‹ La Maison de Caix, rameau mâle des Boves-CoucyChapitre 4 sur 116 · Tome IV, article du Hamel, p. 2, note i · texte numérisé non relu

Tome IV, article du Hamel, p. 2, note i

père, aux fils et aux cousins germains, enfin la petitesse de l'aire géographique dans les limites de laquelle les membres de cette ûimille ont vécu du Xll^' au X\'P siècle, tout cela leur faisait une nécessité de se distinguer entre eux par des armoiries très tranchées et très diverses, et l'observation était assez importante à faire pour qu'on veuille bien nous pardonner cette longue digression cî propos du sceau de Gilles de Caix, auquel nous revenons présentement.

La présence de ce sceau, le plus ancien qui nous soit resté de la maison de Caix, prouve que Gilles de Caix était chevalier' en 1248, ainsi que feu son frère, Pierre de Caix, dit Hellecoc ou Hellekok.

La charte à laquelle est appendu ce sceau et celles que nous avons citées avant elle, nous permettent encore de remarquer la variation des noms à cette époque du Moyen-Age. Dans la charte de Jean de Trachy, Gilles est appelé « Gilles de Launoi », sans aucune mention de son patronymique ; Caix, et dans la pièce émanée de lui, son nom est écrit « de Kaies », tandis que le sceau qui y est appendu porte « Gillon de Gais ». (\\ le chapitre précédent.)

Nous retrouvons, bien postérieurement à l'année 1248, des traces de la terre vendue au Paraclet par Gillon de Caix.

Au mois d'octobre 1295, Garnier, abbé de Corbie, confirmant ^ un grand nombre d'acquisitions laites

' « ... Il n'y avoit que les chevaliers qui avoient sceau... » (5/7'/. Xat. Mss. de Dupuy, ap. Foxtaxieu, T. 662.) Cette règle, beaucoup trop absolue aux XlVe et XV'; siècles, se vérifie presque toujours au commencement du XIII";.

* 'Voir nos Preuves, no XXXV.

io8

par Tabbaye du Paraclct dans les fiefs ou arrière-fiefs

de l'abbaye, fait la mention suivante, « à Gillon

de Kays sept buviers et quarante verges de terre en la entour el terroir de Kays »

Plus de trente ans après encore, au mois de septembre 1327, le nom de Gilles de Caix de Launoy reparaît dans un dénombrement du fief que Guérard du Fay, écuyer, tenait du sire de Boves, du chef de sa femme, Jeanne d'Hervilly ^; enfin, dans un autre dénombrement de la terre de Boves, en 1348 '\ on trouve les arrière -fiefs suivants : « l'ommage Willaume de Framicourt à Gais u terroir et appendences; l'ommage Gille de Launoy à Gaix u terroir

et appendences », etc. Malgré l'absence, dans ces

documents, des mots habituels : « qui fut Gilles de Launoy », il ne nous est pas possible de supposer que Gilles de Caix vivait encore à cette époque — il eût été plus que centenaire! — mais cette mention nous prouve que son souvenir n'était pas encore perdu à Gaix et que sa famille continuait à y être possessionnée de fiefs et à y jouir, malgré l'abandon de la seigneurie principale en 113 1, d'une bonne situation territoriale '\

Il semblerait, du reste, d'après un document dont nous allons maintenant nous occuper, que la maison

' \'iCTOR DE Beau\'ILLK : Rcciu'U lie docimiciits sur la Picardie, Paris, 1881, in-4". T. IV, p. 72. Il est question dans ce dénombrement de fonds qui tiennent « à le terre Gille de Launo\- ». Voir nos Preuves, n" XXXVI.

' Carliihiire Xeheniius, Fonds Lai., 17761, fol. 80.

' Peut-être pourrait-on supposer qu'il y eut successivement deux Gilles de Cai.x, le père et le (ils. En l'absence de toute indication formelle, nous ne pouvons que signaler cette hypothèse.

de Caix, vers le milieu du XIII^' siècle, était rentrée, d'une manière éphémère, en possession de la seigneurie principale de Caix.

L'historien de Tabbaye d'Arrouaise-en-Artois nous raconte, en eilet, qu'en l'année 1263, Guillaume de Longueval avait acquis d'Herbert de Caix, la terre de Caix « avec tous ses droits, justice haute, moyenne et basse », etc. \ L'année suivante, le même Guillaume aurait échangé cette seigneurie de Caix — composée alors de quatre-vingt-douze journaux — contre d'autres biens appartenant à l'abbaye d'Arrouaise.

On pourrait croire qu'il s'agit là seulement de la Mairie de Caix, et cette hypothèse nous semblerait la plus vraisemblable; mais, d'un autre côté, ce fief secondaire n'a jamais joui de la haute justice qui a toujours appartenu au seigneur dominant. Et puis, comment expliquer que deux lignes plus loin, le même historien nous parle de l'acquisition faite par le môme abbé Baudouin d'Arrouaise à un nommé Pierre de Frigicourt, du fief de la ALiirie de Caix?

On voit combien tout cela est obscur, pour ne pas dire inextricable.

La confusion entre les deux fiefs étant presque impossible à admettre, étant donné les circonstances, sommes-nous ici en présence d'une erreur matérielle de l'historien d'Arrouaise, qui paraît cependant avoir écrit son livre sur les documents authentiques conservés dans les Archives de son monastère? Ce

' Histoire de Vahbaye d'Arrouaise, par Gosse, chap. xv, p. 216.

