, en Saintonge, folio 140. Ansellus, (7^f/;//('i77rt de l'Eglise d'Amiens, v est nommé avec un Foulques, autre ecclésiastique désigné de la même manière ; or, d'après Du Cange .Glossar. mediae et infimae latinitatis, éd. Didot, 1840^ archiUvila ne peut se traduire que par archidiacoiius.
Cette concordance de dates nous semble tout à fait vraisemblable; mais cette identification de nom aurait peine à s'accorder avec la preuve que prétend tirer Du Cange de cette charte, pour affirmer que les enfants de Dreux de Boves étaient les héritiers légitimes du comté d'Amiens. Il nous semble, en effet, improbable, sinon tout à fait impossible, que parmi les trois frères visés dans la phrase : Concilio... hcrcdiim nostrorum, le seul de ces héritiers qui se trouve parmi les signataires soit l'archidiacre Anselme; à moins que son caractère ecclésiastique, comportant renoncement aux droits qu'il tenait de sa famille sur le comté d'Amiens, n'ait eu précisément pour effet de le mettre seul à même de signer ladite charte. Quoi qu'il en soit, nous ne donnons cette indication que pour ne rien laisser de côté de ce qui peut intéresser notre personnage, et sans y attacher plus d'importance qu'il ne convient.
Pour être complet, nous devons également citer ici, à titre de pure curiosité, le roman rapporté dans Lallouette ^ et dans Jovet ^ roman d'après lequel Enguerran I de Coucy « accompagné de Robert et d'Anselme de Boves, ses deux frères, animés tous trois d'un saint zèle et d'un courage magnanime », auraient pris part à la première croisade, avec leur fils et leur neveu Thomas de Marie. D. Toussaint Du Plessis (note xu) a fait justice de cette fable; nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à sa réfutation.
' Traité des Nobles, I.iv. 2, c. 2, fol. 85 et c. 7, fol. loi. ' Hist. des Seigneurs de Coucy, p. 7 et 8.
Nous avons hâte d'arriver aux documents les plus intéressants qui nous restent à examiner concernant Anselme de Boves et Robert de Caix, son fils, documents contenus au Cartulaire du Prieuré de Lihons-en-Santerre \ et relatifs à la donation de la terre de Caix par Anselme à ce monastère, à la résistance apportée à cette donation par Robert de Caix, au rôle joué dans cette aftaire par Rainier de Caix. signataire d'une des deux pièces, et enfin à la confirmation plus ou moins volontaire de cette libéralité par les représentants de la famille de Caix qu'elle ruinait. Ces deux chartes portent, au Cartulaire de Lihons, les titres de « Carta Laudunensis de Cais » et « Carta Ambianensis de Cais " ».
\"ers Tannée iioo, en eflfet, par un acte dont le texte ne nous a pas été conservé, mais dont la date nous est très approximativement connue par la (( Carta de Cais Laudunensis ^ », Anseau de Boves, d'accord avec ses frères, comme cohéritiers de leur père, avait fait au monastère de Lihons, l'abandon de la terre et seigneurie de Caix, dont son fils Robert portait déjà très certainement le nom. Il ne faut pas oublier, en effet, que les trois fils de Dreux de Boves
' Manuscrit petit in-fol. de la Bibl. Xat. F. Lat. no 5460, fol. 7.
* Voir plus loin nos Preuves, nos ly et V. Ces deux chartes ont déjà été publiées en entier par l'auteur de la Notice sur la Seigneurie et l'Eglise de Caix (Amiens, 1860, in-S) et en abrégé par l'éditeur de VHistoire de la ville et de l'état du Cainté d'Amiens, de Du C.\NGE (Amiens, 1840, in-8, p. 244, 245).
' On y voit qu'en 1 1 3 1 les moines de Lihons étaient en tranquille possession de la terre de Caix depuis trente années ou même plus.
étaient alors ou allaient devenir octogénaires et que, par conséquent, Robert, fils d'Anseau, devait être depuis longtemps un homme mûr. Il n'est donc pas malaisé de comprendre avec quels sentiments il vit s'accomplir un acte qui le dépouillait à jamais, lui et les siens, d'un avenir sur lequel il avait le droit de compter. Et l'on pourrait, d'un autre côté, rechercher vainement le motif qui porta ainsi Anseau de Boves à consommer la ruine de sa descendance, si l'on n'en trouvait l'explication dans les titres mêmes dont son nom est accompagné dans les deux chartes en question. Dans la « Carta Laudunensis », en effet, il est qualifié « Ansellus clericus », et dans la « Carta Ambiancnsis » son nom est suivi du titre d'archidiacre « archidiaconus ». Ces deux mots tout simples nous permettent de reconstituer facilement ce qui a dû se passer.
Marié à une femme dont on ignore le nom, Anseau de Boves en avait eu au moins un fils, appelé Robert, puis, étant devenu veuf, il était entré dans les ordres, et était devenu archidiacre d'Amiens, dont son frère Enguerran était comte ou consul. Ces événements sont très certainement postérieurs à la mort de son père, en 1079, puisque dans la charte de Cotenchy, qu'il signe cette année même avec ses frères, il est nommé simplement Ansellus, sans addition d'aucune qualification ecclésiastique.
11 n'est pas besoin de grands frais d'imagination pour comprendre qu'entré dans les ordres à un âge avancé, absorbé par ses nouveaux devoirs et s'exagérant sans doute ce qu'ils réclamaient de lui, Anseau, probablement circonvenu par les moines de
Lihons, ayant peut-être, d'ailleurs, de légitimes sujets de plaintes contre son fils, oublia facilement ce qu'il devait aux siens et se laissa entraîner à les dépouiller par avance en faisant l'abandon de ses biens aux religieux de Lihons-en-Santerre.
Les historiens de la maison de Coucv ont hésité sur le point de savoir si Anseau avait embrassé d'abord l'état ecclésiastique et s'était ensuite marié, ou s'il s'était d'abord marié et était ensuite entré dans les ordres. Suivant Du Gange (op. cit. p. 245), il « fut premièrement destiné à l'Hirlise » et « s'encasea depuis dans les liens du mariage. » C'est également l'opinion adoptée par AI. A. Janvier (op. cit. p. 21). D. Toussaint Du Plessis (note x) ', après avoir constaté qu'Anselme est qualifié « clerc » et avoir observé, d'autre part, qu'il a été marié, ajoute textuellement : « sans qu'on puisse bien distinguer lequel des deux états il a embrassé le premier. » Ailleurs (p. 19), il semble cependant se prononcer formellement pour l'hypothèse d'après laquelle Anselme aurait embrassé d'abord l'état ecclésiastique -.
Cela n'aurait eu absolument rien de choquant à cette époque. On en trouve, même beaucoup plus tard, de nombreux exemples ^. La rigoureuse
' V. nos Preuves, 11° VI.
* « Anseau embrassa d'abord l'état ecclésiastique, mais il fut aussi marié et eut un fils nommé Robert de Cais, du nom d'une Terre qui appartenait cà sa famille, et que son père Anseau, conjointement avec Robert, son oncle, et Mathilde, sa tante, donnèrent au Monastère de Lihons-en-Santerre. » Op. cit. p. 19.
•'' Nous citerons seulement le fameux Pierre de Cugnières, qui, au commencement du XlVe siècle, fut archidiacre de X.-D. de Paris, et
discipline qui prévaut aujourd'hui sur ce point dans rÉglise est de date relativement récente. Malgré cela, et comme nous l'avons déjà dit, notre conviction est faite, et nous croyons qu'An seau de Caix n'entra dans les ordres qu'après avoir été marié. Cette conviction est basée, d'une part sur la charte de 1093, citée plus haut (p. 15), laquelle nous donne approximativement la date de naissance des trois fils de Dreux de Boves vers l'année 1020, et, d'autre part, sur la donation de la justice de Cotenchy, qui nous prouve qu'Anseau n'était pas encore dans les ordres à la mort de son père en 1079.
C'est donc après avoir été marié et avoir perdu sa femme qu'Anseau de Caix est devenu « clerc » et archidiacre d'Amiens.
Il nous semble absolument inutile de discuter une troisième hypothèse que nous avons entendu soutenir et d'après laquelle Anselme de Boves aurait pu être à la fois clerc et marié, archidiacre et père de famille. Cela n'aurait rien eu d'étonnant au XIP siècle, époque à laquelle le célibat des membres du clergé était loin d'être dogmatique ; mais, bien que les preuves surabondent, nous ne nous donnerons pas le facile plaisir d'en citer ici quelques-unes à l'appui d'une thèse que nous rejetons complètement en ce qui concerne Anselme de Boves, dont le cas, comme nous venons de le voir, s'explique avec beaucoup plus de simplicité.
se maria ensuite (Abbé Delettre : Hist. Jii Diocèse de Beauvais, 1845, T. II, p. 420). V. aussi sur ce personnage : Vicomte de Caix de
Sain'T-Aymour : Causeries du Besacier , Ma. pour l'histoire du
Département de l'Oise. Pet. in-8. T. I, 1892.
Il faut aussi écarter complètement l'hypothèse d'une union illégitime dont Robert de Caix aurait été le fruit. A cette époque, la bâtardise, dans les familles nobles, était fréquente; mais si elle entachait jusqu'à un certain point les enfants qui en provenaient et si elle leur donnait dans la famille une situation particulière, elle s'avouait du moins hautement et se constatait ofliciellement dans tous les actes authentiques \ Or, pour Robert de Caix, rien de semblable n'est indiqué; « Robertus de Gais, filius Anselli archidiaconi » disent les chartes de 1131, rédigées toutes deux, ainsi que nous le prouverons, à un point de vue tout à fait défavorable à Robert, et qui n'eussent pas manqué de signaler une bâtardise qui aurait évidemment diminué, pour ne pas dire anéanti, la valeur de ses revendications. Donc, nous pouvons l'affirmer : Robert de Caix était le fruit d'une union légitime. C'est, d'ailleurs, l'avis unanime des historiens de la maison de Coucy; le seul point qui les préoccupe, c'est de savoir si Anselme a embrassé l'état ecclésiastique avant d'être marié ou si, devenu veuf, il est entré dans les ordres. Nous venons de dire pourquoi, sans aucune hésitation, nous nous rangeons à cette dernière opinion, et nous ajoutons que l'avis contraire ne nous semble même plus soutenable et n'aurait certainement pas été admis comme vraisemblable par des historiens aussi
' « ... La noblesse était la récompense du mérite et de la vertu; les bâtards ne rougissaient point de leur état, ils en prenaient eux-mêmes la qualité sans aucune répugnance ; ils s'en faisoient une espèce d'honneur... » D. C.\ffi.\ux : Trésor gènéahg. imprimé, Discours prcUmhiairc, p. xiv.
judicieux que Du Canp;e ou Toussaint Du Plessis, si leur attention avait été attirée comme la nôtre, sur les pièces qui nous donnent la date approximative de la naissance d'Anseau de Boves. Il est impossible d'admettre, en effet, qu'un écrivain sérieux puisse croire qu'un ecclésiastique plus que sexagénaire ait la velléité de se faire relever de ses vœux pour prendre femme, ou profite de la facilité des mœurs du temps pour se marier, malgré son âge et son caractère. Le champ des hypothèses est vaste, lorsque les documents précis font défaut; mais la fantaisie, même dans ce cas, a pourtant ses limites. A plus forte raison faut-il se méfier des hypothèses, quand une argumentation repose, ainsi que le fait la nôtre, sur deux documents indiscutables, savoir les deux chartes de 1079 et de 1095.
Robert de Caix, ruiné d'avance par la donation au monastère de Lihons-en-Santerre de la terre dont il portait le nom, n'avait pas attendu sans doute la mort de son père pour commencer ses revendications. Mais , tant qu'Anselme avait vécu , ces revendications n'avaient pas paru à ces religieux assez dangereuses pour qu'ils s'en missent fort en peine, et ils avaient joui tranquillement (quiète) du domaine qui leur avait été donné en aumône (in eleemosinam), protégés par la présence du donateur auprès de l'évêquc d'Amiens, leur diocésain, et persuadés avec raison que ses scrupules et son autorité paternelle les mettaient à l'abri de toute tentative sérieuse de la part de leur adversaire.
Il n'en fut pas de même quand la mort d'Anselme,
vers l'année 1116, eut mis son fils en possession des droits ou des prétentions qu'il pouvait avoir de réclamer à titre héréditaire (hereditario jure) contre ce qu'il regardait avec quelque raison comme une spoliation. Robert montra d'autant plus d'énergie que la longue vie de son père lui avait plus longtemps imposé le silence. Bien que les religieux de Lihons fussent depuis plus de trente ans en possession (tricennali tempore aut eo amplius), il réclama énergiquement (calumniari cepit) la restitution du bien paternel. Mais les moines de Lihons avaient pris d'avance leurs précautions, en vue d"une revendication qu'ils savaient depuis nombre d'années ne pouvoir éviter; et, par une charte que nous trouvons au Cartulaire noir de l'abbave de Corbie, ils avaient consenti à l'évêque de Laon ^ une inféodation de tout ce qu'ils possédaient au territoire de Caix, à la charge d'un relief de soixante sous et des droits seigneuriaux ordinaires. Il est permis de supposer que leur procès pendant avec Robert de Caix — qui habitait alors Coucy, comme nous allons le voir dans un instant, et qui était par conséquent le diocésain de l'évêque de Laon — ne fut pas étranger à cette mesure. 11 était de bonne politique, en etïet, d'intéresser à leur cause un des juges futurs du litige en lui donnant part au domaine contesté. C'était, sinon parfaitement moral, au moins tout à fait habile. Quoi qu'il en soit, le prieur de Lihons ayant évoqué l'affaire devant
' Cet (jvèquc de Laon était Barthélémy de Vir (Clr. M. de Floriv.^l : Étude histor. sur le X//*^ siècle. Barthélémy de 'Vir, cirque de Laon. Paris, 1877, in-80.)
révoque de Laon, Robert de Caix refusa d'accepter cette juridiction (causam prosequi et judicialem sententiam suscipere noluit), et on vient de voir qu'il avait quelque raison de se méfier du juge qu'on voulait lui imposer.
En dehors de l'intérêt qu'elle nous présente pour la solution même du différend qui nous occupe, cette charte nous fait voir que Robert de Caix avait dès lors abandonné, au moins provisoirement, l'Amiénois pour s'établir dans le Laonnois, auprès de son neveu à la mode de Bretagne, Enguerran II, sire de Coucy, et qu'il demeurait même probablement au château de Coucy, dont nous verrons tout à l'heure qu'il devint plus tard le premier Pair \ C'est là que Milon, prieur de Lihons, alla le relancer pour obtenir de lui le désistement désiré. Prières et menaces, tout fut vraisemblablement employé; mais on eut particulièrement recours à l'influence que devait avoir sur lui Milésende, dame de Coucy, veuve depuis peu de Thomas de Marie, cousin germain de Robert de Caix, et nous voyons, en effet, que c'est à la sollicitation de Milésende et dans une réunion de famille qui eut lieu en sa présence entre Barthélémy, évêque de Laon, Milon, prieur de Lihons, et Robert, que ce dernier renonça définitivement à ses droits ^
' Cette installation de Robert à Coucy est certainement postérieure à l'année 1113. Nous avons, en effet, une charte de Barthélémy, évêque de Laon, en date de cette année (Coll. Moreau, T. 47, fol. 19), dans laquelle sont nommés « penc omncs Castri (de Coucy) équités ». Or, Robert de Caix n'y figure pas.
* C'est par suite d'une inadvertance que l'auteur de la Notice sur l'atuieniie seigneurie et l'église de Caix, publiée à Amiens en 1860, confond cette Milésende de Crécy, femme de Thomas de Marie, avec
Le moment était des mieux choisis pour opérer une pression violente sur la dame de Coucy, et, par elle, sur son proche parent et ami Robert de Caix, qui ne pouvait abuser de l'hospitalité qu'il recevait au château de Coucy, au point d'opposer à l'acte qu'on lui demandait de faire, une résistance qui pouvait devenir préjudiciable à la dame de Coucy elle-même. La situation était, en effet, des plus critiques. Thomas de ^Llrle venait d'être tué dans des circonstances dramatiques en défendant vainement son château contre l'armée du roi Louis-le-Gros, qui n'avait rendu la forteresse qu'en se faisant livrer par la veuve du vaincu la plus grande partie des trésors qui y étaient accumulés. Comme toujours en pareil cas, tous ceux que les violences de Thomas avaient atteint, profitaient des circonstances doulou reuses que traversaient les siens pour les accabler de réclamations, de vexations et de menaces de toutes sortes.
Nous possédons, entr'autres, deux chartes de cette année 1131, concernant une réclamation adressée par le monastère de Saint-Vincent de Laon au pape Linocent II, alors en France, réclamation relative à des biens situés à Erlons, à Saint-Lambert et à Saint- Gobain, qui lui avaient été donnés par Enguerran I de Coucy et dont Thomas de Marie s'était emparé de nouveau à la mort de son père \ Parmi les témoins de ces chartes, du côté de la maison de
une autre Milésende, absolument chimérique d'ailleurs, et qui aurait été la femme de Dreux de Boves et la mère d'Enguerran, de Robert et d'Anseau de Boves.
• V. nos Preuves VII et VIII.
Bovcs, on lit prcciscmcnt le nom de Robert de Caix (S. Roberti de Caiz).
D'un autre côté, le comte Raoul de Vermandois continuait la guerre contre le jeune Enguerran qui, à peine âgé de vingt ans, venait de succéder à son père et qui s'efforçait, avec le concours de sa mère, de réparer les injustices paternelles. On s'attendait — ce qui eut lieu, en effet, l'année suivante — à un retour offensif du roi de France, devenu Tallié du comte de X'ermandois. La maison de Coucy paraissait sur le point de sombrer dans un désastre irrémédiable. Que pouvait peser, au milieu de ces poignantes angoisses, la revendication d'un parent pauvre sur une petite seigneurie de la plaine Santerroise? Et pouvait-on risquer de s'aliéner Tévêque Barthélémy, prélat actif, influent et entreprenant, en refusant de donner satisfaction à son client — devenu son associé par l'inféodation qu'il en avait reçue — le prieur de Lihons-cn-Santerre?
