SOLIDARITÉ OUI UNISSAIT LES MEMBRES DE LA NOBLESSE AU MOYEN-AGE
— COLART DE CAIX, CHEVALIER, SEIGNEUR DE FAVEROLLFS, MAITRE D'hOTEL DE MATHIEU DE ROYE. — SON MARIAGE AVEC MARGUERITE DE CHÉRISY. — AVENTURE DE COLART DE CAIX AU CHATEAU DE MURET.
— THOMASSIN, DIT DE CAIX, CLERC A BEAUVAIS. — PIERRE DE CAIX, CLERC DE CORBIE. — XIV^ SIÈCLE.
n se ferait une fausse idée du Moyen-Age si, ne considérant que la brutalité trop réelle des mœurs de la noblesse pendant cette période, on en conjecturait que la solidarité n'existait pas parmi ses membres. Au contraire, cette solidarité se rencontrait partout et constituait une des assises du monde féodal. A défaut de sentiment, elle naissait du point d'honneur qui liait les parents aux parents, les amis aux amis, les vassaux aux suzerains ; et quand ce point d'honneur ne divisait pas les gentilshommes en les faisant de mortels ennemis, il les
rapprochait au contraire, et portait les plus forts à soutenir les plus faibles, les plus riches à aider les plus pauvres.
Tout bien considéré, et en étudiant de première main les documents de cette époque, on arrive à se convaincre que cet esprit de solidarité, que notre temps d'égoïsme féroce pratique si peu, bien qu'il en parle sans cesse, avait peut-être plus de manifestations fécondes, au moins dans la caste nobiliaire, aux XIV'= et XV'^ siècles qu'au XIX^. Comptant moins sur l'Etat et sur les pouvoirs publics, alors faibles et relâchés, on comptait plus sur soi-même et sur ses « pairs ». Seulement, cette solidarité était moins générale et moins prétentieuse que celle d'aujourd'hui. Elle se confinait, je le répète, dans une caste et s'exerçait sans bruit, sous forme de services mutuels et d'échange de bons offices.
Une des formes de cette solidarité était la coutume usitée par les gentilshommes pauvres, d'entrer dans la maison de seigneurs puissants dont ils devenaient les commensaux plus encore que les serviteurs, et qui, en échange de leur dévouement, leur donnaient aide et protection, et les faisaient souvent prendre place à leur foyer comme membres de leur famille, en les mariant avec quelqu'une de leurs parentes ou même de leurs bâtardes, légitimées pour la circonstance.
Les hauts barons du Moyen-Age, enfermés dans leurs manoirs, n'avaient pas, en effet, les mêmes ressources que notre jeunesse dorée d'aujourd'hui, pour jeter à tous les vents leur gourme d'adolescence. Les c( ribaudes » de leur temps étaient gibier de
pauvre hère; aussi la facilité des mœurs tolérait-elle, même après mariage, des liaisons illégitimes.
Le monde n"a pas changé à cet égard; la seule différence, c'est qu'à présent on se cache et que surtout on se préoccupe peu de savoir ce que deviennent les fruits des amours de passage, tandis qu'cî l'époque dont nous parlons, plus le père était haut placé, moins il pouvait abandonner ses bâtards contre lesquels n'existaient pas, d'ailleurs, les préjugés sociaux d'aujourd'hui et qui avaient leur place à part, consacrée par les mœurs, niais nullement disqualifiée, dans la société noble du temps.
Aussi, quand un grand seigneur territorial voulait légitimer une enfant née de quelqu'escapade de jeunesse, était-il heureux de trouver parmi les pages ou varlets familiers de sa cour, quelque jeune gentilhomme qui, moyennant une dot convenable et tous les parchemins de réhabilitation nécessaires, consentait volontiers à prendre pour femme devant Dieu et devant les hommes la jeune fille ainsi reconnue, et à s'assurer un avenir brillant en devenant le gendre de son suzerain.
C'est une aventure de ce genre qui survint au château de Muret en Soissonnais \ l'an de Xotre- Seigneur mil trois cent soixante et trois.
Ce château appartenait alors à Mathieu, sire de Roye, du Plessier, de Buzancy, de Muret et de
' Aujourd'hui Muret- et -Crouttcs, canton d'Ouchy-le-Ch;îteau (Aisncj. C'était autrefois le siège d'un comté relevant de Septmonts et d'Ouchv.
Kicrsy ou * Chéris}' ', lequel fut, depuis, Grand Arbalétrier de France, et qui tenait ces dernières seigneuries de sa femme Jeanne, fille aînée de Jean l'-'"' de Kierisy, conseiller du Roi, aussi Grand Maître des Arbalétriers. Une seconde fille, nommée Agnès, morte sans postérité, était née de l'union de Jean avec Pétronille de Xesle.
Mais, à côté de ces deux enfants légitimes, Jean I de Chérisy, mort depuis peu, avait laissé une fille naturelle, appelée Marguerite, qu'il avait eue d'une femme de roture du village de Nampteuii-sous-Muret, nommée Perrette Karesme.
Or, il y avait au même moment, à la cour du sire de Muret, un jeune gentilhomme dans la situation de ceux dont nous parlions tout à Theure, n'ayant que sa cape et son épée, et qui avait quitté son plat pays de Santerre pour venir chercher fortune en Soissonnais. Ce damoiseau, déjà cité dans notre chapitre précédent avec ses frères Aubert et Guillaume, s'appelait Nicolas (ou Colart) de Caix.