— Voir nos Preuves, n" XXXVII.

IIO

qui pourrait faire croire à cette erreur matérielle, c'est que le prieur Gosse fait passer le fief dominant de Caix dans les mains des abbés d'Arrouaise, tandis que nous le voyons aller, régulièrement et sans interruption, de la maison de Boves à celle de Rumigny, puis de cette dernière à la maison de Lorraine, où il resta jusqu'au XVIP siècle.

Observons encore que de Tlnventaire des Chartes de Corbie, fait en 1780 par l'archiviste Lemoixe (F. Français, 8794, p. 300), il semble résulter qu'il y avait à Caix, outre la Seigneurie principale et la Mairie, un fief appelé la Châtellenie, créé en 1201 et relevant de l'abbaye de Corbie ? Est-ce de lui qu'il est ici question ?

Pour la Mairie de Caix, est-elle restée dans la maison de Caix aux XIIP et XIV^ siècles, ou y estelle seulement revenue au commencement du XV% comme nous le verrons plus tard? C'est une question plus discutable, mais à laquelle l'afiirmation de l'historien d'Arrouaise, pris en flagrant délit d'erreur en ce qui concerne le fief dominant de Caix, ne peut nous apporter une lumière complète.

Quoi qu'il en soit, nous répétons une fois de plus que nous donnons nos documents tels que nous les rencontrons; nous essayons de les coordonner entre eux, mais nous ne nous chargeons pas de tout expliquer.

Ce qui pourrait donner quelque fondement à l'affirmation du prieur Gosse de la vente par un Herbert de Caix, sinon de la seigneurie de Caix, au moins de la Mairie de Caix, c'est que l'existence de cet Herbert nous est confirmée par une charte de l'oflicial

d'Amiens du mois de septembre 1263, tirée du Cartulaire \'I du Chapitre de l'église d'Amiens '.

Cette pièce nous apprend qu'Herbert, dil de Caix, écuyer, et damoiselle Isabelle, sa femme, fille de feu messire Jean de Chérisy, chevalier, vendirent au Chapitre d'Amiens, pour la somme de 60 livres parisis, sept journaux de terre au terroir d'Hangest, situés près d'une autre terre appartenant à Robert, fils d'un premier lit de la dite Isabelle ^

On remarquera cette formule « Herbertus ilictnsde Kais, armiger », qui nous permettra de faire ici une observation générale s'appliquant à plusieurs de nos documents.

Il ne faut pas oublier que pour les scribes du Moyen-Age, surtout aux XP, XIP et XIII'-* siècles, presque tous clercs-ecclésiastiques, il n'y avait qu'un nom véritable, celui que chacun recevait au baptême. Les autres noms, ceux que l'on a appelés depuis, les noms de famille, n'étaient, en réalité, aux yeux de ces scribes, que des surnoms qu'ils traitaient le plus souvent avec un superbe dédain. A ce nom s'appliquaient le « dictus » un Tel, « qui vulgo cognomi-

' Arch. de la Somme : CartiiJ. VI du Chapitre d'Amiens, fol. 96, v". — Voir nos Preuves, n" XXXVIII. — Voir aussi une mention dans D. Grexier : Collection de Picardie, Tome 50, fol. 15.

* Les Chérisy, bien qu'appartenant au Verniandois, comme nous le verrons dans un des chapitres suivants, avaient un pied dans le Corbiois. Nous trouvons un Jean de Chérisy, probablement le neveu d'Isabelle, et un Manessier de Vers, tous deux « hommes-liges de l'abbaye de Corbie », témoins de l'hommage rendu à l'abbé par Ferr}', duc de Lorraine, de la seigneurie de Boves, le jour de la Chaire de Saint- Pierre de l'an 1325 (D. Grexier : T. 33, paq. 5, art. 2 .\. Preuves de l'histoire de Corbie, pièce x).

natur » un Tel, « vulgo dictus » ou « cognomine dictus », ou encore « cognominatus X... », et autres expressions qui se retrouvent à chaque instant dans les pièces rédigées par eux et qui témoignent du peu d'estime qu'ils disaient de ces appellations purement mondaines, lesquelles n'étaient pas, comme les noms de baptême, consacrées par la religion. Ces noms n'en était pas moins, au point de vue social, les noms authentiques de ceux qui les portaient.

Pour en revenir à Herbert de Caix, son mariage avec Isabelle de Chérisy n'est pas la seule alliance que contractèrent les Caix de Picardie avec cette vieille et illustre maison. Nous verrons, en effet, un Nicolas ou Colart de Caix, fixé dans le Vermandois, prendre pour femme, à la fin du XIV'^ siècle, une Marguerite de Chérisy. Nous reparlerons plus longuement alors des Chérisy.

j-^7^Mnigi î::;^Ht^^:^ '--

JEAN DE CAIX. — LES CAIX D ARTOIS. — LES CAIX D AUBIGNY, ETC. — DREUX DE CAIX, SEIGNEUR DE WIENCOURT, ET MARIE DE HAN. — HUE, ANSEAU ET RAOUL, SES FRÈRES. — PIERRE DE CAIX, ÉPOUX d'eUSTACHE d'oNGNIOLLES, et leur fille ISABE.au. — B.\UDIN' DE CAIX. — ENFANTS DE DREUX DE CAIX. — AUBERT DE CAIX, ÉPOUX d'eUST.ACHE VIELLARD, ET SES ENF.ANTS. — GUILL.AUiME DE CAIX. — XlVe SIÈCLE.