C'est ce que comprit sans doute Robert de Caix. Il céda donc à la nécessité qui s'imposait à lui; mais il s'arrangea de manière à ce qu'il fût bien constaté que c'était par égard pour sa cousine Milésende de Crécy et pour son jeune neveu Enguerran II (ad colloquium cum Domina Milésende) qu'il cédait. Si la ruine était complète, au moins la dignité était sauve, et peut-être, au fond du cœur, la victime conservait-elle l'espoir de pouvoir faire de nouveau valoir ses droits dans des temps plus heureux.
Est-ce la crainte de cette reprise des réclamations ou seulement l'attitude générale de Robert — pleine de menaces contenues — qui donna des arrière-
pensées au prieur Milon? Toujours est-il qu'il ne se contenta pas de la charte solennellement promulguée par Barthélémy en sa faveur et des anathêmes qui la terminaient. Mais à peine de retour dans son monastère, il s'empressa de demander à son évêque diocésain, Guérin d'Amiens, la confirmation de ce qui venait de se passer à Laon. Les deux chartes sont datées à douze jours d'intervalle, du mois de décembre 1131, ce qui prouve combien les religieux de Lihons étaient pressés de s'entourer de toute espèce de précautions. Dans la « Carta Ambianensis », comme dans la « Carta Laudunensis », Robert de Caix agit avec l'agrément de Milésende de Coucy et de ses enfants (annuente domino Botuensi juniore Ingelranno, et fratre ejus Robcrto, et matre corum Milésende); le consentement du sire de Coucy était, du reste, nécessaire, comme baron de Boves dont mouvait la seigneurie de Caix. La pièce, passée dans la cathédrale même d'Amiens (in Ecclesià majore Ambianensi), est appuyée d'un luxe de témoins, tant du côté de Boves que de celui de Lihons, qui prouve quelle importance y attachaient ses rédacteurs. Parmi ces témoins, nous trouvons un Renier (Rainierus) de Caix sur lequel nous aurons à revenir tout à l'heure.
En revanche, il est assez remarquable que dans l'une et l'autre de ces deux chartes dans lesquelles il est l'acteur principal, puisque c'est lui qui, d'après le texte, reconnaît les faits accomplis, renonce à toute revendication, proclame qu'il laissera désormais les moines de Lihons tranquilles et demande la confirmation solennelle de toutes ces promesses aux deux
évoques, — il est assez remarquable, disons-nous, et peu ordinaire, que la signature de Robert de Caix manque au milieu de la profusion de noms qui s'étalent au bas de ces deux actes (9 à la « Carta Laudunensis » et 24 à la « Carta Ambianensis »), sans parler des témoins innommés, mais présents : (( Multi alii » (testes), dit la « Carta Ambianensis ». Et pourtant Robert était présent à l'élaboration de la « Carta Laudunensis ». Quant à la « Carta Ambianensis », il n'était pas loin du iieu où elle se signait; car s'il n'habitait pas l'Amiénois, il était à Coucy, et c'était une courte chevauchée que cette distance pour un chevalier du XIP siècle. Il y a là encore, ce nous semble, une preuve de cette résistance passive, mais persévérante et énergique, opposée par Robert de Caix à ses spoliateurs.
Nous venons de dire que Robert était à Coucy; il n'avait plus, en effet, rien à faire dans l'Amiénois, qu'il paraît avoir complètement abandonné depuis l'échec définitif de ses dernières espérances. Toujours est-il qu'à partir de cette époque, nous ne trouvons plus son nom que dans des actes passés dans le Vermandois.
En 1132, il signe comme témoin une charte de Barthélémy, évêque de Laon \ dans laquelle nous voyons qu'il participe à la confirmation de plusieurs donations faites à l'abbaye de Saint-Martin de Laon. Parmi ces donations se trouve celle d'un droit de
' V. nos Preuves, 11° IX.
transit ^ concédé par Engucrran II de Coucy audit monastère. Robert de Caix avait droit à une partie de cette redevance (qui in wionagio partem habet) dont il fait l'abandon. De plus, le jeune Enguerran déclare dans la charte ne faire cette concession que du consentement d'Ade, sa femme ^ et de ses principaux barons •'* (assensu Ade uxoris sue et procerum suorum), parmi lesquels le seul cité nominativement (nominatim), est précisément Robert de Caix, qui confirme pour sa part, d'une manière formelle, la libéralité laite par son jeune neveu (Hoc quoque Robertus de Chais '' de sua parte gratanter an nuit). L'année suivante, 1153, nous trouvons encore la
* Wiona^iitni. C'était une prestation duc au seigneur « pro securo transita, vel mercium exportatione per terram illius. » Glossaire Je Du Cange.
^ Il serait plus exact de dire sa fiancée, Ade ou Agnès, nièce du Comte de \'ermandois, fille de Raoul de Beaugency et de Mahaut, cousine de Louis-le-Gros. Ces fiançailles avaient été une des conditions de la paix fliite cette année-là même (1132) entre le Roi et le Comte de \\Tmandois, d'une part, et le Sire de Coucy, d'autre part, à la suite de l'inutile siège de La Fère, par les deux premiers; le mariage eut lieu seulement quelques années après. — Ajoutons encore qu'il ne faut pas confondre cette Ade de Beaugency avec Ade de Marie, femme d'Enguerran I'^''. Quelques auteurs l'appellent seulement Agnès, mais deux pièces publiées par D. Du Plessis (Preuves, § xxiii et xxviii), prouvent surabondamment qu'elle s'appelait Ade.
^ D'après Du Cange (Gloss.), le mot « proceres » indique les principaux seigneurs ou chevaliers qui entourent un haut suzerain : « Magnâtes, Optimates, en français : barons. »
* Chais est ici pour Caix ; il ne peut y avoir aucun doute à cet égard ; mais pour ne pas interrompre notre récit, nous renvoyons le lecteur au chapitre spécial dans lequel nous donnons plus loin la nomenclature, l'explication et les preuves d'identification des différentes formes du nom de Caix, aux diverses époques.
signature de Robert au bas d'une charte du même évêque Barthélem}^ relative à des donations faites à la même abbaye de Saint-Martin de Laon '; et, la même année encore, son nom se lit deux fois, parmi les chevaliers du Sire de Coucy(militibus Engelranni) dans une autre charte du mênie évêque ^ confirmant à l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois la terre de Fargnier, octroyée par Enguerran, Robert et Milésende, leur mère, ainsi que d'autres biens donnés au même lieu, par divers seigneurs, avec l'autorisation du Sire de Coucy, leur seigneur dominant.
Robert de Caix avait donc définitivement attaché sa fortune à celle d'Enguerran II, sire de Coucy, qui le payait de retour et lui avait assuré auprès de lui une situation tout à fait en rapport avec l'étroite parenté qui les unissait; nous avons, en eflfet, une charte de l'année 1138 ^ dans laquelle Robert prend part, comme Premier Pair du château de Coucy, à une donation faite à l'abbaye de Nogent, à laquelle il abandonne, en ce qui le concerne, « cinq sous de bonne monnaie à prendre chaque année sur le travers de Coucy. » Ce titre de Premier Pair du château de Coucy prouve que Enguerran II avait continué à user des meilleurs procédés envers son oncle, dont il appréciait à juste titre la vieille affection et les bons
' V. nos Preuves, no X.
* V. nos Preuves, no XI.
' V. nos Preuves, no XII.
* Il est assez curieux de voir le Sire de Coucy donner à ses barons le titre de Pairs avant même que ce titre ait été régularisé par le roi
Cette même année 1 138, Robert de Caix se trouve encore témoin dans une charte d'Enguerran contenant dilTérents dons octroyés par ledit Iinguerran à l'abbaye de Prémontré '.
Enfin, Robert « Detcais », que nous avons toute raison de croire le même que notre Robert de Caix, se rencontre, en 1143, parmi les témoins d'une donation faite, antérieurement à cette date (il s'agit ici d'un entérinement), par Bliard de La Ferté et Simon de Ribemont à l'abbaye de Saint-Vincent de Laon ^ .
Puis, le silence se fait sur Robert de Caix. On ne trouve plus son nom dans aucune des chartes données par Enguerran 11; du moins ne l'avonsnous pas rencontré dans celles qu'il nous a été permis d'examiner. Faut-il en conclure qu'il mourut vers cette époque? Ou faut-il supposer qu'il quitta alors Coucy pour vivre de son côté et peut-être pour se créer une famille? C'est ce que nous allons examiner dans le chapitre suivant; et pour cela, il
Louis VII qui, dit-on, ne les organisa qu'en 1 179 pour assurer un appui à son jeune fils. — Quant au fait de voir le Sire de Coucy avoir ses pairs tout comme le roi, cela ne peut étonner que ceux qui ignorent ce qu'était alors un domaine féodal. A cette époque de notre histoire, chaque fief était un petit royaume, rattaché seulement à celui de France par un lien de vassalité, qui possédait ses gens de justice aussi bien que ses gens de guerre, son conseil de « barons », assistant le suzerain dont ils composaient la Cour, et généralement ces pairs ou barons étaient de l'estoc, c'est-à-dire de la parenté du seigneur. (Humbaldus Virsionensis dominus et barones ejus... Charte de 1025, dans le Cartiil. de Viei\oit, fol. 12).
' Voir nos Preuves, no XIII.
* Voir nos Preuves, n" XIV.
nous fiiut revenir un instant aux deux chartes de confirmation données en 113 1 par Robert aux relisfieux de Lihons-en-Santerre.
RAINIER OU RENIER DE CAIX. — LA MAIRIE DE CAIX. — ARNOUL DE CAIX ET MATHILDE d'eMBLECOURT. — PIERRE ET ROBERT DE C\IX A LIHONS (1164). — FIN DU MI'^ SIÈCLE.
NOUS avons examiné plus haut les conditions particulières dans lesquelles les deux chartes de confirmation de 113 1 avaient été obtenues, et la pression exercée sur Robert de Caix par les évêques de Laon et d'Amiens, juges partiaux dans une question où un monastère se trouvait en cause contre un simple laïc. Enfin, nous avons fait remarquer parmi les signatures des témoins de la « Carta Ambianensis », celle d'un « Rainierus de Gais », en promettant d'y revenir ultérieurement. Le moment est venu de nous expliquer à ce sujet.
Nous ne reprendrons pas les arguments que nous avons précédemment invoqués pour prouver que
Robert de Caix avait cédé à une véritable violence morale et qu'on avait probablement fait agir sur lui, comme « ultima ratio », la menace toute puissante d'une excommunication, arme familièrement employée par le clergé de cette époque pour aplanir à son profit toutes les difficultés qu'il pouvait avoir au sujet de ses intérêts temporels. Nous avons fait ressortir ce fait singulier et absolument anormal, que la signature de Robert de Caix ne se trouvait, ni dans la « Carta Ambianensis », ni dans la « Carta Laudunensis », comme si les évoques d'Amiens et de Laon avaient renoncé à la demander, soit qu'ils aient eu quelque scrupule à exiger ce dernier et d'ailleurs inutile sacrifice, delà victime d'un jugement qui, quels que fussent les prétextes dont il était coloré, ne constituait pas moins une véritable spoliation, soit qu'ils se fussent heurtés sur ce point à la résistance inébranlable de celui dont ce jugement confirmait la ruine définitive. Mais, quel que fût le motif qui ait empêché Robert de Caix, présent d'ailleurs dans la contrée, de mettre lui-même son nom au bas de l'acte qui le dépouillait, il était d'autant plus important pour les moines de Lihons d'obtenir, au moins d'une façon indirecte, l'adhésion de la famille ou de l'héritier éventuel de Robert, et c'est pour cela, croyons-nous, que l'on trouve parmi les témoins de la « Carta Ambianensis » le nom de Rainier de Caix, qui était très probablement le fils ou le frère cadet de Robert.
On nous objectera, sans doute, tout d'abord, que rien ne prouve que ce Rainier de Caix, malgré le nom ou le surnom qu'il porte, appartienne à la
famille de Robert ; qu'il pouvait n'être qu'un personnage quelconque, ayant pris pour se désigner le nom de la localité qu'il habitait ; peut-être même quelqu'officier des moines de Lihons, depuis plus de trente ans, nous le savons, en possession de la seigneurie de ce lieu de Caix. Nous nous contenterons de faire remarquer qu'il serait au moins bien singulier que ce nom de Caix ait pu être pris comme désignation patronymique, par un personnage quelconque, dans un acte où ce même nom était reconnu formellement comme appartenant au fils et neveu des anciens seigneurs de ce lieu, issus de la maison de Boves. Il ne serait pas moins étonnant que, parmi tous les noms cités dans la même charte, à côté de ceux des seigneurs de Jumelles, de Xigelles (Neelle), d'Encre, de Soihiercourt (Soyecourt), etc., le nom de Rainier de Caix fût le seul qui ne répondît pas à une possession ou tout au moins à une prétention territoriale. La thèse que nous supposons n'est, à notre avis, pas même discutable, et Rainier de Caix était indubitablement de l'estoc de Robert, fils d'Anseau de Boves.
On pourra nous dire encore que, si ce Rainier avait été le fils ou le frère de Robert de Caix, on eût été intéressé à lui faire jouer un rôle plus important dans cette charte, et à mettre son nom plus en vedette. Cela peut se soutenir. Mais nous pourrions répondre, de notre côté, que satisfait d'obtenir sa signature et son témoignage, on ne lui demanda pas de prendre une part plus directe à cet acte. Cette situation effacée put même faire l'objet d'une convention formelle entre les moines de Lihons et
lui, et devenir la condition expresse de son intervention. On remarquera, de plus, qu'il est cité parmi les témoins de Boves, ceux par conséquent qui étaient censés représenter Robert de Caix et garantir ses promesses. Ce que ce dernier n'avait pas eu Tabnégation de faire — prêter matériellement la main à l'acte qui consommait sa ruine — son fils ou son frère pouvait y adhérer. Lié d'ailleurs par les engagements successifs et plus ou moins spontanés consentis antérieurement par Robert, avant pris sans doute, quelle que fût sa qualité réelle, une part moins active et dans tous les cas moins longue à la lutte, Rainier devait plus facilement faire acte de soumission et apposer son nom au bas de la confirmation de la sentence qui dépouillait sa famille. Robert ayant reconnu la spoliation, quelle résistance pouvait opposer à l'acte qui la consacrait, son fils, jeune encore, sans doute, ou son frère, qui, en sa qualité de cadet, tel que nous le supposons, n'avait personnellement à faire aucune revendication après la renonciation de son aîné? Comment eût-il bravé la menace des foudres ecclésiastiques, quand son père ou son frère aîné, après une résistance longue et acharnée, avait été lui-même obligé de se soumettre? On ne lui réclama même pas une adhésion formelle et explicite, contre laquelle il aurait pu être tenté de se rebeller ; on se contenta de lui demander de comparaître comme témoin — mais parmi les témoins lie Bovcs — dans la charte de l'évêque d'Amiens constatant la soumission du chef de la famille, à ce qui était désormais pour tous deux une
nécessité inéluctable. Il ne comparaît même parmi ces témoins qu'au dernier rang, comme si on avait voulu lui ménager cette satisfaction platonique de ne mettre son nom au bas de l'acte qui le spoliait indirectement, qu'après ceux d'Evrard le Sénéchal, de Robert Engelais et d'Ibert de Jumelles, ou bien comme si on avait tenu à lui faire comprendre que l'adhésion de ces personnages, plus importants sans doute ou plus âgés que lui, rendait son témoignage inutile, s'il le refusait, et sa résistance absolument dérisoire, s'il avait entrepris d'y persister.
Les moines de Lihons et les évêques, leurs patrons, avaient d'ailleurs de puissants moyens de persuasion à leur disposition, et sans parler de l'excommunication à laquelle il leur était loisible de recourir, et dont on retrouve partout la menace (\'oir nos Preuves), ils firent sans doute miroiter aux veux de Rainier, pour le décider, quelque compensation que, dans sa détresse, il fut contraint d'accepter faute de mieux. Nous sommes persuadés, quant à nous, que cette compensation se présenta sous forme de l'octroi de la Mairie héréditaire de Caix, qu'il fut heureux d'obtenir comme un pis-aller lui permettant de faire encore une fiijure honorable et dont nous crovons qu'il fut le premier titulaire \
' Dans une pièce datée de 1146, passée à Amiens et donnée par André Du Chesxe (op. cit. Preuves, p. 340), on voit parmi les signataires un « Rainerius de Bova ». Ne serait-ce pas notre Rainier, qui, demeuré en Picardie, aurait repris le nom de Boves en restant auprès de son cousin Robert, seigneur de Boves, frèrC cadet d'Enguerran II de Coucy, tandis que Robert de Caix séjournait auprès de ce dernier ? Nous ne trouvons nulle part ailleurs ce Rainier dans la généalogie des seigneurs de Boves.
Robert de Caix nous paraît, en effet, ainsi que nous l'avons déjà dit, avoir renoncé complètement à cette époque à toute résidence dans TAmiénois et s'être définitivement attaché à la fortune de son neveu à la mode de Bretagne, Enguerran II de Coucy, à côté de qui il habitait au château de Coucy dont, comme nous l'avons vu, il était devenu le Premier Pair. Rien ne nous autorise à penser qu'il ait accepté pour lui-même cette Mairie de Caix, laquelle constituait cependant un fief qui n'était pas à dédaigner. Au Moyen-Age, le Maire d'une grosse seigneurie était, en effet, non seulement un important tenancier féodal, mais encore l'intendant et l'officier de justice chargé de faire les ajournements \ et cela donnait à celui qui en avait le titre une situation qui lui permettait de jouir de ressources pécuniaires considérables et de tenir son rang dans le monde nobiliaire. Nous pourrions, sans sortir de la Picardie, citer un bon nombre de familles de première condition, dont une «Mairie» héréditaire constituait le principal, sinon l'unique patrimoine '.