^est le XIV^^ siècle qui nous a fourni les documents les plus nombreux. Nous serons donc forcé de diviser ce que nous avons à en dire : nous étudierons d'abord ceux des membres de la maison de Caix qui sont restés dans le Santerre et la Picardie proprement dite; puis nous passerons à ceux d'entre eux qui ont essaimé, soit dans le Beauvoisis, soit dans le Vermandois.

Notre récit nous a déjà obligé de dépasser un peu les limites du XIIP siècle en parlant des aînés de la

maison; avant de continuer la filiation, nous devons dire quelques mots de plusieurs personnages du nom de Caix qui vivaient au commencement du XU''-" siècle, mais que nous ne savons comment classer exactement dans nos listes, bien qu'il ne nous paraisse pas douteux qu'ils appartiennent à la maison de Caix de Picardie.

C'est d'abord un Jean de Caix, du bailliage de Péronne, qui eut, en l'année 13 i6, une querelle avec un nommé Jacques de Fréchencourt, à la suite de laquelle une trêve avait été conclue entre les parties. Mais cette trêve avait été violée, paraît-il, par Jean de Caix, lequel, aidé de quelques amis et complices, ayant attaqué par surprise son ennemi, l'avait blessé au point de faire désespérer de sa vie.

Non content de ces voies de fait, Jean de Caix aurait eu l'habileté de donner à Jacques de Fréchencourt l'apparence de tous les torts, si bien que le bailli royal de Péronne avait incarcéré plusieurs des amis dudit Jacques et avait séquestré leurs biens, comme s'ils eussent été les agresseurs '. Néanmoins, sur la plainte des victimes, le Parlement ordonna, le 10 février 13 17, au bailli de Vermandois de se saisir de l'affaire, de relâcher les individus arrêtés et de leur rendre leurs biens, puis d'informer à nouveau, de rechercher les responsabilités et de punir les coupables, dés qu'il aurait pu faire la lumière sur les points délictueux. Aucune autre pièce ne nous apprend quelle fut l'issue de ce procès.

' Registre Criininel, fol. 79, r». (Archiv. Kat. X^a i ), voir nos Preuves, 11° XXXIX.

Il n'est pas douteux que ce Jean de dix appartienne aux Caix de Picardie.

Nous serons beaucoup moins affirmatif en ce qui concerne un autre Jean de Caix, ou plutôt du Cay, dont on retrouve le nom aux Archives du Pas-de- Calais ', dans une quittance du 9 juin 13 19, au sujet d'une rente vendue à la comtesse d'Artois, quittance que nous reproduisons néanmoins cî nos pièces justificatives, ainsi que le sceau qui y est appendu. Ce personnage est probablement le même qu'un bourgeois d'Amiens du même nom (Jehan du Quay), que nous retrouvons le 8 avril 1323 vendant à la même comtesse Mahaut ^ soixante livrées de rente annuelle et viagère qu'il possède sur les biens de feu Robert d'Ardres « pour reson de les mutilacion de ses membres que ledit feu Robert ou temps qu'il vivoit, et ses complices li avoient fait ». Enfin, c'est sans doute le même encore qui nous est connu par une série d'actes des années 1316, 13 17 et 1322, relatifs à un procès qu'il eut à soutenir avec une dame de Crésecques ^ Si, dans une des pièces qui le concernent, ce Jean est ainsi désigné : « Jean dit du Quay », et dans tous les autres actes en français :

' Archives du Pas-de-Calais, série A, liasse 375, 11° 55, voir nos Preuves, no XL.

' Archives du Pas-de-Calais, série A, 68; voir Inventaire sommaire (imprimé), Arras 1878, gr. in-40, p. 99, col. I, voir nos Preuves, no XLI.

' Actes du Parhnuent de Paris, Greffe I, fol. ni; Olim, III, fol. 164; Criminel, III, fol. 104, 107, 108, et I, fol. 118, 120. — Boutaric, nos 4530, 4614, 4984, 5136, 5146, 5270, 5478, 5531 et 6882.

né

« du Kay » ou « du Cay », il est appelé dans un mandement rédigé en latin « Johannes de Quaio ». Je pense néanmoins, malgré son origine amiénoise, qu'il n'appartenait pas à la famille des anciens seigneurs de Caix-en-Santerre, et qu'il ne tirait même pas son nom de ce bourg, mais plutôt du lieu de son domicile, situé sans doute sur un des quais de la Somme, à Amiens.

C'est encore dans les Archives du Pas-de-Calais que nous trouvons ^ de nombreuses mentions de bourgeois d'Arras, portant les noms de Pierre de Kais ou de Quais, de 1492 à 1528, de Louis de Kais, de 1526 à 1338, de Mahieu de Kay, en 1535 et 1336, et de Jacques de Kais, fils de Pierre dessus dit, en 1337.

Ces Caix d'Arras ne sont pas, du reste, les seuls que nous rencontrions dans la province d'Artois à cette époque.

Les Archives du Pas-de-Calais possèdent encore une vente d'un fief sis cà Verquin, vente faite le i^"" décembre 132 1 par Sohier de Caix, dit Micaine, c( homme du château de Lens » ^ Nous reproduisons son sceau en tête de ce chapitre et à nos Pièces Justificatives. Ce sceau est rond, de 19 millimètres.

' Archives du Pas-de-Calais. Registres de la « Renterie » de l'abbaye de Saint- Waast d'Arras. Série H. Abbaye de Saint-Waast.

* Archives départementales du Pas-de-Calais, pièce non classée. Cfr. Deauy : Inventaire des Sceaux de l'Artois, Paris, Impr. Nat. 1877, in-40, no 899. Voir nos Preuves, n» XLII. — Ce prénom de Sohier est assez fréquent au Moyen-Age ; on trouve au Trésor des Chartes de nombreuses pièces concernant des personnages appelés Sohier ou dictus Sohier.

Il porte un ccu sur lequel on voit une plante fleurie, avec cette légende :

t ^' ^cihier de ^iaifi. dit Jtlicaiue.

Nous n'insisterons pas davantage sur ces homonvmes que nous constatons en dehors de l'aire géographique dans laquelle se meuvent ordinairement nos Caix picards. S'ils viennent de la même souche — ce que rend assez vraisemblable la proximité des deux provinces — ils constituent un rameau complètement détaché du tronc principal et nous ne les mentionnons d'ailleurs, ici, que comme des pierres d'attente auxquelles des recherches ultérieures permettront peut-être de rattacher d'autres matériaux.

Avant de reprendre l'étude de la filiation directe de nos Caix picards, il nous reste maintenant à parler de plusieurs personnages du même nom que nous trouvons inscrits au Cartulaire de Corbie, dit AJcxandcr \ comme propriétaires au Hamel, en l'année 1349.

C'est d'abord un Colart, un Adenos - et les quatre enfants d'un Jacques « de Caiex ».

A première vue, on pourrait douter — quoique ce soit une des formes connues — que Caiex voulût dire ici Caix, et penser qu'il s'agit de Caieux; mais l'hésitation n'est pas permise, attendu que le Adenos de Caiex, cité ici, se retrouve trois fois, sous la

' Cartulaire de Corbie, Alcxander, à la Bihl. Xat. Foinh Français, 24144, fol. 335, recto, ^'oir nos Preuves, n" XLIII.

* Ce prénom se retrouve en 1420 à Maisières-en-Santerre : Adenot Blondel (BihJ. Kat. Fonds Français, 24156, fol. 7 et 14), etc.

ii8

forme Kays et Kais, dans un document contemporain, le Registre Marciis de la même abbaye \ comme possessionné au terroir d'Aubigny. Ce document étant daté de 133 i, il est impossible de ne pas reconnaître un seul et même personnage dans TAdenos de Caiex de 1349 et dans l'Adenet de Kais de 133 1.

Nous croyons, de plus, qu'il appartenait bien, ainsi que le Colard et le Jacques, ses proches parents, sans doute, auxquels son nom est accolé, à la vieille famille de Caix.

En effet, dans les registres terriers qui nous occupent, tous les noms des possesseurs sont mélangés, nobles ou vilains. On trouve des (( Messires » et des « Maîtres » à côté de roturiers ; des Mailly, des Hangest mêlés aux noms les plus modestes ; et il faut remarquer que si « Maître » n'a le plus souvent qu'une signification de « cléricature », le mot « Messire », accolé à un nom propre, veut presque toujours dire que celui qui le portait était chevalier. D'autres fois, le même personnage est cité, tantôt avec un titre de chevalerie, tantôt sans titre. Nous pouvons en donner quelques exemples tirés au hasard de nos notes, du Registre de Corbie dit Matbciis, de 1331 ^ : au fol. 41, Messire Aubert de Longueval; aux fol. 42 et 69, Aubert de Longueval sans qualification; au fol. 44 verso, Robert de Croisilles, tenant le fief (avec manoir) de Floissies à

' Cartulaire de Corbie, Marcus, à la Bibl. Xat. Fonds Français, 24140, fol. 69 à 71 verso. Voir Preuves, 11° XLIV.

* Bibl. Xationale, Fonds Français, 24139.

Etinehcm, au milieu de roturiers; au fol. 97 recto, Messire Jehan le Vairier, entouré d'autres noms sans qualification. Nous pourrions tirer d'autres faits analogues du Registre de la même abbaye appelé Joaiiiics.

On ne s'étonnera donc pas de trouver au Registre Marciis, fol. 203 verso, un Messire Jehan de Caix, tenant fief à Grandcamp, terroir de Guillaucourt, en 133 1, à côté d'un autre Jehan de Caix ', qui paie un cens pour une maison à Gcntelle, et ses enfants, fils et fille, après lui. Ces deux Jehan sont-ils un seul et même personnage, comme le Messire Aubert de Longueval et l'Aubert de Longueval tout court, cités plus haut? Ou sont-ils simplement deux parents? Nous n'en savons rien. Mais nous serions très disposé à croire que ce « Messire Jehan de Caix » de 133 1 est le même que le Jean de Caix du bailliage de Péronne qui eut, en 13 16, avec Jacques de Fréchencourt, la querelle que nous avons rapportée plus haut.

Nous ferons encore remarquer que le Hamel, Aubigny et Gentelle, où nous rencontrons tous ces de Caix dans la première moitié du XIV"^ siècle, sont cités ailleurs dans les documents concernant cette famille.

Nous pensons aussi que nous ne nous écartons pas de la vérité en supposant que ce Jean de Caix, chevalier, était le frère de Dreux de Caix, dont nous allons maintenant nous occuper.