De plus, au XII^ et jusque vers la fin du XIIP siècle, le « Maire » est toujours de l'estoc du Seigneur du fief. M. le vicomte de Poli, à qui nous devons ce
' Comte de Luçay : Le Comte de Ckniwiit-eu-Beaiivaisis, p. 45, note. — Voir aussi le Glossaire de Du Caxge, aux mots Maior et Majoria (Mairi.\), etc.; — La Curne de Sainte-Palaye : Glossaire; aux mots Mairerie et Mairie, etc., etc.
* On trouve, à chaque instant, au Mo3'cn-Age, des titulaires de fiefs de Mairie, qualifiés chevaliers : Jean de Dampierre, maire de cette seigneurie, chevalier en 1335. (Soc. archèol, de Raiiiboiiillet, T. II, 1874, in-8.), etc., etc.
renseignement, n'a pas rencontré d'exceptions. Le fonctionnement du système féodal, essentiellement familial, sudit à expliquer cette règle. Le Seigneur d'un fief s'entourait exclusivement de gens intéressés comme lui à la conservation du patrimoine féodal.
C'est ainsi, croyons-nous, que la Mairie de Caix devint l'apanage des descendants d'Anseau de Boves ou de Caix qui la possédèrent presque sans interruption, comme nous le verrons dans la suite de ce travail, jusqu'au commencement du X\'L" siècle.
Nous sommes donc convaincus, quant à nous, que Rainier de Caix, signataire de la « Carta Ambiancnsis », était le fils ou le frère de Robert; et nous inclinerions plus volontiers vers la seconde hypothèse. Il nous paraîtrait, en eflfet, bien étonnant, si Robert de Caix eût été marié en 1131, que les rédacteurs des deux actes de renonciation n'aient pas constaté l'adhésion de sa femme dans des pièces où ils prennent de si minutieuses précautions \ Et l'on ne saurait dire que cette adhésion ne fut pas formulée dans les actes, parce que la femme de Robert refusa de la donner; il serait absurde de supposer ce refus de la femme, résistant à la pression du clergé quand son mari était obligé de s'y soumettre. Ce que nous avons dit plus haut du rôle que nous prêtons à Rainier dans la confection des deux chartes, nous
' C'était l'usage constant au Moyen-Age de faire toujours comparaître la femme à côté de son mari dans les actes publics. Nous pouvons précisément en citer un exemple tiré de nos Preuves elles-mêmes. Dans la charte de 1132 (Preuves VIII) on lit : « Guillelmus de Apia, annuente uxore suà », tandis que Robert de Caix est nommé seul à la ligne précédente.
semble aussi s'appliquer beaucoup mieux au cas où il aurait été le frère cadet de Robert et non son fils, né d'une femme morte lors de la rédaction de ces chartes. Cette hypothèse qui fait accepter à Rainier les conséquences de son adhésion à la « Carta Ambianensis », en échange de la compensation de la Mairie de Caix, explique en même temps comment une branche de la maison de Caix est restée dans l'Amiénois et le Santerre et s'y est perpétuée dans ce fief de la Mairie de Caix, alors que le chef de la maison, fixé dans le Vermandois sans esprit de retour, y faisait — mais pour peu de temps — souche de son côté.
Nous voyons, en effet, que Robert se maria sur le tard, à Coucy ou aux environs, quand la perte définitive de la seigneurie de Caix l'eût fait renoncer pour toujours à l'Amiénois; et cette constatation répond à la question que nous posions à son sujet à la fin du chapitre précédent. Si l'on ne trouve plus trace de son nom dans les chartes d'Enguerran II de Coucy à partir de l'année 1138, c'est que vers cette époque il quitta son neveu pour se créer un établissement indépendant. Il serait possible aussi qu'il fût déjà marié au moment où il signait cette charte de 11 38 et que sa disparition des actes de Coucy ait eu pour cause sa mort survenue peu après.
Quoi qu'il en soit, de son mariage qui, quelle que soit l'hypothèse adoptée, eut lieu de 1132 a 1140, Robert de Caix eut un fils nommé Arnoul et une fille appelée Mathilde, qui nous sont connus par
une charte donnée en 1188, en faveur de l'ahbaye de Thenailles en Thiérache '.
La charte dont il s'agit est contenue au Cartuhiire de Thenailles, du XIIL siècle, conservé à la Bibliothèque Nationale"; c'est une ratification de donations faites par Robert, seigneur d'Emblecourt ou plutôt Erblaincourt ^ à l'abbave de Thenailles. Cet acte
' On trouve à la nicme époque deux frères, Etienne et Guillaume de « Cha\'x », dont le Nobiliaire historique de De Camps nous a conservé les noms {Bil'l. NcU. F. de Camps, vol. io8) et qui furent présents en 1155 lorsque Eudes de Champagne ratifia les abornements de ses terres et de celles du chapitre de Besançon. Bien que la forme du nom de ces deux frères, d'après les principes que nous posons dans le chapitre suivant, puisse nous permettre de les ranger parmi les Caix de Picardie, nous ne nous croyons pas autorisés à le faire, par suite de la règle absolue que nous nous sommes tracée de n'admettre dans notre nomenclature que des personnages qui nous sont connus par des actes passés en Picardie ou en Vermandois ou ayant trait à des terres situées dans ces provinces. Nous pensons donc que Etienne et Guillaume de Chayx doivent appartenir à une lamille dont on trouve, à diverses époques, le nom sous cette forme, en Champagne ou en Franche- Comté, et dont nous parlerons dans notre chapitre iv.
* V. nos Preuves, n" XV. — Cette pièce est aussi reproduite par D. Grenier, tome 267, fol. 393 verso, et par André du Chesne (Hist. de Gniiies, Preuves, p. 551). — Le nom d'Arnoul est orthographié dans cette charte : « de Chais », absolument de la même manière, d'ailleurs, que celui de Robert de Caix dans le cartulaire de Saint-Martin de Laon. L'acte est daté de Coucy et ratifié par Raoul I, sire de Coucy et de Marie. Il ne peut donc y avoir aucun doute sur l'identification de « Chais » en « Cais ». C'est l'avis deD. Waroquiaux, qui, dans ses « Essais de l'hist. eccl. et civ. de Laon et du Laouuais » (ap. D. Grenier, t. 190, fol. 65) traduit « Arnoul de Chais » par « Arnoul de Cais ».
^ Le nom d'Emblecourt n'existe pas. Il ne peut s'agir d'Amblaincour qui dès cette époque était dans la maison de Guise. Ce doit donc être Erblaincourt, aujourd'hui Bac-Arblaincourt (hameau de Bichancourt, canton de Coucy), qui appartenait aux châtelains de Coucy. Voir du reste à nos Preuves, XV.
est daté de Coucy avec le concours de Raoul I, sire de Coucv et de Marie. Arnoul de Caix appose son sceau à la charte comme premier témoin, en qualité d'oncle (avunculus) de Robert d'Emblecourt. Le terme latin d' « avunculus », opposé à celui de « patruus » qui signifie oncle paternel, indique qu'Arnoul était l'oncle maternel, le frère de la mère de Robert d'Emblecourt, et nous apprenons par la même pièce que cette sœur d'Arnoul de Caix s'appelait Mathilde et que la femme de Robert d'Emblecourt portait le nom d'Elisabeth ; enfin, nous trouvons encore parmi les témoins deux neveux de Robert d'Emblecourt, Jacher et Guy.
Tout cet ensemble de faits et de personnages nous indique qu'Arnoul de Caix était déjà parvenu à un âge assez avancé en 1188, puisque son neveu, fils de sa sœur, était lui-même cà cette époque un homme mûr, ayant des enfants et des neveux qui tous donnent leur consentement à la donation dont il s'agit. Il n'est donc pas téméraire de penser qu'il avait alors de 50 cà éo ans, ce qui place bien la date de sa naissance à l'époque du mariage supposé de son père, c'est-à-dire dans les années qui suivirent la renonciation de Robert de Caix en faveur des moines de Lihons. Mais Robert étant, on se le rappelle, né vers 1080, rien ne s'opposerait non plus à ce qu'il fut le père de Renier de Caix, né d'un premier mariage, si l'on préférait, contrairement à notre sentiment, cette dernière hypothèse.
Pour nous résumer, voici les deux petits tableaux généalogiques que nous permettent de dresser,
suivant l'hypothèse adoptée, les documents connus jusqu'ici, relatifs à la maison de Boves et à celle de Caix qui en est issue, aux XP et XIP siècles : Première hypothèse : Rainier est le fils de Robert :
Hugues de Boves.
Dreux de Boves.
Enguerran I de Coucv. Robert de Péronne. Anseau de Caix.
Thomas. Robert de Caix.
Enguerran II. Rainier. Arnoul. Mathilde,
I I ép.deN.d'Emblccourt.
Raoul I. Tige de la branche |
de Caix Robert d'Emblecourt.
restée en Picardie.
Deuxième hypothèse : Rainier est le frère de Robert :
Hugues de Boves.
Dreux de Boves.
Enguerran I de Coucy. Robert de Péronne. Anseau de Caix.
Thomas. Robert de Caix. Rainier de Caix.
Enguerran II. Arnoul. Mathilde, Tige de la branche
I ép. deX. d'Emblecourt. qui s'est perpétuée
Raoul I. I en Picardie. Robert d'Emblecourt.
Arnoul de Caix ne paraît pas avoir été marié ; au moins le Cartulaire de Thenailles ne lui donne-t-il ni femme ni enfants, tandis que sa sœur, ses neveux et ses arrière-neveux y sont cités à côté de lui. Il
nous paraît donc vraisemblable qu'il n'avait pas d'autre famille, du moins aussi proche. Cette supposition est justifiée, du reste, par la disparition complète du nom de Caix dans le Vermandois, tandis que nous le retrouvons dans TAmiénois et le Santerre, représenté par de nombreux rejetons.
Parmi ces rejetons, les premiers dont nous rencontrions les noms dans les documents qui nous ont été conservés, sont un Pierre et un Robert de Caix, que nous trouvons cités parmi les témoins du prieuré de Lihons dans une charte de 1164 \ Cette charte a pour objet l'approbation donnée par Jean, abbé de Corbie, à une transaction intervenue entre son abbaye et celle de Lihons au sujet d'un moulin de Saint-Quentin. Les témoins des deux parties y sont indiqués sous cette forme :
« Hujus rei testes sunt : Dominus abbas Johannes Corbeye; Hugo prior; Richcrus, subprior; Fulbertus prepositus; Gozuinus; Petrus du Bus; Jacob de Maceriis ; Fulco ; Gervasius; Nicholaus. De laïcis : Walterus de Helli; Hugo prepositus; Simon de Folliaco; Wualdinus de Moolcurte. De monachis lehunensibus: Adso prior; Odo prior Sancti Taurini; Gerarardus (sic) ; Johannes Alacherellus ; Petrus de Chais; Robcrtus de Chais; Petrus Dare; Petrus Neret ; Walterus de Nigellâ. Ommeque Capitulum lehuncnse. »
Il semblerait résulter, à première vue, de la place occupée par les noms de Pierre et de Robert de Caix,
' V. nos Preuves, n» XVI.
qu'ils étaient moines de Lihons. Je crois, néanmoins, que cela n'est pas soutcnable et que ces personnages étaient des laïcs. On remarquera, en effet, que si les témoins de Corbie sont rangés sous deux rubriques distinctes dont la seconde comprend les laïcs (de laïcis), il n'en résulte pas nécessairement que, parce que cette rubrique est omise pour les témoins de Lihons, ces témoins soient tous des religieux. En premier lieu, cela serait contraire aux habitudes et il est plus que probable qu'il y avait symétrie sur ce point entre la procédure employée par les deux monastères et que Lihons, comme Corbie, devait être représenté par un certain nombre de témoins non religieux. De plus, les noms même des témoins de Lihons, à partir de Pierre de Caix, ont une physionomie tout à fait séculière. Nous trouvons dans une charte de 113 5 \ un Petrus Darets — qui rappelle de bien près le Petrus Dare de notre pièce — cité parmi les chevaliers témoins de cette charte. Enfin, le Wautier de Néelle, qui est inscrit le dernier parmi les témoins de Lihons, est évidemment un seigneur de cette illustre maison dont on rencontre le nom dans un grand nombre d'actes de cette époque. L'expression « de monachis lehumensibus » ne signifie pas le moins du monde : Parmi les moines de Lihons; mais bien : Du côté des moines de Lihons; et encore une fois, suivant un usage constamment suivi, ce monastère devait être représenté, dans cet acte, aussi bien par des laïcs que par des religieux.
' Bibl. Nat. CoUcct. Moreau; Chartes et Diplômes, Tome 56, fol. 179.
Nous avons d'ailleurs au Cartulaire de Lihons une autre pièce sans date (Carta de Roseriis), mais qui a dû être passée vers la même année 1164, époque à laquelle Rosières relevait déjà de Lihons, et qui nous paraît trancher la question dans le sens que nous indiquons. Cette charte ' met fin à des différends survenus au sujet de terres situées en ce lieu de Rosières, terres données précédemment à Lihons, sous les auspices de Gervin, évêque d'Amiens, par Ermenfroid, vénérable clerc, « venerabilem clcrum » et Eusevie, son épouse. Ermenfroid étant mort sans enfants, ses neveux « Adelmus et Radulfus » prétendirent à son héritage et s'emparèrent violemment de la terre en question. Ils en firent la restitution par la charte qui nous occupe. Dans cette charte, Pierre de Caix est encore cité parmi les témoins de Lihons, et ici il n'est guère permis de douter que ce personnage ne fît partie des séculiers appelés à corroborer par leur signature la transaction à laquelle ils avaient assisté. Dans la charte de Rosières, en effet, le groupe des témoins dont il fait partie, est ainsi désigné : « de militibus », parmi les chevaliers.
Pierre et Robert de Caix pouvaient donc être les fils de Renier de Caix. Il est, dans tous les cas, assez singulier de retrouver deux personnages de ce nom à Lihons trente ans après la spoliation de 113 1. Cela ne peut que donner plus de vraisemblance à ce que nous disons plus haut des rapports probables de Renier de Caix avec cette abbaye.
' Carltil. de Lihons, Karta xiii, fol. 23 et 24. — V. nos Preuves, XVII.
Peut-être s'étonncra-t-on que nous ne soyons pas plus affirmatif et que nous avancions si prudemment dans l'étude de nos documents.
Si nous avions l'heureux privilège d'être un d'Hozicr, un Saint-Allais ou un La Chcnaye-des-Bois, il nous serait bien facile d'établir, à l'aide des pièces que nous avons rassemblées, une filiation ne varidur de la maison de Caix jusqu'à la fin du XII'^ siècle. Mais ne possédant pas, à défaut du titre, les grâces d'état dont jouissaient les généalogistes des XVII'= et XVIIP siècles, et n'étant pas d'humeur, comme eux, à suppléer aux informations positives, par beaucoup de complaisance et encore plus d'imagination, nous ne pouvons que donner les documents que nous possédons en les éclairant de notre mieux suivant la méthode scientifique moderne. Force nous est donc ici de nous contenter de la certitude qui résultera, pour tout homme de bonne foi, d'une série d'actes ininterrompus, d'une concordance de faits et de lieux, qui ne peuvent laisser aucun doute sur la réalité des liens qui unissent les Caix picards dont nous allons poursuivre la filiation, aux premiers de leur nom, cadets de la maison de Boves-Coucy.
Avec le XIIP siècle, nous allons entrer, d'ailleurs, dans une période où les renseignements sont beaucoup plus nombreux, et plus nous avancerons dans notre étude, plus la certitude historique reposera sur des bases indiscutables.
Mais, avant de poursuivre plus avant l'analyse de nos documents, il nous faut fournir quelques indications sur l'origine du nom de Caix et sur
quelques familles à qui l'on a appliqué, à tort ou à raison, ce nom au Moyen-Age ; signaler quelques causes de confusion et d'erreur contre lesquelles nous avons dû nous mettre en garde ; et établir quelques règles de critique dont nous trouverons fréquemment l'application au cours de cette étude. Ce sera l'objet du chapitre suivant.
ORIGINE DU NOM DE C\IX. — MANIERES DIVERSES D ECRIRE CE NOM DANS LES ACTES ANCIENS. — DIFFÉRENTES LOCALITÉS QUI LE PORTENT. — eux EN SANTERRE. — C\IX EN QUERCY. — QUAIX EN DAUPHINÉ. — LES C\IS DE PROVENCE ET DES .\LPES-.MARITIMES. — LES ESQUAY DE NOR.MANDIE. — LES CEIS OU SCEY DE FRANCHE-COMTÉ. — LES KAY ANGL.\IS. — CONFUSION DE TOUS CFS NOMS PAR LES SCRIBES DU MOYEN-AGE. — RÈGLES DE CRITIQUE POUR DISTINGUER LES PERSONNAGES APPARTENANT A CES DIVERSES FA.MILLES.
insi que nous l'avons vu dans les chapitres .précédents, le nom de Caix est venu au rameau de la maison de Coucy dont nous étudions l'histoire par la possession de la seigneurie de Caix en Santerre. L'origine du nom de cette maison se confond donc avec celle de ce lieu, et il nous paraît intéressant d'essayer d'en établir l'étymologie.
Mais, auparavant, il nous faut dire quelques mots des différentes formes sous lesquelles on trouve Caix écrit au Moyen-Age. L'orthographe de ce nom a toujours été, en effet, des plus fantaisistes.