' La mùmc année 1 3 3 1 , nous lisons encore dans un terrier de Corbie {Fonds Français, 24 141, fol. 32 recto) la mention suivante : « Jehan du Cay, à Mont-Rainbier, 11 jour. 11 sestiers. »

Ce Dreux ou Dn-ves de Caix ', fils de Robert, IP du nom, nous est d'abord connu par une pièce du 9 juin de l'année 1325.

Cet acte est un hommage qu'il rend « comme hyretier » à Hue de \'er, abbé-comte de Corbie, d'un fief que son père venait de lui laisser à Vyencourt. Cet acte est passé en présence de Jacques et de Mannessiers de ^'er, et de Jean Gorgeron, « hommes liges » de l'abbaye. Cette prestation d'hommage est inscrite la quatrième au rôle des fiefs de l'abbaye de Corbie, de cette année 1323 ■.

Dreux de Caix, alors écuyer, servit en W'rmandois avec un de ses frères nommé Hue, en 1338, puis en Flandre avec cinq autres écuyers qu'il commandait et dont la Revue fut passée à Thun-l'Evêque au mois de juin et juillet 1340, et à Fresnoy, près de Mareuil et de Thun, en revenant de Bouvines, au mois de septembre suivant '\

' Le nom de Dn-ves (Dryues) n'est qu'une forme désinentielle de Dreux (écrit Dr\'eu); on trouve parfois Dryvon (Dryuon, Druon). Ainsi, dans V Inventaire des Sceaux de Picardie, Demay cite (n" 117) un chevalier picard, Dreux d'Auxi, du XlIIe siècle, dont le sceau porte : Drivon d'Auxi.

* D. Grenier : Collection de Picardie, T. 55, p. 165. — Voir nos Freuves, no XLV. — A propos de cette qualification « liommes liges », disons une fois pour toutes, qu'on pouvait être I' « homme », c'està-dire le vassal d'une église, d'une châtellenie ou d'un seigneur, tout en étant soi-même noble, chevalier et même seigneur plus puissant que son suzerain (« De hominibus autem ipsius abbacie Radulfus miles de Brinéricurt, etc. » — Cfr. Florival : op. cit. Charte de 1125, p. 306). Cette qualification « homme » ou « homme-lige », n'a donc aucune signification diminuant la personnalité ou la situation de celui qui la porte.

' Voir nos Preuves, n' XLVI.

Il avait épousé, vers 13 1), damoiscllc Mahaut de Han ou de Hem, fille de Gérard de Hem, chevalier, lequel avait une autre fille mariée à Jehan de Mollemont, écuyer, demeurant à Chérisy, et il n'est pas difiicile de voir dans ce mariage la main d'Isabelle de Chérisy qui avait, comme nous l'avons vu plus haut, épousé Herbert de Caix.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, de cette hypothèse, Jean de Mollemont fit hommage à l'abbé de Corbie, peu de jours après celui rendu par son beau-frère, c'est-à-dire le 16 juin 1323, comme « bail » de Jehan son fils, du fief « quy estoit venu a cheluy fil par le succession demoiselle Marie de Hem, sa mère trespassée : lequele fu fil Monsieur Gerart, jadis de Hem, chevalier, et li fu commandé; chest à scavoir audit père qu'il apportast ledit fief dedens xl jours souffisamment un escript desnommé en escript. Che fu fait en ledite cambre (de l'abbé) à Corbie, présens Jacques de \\ts et Jean AWimbert de Lille, liges hommes de l'Eglise de Corbie et plusieurs autres... ' »

Dans le même Rôle déjà cité, aux numéros M et MI, nous trouvons deux autres mentions relatives à la même afiliire '.

De son mariage, Dreux de Caix eut plusieurs enfants. Mais avant de dire ce que nous savons de ces enfants, il nous faut parler de ses frères.

Nous avons déjà cité Hue de Caix, qui servait avec

' D. Grexihr : CoUcction de Picardie, T. 33, Preuves de l'histoire de Corbie, Pièce X.

* Voir nos Preuves, u" XL VU.

Dreux, comme écuyer, en 1338. Il accompagna ésjalement Dreux en Flandre. Nous retrouvons, en effet, son nom dans une Montre passée à Thunl'Evêque le 14 juin 1340, d'une compagnie de neuf écuyers qu'il commandait, et dans l'ordre des Maréchaux de France du paiement de cette Montre, ordre qui nous a également été conservé '.

Un autre frère de Dreux de Caix s'appelait Anseau. Il est mentionné parmi les écuyers dans une Revue passée à Saint-Quentin le 13 août 1342. Il servait alors avec Fresnel de Soyecourt sous le commandement de Raoul, comte d'Eu, connétable de France, sur les frontières de Picardie et de Hainaut. Il fut tué, en 1356, à la désastreuse bataille de Poitiers ^

Nous connaissons encore Raoul de Caix, maire d'Aubigny, probablement l'aîné de toute sa génération, puisqu'il était mort en 1329; nous nous occuperons de lui et de sa descendance dans un des chapitres qui suivent.

C'est également à la même génération qu'il faut placer un Pierre de Caix qui prit part, comme ceux dont nous venons de parler, et en qualité d'écuyer, à la campagne de Flandre de 1339. Il fut passé en revue avec trois écuyers de sa compagnie, le 20 octobre de cette année, à Saint-Quentin '\ Plus tard, il épousa

' Nous publions CCS deux pièces à nos Preuves, n" XL VIII. — Cette Montre de Hue de Caix est parmi les pièces dont nous parlons plus haut, p. 82, dont les originaux ont été classés induement aux dossiers de la famille des Cars.

* Voir nos Preuves, n" XLIX.

' Voir nos Preuves, no L. — On remarquera que dans cette Montre, le nom est écrit « Pierre de Chey ». Nous n'hésitons pas néanmoins à

Eustachc d'Ongnollcs ou d'Ognollcs ', veuve de Philippe de Soyecourt, chevalier, fils de Charles de Soyecourt, aussi chevalier, seigneur de Mouy-cn- Beauvoisis, conseiller et chambellan du Roi, et d'Isabeau de Chastillon, dame de Chastillon, de Sains et de Mouy. 11 eut de ce mariage une fille unique, Isabeau de Caix, mariée à Gosson de la Porte et mère d'un Jean de la Porte, vivant en 1381. Tous ces détails nous sont fournis par les pièces d'un procès qui eut lieu à cette époque ^ après la mort, arrivée en 1374, de Gilles de Soyecourt, pour la tutelle de ses enfants mineurs, tutelle que se disputaient Catherine de Saint-Pol , comtesse de Grandpré, leur aïeule, et Gosson de la Porte, leur oncle, comme mari de leur tante maternelle, Isabeau de Caix \

y reconnaître notre Pierre de Caix, vivant au même moment. On se rappelle ce que nous avons dit plus liaut de Torthographe de « Caix » dans notre chapitre IV. Ici, le doute est d'autant moins permis, que Pierre « de Chey » est dit du bailliage de Sealis, qui comprenait une grande partie des localités citées à l'occasion du mari d'Eustache d'OgnoUes, et que, de plus, cette quittance est suivie d'une autre de la même époque, donnée par un Renaut « de Che}', escuier de la Comté de Bourgogne ». C'est donc le lieu d'origiiie qui doit nous servir de critérium, et non la manière dont le nom est écrit : Chey se traduit ici, d'un côté par Caix, et de l'autre par Scey.

' OgnoUes, canton deGuiscard. M. Leroy -Morel, dans sa Notice sur OgnoUes (Recherches geneoIo:riqiies sur lesfamiUes nobles des villages des environs de Nesles, Noyon, Haiii et Raye ; Amiens, 1867, in-8. Extr.de la Picardie), ne dit rien sur les seigneurs de ce lieu de 1236 à 1 545.

* Voir à nos Preuves, no LI.

^ Ces querelles pour garder la tutelle d'un mineur — querelles que nous ne concevons plus guère à notre époque où le mandat de tuteur constitue une charge pleine de responsabilités sans aucun avantage correspondant — étaient fréquentes au Moyen-Age, et nous en

Nous trouvons encore en 13 71, un Baudin de Caix, écuver, cité comme propriétaire de fonds de terre situés à Caix et voisins de ceux appartenant à Jean de Maucourt, qui avait au même lieu un fief où il demeurait. C'est la première mention que nous rencontrons de ce fief et de la famille de Maucourt, dont nous aurons à reparler \

Nous revenons aux cnfiuits de Dreux de Caix et de Mahaut de Han.

L'aîné, Jean de Caix, dit le Danois, joua un rôle assez important; il sera l'objet d'un chapitre spécial. Mncent fut un des guardiateiirs commis spécialement par le roi Charles \l à la garde des droits, privilèges et propriétés des Augustins d'Amiens en 1396. « Hinc gardiatores quinque a ministrorum suorum (bonis) ad hoc specialiter deputatos committit. » Ainsi s'exprime la Charte de Commission conservée aujourd'hui aux Archives du département de la Somme,

Nous ignorons si ceux dont nous allons nous occuper maintenant furent les fils ou les neveux de Dreux de Caix.

L'un d'entre eux, Nicolas ou Colart, alla chercher

trouvons plusieurs exemples dans nos documents. C'est qu'alors le bail ou tuteur d'un mineur jouissait du revenu de ce mineur, sans autre obligation que celle de le nourrir, de l'élever, d'acquitter ses dettes et de maintenir son héritage en bon état.

' Preuves, n" LII. — Quelques années auparavant, en 1362, nous trouvons au Crotoy un « Jean des Kais, fils de feu sire Witassc des Kais ». (D. ViLLEViEiLLF, Trésor géncalogique, Arcli. de Saint-Riquier). Nous citons ici ces « des Kais » seulement pour mémoire.

fortune en \'crmandois, sous les auspices du sire de Coucy, son parent. Nous lui consacrerons le chapitre suivant. Ses frères restèrent en Picardie. L'un s'appelait Aubert, l'autre Guillaume. D'un autre nous ne savons que le surnom : le Borgne de Caix.