C'était, du reste, la coutume à cette époque de transcrire les noms tels qu'on les entendait prononcer dans le dialecte de sa province. Chaque scribe les notait donc d'une façon différente, suivant qu'il était lui-môme du nord ou du midi, de l'est ou de l'ouest. On comprend quelle cacophonie cela pouvait amener dans la nomenclature des noms de famille.
On a relevé quatorze manières différentes d'écrire le mot Du Guesclin \ Le nom de Caix a été beaucoup plus défiguré encore que celui du grand connétable breton.
Voici, en effet, quelques-unes des formes — et elles n'y sont pas toutes — sous lesquelles on le rencontre dans les documents originaux.
En latin, il se traduit dans les chartes Caius, Caysus, Cayssius, Chayssius, Kaium, Kayum, Kayssium, etc. En français et en provençal ", on le trouve écrit Cais, Cay, Cays, Caiz, Cas, Caz, Kais, Kays, Kaies, Q.ué ^ Quay, Quais, Quaix, Quetz, Queetz, et enfin Chais, Chaiz, Chaix, etc., etc.
Cette dernière forme, avec le chuintement picard, se fait voir dès le XII^ siècle. Dans deux pièces de la même année, concernant la même affaire (Voir nos Preuves VII et VIII), on lit : « S. Roberti de Caiz »
' Revue de France du i^r août 1877, p. 506.
* Pour les formes diverses de ce nom , en ce qui concerne les Cais de Gillette et de Pierlas, voir ce que nous disons plus loin de ces familles, et consulter les ouvrages du Comte E. Cais de Pierlas, et notamment son étude sur h Fief de Chdteauneiif dans les Alpes-Marituues, Turin, 1892, in-8.
* C'est sous cette forme que se trouve fnscrit le village de Caix dans trois cartes manuscrites du XVII>; siècle, au tome 107 de la Collection de D. Grenier.
et « S. Robcrti de Chaiz ». Le fils de ce Robert, Arnoul de Caix, est aussi appelé de Chais en 1188 (V. plus haut p. 47) \
Parfois les variantes se trouvent dans le même acte. C'est ainsi que dans une pièce de 1225, Gilles de Caix est appelé « de Kaies » dans le texte d'un acte auquel est appendu un sceau dont la légende porte : « Gillon de Cais ». Le même fait se vérifie pour les Cais de Provence et notamment pour les Cais de Gillette et de Pierlas dont je parlerai plus loin.
Sans insister plus longtemps sur ce point, on voit que l'orthographe du nom de Caix est un caractère dont il faut tenir peu de compte.
Ceci dit sur la forme et les variantes du nom qui nous occupe, voyons d'où il peut venir étymologiquement et quel sens il peut avoir. Cela nous sera, d'ailleurs, relativement facile, car si le nom de Caix ne se retrouve — sous des formes diverses — que dans trois localités de la France ^, les dérivés ou les
' Cette forme chuiutée se retrouve dans le nom de plusieurs fiimilles : Chaix-d'Est-Ange, Cliaix de la Varène, etc. Pour comprendre ce changement de Caix en Choix, il suffit d'entendre encore un paysan picard prononcer chiiltivatcur pour cultivateur, etc. Tous les noms analogues ont, d'ailleurs, subi la même altération. Dans le volume même des Manuscrits de De Camps que nous citons ailleurs, on trouve, non-seulement Chais pour Cais, mais encore Chappes pour Cappes, Champs pour Camps, etc., etc.
* Je ne compte pas ici un manse du nom de Cais appartenant à une église de Saint-AUoan, dépendant de l'abbaye de Montmajour, manse qui existait en 1040 prés de Tarascon, au comté d'Avignon {Revue de Provence, année 1890, p. 1 38). Ce manse a-t-il quelque chose de commun avec les Cais de Provence dont nous parlerons plus loin? Je l'ignore.
congénères de ce nom sont assez répandus et nous fourniront des points de comparaison.
Disons de suite que, pour nous, Caix n'est autre chose qu'un mot issu d'un radical au sens de maison, hahitation, cousin germain du latin casa ^
Kas ou Cas, en gallois, signifie encore : haute clôture, château, enceinte protectrice élevée sur les hauteurs.
Caix a des congénères dans le midi : Caizac, Caizergues, etc. -. Caze, Caize et, avec le chuintement, Chaize siiinifient dans tout le Lan^^uedoc et même beaucoup plus au nord : habitation, maisonnette, métairie. On peut citer au hasard des nomenclatures : Saincaise (Sana Casa) dans la Nièvre, la Chaise Dieu (Casa Dei) dans la Haute-Vienne, etc., etc. Le Père La Chaize, le fameux confesseur de Louis XIV, dont la famille appartient au Forez, tirait son nom, comme tous ses homonvmes, d'un lieu au sens
' Dans le dialecte piémontais, casa qui est devenu ca, se prononce qttc dans certaines régions. — Ai-je besoin de dire ici que le nom de Caix n'a rien de commun avec celui du brave sénéchal du roi Artus qui^ dans les Romans de la Table ronde, s'appelle Key, Kcx, etc. ? (V. notamment le Saint-Graal, publié par Hucher, I, 428, 457, et Nouveau recueil des fabliaux et contes du Xlh au XV^ siècle, publié par MÉON, passim). Malgré ses apparences de nom propre, ce Kcx n'est autre chose que la déformation de Queux (coquus), primitivement « cuisinier », puis « maître d'hôtel, intendant, sénéchal ». Cela n'empêche pas un document publié dans le Recueil des historiens de la France (T. XVII, p. 210) de le traduire bravement en latin par « Caius, dapifer Arturi régis ». — De même le Saint-Quay (en Breton Ke, Kcnau) des Côtes-du-Nord, n'a rien à faire avec notre Caix picard.
* Caissargue, près de Nîmes, paraît dériver de « Cassii arx », de même un « Cassacio » du Frioul viendrait d'un « Cassiacus » du même nom de famille romaine : « Cassius «.
primitif de casa. Il en est de même des noms de famille : Caze, La Caze, etc., etc. La même forme chuintée se montre encore dans Chazal, Chazalet, avec le sens de petite maison, métairie, masure. Du nom propre Caze, Caize, sont venus les diminutifs Caiset, Cazet, Caizet, etc. '.
Outre notre bourg de Caix-en-Santcrre, il y a en France deux autres villages du même nom s'écrivant avec de simples variantes orthographiques, et on trouve dans les documents du Moyen-Age la trace de plusieurs autres.
Parmi ces derniers, je citerai un lieu dit Cayacum, dans le Rouergue ^ qui ne me paraît pas devoir être confondu avec Caix (Lot); un autre appelé Kaysous-le-Mont-\otre-Dame (Aisne), indiqué dans les Actes du Parlement de Paris, de l'année 1316 ^ et dont, malgré toutes mes recherches, il m'a été complètement impossible de retrouver la trace ; et enfin un village de l'ancien Xoyonnais dont le nom s'écrit Quessy ou Kaici (lat. Caciacum, Caceium, Caziacum, Qiiessiacum), mentionné dans les Chartes dès le XL siècle '.
' Dans* la Drôme, à Saint-Vallier, existe une famille du nom de Caize, à laquelle appartient M. Albert Caize, auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de son pays. — Dans le même département, à Saint-Donat, existait vers l'année iioo une famille Cais; dans l'inventaire des biens du prieuré de ce lieu, on trouve un chanoine « Adon Chais (Adonis Caisi, Adonis Chaissi) » et un « Durant Chais ». (Cartulaire de Groioblc).
* Cabinet historique, 1874, p. 216.
' BouT.^Ric : Actes du Parlement, no 4802.
* V. Melleville : Didionn. de l'Aisne. — Voici une mention que
Mais il y a, nous l'avons déjà dit plus haut, deux villages en France dont le nom est presque identique à celui de Caix-en-Santerrc. C'est d'abord Caïx ou Cavx (que l'on prononce « Caille » dans le pays), hameau de la commune de Luzech (Lot), et Quaix, commune de six à sept cents habitants, située près de Grenoble (Isère), sur la Vence, au pied d'une montagne dite : Aiguille de Quaix. Ce dernier village possède un petit château flanqué de tourelles et le clocher de son église appartient au XP siècle. Il est donc impossible de supposer qu'il a reçu son nom de quelque « juveigneur » des Caix de Picardie qui serait allé essaimer en Dauphiné, puisque c'est seulement au XP siècle que ces Caix sont sortis de la maison de Boves \
j'ai rencontrée de ce lieu dans un manuscrit de la Bibliothèque de Laon : « ... L'année suivante (1245), Prémontré reçut en don, de Pierre Voirel de Caici, quatre setiers de terre à Bolmont, en présence de rOfficial de Noyon. » — Bihl. de Laon. Mauiiscyits : Tableau chro>iol., hist. et geogr. de toutes les dotations faites à l'Abbaye de Pir'nioiilre..., par Louis DE ViN'AY ; in-40, i^e partie, p. 283. (Rubrique du village de Voël, entre La Père et Chauny.)
' On trouve une famille Cais habitant le Versoud, canton de Domène (Isère), vers l'année 1 100, en la personne de « P. Caissiy, Chaissiy, Chais de Versatorio » (U. Chevalier : Cartulaire du Prieure de Domène). Cette famille est probablement la même que nous signalons plus haut, p. 59, note I. Dans ce même arrondissement de Grenoble, on trouve encore une commune de Quet (cant. de Corps), dont le nom pourrait appartenir à la même souche étymologique que Quaix (Cfr. les noms de famille : Quet, Dequet, Duquct, etc.). — Pour Quaix en Dauphiné, voir : Fragments de terriers et parcellaires de Quaix (XVIIP' siècle) ; fonds Gariel (Bibl. de Grenoble); — Rôle des nobles de Quaix ; fonds Chorier et Guy Allard, t. XX (Bibl. de Grenoble). — V. encore : Délibération des Charbonniers de Quaix, Grenoble, 1764, in- 12 de 24 p.
Pour Caïx en Qjacrcy, nous serons beaucoup moins afHrmatif. Nos études n'ont pas été poussées assez loin pour nous permettre de fournir une hypothèse vraisemblable quant à la fondation de cette seigneurie par un membre d'une famille du nom de Caix, — soit de T « estoc » de ceux de Picardie, chez lesquels l'existence de cet essaimage est de lointaine tradition — soit de ceux de Provence, qui pourraient s'appuyer sur les f^icilités relatives d'une plus grande proximité.
Quelque Caix picard, venu avec ses cousins Enguerran III, sire de Coucy, et Thomas, sire de Vervins, son frère, à la croisade contre les Albigeois au commencement du XIIP siècle, se fixa-t-il au retour dans le Quercy? Ou quelque Gais provençal^ abandonnant la vallée du Rhône, franchit-il les Cévennes pour aller baptiser de son nom un manoir sur les bords du Lot ? C'est ce que nous ignorons '.
Nous inclinons à croire, dans tous les cas, que ce n'est pas ici, comme en Santerre, la localité qui a donné son nom à ses possesseurs, mais au contraire les fondateurs qui ont donné leur nom au château qu'ils bâtissaient. « Surtout à partir du milieu
' M. le Comte Cais de Pierkis, dans une des très intéressantes lettres qu'il a bien voulu m'adresser sur les Cais provençaux, se demande si ce hameau du Quercy n'aurait pas pris son nom de Cais Sarrasins dont nous aurons à dire un mot plus loin. Cela est possible, puisque les Sarrasins ont certainement envahi cette province à une certaine époque. Mais pour accepter ou repousser cette hypothèse, il faudrait avoir une connaissance plus complète que celle que nous avons, des titres concernant Caïx en Qiiercy au Moyen-Age. C'est une étude qui reste à faire.
du XIP siècle, dit M. le Vicomte de Poli S par un sentiment d'orgueil légitime et de fierté familiale, les juveigneurs imposèrent fréquemment à leur apanage le nom de leur race. » Quant à savoir quels furent, dans le cas présent, ces « juveigneurs », je laisse à des trouvailles ultérieures le soin de trancher la question. Jusque-là, le champ des hypothèses reste ouvert.
C'est ce doute qui nous a engagé à donner à la fin du présent chapitre une vue du vieux manoir de Caïx en Qucrcy. Ce manoir est situé à cent mètres du Lot, sur la rive droite, et il occupe une légère éminence placée au point de jonction que projettent vers le sud les deux Cévennes de Luzech et de Parnac. Il fut pillé et brûlé pendant la guerre de Cent Ans et plus tard, en 1584, par les Calvinistes. Néanmoins, plusieurs de ses parties remontent très certainement au XVP siècle.
Nous sommes, d'ailleurs, assez mal renseignés sur ses possesseurs et nous avons trouvé assez rarement, dans nos documents, des noms appartenant à cette maison, et aucun antérieurement au XIV*^ siècle ^
Un Guillaume « Caiz », damoiseau, figure en 13 17 dans un mandement du bailli d'Auvergne^.
Armand de Cays, écuyer, servait avec six hommes
' Essai d' iutrodiiction à l'histoire gèmahgiqiie, Paris, 1887, p. 211.
* A moins qu'on ne veuille y rattacher un O. de Cay, sénéchal de Machccoul, cité comme témoin dans une Charte de' 12 14. (V. CarttiL de l'Abbaye de Maniiotttier, cop. de la Bihl. Xat., T. III, fol. 120; et L\INÉ : Archiv. gênéal. et hist. Paris, 1850, T. XI, p. 8.)
' BOUTARIC : Actes du Parlement (Criminel, III, fol. 142, vo), no 5383.
d'armes à Toulouzc, sous le duc d'Anjou, lieutenant général de Languedoc, en 1368. Dans une autre pièce de l'année suivante, il est appelé Armand de Cas. C'est aussi le nom que porte son sceau, sur lequel se voit un écusson que nous reproduisons plus loin, à la fin de ce chapitre \
Nous trouvons ce nom de Caix écrit de la même façon dans une vente faite par k noble homme Guillaume de Cas, de certaines rentes sur le moulin de Lemboulas » le 24 mars I374^
Cette orthographe « Cas » pour « Cais » a très certainement pour origine la prononciation patoise qui, aujourd'hui encore, fait entendre un « Caille » au lieu de notre manière de prononcer le « Caix » picard. Mais il n'est pas douteux que le nom de la seigneurie qui nous occupe en ce moment, et celui de la famille qui le possédait, a toujours été Cais ou Caix.
Nous retrouvons cette dernière forme dans une montre passée à Condom au mois de mai 15 14, montre dans laquelle figurent un Louis et un Guillaume de Caix, dont les prénoms, complètement étrangers aux Caix picards contemporains, nous paraissent, sans aucun doute, appartenir aux Caix de Quercy ^.
' BibJ. Kat. Pièces orio-iiuilcs du Cah'ui. des Titres. T. 608, dossier DE Cas, 11° 14238; et T. 631, doss. 14822, pièce 2.
* Bibl. Nat. Coll. de Périgord, T. 176, fol. 110; IiiveiUaire des Titres de la Chartreuse de Cahors. — C'est sans doute ce même Guillaume qui figure sous le nom de « Guillaume Ceis » dans une montre passée à Saint- Jean-d'Angely le i^r mai 1381. (Clairambault : Titres scelles, T. 108, no 40.)
' L'original de cette montre, en parchemin, fait partie du cabinet du comte Gabriel de Caix de Saint-Aymour.
Dans cette première moitié du XM'' siècle, la descendance directe des Caix de Quercy s'éteignit comme celle de tant de rameaux de familles chevaleresques, épuisés par les luttes de la guerre de Cent Ans, rejetés au dernier plan par l'avènement de la noblesse de Cour que favorisait la royauté centralisée, débordés enfin par la marée montante des gens de robe.
Mais, dès avant l'extinction de cette famille, la seigneurie dont elle portait le nom avait changé de mains. Elle appartenait, en effet, depuis la fin du XV*^ siècle, à la maison de Coderc \ dont une fille, Louise de Coderc, épousa vers 1560 Antoine de Courtois et lui apporta en dot la terre de Caix en duercy. Comme seigneurs de cette terre, les Courtois prirent très souvent le nom de Caix dans leurs actes publics et privés. Je citerai notamment Hélène de Courtois qui, dans son testament, est appelée tout simplement Hélène de Caix. C'est cette Hélène qui apporta la seigneurie de Caix en Quercy à la maison Le Franc par son mariage, en 1 640, avec Géraud Le Franc, conseiller du roi et président de la Cour présidial de la Sénéchaussée de Quercv, à Cahors. Plusieurs des membres de cette famille, dont les aînés devinrent marquis de Pompignan, se distinguèrent de leurs collatéraux, en prenant le nom de Caix. Nous citerons notamment M. Le Franc de Caix, premier président de la Cour des Aides de Montauban, qui
' C'est Mathurin de Coderc qui obtint, vers l'année 1490, du pape Innocent VIII, l'autorisation de faire célébrer, dans son château de Caix, non-seulement la messe mais tous les autres offices, d'y recevoir les sacrements et de s'y faire enterrer, lui et les siens.
fut le père du poète Le Franc de Pompignan. On voit qu'il y a là une confusion possible, et contre laquelle il faut se mettre en garde dans les documents du XVIP et du XVIIP siècles '.
Si la question d'une origine commune avec les Caix de Picardie peut être réservée en ce qui concerne les Caix de duercy, il n'en est pas de même relativement aux Gais de Provence et des Alpes- Maritimes ^
Des Gais existaient, en effet, à Nice dès le XP siècle, à une époque, par conséquent, à laquelle les Gaix de Picardie étaient encore confondus dans la maison de Boves, dont ils n'ont essaimé, comme nous l'avons vu dans les chapitres précédents,
' Cfr. les Preuves clc la Maison Le Franc de Pompignan en 1768; la Table du Mercure de France, etc., etc. — Depuis la Révolution, la terre de Caix en Quercy est sortie de la maison Le Franc pour entrer dans la famille Lafon, à qui elle appartient encore aujourd'hui.