Aubert est cité, comme écuyer, avec Colart, chevalier, et Guillaume, aussi écuyer, dans une montre de 1388, d'une compagnie servant en Champagne, sous les ordres du sire de Raineval. Le même Aubert nous est encore connu, dès l'année précédente (1387), par un Dénombrement qu'il ht à Amiens le i'^'' septembre de cette année, au duc de Lorraine, sire de Boves, d'un fief situé « en la ville et terroir de Caix, consistant en manoir, terres et autres domaines, censives, fiefs, toute justice, mouvant de Boves »

Dans ce Dénombrement, Aubert de Caix porte déjà le titre d'écuyer dont nous le retrouvons qualifié dans la montre citée plus haut, ce qui prouve bien qu'il portait les armes. De plus, il est indiqué comme demeurant cà Amiens. Son fief était tenu par son beau-frère Jean Caverel, qui habitait Corbie, ainsi qu'il est dit au Registre Cujas des anciennes archives de cette abbaye \

Le fief dont Aubert fait ici l'hommage n'est pas,

* La pièce dont nous extrayons cet hommage a pour titre : « Boves. Si ensuivent les paieries et fiefs tenus de la terre de Boves, de ce qui est tenu et ressortissant de l'Eglise Saint-Pierre de Corbie, suivant les dénombrements d'iceulx, renouveliez en l'année 1406, laquelle terre de Boves, depuis le pont du val (d'aval) en allant vers Corbie, avec lesdites pairies et hommages, est tenue en pairie de ladite abbaye à 10 1. de relief et 60 s. de chambellage. » — Extrait du Tome IV du Recueil ik Dociniieiils inédits... publié par M. de Be.\uvillé, p. 429.

d'ailleurs, paraît-il, celui de la Mairie de Caix, mais un autre iîef appelé plus tard le fief Monjan, du nom d'une lamille qui le posséda longtemps à une époque postérieure. Comme nous n'avons pas pu vérifier sur les originaux cette affirmation de M. de Beauvillé, qui est souvent sujet à révision, nous sommes obligés de nous en contenter ici. La mouvance de Boves « par soixante sols parisis de relief, trente sols de chambellage » et surtout « les plaids de quinzaine en quinzaine » nous porteraient cependant à croire qu'il s'agit bien là du fief de la Mairie de Caix.

Quoi qu'il en soit, Aubcrt n'habitait pas, cela est certain, son manoir de Caix, et ce fief ne semble mêmie pas, après lui, être resté à ses enfants, car nous voyons sa sœur, Jeanne de Caix, en donner deux fois le dénombrement à la maison de Lorraine \

La première fois, le 2 septembre 1406, ce dénombrement fut fourni à Ferry de Lorraine, comte de Vaudémont, par Jean Caverel, premier mari de Jeanne de Caix. La seconde fois, le 18 août 1424, à Antoine de Lorraine, par Jean de Remy, ditMaillart, deuxième mari de la même Jeanne de Caix.

Aubcrt de Caix laissa néanmoins des enfants, lorsqu'il mourut en 1397, de sa femme, Eustache Vieillard ou Viellard. Une mention du Trésor généalogique de D. Villevieille, tirée des archives de Corbie, nous apprend, en eff'et, que le 28 juillet 1398, « Damoiselle Eustache Vieillard, veuve d'Aubert de

' Voir nos Preuves, LUI.

Cays, écuycr, grcnclicr à Monldidicr * » d'accord avec Jean de Caumesnil, Tristan le Clerc et Kegnault Vieillard, tuteurs de ses enfants mineurs, Aubelet, Perrenelle et Bellette, vendit à Jean de la Bare, sergent d'armes du Roi, un fief assis à Sailly-les- Avères. '".

Nous retrouvons donc ici les noms des trois enfants d'Aubert de Caix, écuyer. C'était un fils nommé Aubert, comme son père (Aubelet est un diminutif ^), et deux filles, Perrenelle et Bellette, ce dernier nom diminutif d'Isabel ou Isabeau.

Mais ce n'était pas là, comme nous l'avons vu déjà, la seule famille d'Aubert de Caix.

Une mention, tirée des archives de Corhie, au Trésor généalogique de D. ^^ILLEVIEILLE, mention relative au Dénombrement du i'-''' septembre 1387, dont nous parlons plus haut, nous apprend, en effet, qu'Aubert avait à Caix même, outre sa sœur Jeanne, que nous venons de voir, deux frères, l'un nommé Guillaume, l'autre surnommé le Borgne de Caix, et un cousin, Simon de Caix, tous trois qualifiés écuyers. Les fiefs et manoirs possédés à

' Le grenier à sel était une juridiction qui jugeait les contestations relatives aux Gabelles, à la distribution du sel et aux droits du Roi sur cette denrée. L'appel des jugements du grenetier allait à la Cour des Aides.

* Aujourd'hui Sailly-le-Scc (canton de Bray, Somme), non loin de Corbie.

' C'était un usage constant de donner une forme « diminutive » au prénom du fils quand il portait le même que son père : Raoulet Bernard, fils de feu Raoul (Fonds Français 24156, fol. 12, 15, etc.). Voir plus loin ce que nous disons à propos de Bidaut et Bidallet de Caix.

Qiix par ces deux frères et ce cousin « joignaient » ceux dWubert; c'est à ce titre qu'ils sont cités dans ledit dénombrement \

C'est, d'ailleurs, pour le Borgne de Caix, frère d'Aubert, et pour Simon, son cousin, les seules indications qui nous les font connaître. En ce qui concerne Guillaume de Caix, au contraire, nous sommes un peu mieux informés, grâce à un méfait qu'il commit en 1378, et à la lettre de rémission qui en fut la conséquence et la réparation l

\'oici dans quelles circonstances :

Eudes de Grancey, chevalier, fils d'un autre Eudes de Grancey, également chevalier, avait, pour une raison que nous ignorons, séquestré sur les terres de l'Empire (probablement en Lorraine) Raoul de Rayncval, chevalier, fils d'un autre Raoul de Rayneval, chevalier, conseiller du Roi et seigneur de Rayneval.