* Ils sont aujourd'hui divisés en deux familles devenues à peu près étrangères l'une à l'autre et portant des armes tout à fait différentes (Voir la gravure au frontispice de ce chapitre) : les Cays, comtes de Gillette, et les Cais, comtes de Pierlas (Gillette et Pierlas sont deux communes de l'arrondissement de Puget-Théniers , dans les Alpes- Maritimes). Ces deux branches sont fixées en Piémont depuis l'émigration (1792). Malgré la diversité des armoiries — accident qui peut s'expliquer de plus d'une f.içon — il me paraît bien difficile de ne pas admettre, à priori et à moins de preuves contraires, que ces deux familles, appartenant de temps immémorial à la même région, n'aient pas une origine commune. Nous n'avons pas, d'ailleurs, à trancher ici cette question qui est étrangère à notre sujet et dont nous n'avons pas fait une étude particulière. Nous en parlons seulement pour faire remarquer que, dans ce que nous allons dire ici des Cais de Provence et des Alpes- Maritimes, nous les prenons en bloc et sans nous préoccuper de leurs variations.
qu'avec Anseau et Robert de Caix, dans la première moitié du XIP siècle. Il n'est donc pas possible, comme on l'a dit et imprimé \ que les Cais de Nice viennent du Nord, et qu'ils soient un rameau des Caix picards fixé sur les bords de la Méditerranée à la suite de quelque chevalier croisé.
D'après le Comte E. Cais de Pierlas, qui s'est occupé avec beaucoup de science et de bonheur de l'histoire de sa famille, les Cais auxquels il se rattache pourraient être d'origine arabe ou sarrazine■^ On trouve, en effet, ce nom de Cais, tel quel, comme nom de tribu ou de famille arabe.
Je dois ajouter que mon savant homonyme, l'auteur érudit de tant de publications remarquables^, ne donne cette hypothèse que comme une curieuse coïncidence de noms et de faits sur lesquels il n'insiste pas, d'ailleurs. Posée avec cette discrétion de bon goût, la question est très acceptable, et la
' Cette affirmation se trouve notamment dans un Nobiliaire ou Catalogue des Nobles de Provence du Cabinet d'Hozier (3 vol. in-fol., T. I, p. 541, 542).
* Cfr. C«e C.-^IS DE Pierlas : Le Fief de Chdteauueuf, dans les Alpes- Maritimes, du X/e au ATe siècle. Etude féodale et généalogique (Turin, 1892, in-8), p. 8. — A titre de simple curiosité, je rappellerai ici que « cais » ou « cays » signifie dans l'ancienne langue provençale et languedocienne : joue, mâchoire, bouche, d'où par extension : visage. (Ravxou.\rd : Lexique, II, p. 287. Cfr. Revue des langues romanes, avril 1874, p. 296, 297.)
' Cartulaire de l'ancienne cathédrale de Nice, publ. par le C^e E. Cats DE Pierlas. Turin, Imp. roy. de J.-B. Paraïsa et C'^, in-40, 1888. — Le A'/e siède dans les Alpes-Maritimes, études généalogiques. Turin : Hermann Loescher, 1889, Extr. des Meni. délia Academia délie scien:^e di Torino, série II, T. XXXIX, etc., etc.
critique la plus sévère ne peut y trouver rien à reprendre \
Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, de sa véritable origine, le premier Gais connu en Provence est un Isoard Gais, vivant en 1030, contemporain et frère de Bernard Gais, des seigneurs de Dromon ", qui, vers 1050, suivit les comtes de Castellanc dans les Alpes-Maritimes et s'établit à Saint-Delmas de Valdebloure •'.
En II 57, un Pierre Gais est témoin d'un acte à Nice. Vers 1250 apparaissent dans cette même ville Jacques Gays, amiral, Raymond Gays, notaire et secrétaire du comte de Provence, et Geoffroy Gays, établi à Saint-Delmas. De Raymond descendent les Gays de Gillette, de Geoffroy, ceux de Pierlas. En 127 1, Bertrand, Bérenger et Pons Gays, frères et fils du notaire Raymond, possèdent ensemble le petit fief de Peillon. En 1287, on trouve pour la première fois un Gais parmi les Gonsuls de Nice.
' A propos do rapprochements fortuits et bizarres, on me permettra de citer ici un héros de Virgile, le vigilant compagnon d'Enéc, appelé Caicus (Aîih'uh', lib. ix, vers 35), qui pourrait, à tout prendre, être l'ancêtre de ceux du nom de Caix, aussi bien que le chef de la tribu de Lévi celui de la maison de Lévis, que César et la belle Lucia, celui de la maison de Chastellux (Castellum Lucix) et tant d'autres dont la découverte a lait la joie des anciens généalogistes, notamment au XVI^ siècle.
* C\is DE PiERL.-^s : Le A7'-' siècle dans les Alp.-Mar., p. 78, 79.
' Presque à la même époque, on trouve dans l'île de Sardaigne une f.imille dont le nom se latinisait en Caiits, Caiis, ce qui a ûiit croire à quelques généalogistes que cette famille pouvait se rattacher aux Cais provençaux. En réalité, il s'agit d'une famille G!!o(en dialecte sarde Cait), vieille maison qui subsiste encore et qui porte un oiseau (Cao) dans ses armes parlantes. (Commun, du C«e Cais de Pierlas.)
C'est un Pons de Cais de la branche de Peillon qui vint, vers le milieu du XIY" siècle, s'établir à Arles et y fonda une branche de sa maison qui ne s'éteignit qu'en 1829.
Une troisième branche, dérivée très probablement d'Isoard Cais, vint de Sisteron en Piémont vers le milieu du XMP siècle et, par mariage, eut la vicomte de Démonte, en la vallée de la Stura.
Au commencement du XVP siècle, un Honoré de Cais, appartenant cà un rameau de cette maison, fut ambassadeur en Portugal pour le roi de France. Il resta plus de trente ans à Lisbonne et joua un rôle important dans les négociations de cette époque. De nombreux documents le concernant sont conservés à la Bibliothèque Nationale \
A l'époque du siège de Nice, en 1543, le nom des Cais provençaux est souvent écrit Caix ou Qiiaix dans les actes de chancellerie.
Je ne m'étendrai pas davantage sur cette famille Cais ou Cays de Provence et des Alpes-Maritimes ; il y faudrait tout un volume, et d'autres, plus compétents que moi, écriront peut-être un jour son histoire. Je renverrai, pour plus de renseignements, aux généalogistes qui en ont parlé à diverses époques ^
' \'^oir sur ce personnage : Recueil des Instructions des Ambassadeurs de France en Portugal, par le Vicomte de Caix de Saint-Aymour, Paris, 1888, gr. in-S"; — Les Actes de François Z^"", en cours de
publication, dans la Collect. des doc. incd.; — le Oiiadro cJciiicular
du Vico.MTE DE Saxtarem, etc.
* \ . le p. Anselme, La Chesxaye des Bois, les Mss. du Cabinet des Titres de la Bibl. Nat., etc., etc.
Si la maison dont nous venons de parler appartient très certainement à une autre origine que celle des Caix de Picardie, au moins Thomonymie du nom est-elle complète, car la terminaison du nom de la seconde par un .v au lieu d'un .v est d'une époque relativement récente.
Il n'en est pas de même de deux autres familles dont les noms se trouvent très souvent écrits dans les documents du Moyen-Age comme celui des Caix de Picardie, qui cependant tirent ces noms de localités toutes diflerentes, et qui, depuis que ces noms sont fixés d'une manière définitive, ne peuvent plus donner lieu à aucune espèce de confusion.
La première de ces familles est celle des Ceis, Cey (aujourd'hui Scey), vieille maison chevaleresque de la province de Franche-Comté, quia pris son nom du village de Scey-en-\'arais (Doubs) '. Ce nom, en passant par la plume des scribes, devenait le plus souvent Chais ou Chaix, et môme, quand le scribe se trouvait être d'une autre province, Caix.
C'est dans le XohiUairc historique de De Camps (Bibl. Xat. Mss. De Camps, vol. io8) que nous trouvons pour la première fois ce nom écrit Chais ou Chaix. Ce document mentionne en 115 5 un Etienne et un Guillaume Chaix (V. plus haut p. 47). A première vue, et si l'on ne tenait pas compte de l'indication de province qui accompagne ces noms,
' On peut voir dans le Dictionnaire de La Chesxaye des Bois, un long article sur cette famille. Nous ne parlons ici que de pièces dont nous avons eu les originaux sous les veux.
on pourrait les croire du même « estoc » que Robert et Arnoul de Caix, leurs contemporains picards, dont, comme nous l'avons remarqué plus haut, on trouve plusieurs fois le nom écrit : de Chais \
Un siècle et demi plus tard, le 17 décembre 13 21, un Nicolas de Chaix est mentionné comme curé de Grav (Haute-Saône), dans un document des Archives du Pas-de-Calais (Série A, 400, Inventaire imprimé, p. 329, col. i). Ce Nicolas pouvait appartenir à une autre famille que les Scey du Varais, laquelle tirait son nom du village de Scey-sur-Saône (Haute- Saône).
Le 6 août 1340, nous rencontrons un Regnaud ou Regnaudin de Chay, « écuier de la Comté de Bourgogne » servant avec deux autres écuyers (Bih. Xat. Fonds T^ cents Colhcrt; vol. 137, fol. 115, recto). Le même Regnaudin sert encore en 1352 à Mdcon sous le sire de Craon (Cabinet des Titres : DuFOURXY, T. 684, fol. 220). Les armoiries de ce Regnaud de Chay sont blason nées à trois bandes dans les Pièces originales du Cabinet des Titres (T. 728, dossier 16587), et dans une quittance du tome 31 (p. 2339) des Titres scellés de Clairambault. Bien que ces armoiries soient toutes différentes de celles de la famille de Ceis ou de Scey que nous donnons en tête de ce chapitre ^ il ne nous paraît pas douteux
' Presque à la même époque, c'est-à-dire en 1149, Fierre, seigneur de Ceis, et Godart, prieur de Ceis, sont cités dans un acte de Humbert, archevêque de Besançon, tiré du Cartiihiire de Cluiiv (Bibl. XtJt. MoRE.\u, T. 64, fol. 75).
' Les armes des Scey étaient primitivement vairées. (La Chesxave DES Bois).
que ce Regnaud appartenait à la même maison ou à celle des seigneurs de Scey-sur-Saône \
A Baugé-en-Bresse, en 1432, Hugues « de Caisi » reçoit du duc de Savoie des patentes de notaire ^
En 1439, des lettres de rémission sont accordées par Charles MI à Hélion de Cheiz, écuyer, sire de Cheiz, et à son frère Antoine de Cheiz, prieur de Pevciat-la-\ommce, de l'ordre de Saint-Augustin ■'.
Mais il y a plus, et le nom de cette famille franccomtoise a même été écrit Kais. C'est du moins ainsi que l'orthographie le savant Siméon Luce dans sa Jeanne d'Arc à DoDireinv (Preuves, cviii, p. i))), d'après une lettre de rémission accordée en mai 1423, par Henry, roi de France et d'Angleterre \ à Hugues ou Huguenin de Kais, dit le Fort « natif de la Comté de Bourgogne », capitaine du château d'Amhleny, près Soissons, pour un fait qu'il avait commis précédemment, lorsqu'il commandait le château de Pinon.
Ce qui prouve que l'orthographe Kais est ici défectueuse et que nous avons bien affaire à un Ceis de Bourgogne, c'est que, dans une quittance du même
' J'incline aussi à penser que les Scit ou 5/7 indiqués dans les Sceaux d'Artois (nos 6^8, 639, 640) sont des Scey de Franche-Comté, dont le nom a été défiguré par le scribe. L'écu du n" 639 indiqué par Demay, avec un point d'interrogation, comme : d'hermines (?) au lion, me paraît être tout bonnement l'écu de Scey (V. le frontispice du présent chapitre). Il est très focile, sur un sceau empâté et fruste, de confondre des croix recroisetées avec des mouchetures d'hermines.
* Airh. de Turin, Protocol, des sec. ducaux, 90, f" 295. — (Communie, de M. le Comte C.\is de Pierl.as).
' Trésor des Oui r tes, Reg. JJ, 188, fol. 66.
* Trésor des Chartes, Reg. JJ, 175, fol. 71 recto.
Hugucnin, écuyer, donnée le i8 mai 1412 \ son nom se trouve écrit Ceix, et, de plus, cette quittance est scellée d'un sceau (qui a été oublié par Al. Demay), lequel porte un écu « au lion passant sur fond semé de petites croix recroisetées ». Ce sont bien là les armoiries de la maison de Scey.
Est-ce cet Huguenin de Ceis qui a laissé des traces de son passage à Ambleny et lieux circonvoisins ? On trouve en effet, aux XMI^ et XYIII"^ siècles, dans plusieurs villages de cette contrée, et notamment à Saconin et à Ressons-lc-Long, une famille de Quay ou de Cay, ou encore de Quaye, dans une position sociale inférieure. A partir de l'année 1670, ils ont disparu à Ressons et à Saconin; mais à Ambleny même et à Saint-Baudr}', village voisin, ils se sont perpétués plus longtemps et n'ont disparu que de nos jours.
Si ces duay ne sont pas le résultat de quelque amourette d'occasion du capitaine d'Ambleny, dont le nom aurait été « picardisé » par quelque scribe, comme il l'a été dans la lettre de rémission citée plus haut, ils sont peut-être le restant de quelque rameau des Caix du Santerre échoué là dans une obscurité complète. A moins qu'on ne préfère y voir des descendants méconnus du Colart de Caix qui habitait à quelques lieues de là, au XIV^ siècle, et dont nous parlerons dans un des chapitres suivants.
Quoi qu'il en soit, et pour en revenir aux Ceis ou Scey de Franche-Comté, on conçoit encore, jusqu'à
' Titres scellés de Cl.\ir.\mb.\ult, vol. 26, no 157, p. 1925.
un certain point, cette confusion orthoi^mphique entre leur nom et celui des Caix de Picardie ; mais où cette confusion devient tout à fait inexplicable, si l'on ne connaissait les habitudes des scribes du Moyen-Age, c'est quand elle s'établit entre nos Caix picards et les Esquay de Normandie.
Il y a, en effet, au diocèse de Bayeux, deux villages appelés Esquay, qui tirent tous deux leur nom de la petite rivière d'Esques, affluent de l'Aure '. Dès le XIl^ siècle, l'un de ces villages, Esquay, canton d'Evrecy, portait ce nom (Esquais en 1 1 > >, Escaïeum en 1191, Escai en 1201); l'autre, Esquay-sur-SeuUes (cant. de Rye), s'écrivait aussi Escaïeum dès 1208. Il ne peut donc être question d'une confusion reposant sur une similitude de nom, même à cette époque reculée, et l'étymologie d'Escay et de Caix est toute différente. Cependant, le nom des seigneurs d'Esquay-sur-Seulles, lief noble relevant du Roi, est souvent écrit au Moyen-Age et même beaucoup plus tard, comme celui des Cais ou Caix de Picardie.
Nous en citerons quelques exemples au hasard de nos notes.
Dès la hn du XIIP siècle, en 1272, un chevalier du bailliage de Caux est appelé dans un Rôle des nobles qui doivent le service pour la guerre de Foix « Guillelmus de Cayaco » ", et dans une traduction française du même rôle, qui se trouve au Département
' C. HiPPE.vu : Dhiiouii. topogr. du Calvados, Paris, Imp. Xat., 1885, in-40.
* Recueil des historiens des Gaules et de la France, XXIII, p. 774.
des Manuscrits de notre Bibliothèque Nationale \ ce nom est transcrit « Guillaume de Cays ». Etant donné cependant la région indiquée, c'est-à-dire le bailliage de Caux, et en Tabsence de tout autre document sur ce personnage, il me paraît beaucoup plus naturel de penser que ce « Guillaume » était un Esquay du pays d'entre Baveux et Caen, et nullement un Caix du Santerre et du Corbiois.
Aux X^\^^ XV'^ et X\'P siècle, ce nom d'Esquay est le plus souvent écrit des Quay, des Kays ou des Gais, forme que l'on retrouve aussi, mais beaucoup plus rarement chez les de Gaix picards "'.
Dans une montre du 19 août 1385 ^ on voit cité Girard des Quay. Le même écuyer est appelé Girard « des. Kays », dans une autre montre du i" mai 1392 \ et Girard « des Gays », dans une quittance donnée au Mans le 2 août de la même année ^
Un autre Girard d'Esquay, fils ou petit-fils du précédent, est encore inscrit sous le nom de Girard « des Quay » dans des montres de 1454 et de 1460".
Ge qui met hors de doute qu'il y a là une erreur de scribe, c'est que les mômes personnages ou des personnages contemporains, de la même famille, portent bien le nom d'Esquay.
' Fonds français, 5291, fol. 245 y°.
* On trouve même un « Hehertus de Cais » dans un Ohituairc du XVe siècle de l'abbaye de X.-D. de Montebourg au diocèse de Coutances, et l'indication de cette localité ne nous permet pas d'attribuer cet Hébert à une autre famille qu'à celle des Esquay.
' Titres scelles de Clair.'VMBault, T. 91, n" 2, p. 7088 verso.
* Cahin. des Titres, vol. 684, p. 319.
■' Titres scelles de Cl.\irambault, T. 24, no45, p. 1727. " Cahin. des Titres, vol. 1412, p. 45, verso, et p. 88.
Témoin le Girard, ci-dessus indiqué, qui est appelé Girard « Desquay » dans une montre passée à Saint- Lô le 13 juin 13 71 de sept écuyers et deux archers sous le commandement de Messire Jehan du l^ovs, chevalier \ Nous pourrions y ajouter beaucoup d'autres mentions du même nom à la même époque '".
Girard d'Esquay, IP du nom, était frère d'un Henry d'Esquay, avec lequel il lit un partage en 1.123 ''. Le môme Henry « Desquay » est cité, en 1429, comme « écuier noble de la vicomte de Bayeux ^ ». Le nom d'un contemporain, Jean Desquay ou d'Esquay, se trouve également en 1432, 1436, 1461, etc. '.
Enfin, en 1323 « Jaques des Qiiectz » et « Bastien des Quectz » sont nommés parmi des hommes d'armes servant à Gisors, sous ^L de Brézé, grand sénéchal de Normandie ^
Comme on le voit, la manière dont les scribes écrivaient le nom des d'Esquay de Bayeux pouvait souvent amener des confusions. Mais il y a plus, et l'on trouve parfois ce nom écrit « de Gais » ou « de Caix ». Nous allons en donner quelques exemples typiques.
' Titres sct'lli's de Clairambault, vol. i6, p. 1064, pièce 65.
^ V. Foiuh Français, 21496, p. 132, 135, 136, 80, 84, 114, 122; Montres du Cahiiiet des Titres, vol. 1412, p. 128; D. Villevieillh, Tre.or GeiiéaL, verb. Esqtiay, etc.
' Trésor des Chartes, Reg. JJ, 160, fol. 35 recto.
* F. Franc., 14546, fol. 32 verso. — Il était seigneur de la Mare et mourut en 1439, laissant des enfants mineurs. (D. Villevieille, loc.cit.j.
■'" Montres dn Cabinet des Titres, vol. 1412, p. 61 et 133 ; — F. Frane., vol. 21495, pièces 44, 50, et 21496, pièce 106. — Il avait épousé Dame Isabeau de Villiers (D. Villevieille, Ioc. cit.J.
° Titres scelles de Claira.mb.ault, T. 22, no 39.
Dans une montre passée au Mont-Saint-Michel, le 23 juillet 1451 \ est cité un Loys « de Cais » que l'on rencontre de nouveau, écrit de la môme manière, dans une montre de Gaignières ^ passée au même lieu, deux ans après, le 24 janvier 1433. Or, le patronage de la cure d"Esquay-sur-Seulles appartenait à l'abbé du Mont-Saint-Michel l II y avait donc toute espèce de raison pour qu'un membre de la famille normande d'Esquay figurât parmi les défenseurs de la grande abbaye, bien que, — nous sommes obligés de le dire, — beaucoup de ceux de sa maison aient embrassé avec ardeur, pendant la guerre de Cent Ans, le parti des Anglais.
Autre exemple : Nous possédons l'original en parchemin, provenant du Cabinet d'Hozier, d'un contrat de mariage de l'année 1496 entre Jean de la Bellière, écuyer, et damoiselle Xoelle du Homme. Dans ce contrat, Jean de la Bellière est indiqué comme fils de noble homme Jean de la Bellière et de « demoyselle Guillemette de Caix ». Or, tous les personnages cités dans cette pièce sont Normands ; les biens des deux futurs sont situés aux vicom.tés d'Avranches, Mortain ou Coutances, et, sans nous étendre davantage sur ce point, il est absolument certain qu'il s'agit ici d'une fille appartenant aux Esquay de Bayeux et nullement aux Caix de Picardie. Et pourtant, comme nous venons de le dire, son nom est écrit : « de Caix ».
' Montres de Cl.\ir.\.mb.\ult, T. 234, pièce 23. * Cfr. F. Frauç., 21496, pièces 76, 107, 113, 118. ' Voir le Dictiomi. topog. d'HiPPE.\u, ut suprâ.
On voit avec quelle prudence il fiiut lire les noms de famille dans les anciens documents et combien il est nécessaire, avant de les classer à telle ou telle maison, de s'entourer de tous les renseignements dont le groupement peut seul rendre une attribution tout à fait certaine.
Il est nécessaire aussi de faire la plus grande attention et de procéder avec la critique la plus rigoureuse pour ne pas confondre le nom des seigneurs de Caveux-en-Santerre avec ceux des Caix leurs voisins. On peut dire, d'une manière générale, que lorsqu'on trouve en latin le nom « de Cayo » ou « de Caio » \ cela veut dire Cayeux et non Caix. Il en est de même de « Caiou » ^ Mais, en dehors de ce cas spécial, il est permis d'affirmer la nécessité de recourir, quand la forme du nom prête au doute, aux circonstances « extérieures » de l'acte dans lequel se trouve ce nom, pour en faire l'attribution soit aux Cayeux, soit aux Caix.
Outre les quatre familles sur lesquelles nous venons de donner quelques indications sommaires, on trouve encore le nom de Caix, orthographié de manières très diverses, porté accidentellement par certaines personnes, soit qu'elles fussent originaires d'une des localités ainsi appelées, soit pour tout autre motif.
Comme nous rencontrons ces noms tout à fait isolés et sans aucun lien entre eux, nous les citerons
' « Xicolaus de Caio ». D. Grenier, T, 231, p. 100. * Recueil (ies historiens de France, T. XIII, p. 426.
seulement à leur date chronologique, en les expliquant autant que possible.
Xous rappellerons encore ici , pour nV plus revenir, qu"il existait au Mo3'en-Age une f^miille Kay ou Kays, en Angleterre.
On trouve un Thomas Kay de Stow en 1379 '. Un Ricard Kays était sergent d'armes du roi d'Angleterre en 1403, en 1407 et en 1408 '". A ce titre, il fut chargé par son souverain de plusieurs missions importantes en France.
En 141 6 et en 1422, Henry Kays était clerc et garde de la Chancellerie d'Angleterre ^
Je trouve encore dans le même Recueil, en 1571, un Jacques Kaye, recteur de Gayton (Lincolnshire) *, et en 1372, un Georges Kay, maître-ès-arts , recteur de Hagett, diocèse d' « Eloborum » "'.
C'est sans doute à ces « Kay » anglais que se rattachent un Robert Kay, notaire et secrétaire du roi d'Angleterre en Normandie, au milieu du X\'*^ siècle ^ et des hommes d'armes anglais du nom de « Cay » qu'on trouve à la môme époque dans des montres de soldats de cette nationalité ".
' RvMKR : Fcvchra, convcntiones , etc., in-folio, Londres, 1709, Tome VII, p. 212.
» Id. Tome VIII, pp. 537, 483 et 551 — Cfr. D. Morice, T. II, col. 792.
' Id. Tom. IX, p. 386, et X, p. 262.
* Id. Tom. XV, p. 6^6.
'■" Id. Tom. XV, p. 714.
* Cabhi. des Titres : Pièces origin. T. 1604.
' V. notamment une montre passée à Coutances, devant M. de Talbot, le 16 août 1456 (Fonds Franc. 25773, P'>^'CC' 1127. Tome X des Montres).
Un grand nombre de chevaliers picards ayant suivi en 1066 Guillaume le Conquérant en Angleterre, il ne serait pas impossible qu'il se soit trouvé parmi eux quelque Caix qui ait donné naissance à ces Kay anglais. Nous n'indiquons, bien entendu, cette hypothèse qu'à titre de pure curiosité. Il est, en elTet, beaucoup plus simple de supposer que ce nom de Kay naquit tout naturellement et spontanément en Aniîletcrre comme il est venu ailleurs sous des formes diverses.
En terminant avec ces Kay de nationalité anglosaxonne, rappelons, pour mémoire, qu'un des principaux chefs actuels du parti républicain aux Etats-Unis d'Amérique, sénateur de Pensylvanie, s'appelle M. Quav. Il n'v aurait rien d'improbable à ce qu'il sortit des Kay anglais dont nous venons de parler.
En dehors des causes d'erreurs que nous avons signalées, produites par des similitudes de noms, il y en a d'autres contre lesquelles il est plus difficile parfois de se garder, et qui ont pour origine de mauvaises transcriptions, des documents mal lus ou mal copiés par les scribes, ou môme la mauvaise foi d'anciens généalogistes.
La plus grande attention est parfois nécessaire pour ne pas faire de regrettables confusions et même commettre de lourdes bévues.
Ainsi, la table des lettres de rémission conservée au Département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, indique une de ces lettres ^ donnée en
' JJ, Reg. 226, pièce 763.
fiiveur d'un Xicholas de « Chaies ». En recourant à Toriginal, on voit qu'il s'agit d'un Nicolas des « Hayes ».
De même, dans un autre registre du Trésor des Chartes \ la table et même le titre d'une pièce indiquent une « abolitio pro Claudio de Chez ». Or, en se reportant au texte, on voit que cette abolition, datée du mois d'août 1433, regarde un Claude de Chézan (ou Chézau), seigneur de la Mote-Saint-Andricu, au service du seigneur de Montferrand, pendant la descente des Anglais au duché de Gênes ^
Dans un volume de Montres de la Bibliothèque Nationale ^ et dans le tome 105 des Titres scellés de Clairambault, toute une série de pièces vise un Pierre de Tays ou de Taix, vivant à la fin du XIV*" siècle, et dont il est très facile, avec un peu de bonne volonté ou d'imagination, de lire le nom « Cays » ou « Caix ». Le T et le C majuscules de cette époque se confondent, en effet, très aisément. Il n'y a pourtant aucun doute à avoir dans le cas présent. Il faut bien lire Taix, nom d'une ancienne famille de Touraine, éteinte dans la personne de Jean, seigneur de Taix, maître de l'artillerie de 1545 à 1)53, colonel général de l'infanterie française, tué
' JJ, Reg. 191, fol. 17.
* A propos de pièces du Trésor des Chartes pouvant servir de prétexte à des erreurs, je citerai encore une lettre de rémission- d'août 1405 (JJ, Reg. 160, pièce 68), en faveur de « Michel le Cayc ». Cet individu n'a aucun rapport avec aucune des familles dont nous nous occupons ici. C'était un « poure homme mercier de Saint-Disier-en-Pertois. »
' Fonds Français. Tome 25765, nos 71^ 159^ 192, 208, 259, 297.
au siège de Hesdin en 1553. On retrouve encore ce nom porté par un Guillaume de Taix, doyen de l'église de Troycs (1332-1399), auteur d'un Recueil publié dans les « Mélanges historiques », etc., de 1390 à 1380 '.
Citons encore deux exemples.
Dans un Cartulaire de l'église d'Arras -, on voit un chevalier appelé Jean, dont le nom peut se lire, à première vue, « Johannes de Caiis » ; mais, vérification faite avec le plus grand soin, c'est <( Johannes de Cans » qu'il faut lire.
De même encore, il ne faut pas confondre, au XIP siècle, un Robertus Canis (le Chien) '\ avec Robert de Caix (de Caiis), son contemporain.
Enfin, il me reste à parler des erreurs ou des omissions pouvant provenir de la mauvaise foi — allant parfois jusqu'à leur faire commettre des faux — de généalogistes anciens toujours disposés à être agréables à des familles momentanément puissantes et bonnes à ménager, aussi bien que de dénicheurs modernes de documents nobiliaires, toujours à l'affût de la possibilité de vendre aux intéressés quelque renseignement vrai ou supposé.
C'est dans cette dernière catégorie que nous devons classer un document tiré des manuscrits de Dom Grenier \ qui, au moyen d'une rature et d'une
' Troyes, Nocl Morcau, \6i), i vol. in-8.
* Bihl. Xat. F. Latin, 17737, fol. 7g.
' CoUect. MoREAU, Tome 47, fol. 231 et al.
* Collection lie Picard il', Tome 33, p. 348.
surcharge assez grossièrement faites, d'ailleurs, a changé un nom quelconque d'oflicier au régiment de Périsord en celui d'Emery de Caix, que nous connaissons, du reste, par une montre parfaitement authentique.
Cest, au contraire, dans la catégorie des erreurs volontaires commises par des généalogistes flagorneurs, — hésitant à aller jusqu'au faux, mais ne craignant pas, en vue d'un pourboire, de donner un croc-en-jambe à la vérité, — qu'il faut placer le classement fait aux dossiers de la famille des Cars, de plusieurs documents concernant Hue de Caix et Jean de Caix, que nous publierons plus loin à leur date. La lecture de ces documents, en effet, n'est en aucune façon douteuse; elle est, au contraire, d'une clarté et d'une sécurité absolues, et l'honorable et consciencieux Demay, qui ne travaillait pas dans un but intéressé, mais pour la seule recherche de la vérité historique, n'a pas eu un moment d'hésitation dans l'attribution du sceau qui est suspendu à l'une de ces pièces interpolées.
On voit toutes les précautions qu'il faut prendre pour ne pas se tromper en matière d'histoire nobiliaire. On n'y marche le plus souvent qu'à tâtons, dans un chemin rempli de trous et semé de chausse-trappes. Il y faut, avant tout, une grande clairvoyance et la plus complète bonne foi. Si la première peut être parfois mise en défaut, la seconde est afl"aire de volonté et de loyauté, et j'espère qu'on ne pourra pas nous accuser d'en avoir manqué.
Faisant l'histoire d'une vieille famille picarde, notre
critérium est, d'ailleurs, d'une grande simplicité. La maison de Caix n'est guère sortie, en etî'et, de la région très restreinte qui s'étend de Beauvais à Laon, et d'Amiens à Senlis; c'est ce qui a fait son obscurité relative, mais c'est aussi ce qui donne plus de certitude aux documents qui concernent sa très modeste histoire. Ce sera donc là, avant tout, la pierre de touche de nos recherches.
A défaut même d'une filiation suivie, nous réclamerons énergiquement comme nôtres, tous les Caix que nous rencontrerons dans les limites susindiquécs. Nous serons au contraire très circonspects relativement aux personnages dont nous recueillerons le nom ailleurs et qui ne se rattacheront pas d'une manière authentique à notre vieux tronc picard.
Ceci dit, nous reprenons l'étude de nos documents au point où nous l'avons laissée, c'est-à-dire au commencement du XlIP siècle.
JEAX I DE CAIX, SEIGNEUR D AUBERCOURT ET DE LA MAIRIE. — SA DESCENDANCE : JEAN II ET ROBERT II. — BRANCHES DE CAIX A ROYE ET EN LAONNOIS. — BARTHÉLE.VIY DE CAIX, TEMPLIER. — GILLES DE CAIX DE LAUNOY. — ÉTUDE DE SON SCEAU. — HERBERT DE CAIX ET ISABELLE DE CHÉRISY. — PREMIÈRE ALIÉNATION DE LA MAIRIE DE CAIX. — Xllie SIÈCLE.
ous avons vu, dans les trois premiers chapitres de cette étude, comment la maison de Caix était sortie, par « frérage », de celle de Boves, dont les aînés, devenus sires de Coucy, fondèrent cette dynastie de hauts Barons qui joua, jusqu'à la fin du XIV'-' siècle, un rôle si important dans l'histoire. Nous venons d'éliminer, dans le chapitre précédent, quelques causes d'erreurs, et d'établir quelques règles qui devront nous servir de guides dans la suite de cet ouvrage.
Nous n'avons plus désormais qu'à poursuivre, à travers les nombreuses vicissitudes de ses membres, la filiation de la famille des Caix de Picardie depuis le commencement du XIII'-' siècle.
Bien qu'il appartienne à la fin du XII"-" siècle, nous n'avons pas parlé, dans notre chapitre III, d'un Bernard de Caix qui nous est connu par une charte de 1 169 et qui s'était lixé à Roye. Xous avons préféré grouper ici les quelques renseignements que nous possédons sur ce rameau de la maison de Caix, dont l'auteur doit se placer, dans la filiation, à côté du Pierre et du Robert de 1164. (\'. plus haut, p. 30.)
La pièce qui nous fait connaître Bernard de Caix est une charte du Cartulaire de l'Abbaye de Saint- Corneille de Compiègne \ donnée à Roye en 1169 par Philippe, comte de Flandre, de \'ermandois et de Montdidier, et Elisabeth, sa femme.
Cette charte a pour but de mettre un terme aux empiétements d'un certain Eudes, maire de Mesvillers, aujourd'hui Piennes (canton de Montdidier), contre les droits de Saint-Corneille. Bernard de Caix signe cette charte comme témoin avec Pierre et Rogon de la Tournelle, Hugues de Bapaume, Wermund de Cessoy, Gautier d'Arras, etc., et il n'est pas douteux pour nous qu'il appartient à ce que nous appellerons la série des Uînoiiis locaux, que l'on rencontre dans presque tous les actes de cette époque. 11 était donc habitant de la contrée où s'étaient passés les f^iits qui donnaient lieu à la rédaction de la charte, c'est-à-dire Roye ou ses environs, et nous pouvons, sans crainte de nous tromper, le considérer comme le père ou l'aïeul des deux suivants, que nous retrouvons en possession d'une terre seigneuriale au même lieu, dans la première moitié du Xllb siècle.
' Voir nos Preuves, n" XVIII.
C'est par une charte du Cartulaire de Saint-Martinaux-Jumeaux^ que nous connaissons ces descendants de Bernard de Caix. Elle est du mois de novembre 1243 et mentionne un Huard de Caix qui était mort à cette époque. Elle nous apprend en outre que cet Huard avait laissé pour héritiers sa veuve appelée Buriie et son frère Odard de Caix. A la date que nous venons de citer, la veuve et le frère d'Huard donnèrent à l'abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux une rente d'un muids de froment, mesure de Maizières '', sur la terre que ledit feu Huard et sa dite veuve avaient jadis acquise. Cette terre était située à Saint- Médard- en -Chaussée, aujourd'hui hameau de la commune de Roye, et elle était tenue en fief de Adam Loufart, fils et héritier de messire Hugues Loufart, chevalier.
Cette branche, ainsi établie à Roye, y dura encore au moins pendant un siècle.