Cet enlèvement n'avait pas été, paraît-il, du goût de la famille de la victime, et un jeune seigneur, fils du sire de Vé et cousin germain du sire de Rayneval, réunissant plusieurs amis et parents, parmi lesquels Guillaume de Caix, tendit à Eudes de Grancey une embuscade dans les bois près de Senlis, le captura à son tour après l'avoir dépouillé et le retint prisonnier pendant un certain temps, le promenant de jour et de nuit à travers le royaume pour dépister les recherches.

C'est à la suite de ces faits et sur la plainte des

' Voir nos Preuves, LIV.

* Voir nos Preuves, LV.

Grancey, que les dits de Yé et de Caix furent ajournés par trois fois à comparaître devant le Parlement; mais ils refusèrent naturellement, ce qui entraîna leur bannissement du royaume. Sommé enfin une dernière fois de se présenter aux grands jours du bailliage de \'ermandois, Guillaume de Caix, sans attendre ce moment redoutable, demanda grâce, fit, comme d'usage, valoir ses services et ceux des siens, s'excusa sur l'amitié et les liens du sang qui l'unissaient aux Vé et par là même aux Rayneval; et, pendant qu'une partie des complices du méfait étaient exilés à Roye, il obtint de la mansuétude de Charles V les lettres de rémission sollicitées, qui furent signées au château de Saint-Germain-en-Laye, le 2é décembre 1378.

En dehors de l'intérêt qu'elle présente comme tableau des mœurs féodales à la fin du XFV"^ siècle, cette pièce est très curieuse pour l'histoire de la maison de Caix, en ce qu'elle nous montre les liens unissant ses différents membres entre eux et avec d'autres familles.

Ce n'est pas seulement, en effet, pour le plaisir de donner des coups ou d'en recevoir, que l'écuyer Guillaume de Caix était allé avec Raoul de Vé attendre sur le grand chemin de Senlis le jeune Eudes de Grancey.

Les de Caix étaient alliés d'une manière tout à fait intime aux de Vé, puisque, comme nous le verrons plus tard, Jeanne de Vé avait épousé Jean de Caix, dit le Danois, frère ou cousin germain de Guillaume. De plus, il est probable que, déjà à cette époque, Guillaume de Caix faisait partie de la

« compagnie » du sire de Rayneval, père de la victime, sous lequel nous le voyons servir quelques années plus tard en Champagne. Des raisons de parenté, et d'autres de solidarité féodale, le sollicitaient donc énergiquement à prêter, en cette affaire, son concours aux Yé et aux Rayneval, et le Roi comprit, en lui pardonnant son méfait, qu'il y avait eu là pour le jeune écuyer des motifs impérieux d'honneur et d'esprit de famille, excusant de la manière la plus complète l'action qu'il avait commise, quelque répréhcnsihle que pût être cette action aux veux des lois et de la sécurité publique \

Nous pensons néanmoins que ce précédent eut une influence fâcheuse sur la carrière militaire de Guillaume de Caix et qu'il lui dut de ne pas chausser

' La mention suivante de D. Villevieille (Bihliot. Xat., Trésor Gcuêal., Tome 74, v" Rainet'al) nous fait voir, dans une même Montre, passée quelques années auparavant, les principaux personnages cités dans notre lettre de rémission : Raoul, sire de Rayneval, son fils, dont le nom a la forme diminutive Raoulequin, Jean, sire de Vé, et Raoul, son fils, le complice de Guillaume de Caix. Il est même à croire que ce dernier faisait partie des dix-sept écuyers dont les noms ne sont pas reproduits :

« Messire Raoul de Raineval, chevalier banneret, et Messire Waleran de Raineval, chevalier banneret, firent montre de Messire Raoulequin de Raineval, chevalier, Messire Drieu deRoye, chevalier, Messire Jean, seigneur de Vé, chevalier, Messire Merci de Camprem}', chevalier, Messire Aubert d'Anssainvillier, chevalier, Messire Guillaume de Cauroy, chevalier, Messire Jean, seigneur d'Aviné, et dix-sept écuyers de leur compagnie, au nombre desquels se trouvoient Raoul de Vé, Jean de Riencourt, Regnault de Cauroy, GadifFer d'Aviné et autres, et furent reçus à Selles-cn-Berr}' le 22 août 1372. » (Chambre des Comptes de Bourgogne : Registres des Montres). — Par diverses pièces du même dossier Raiim'al, nous apprenons qu'ils étaient seigneurs de Fouilloy, près Corbie.

les éperons d'or de la chevalerie. Nous voyons, en effet, que douze ans après, c'est-à-dire en 1390, il n'était toujours qu'écuyer, lors du dénombrement fourni au Roi au mois de décembre de cette année, d'un fief qu'il tenait à Rouvroy (Preuves, LVI).

Pour ce qui est du fils d'Aubert de Caix, écuyer et grenetier de Montdidier, lequel était mort de 1388 à 1397, i"ioi-is avons vu qu'il s'appelait Aubert, comme son père. 11 possédait à Corbie, en 1399, une maison à la Chaussée au Blé (Preuves, LMI). Xous retrouverons plus loin sa descendance.

Il nous faut maintenant revenir un peu en arrière pour narrer les aventures d'un frère d'Aubert de Caix, qui, attiré dans le Vermandois par son illustre cousin, Enguerran VII, sire de Coucy, alla y fonder un rameau éphémère de sa maison.

Page 1