Il n'est pas douteux, en eff'et, que c'est à elle qu'appartenait une dame Aveline de Caix qui, en 1324 et 1323, eut, à propos d'une succession, un procès civil dont quelques détails nous ont été conservés par les registres du Parlement arrivés jusqu'à nous. Cette Aveline fut-elle la dernière des Caix de Roye? On pourrait le croire, d'après certains termes de la procédure qui nous la montrent déjà d'un certain âge en 1324, et agissant seule devant la justice. Néanmoins, ce n'est là qu'une simple hypothèse.
' Au dioccsf d'Amiens. — Voir nos Preuves, n° XIX. ' Maisiéres-en-Santerre (cant. de Moreuil).
Quoi qu'il en soit, d\iillcurs, voici le sujet du litige ' :
Un personnage du nom de Jean de Maizières (de Maceriis)' était mort laissant un fief que réclamaient Aveline de Caix et Marie du Jardin. Toutes deux étaient parentes du défunt au même degré; mais Aveline de Caix appartenait à la ligne masculine et Marie du Jardin à la ligne féminine. La première prétendait qu'étant la plus âgée des deux, elle devait, d'après la coutume du pays, hériter seule de l'intégralité de la succession de leur commun parent '\ La cause avait été portée en première instance devant la Cour de Girard de Xoyelette (de Noieletâ), chapelain perpétuel de l'église Notre-Dame d'Amiens, qui avait reconnu le bien fondé des prétentions d'Aveline en sa qualité d'aînée, et lui avait adjugé la saisine de la succession. Marie du Jardin en avait appelé de ce jugement aux Assises d'Amiens, qui, après avoir entendu les parties, avaient confirmé la décision du juge de première instance et déclaré Marie déboutée de son appel.
Mais celle-ci ne s'était pas avouée vaincue, et elle avait, en dernier ressort, porté l'affaire au Parlement.
' Actes du Parlement de Paris, publ. par Boutaric (Paris, Imp. Nat., 1863), nos J3-4 L't 7704, et Archives Nationaks : X'^j, fol. 597 v". — \'oir nos Prouves, n"* XX et XXI.
^ Remarquons ici que le froment donné en 1245 par Odard de Caix à l'abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux devait être « à la mesure de Maizières ». Les Caix de Roye devaient donc, dès cette époque, être également possessionnés dans cette localité et apparentés à ses seigneurs.
■' C'était l'article 189 de la Coutume de Péronne qui régissait ce cas. On peut voir sur l'interprétation de cet article un Factum manuscrit dans le Mss. Fonds Français, 8800, fol. 60.
La Cour suprême, ayant étudié la cause à nouveau, constata que les précédents juges n'avaient procédé à aucune enquête pour vérifier les allégations des parties relativement aux Coutumes locales invoquées par elles. Elle rendit donc un arrêt, au Parlement de la Saint-Martin d'hiver de Tannée 1324 (le 28 avril), ordonnant de faire cette enquête sur les Coutumes locales, et décida, le 26 juillet, qu'elle serait confiée au doyen deRoye, qui s'adjoindrait « quelqu'homme probe » (aliquo probo viro), ce qui prouve qu'il s'agissait de biens situés dans ou près cette ville. Puis, ce doyen s'étant récusé par lettres, — probablement à cause de ses relations iwcc les parties, ou peut-être encore parce que son opinion était faite sur les sentences rendues en première instance et en appel, — un nouvel arrêt intervint le 7 mai 1325, et mandement fut donné à Raoul de la Neuville ', chevalier, de procéder au lieu dudit doyen à l'enquête ordonnée, en s'adjoignant également quelqu'« homme d'honneur » non suspect à l'une ou à l'autre des parties.
Nous ignorons, d'ailleurs, quel fut le résultat définitif de ce procès, qui est la dernière trace que nous trouvions dans nos documents de la descendance de Bernard de Caix de Roye, et il nous faut maintenant remonter un peu vers le nord-ouest du Santerrois, pour y retrouver d'autres membres de la maison de
' Il y avait, au bailliage Je Scnlis, une famille de Xcuvillc ou de la Neuville dont nous trouvons des représentants au XIX'^ siècle, près de Conipiègne et de Saint-Quentin. (Claira.mu.vllt : 'filrcs scellés, reg. 83, p. 6345 et suivantes.)
Caix, restes plus près encore du foyer origimiire de leur famille.
Le premier dont nous rencontrions le nom est un Jean de Caix qui nous est connu par deux pièces de Cartulaires '.
L"un de ces actes est une charte du Cartulaire de Lihons-en-Santerre, datée du mois d'août 1233. Dans cette charte, Jean de Caix, chevalier, confirme, comme seigneur dominant, une vente faite au prieuré de Lihons, pour les besoins d'une chapelle à construire dans l'église de Saint-Médard, d'une dîme située au territoire d'Aubercourt, par Enguerran d'Aubercourt, chevalier, son vassal. Jean donne son approbation à cette vente, sous la réserve de vi deniers de cens à payer chaque année à laXoël, à lui ou à son héritier"'.
Cette charte nous montre que la maison de Caix occupait encore une excellente situation nobiliaire dans son pays d'origine, malgré la donation de la seigneurie principale de la terre dont elle portait le nom au même monastère de Lihons, puisque cent ans après que son chef eut été forcé d'abdiquer toute prétention sur cette terre et eut même complètement renoncé à toute résidence dans la région, un de ses
' Du Cange le nomme, d'après la charte de Lihons, dans son Hisloiir de l'Etat, de la Ville, etc., du comte d'Amiens, p. 245.
* Cartiil. du Prieure de Lihons-eu-Sauterre. Original. Bibl. Xat., Fonds Utt., 5460, pet. in-fol. parchemin, toi. 31 : « Carta Domini Johannis de Cais, militis ». — \'oir nos Preuves, n» XXII. — Sur les Seigneurs d'Aubercourt, v. Al. Ledieu : Deux villages du Snnterre, li^naucourt et Aubercourt, dans la Picardie de 1880-81 . Il indique un Jean d'Aubercourt vers 1290, puis il passe à Regnauld de Hangard, sgr d'Aubercourt, en 1401.
arriùrc-nevcux nous apparaît avec le titre de chevalier, le seul dont se targuait alors la noblesse militaire, et comme seigneur principal d'un fief tenu par un autre chevalier, son vassal.
Il est bon de remarquer, en outre, que Aubercourt est situé dans la vallée de la Luce, petite rivière dont la source est à Caix, à quelques kilomètres de ce bourg où Jean de Caix résidait sans doute lui-même, dans son manoir de la Mairie de Caix, et nous aurons plus d'une fois à revenir sur cette singulière fixité des membres de la maison de Caix dans leur petite province, fixité qui contribua à les laisser dans l'obscurité, mais qui nous permet aujourd'hui de les retrouver et de les suivre plus facilement.
La seconde pièce qui nous fait connaître Jean de Caix, P"" du nom, est une charte du sjrand Cartulaire de Saint-Mathieu de Fouilloy ' — du mois de mai 1244 — dans laquelle il nous apprend qu'il a vendu au chapitre de cette église 14 journaux de terre sis au territoire d'Aubecourt (in territorio de Aubecourt) entre Lihons et Rosières (inter le Hunum et Rousières) pour et au profit d'une chapelle fondée en ladite église, cette vente faite à la charge d'un cens de 6 deniers envers Messire Xevelon de Chaule, chevalier, moyennant la somme de 70 livres parisis ".
' Extrait du Grand Caiiulaire du chapitre de Saint-Mathieu de Fouilloy, prcs Corbic, écrit dans la seconde moitié du XH'»-" siècle (Archives de la Somme), fol. 63. Voir nos Preuves, n" XXIII.
* Cette charte fut confirmée au même mois de mai 1224 par Nevelon de Chaule, chevalier, comme seigneur dominant (Carliil. de Fouilloy, loc. cit. — Voir nos Preuves, n» XXIV) et par l'Official de l'église d'Amiens (id. ibid. — V. nos Preuves, no XXV).
A cette vente assiste son épouse Agnès, qui lui donne son complet assentiment. Il semble résulter des termes de cette charte que les biens vendus provenaient des propres de ladite Agnès, que Ton croit avoir appartenu à la maison de Fouilloy. Mais Jean possédait aussi personnellement des terres au même lieu, puisqu'il déclare qu'il a abandonné à sa femme, en échange de celles qui font l'objet de la vente, seize journaux de terres sis audit terroir, en deux pièces, dont l'une est située « juxta terram advocati de Brach » et l'autre « ad puteum del Bouconnier ».
On remarquera encore que l'Aubecourt dont il est ici question est situé entre Lihons et Rosières, c'est-à-dire à l'ouest de Caix, et précisément dans une direction tout opposée au village actuel d'Aubercourt, dont nous avons parlé tout à l'heure '.
Persuadé qu'il ne s'agissait pas, dans les deux chartes, d'une localité identique, mais que le (( Aubecourt » entre Lihons et Rosières, était un village disparu et dont quelque trace devait subsister dans les lieux dits de la commune, je me mis en correspondance avec un obligeant habitant du pays -, qui voulut bien faire les recherches nécessaires.
Or, il résulte de ces recherches qu'entre Lihons et Rosières, se trouve un ancien lieu dit où l'on
' Il V cl cgalcniL-nt nu Cartiilairc de Lihons (fol. 56 recto) une charte d'Etienne, avoué de Brach, du mois de janvier 1224, concernant une dime qu'il avait sur 24 boviers de terre situés au terroir d'Aubecourt, l'iitre Lilxvis et Rosit'res.
* M. Leblond (M.-O.), alors directeur de l'Ecole de Rosières, aujourd'hui directeur de celle de la Neuville, à Amiens.
rencontre des subslruclions et des ruines, et que les habitants, attribuant ces ruines à une église de Templiers, — sans y oublier un trésor destiné « al rinchon du Roy » — appellent ce lieu dit « Ab d'Aucourt » (pour abbaye d'Aucourt) \ Il n'est pas douteux que c'est là qu'il faut chercher l'Aubecourt (Albini Curtis) de notre charte du Cartulaire de Fouilloy, que l'on a confondu jusqu'ici, à tort, avec l'Aubercourt (Alberti curtis) de la charte de Lihons".
Jean de Caix, P"" du nom, transmit à l'un de ses fils, dont nous parlerons plus loin, le lief de la Mairie de Caix, qui relevait de la baronnie de Boves.
Par suite de divers arrangements et mutations entre l'abbave de Corbie, le prieuré de Lihons et la maison de Boves, la seigneurie principale du bourg de Caix était, en effet, arrivée au commencement du XIIP siècle à cette maison de Boves, sous la suzcrameté de l'abbaye de Corbie et des sires de Coucy.
Nous avons, au Caiiiilaire noir de cette abbaye ^, une charte de Robert de Boves, frère d'Enguerran 111,
' CiV. « Ab d'Avcsnc » = l'abbaye d'Avcsnc, « Ab d'Homblcux » = l'abbaye d'Hombleux. Cette suppression des finales est très fréquente en picard : « heri « pour « héritage », « dern » pour « dernier », etc. Ici, à Aubecourt, c'est le nom vrai du lieu disparu qui a formé la légende de l'existence d'une abbaye.
* M. Ledieu (op. cit., p. 62, note i) ne conmiet pas cette confusion.
' Fol. 120 vo. Cfr. Janvier : Hist. de Bai'cs, p. 121, et Anciennes Archives de l'Abbaye de Corbie; Inventaire de Le Moine; (Biblioth. Xat. Mss. Fonds français, 8794.) — L;i ratification de cette charte est du mois de mai suivant.
sire de Boves, qui reconnaît — le 13 mars 1202 — que les religieux de Corbie lui ont donné en fief tout ce qu'ils possédaient à Caix; que ce lîef relèverait de ladite abbaye pour soixante sols parisis et autres services féodaux; que s'il bâtissait une maison sur ledit fief, il la tiendrait de l'abbaye, etc., etc. linfm, il stipule qu'au cas où lui, Robert, deviendrait seigneur de ]k:)ves, le fief de Caix appartiendrait à son plus proche héritier, de façon à ce que les deux hommages ne soient jamais réunis dans la même main. La même année 1202, Enguerran III de Coucy exempte l'abbaye de Corbie et le prieuré de Lihons d'une somme d'argent qui lui revenait du marché de Caix, sur les redevances dues au prieuré de Lihons \
Le dernier seigneur de la maison de Boves fut Robert III, qui mourut sans enfants mâles avant 1234. Sa petite-fille fut mariée, en 1281, à Hugues de Rumigny, et après eux la seigneurie principale de Caix entra dans la maison de Lorraine.
Jean II de Caix, l'un des fils de Jean I, se maria vers 1230 avec une femme dont on ignore le nom. On voit, par un accord ^ qu'il fit le 11 des calendes de novembre 1275, qu'il avait alors deux fils, dont
' Carttihiire de Lihons, Carui lxi, fol. 31, recto. — La même année encore, « prêt à partir pour la croisade, Enguerran (II, seigneur) de Boves s'empressa de réparer les exactions qu'il avait commises au détriment du patrimoine des églises. Il restitua notamment au monastère de Lihons-en-Santerre deux chapons et demi et une obole qui appartenaient aux religieux de MaccUis de Caix, à la condition qu'ils prieraient Dieu pour le succès de son voyage... » Janvier, op. cit., p. 80. — D. Grexier. — Cartiilaire de Lihons (à Amiens), fol. 92.
* Cité dans la Xotice sur l'Eglise et la Seigneurie de Caix, p. 14.
Taîné, Robert II de Qux, venait d'épouser Beatrix, fille de Guillaume de Framicourt, laquelle lui avait apporté en dot « plusieurs quartiers de terre au journel et à la verghe de Cays séans el terroir de Cavs en plusieurs lius et plusieurs pièches ^ ».
Il nous est aussi connu par une transaction qu'il passa, le mardi après la Saint-Barnabe, avec Hugues, abbé de Corbie ", « comme ayant la seigneurie et lieu noble de la Mairie de Gais au pays de Sangters », au sujet de la Haute et Moyenne justice de ladite ville de Gaix, par laquelle la Haute justice de cette terre demeura à l'abbé de Gorbie, qui en avait la suzeraineté, et la Moyenne et Basse justice, à lui seigneur de la Mairie de Gaix. Dans cet acte, il est qualifié « chevalier» comme son père. Gette transaction pour le règlement de la justice de Gaix (Garta de justitia de Gaix) prouve les égards qu'avaient la maison de Lorraine et les abbés de Gorbie pour les membres de la maison de Gaix, dépossédés de leur terre patrimoniale.
Du mariage de Robert II de Gaix et de Béatrix de Framicourt vinrent plusieurs fils, dont nous parlerons bientôt, et une fille, mariée à X.... de Sesmaisons,
' La famille de Framicourt avait encore d'autres biens à Caix. Il est fait mention d'un autre Guillaume dans un arrangement souscrit par « Frère Remonds, humble dyens de l'église de Saint-Pierre de Lihonsen-Santerre... en l'an de grâce mil ccc vingt et nœf, le jœdy prochain après la Penthecouste... » (Cartiil. de Liboiis, fol. 55 vo). — De même, nous trouvons encore le nom du même personnage, avec la qualification d'écuyer, en 1343 et 1348, comme possessionné à Roquencourt et à Caix (Cartul. de Corbie dit Kehaiiias. Bibl. Nal. F. Lat. 17761, fol. 80, 117, etc.).
* Kolice sur l'Eglise el la Seigneurie de Caix, p. 14.
qui, en août 1528, se dessaisit à titre de vente, avec Gilles de \'ille, en la main de l'abbé de Corbie, d'un manoir situé à \'ille-sous-Corbie, en présence de Jean Wauket et de Jean Boutefeu '.
Parmi les fils de Robert II de Caix, il faut peutêtre placer un Mathieu, qualifié Sire de Rogi '\ que l'on trouve mentionné plusieurs fois dans les Manuscrits de D. Grhxier. Dans le « ProcèsA'erbal de la Convocation des nobles et fieffés du baillage d'Amiens, en 1337 » ^ il est ainsi inscrit parmi les chevaliers de la Prévôté de Beauvoisis ; « Messircs Mahieu des Kaines, sires de Rogi, lui tierch, monté et armé. » Il semblerait donc que ce personnage n'ait rien à faire avec la maison de Caix. Mais, dans un vieil armoriai de la c Marche ou Province noble du Corbiois » copié de la main de D. Grenier dans le même volume de sa Collection (p. 119), le savant bénédictin a accompagné cette mention : « Celly (le seigneur) de Rogis, vairé, contrevairé d'or et de gueules », de l'annotation suivante, également de sa main : a Caix, ou Cayeux, peut-être. »
Comme D. Grenier, qui appartenait à une vieille famille du Corbiois et du Santerre, en connaissait
' Extrait du i?(y/i'//v (?//.v ach's de foy et homiiiag.' du Comte de Corbie (registre Stix), fol. i6, vo. (Archives de la Somme.)
* Canton d'Ailly-sur-Xoye, arrondissement de Montdidier (Somme).
' D. Grenier : CoUecl. de Picardie, T. 4, et T. 53, fol. 167. — Est-ce le même dont on trouve le nom, « Matlieus des Gaines, miles », dans un Obititaire de Corbie du XIV^ siècle (F. Lat. 17770, fol. 131, recto, et extraits dans D. Grenier, Tome 31), au mois de février ? Au même Obititaire (fol. 171, recto), on lit encore : « Domina Egidia de Ros-v. »
l'histoire mieux que personne; comme il pouvait, d'ailleurs, avoir en sa possession des documents aujourd'hui perdus, son indication doit avoir pour nous une grande valeur '.
Dans ce même Rôle, nous trouvons deux autres chevaliers du même nom, Jean et Pierre, également de la Prévôté de Beauvoisis ; ce dernier est qualifié « traversier de Boves », ce qui signifie, ou bien qu'il jouissait d'un droit de travers sur cette seigneurie, ou bien qu'il était chargé du recouvrement de ce droit pour le compte du sire de Boves, — son parent, s'il appartenait bien à la maison de Caix.
Robert II de Caix mourut avant l'année 1323, ainsi que nous le voyons par un acte concernant Dreux de Caix, son fils, dont nous parlerons au chapitre suivant.
Il nous faut maintenant res'enir un instant en arrière pour parler d'un contemporain de Jean de Caix, I"-"" du nom, que nous trouvons dans une charte de Godefroy, évêque d'Amiens, insérée au Cartulaire de Saint-Mathieu de Fouilloy, au mois de mars 1220. C'est une vente faite par un Renier de Caix à un chanoine de Saint-Mathieu d'une dîme
' Cette indication doit d'autant plus attirer Taltention que la (limille des Qucsnes, qui existait au même moment en Picardie, portait pour armes : une croix frettée au Ïambe! de cinq pendants, et les Caj'eu (cités au même armoriai, p. 115) : mi-parti d'or et d'azur, à la croix ancrée de gueules. De plus, nous n'avons trouvé aucune trace à cette époque d'un Mahieu ou Mathieu dans la ûtniille des Quesnes. Quant à un Mahieu de Cayeu, il y en a bien un cité dans le même Rôle, à la Prévôté de Vimeu. Mais sa présence même dans ce Rôle prouve qu'il ne peut y être question de lui ailleurs sous un autre nom et avec des armes différentes.
qu'il possédait à Caix '. Ce Renier était marié à une femme nommée Marie, et il en avait une fille appelée Odelinc, qui avait elle-même épousé à cette date un certain AX'ibert ou AWiibert. Tous confirment cette donation qui est également approuvée par Yves de Trachy, dans la mouvance duquel se trouvait cette dîme '\
On ne peut douter que ce Renier appartienne bien aux Caix du Santerre ^. Il était très probablement le petit-fîls du Renier de la charte de 113 1 et le frère ou le cousin germain de Jean I, l'un et l'autre fils ou neveu du Pierre et du Robert des chartes de l'année II 64, citées plus haut. On remarquera que la similitude de ces deux noms, Renier, à deux générations de distance, milite encore en faveur de notre hypothèse. Tout en n'étant pas très rare, le nom de Renier est loin, cependant, de courir les chartes, à cette époque du Moyen-Age, comme ceux de Jean, de Pierre, etc. ^
' Voir nos Preuves, no XXVI.
* Le nom de cette famille de Trachy ou Tracy se retrouve ailleurs dans nos documents. Ses biens et propriétés paraissent avoir été, au Moyen-Age, très mélangés à ceux de la maison de Caix.
' Le nom de Caix est ici écrit « Kaiex », ce qui est bien une de ses formes au Moyen-Age, et on ne peut songer à y voir un Cayeu. Ce dernier nom est presque toujours transcrit en latin : « Cayo », comme nous l'indiquons plus haut dans notre chapitre spécial (p. 77). D'ailleurs, — et cette dernière raison est péremptoire — on ne trouve dans la généalogie des Cax^eu aucun personnage du nom de Régnier.
"* Toujours au milieu du XIII^ siècle, nous trouvons un Gautier « de Kayo », copiste et traducteur du roman de « Saint-Graal », publié par M. HucHER (Le Mans, 1874, 3 vol. in-12); d'après la langue qu'il parle, ce Gautier était très certainement un Picard, et il appartenait probablement, sinon par sa famille, au moins par ses origines, au village de Caix ou mieux encore à celui de Cayeu-en-Santerre.
A la même époque, un rameau de la famille de Caix paraît avoir quitté le Santerre pour s'installer dans le Laonnois, attiré peut-être par quelque legs ou tout au moins par quelque souvenir provenant d'Arnoul de Caix, dont nous avons parlé cà la fin du siècle précédent.
On voit, en effet, dans un manuscrit de la Bibliothèque municipale de Laon \ qu'en 1268, Renaud de Caix (Kaix) et Ode, sa femme, vendirent à l'église de Prémontré une grange près Trosly et lui donnèrent le manoir qu'ils avaient en ce même lieu, « lequel s'étend jusqu'au Courtil de Mathieu... » Il s'agit évidemment dans ce document de Trosly-Loire, canton de Coucy-le-Chdteau, et nous trouvons là un exemple de plus de l'attraction exercée de tout temps sur les membres de la maison de Caix par leurs puissants cousins, les sires de Coucy.
A la même époque encore, nous connaissons par une mention de D. Villevieille, « Monseigneur d Régnier de Caix, qui vendit, au mois de décembre 1263, un marché de terre qu'il avait au territoire de Folies ^ à un autre chevalier appelé Robert de Kaisncl. Cette mention est tirée d'un Cartulaire de l'évêché d'Amiens.
On sait que ce titre de « Monseigneur » ou « Messire », qui nous semble bien ambitieux aujourd'hui, était donné au Moyen-Age, à tous les
' Tableau chronoL, hislor. et gèogr. de toutes les dotations faites à l'abbaye de Pn'moiitié... par Louis de Vixay... in-40, ir^ partie, p. 238.
' rolics-cn-Santcrrc, cant. de Rosières. — Vcir nos Preuves, no XX VII.
chevaliers, et les Pièces justificatives que nous publions dans la seconde partie de ce volume en fournissent de nombreux exemples.
Il n'est pas douteux que le Barthélémy de Caix, Templier du diocèse d'Amiens, mort avant le fameux procès de 1305, et vivant par conséquent à la fin du XIII"-' siècle, appartient à nos Caix de Picardie. Il est cité à l'occasion de réceptions ayant eu lieu environ trente ans avant le procès, et par conséquent entre 1275 et 1280. Son nom se trouve, d'ailleurs, deux fois dans les procès-verbaux de ce procès ' :
1° Dans la déposition de frère Philippe de Laversines, du diocèse de Beauvais, qu'il reçut dans l'Ordre avec Raoul de Sorney, Jacques de Rougemont et Robert « de Rozis ». Il est indiqué comme séjournant alors à la maison du Temple de Sommereux, diocèse d'Amiens.
2° Dans la déposition de frère Henri de Compiègnc, racontant sa réception à Bellincourt en Beauvaisis, devant Barthélémy a de Cay » qualifié de « serviens », sergent, et deux frères chevaliers, Raynaud de Codu et Raynaud d'Argenville.
On sait que les frères servants ou sergents, ordinairement écuyers, étaient qualifiés de Templiers comme les chevaliers. Alais ils portaient la robe noire, ainsi que les chapelains simples prêtres. Seuls, les chevaliers et les évoques Templiers (devenus chevaliers de Sainte-Eglise) portaient la chlamyde
' MiCHELET : Procès des Templiers, T. II, p. 64 et 118. Paris, 1841, 2 vol. in-40 de la Co//tv/. des Do:, inédits. — Voir nos Preuves, 11° XXVIII.
blanche \ Mais quels que fussent leurs titres ou leurs attributions, les Templiers appartenaient tous à la noblesse ; on peut citer à l'appui de cette affirmation cette phrase du « Discours préliminaire » (p. xxxiv) du Trésor généalogique de D. Caffiaux, un des rares ouvrages relatifs à la noblesse qui soient écrits avec désintéressement et dans un but exclusivement historique, et qui, par conséquent, fassent autorité en cette matière : « Dans l'ancien ordre des Templiers.,... on n'a jamais admis que des personnes de la plus haute naissance » ^
Pour achever l'étude de nos documents du XIIP siècle, il nous reste à parler de deux membres de la maison de Caix qui n'avaient pas quitté leur pays d'origine et qui étaient encore en possession de lambeaux de la terre patrimoniale.
C'est d'abord un Gille ou Gillon de Caix, dit de Launo}', qui nous est connu par plusieurs pièces du Cartulaire du Paraclet.
Cette abbaye avait été fondée dans les derniers mois de l'année 121 1 ou dans les premiers de 12 12, sous l'épiscopat d'Evrard, 44^' évêque d'Amiens, par Enguerran III, sur le domaine et non loin de son
' Lavoc\t : Procls... de l'Ordre du Temple; Paris, 1888, in-8, p. 16 et passim.
* Peut-être est-ce le même personnage que nous trouvons sous le nom de « Dominus Bartholomeus de Chois » dans une donation faite à Saint-Sulpice de Pierrefonds par Pierre Paumart, au XIII^ siècle. (Bibl. Kal. Fonds Lat. 5441', tome II du Cartulaire de Maniioutier, copie, page 83). Cette forme « Chois » équivalait bien à « Chais » au Moyen-Age, et Pierrefonds est bien situé dans la région où la maison de Caix pouvait être possessionnée.
lOI
château de l^oves. Marguerite et Elisabeth ou Isabelle, filles dlinguerran, furent, l'une la première abbesse, l'autre la première prieure du nouxeau monastère.
Cette fondation devint, comme toujours en pareille circonstance, l'occasion de nombreuses transactions avec les seigneurs des environs.
Dès l'année 1248, au mois de décembre, Gilles de Caix, dit de Launoy ou d'Aulnoy, et Marie sa femme, vendirent à l'abbaye du Paraclet, pour la somme de 140 livres parisis, sept bouviers de terre assis au territoire de Caix. Cette vente est certifiée et consentie par Jean, sire de Trachy, chevalier, de qui relevait le fonds aliéné, et confirmée par Robert, sire de Boves, seigneur dominant ^
La charte de Jean de l'rachy. nous apprend encore que Gillon possédait d'autres héritages à Caix, puisque la terre vendue touche à cette partie réservée, et qu'il avait un parent de son nom, Herbert de Caix, lequel paraît mort à cette époque (1248), et dont les propriétés étaient voisines.
Quant à Gilles de Caix, nous avons encore une autre pièce émanée de lui directement ^ et datée du mois de février 1249, par laquelle il assigne sur
' Cartiil. il II Pciraclii (Archives du Dcpartonicnt de la Somme), fol. 70. — Il nV a pas moins de six chartes concernant cette vente au Ccirtiilaiir du Paradct; nous publions les principales (Preuves XXIX, XXX, XXXI, XXXII). — Nous trouvons également au Cartidaire Xoir de Corbie (loi. i<S4), une charte d'Isabelle, abbesse du Paraclet, en lévrier 1247, dans laquelle se lit cette mention : « Item habemus in territorio de Chays circiter sexdecim bovaria terre... »
* Ciirt. du Paraclii, fol. 71. — Voir nos Preuves, n° XXXIII.
d'autres objets le douaire que dame Ode, veuve de messire Pierre, chevalier, dit Hellecoc, son frère, avait sur environ sept bouviers de terre assis au territoire de Caix et qu'il avait vendus à l'abbaye du Paraclet. Il s'agit ici des sept bouviers de terre vendus au mois de décembre précédent et qui ont donné lieu aux actes dont nous avons parlé plus haut.
Ce Pierre de Caix, chevalier, dit Hellecoc, frère de Gilles, est très certainement le même qu'un « Petrus de Kahe » que nous trouvons dans la liste des fieffés dépendant du roi, au commencement du XIIP siècle, à côté d'Enguerran de Boves ^ et au milieu d'autres chevaliers de la province de Picardie. Ce ne peut être le même que le Pierre de la charte de Rosières en 1164; il faudrait, dans ce cas, lui supposer une longévité tout à fait extraordinaire.
A la charte originale de Gillon de Caix, qui existe aux Archives de la Somme, est appendu son sceau que G. Demay décrit ainsi "' :
« Caix (Gilles de), dit de l'Aunoy (1248) : « Sceau rond, de 32 millim. — Arch. de la Somme; abbaye du Paraclet.
« Dans le champ, une f^cur
t ^' êilloii k Cuis
(Séel Gillon de Gais) »
' Cette liste, publiée dans le Recueil des historiens îles Gaules et de ht Fniiice, T. XXIII, p. 693 (Voir à nos Preuves, XXXIV), fut dressée entre les années 121 1 à 1220.
* Inventaire des sceaux de la Picardie, par G. Dem.w. Paris, Imp. Nat. 1877, in-40, no 201. — Nous donnons ici ce sceau gravé de la grandeur de l'original.
S'il fimt voir réellement dans l'ornement qui décore le champ de ce sceau, une fleur, comme le veut Demay, ce serait alors une rose, et il serait difficile, la flore héraldique de ce temps étant très réduite, de ne pas la considérer comme une « fleur de la Passion » ou une « Rose de Bethléem ».
On sait que les « Roses de Bethléem » étaient les fleurs d'un buisson sauvage que la tradition indiquait comme ayant poussé tout près de l'étable où naquit le Christ, et sur lequel on prétendait que la Vierge
Marie avait étendu les langes du divin enfant, pour les faire sécher au soleil. Les croisés et les pèlerins, au retour de la Terre Sainte, racontaient des merveilles de ce buisson légendaire. Suivant les uns, il portait, été comme hiver, des roses toujours fleuries; suivant les autres, ses épines ne piquaient pas et faisaient des miracles.
■Quant aux « Fleurs de la Passion », ou « Roses de Jéricho », c'étaient les descendantes d'une rose rouge, formée par une goutte de sang du Rédempteur, tombée sur le Calvaire. Emportées par le vent, les
graines de cette rose s'étaient répandues dans les environs de Jéricho, d'où elles avaient pris leur nom, transformé en celui de « Fleurs de la Passion » dans nos vieilles Chroniques.
M. le Vicomte de Poli, dont tout le monde connaît et apprécie la sagacité et la haute compétence dans les questions d'héraldique, croit voir dans notre sceau des croissants rangés autour d'une double croix affectant la forme d'un monogramme du Christ '. Ces figures impliqueraient, dans ce cas, un souvenir direct des croisades, et Gillon de Caix serait présumé avoir pris part à quelqu'une de ces expéditions chevaleresques, soit en 12 17, avec Jean de Brienne ÇY^ croisade), soit en 1228, avec l'empereur Frédéric II (VP croisade).
Malheureusement, aucune mention précise ne vient corroborer cette supposition — ce qui ne veut pas dire qu'elle ne sera pas confirmée un jour par la découverte de quelque document.
Nous n'osons donc nous prononcer personnellement sur cette petite question d'héraldique féodale. Nous insisterons seulement sur ce fait curieux que, quelle que soit l'hypothèse adoptée, — fleur ou monogramme entouré de croissants, — le sceau de Gilles de Caix contient quelque souvenir de Terre Sainte ou de guerre aux infidèles, et que, si l'on y voit décidément des croix entrelacées, ce serait le
' Il cbt certain qu'il faut quclqu 'imagination pour voir une llcur sur le sceau de Gilles de Caix. La « Passiflor » a toujours cinq pistils, et notre sceau n'en indiquerait, dans tous les cas, que quatre. Mais il faut tenir compte de la grossièreté du travail et de l'ignorance du L'raveur.
prototype et Tori^jinc des croix et croisscttcs qui devinrent, vers la fin du XW"^ siècle, les pièces essentielles de Tècu des Qiix de Picardie.
A ce sujet nous tenons à dire dès maintenant qu'au Moyen-Age, et sauf de rares exceptions, les membres d'une même famille avaient des armoiries très différentes. L'ècu n'était, à cette époque, qu'un moyen de distinguer le chevalier sous l'armure, et n'était pas encore devenu, comme il le devint plus tard, le symbole et pour ainsi parler, le drapeau de la famille tout entière.
Tous les membres d'un lignage noble ne portaient pas, d'ailleurs, d'armoiries. «... Il fallait anciennement, dit D. Caffl\ux \ être chevalier, ou avoir reçu cette marque distinctive du prince, en récompense des services rendus à l'Etat, pour porter des armes. Dans une maison noble, il n'y avait que l'aîné, déjà fait chevalier, qui fut en droit de porter des armoiries et un cachet pour sceller ses actes... On voit par là pourquoi l'on trouve souvent dans les titres qu'un tel seigneur a prié un de ses parents ou de ses voisins à sceller un acte qui le concernait. C'est que, n'étant point encore chevalier, il n'avait point de scel qui lui fut propre... » Il y a certainement quelqu'exagération dans ces atiirmations de D. Caffiaux, au moins en ce qui regarde les derniers temps du Moyen-Age, mais ce qu'il est impossible de nier, c'est le caractère très souvent personnel de l'ècu, même parmi les membres d'une famille se
' Trésor i^rciiùiloi;iqiic, imprimé, Disc, prcliiii. p. xx.
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reconnaissant comme étant du même « estoc » et unis par les liens d'une étroite parenté.
« C'est un fait constaté par une foule de monuments irrécusables, dit encore Laîné ', que, dans toutes les
ûmiilles nobles dont les branches se sont divisées ,
on remarque dans le blason de ces diverses branches, des différences souvent notables et quelquefois si complètes qu'on pourrait douter de leur commune origine, si les titres ne venaient dissiper l'incertitude que fait naître au premier abord cette diversité d'armoiries. Il paraît qu'anciennement ces différences établissaient entre les branches d'une même famille les distinctions auxquelles on a substitué plus tard les brisures, duelquefois aussi elles procédaient, soit de substitutions d'héritages, soit d'obligations testamentaires entre frères d'armes, usage souvent pratiqué dans les temps de la chevalerie. Ces coutumes, qu'on ne doit jamais perdre de vue lorsqu'on écrit l'histoire des anciennes familles, expliquent comment des races homonymes et identiques de berceau et de propriétés, paraissent néanmoins avec des armoiries souvent toutes différentes. L'ouvrage du P. Anselme et de ses continuateurs en offre une foule d'exemples... »
Il ne faudra donc pas s'étonner si nous trouvons, au cours de cette étude, des écus très différents portés par des membres de la famille de Caix. Le grand nombre d'enfants amenés par chaque génération, la répétition des mêmes prénoms donnés au
* Laiké : Archives historiques de la Noblesse, Paris, 1854, in-80,