' Chéris}' est aujourd'hui Quierzy-sur-Oise, canton de Coucy. Cette terre, qui faisait d'abord partie du domaine royal, avait été usurpée par Enguerran I de Coucy (vers 1080), qui la donna en fief à Gérard dit le Borgne, probablement fils puîné de Xévelon l^'^, seigneur de Pierrefonds. Gérard II, fils de Gérard le Borgne, eut trois fils : Gérard III, qui fut seigneur de Kiers\' ; Evrard, qui eut Muret, du chef de sa mère, Agnès de Longpont, et Névelon, évèque de Soissons. L'arrière-petitfils de Gérard III, Hervé II de Chérisy, fut le père de Jean, seigneur de Chérisy, la Jonquière et Buzancv, marié à Pétronille de Kesle, dont la fille Jeanne épousa Mathieu de Roye. C'est en elle que s'éteignit la branche aînée de cette vieille maison clievaleresque. — Buzancy, canton d'Ouchy-le-Château. (\'oir sur les Chérisy : Melleville : DicL de l'Aisne, passim, et surtout : Xolice bistor. sur Quicrsv. Paris et Laon, s. d. in-8 de 52 p.)
Il est permis de penser que ce n'était pas le hasard seul qui avait amené Colart de Caix au château de Muret. Petit parent du sire de Coucy, — auprès duquel, comme nous le verrons plus loin, son cousin-germain Jean de Caix, dit Bidaut, avait un poste de confiance, — allié aussi aux Chérisy par le mariage d'Isabelle de Chérisy avec Herbert de Caix au siècle précédent, — on peut croire que ces diverses circonstances ne furent pas étrangères à son entrée au service du sire de Muret, héritier des Chérisy et grand ami des Coucy.
Mathieu de Roye était, en effet, en intimes relations avec la maison de Coucy. Il avait été, pour ainsi dire, le tuteur d'Enguerran VII et de ses frères, car leur mère, Catherine d'Autriche, lui avait donné, par lettres de 1329, deux cents livres à. prendre annuellement sur la rente de deux mille qu'elle avait reçue en dot sur le Trésor du Roi, à la condition que lui, sire de Muret, aiderait de ses conseils et de son assistance matérielle Enguerran, son fils, sire de Coucy, d'Oisy et de Montmirail \
Nous pouvons donc, avec toute vraisemblance, voir la main d'Enguerran VII — à l'instigation de Bidaut de Caix — dans l'installation de son cousin Colart au château de Muret et dans les événements qui en furent, pour lui, la conséquence.
Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est que Mathieu de Roye, assez embarrassé de la belle-sœur de la main gauche qu'il avait trouvée dans la
* Arch. Nat. Ane. comptes de la Chancellerie de France. Reg. JJ. no 58, p. 412.
succession de son beau-père, fut heureux de la donner pour femme à Colart de Caix, en échange d'un engagement formel d'obtenir du Roi pour elle des lettres de réhabilitation et de noblesse.
Le sire de Muret s'exécuta, d'ailleurs, loyalement, et nous possédons les lettres du mois d'octobre 1363, lettres données à Reims, et par lesquelles, à sa sollicitation, le roi Jean relève Marguerite de Chérisy de la tache de sa naissance illégitime \ l'annoblit et déclare qu'elle et les enfants nés ou à naître de son mariage avec « Colin » de Caix seront nobles et reconnus comme tels, aptes à posséder des fiefs, des biens meubles et immeubles et à recevoir tous ordres de chevalerie; enfin qu'ils jouiront de tous les privilèges, franchises, libertés et immunités dont jouissent tous les autres nobles du royaume.
Devenu ainsi , non plus seulement par une consanguinité de rencontre, mais encore par une reconnaissance officiellement consacrée, le beau-frère du sire de Muret, Nicolas de Caix ne tarda pas à s'immiscer plus avant dans les bonnes grâces de Mathieu de Roye. Il était chevalier en 1366, comme nous le verrons plus loin, et il obtint bientôt la situation fort enviée de maître d'hôtel dudit seigneur de Roye, ce qui en faisait son majordome, son familier, ce que nous appellerions aujourd'hui son intendant général '. C'est dans l'exercice de ces
' Voir nos Preuves, LVIII.
* Ces fonctions de maître d'hôtel d'un puissant seigneur jouissaient au Moyen-Age d'une grande considération, et il n'était pas rare qu'elles fussent remplies, comme dans le cas présent, par des chevaliers. Nous pouvons en citer un autre exemple, tiré de documents qui ont sen.-i à
importantes fonctions que lui arriva, la veille de la Chandeleur de l'an 1379, la singulière aventure qui motiva la lettre de rémission à laquelle nous allons en emprunter le récit \ Bien que ce récit donne des
détails assez croustillants, nous pensons ne pas
devoir le laisser confiné à notre partie documentaire, à cause des renseignements intéressants qu'il nous donne sur la vie intérieure d'un grand manoir féodal dans la seconde moitié du XIY'^ siècle.
Ce soir là donc, les « gens familiers » de Mathieu de Roye étaient réunis après souper « en la salle de Muret » où Colart de Caix « s'entremettoit de ses bcsongnes », lorsqu'un nommé Godefroy de Dampvally « autrement dit Coffin, né du païs de Braibant, si comme on disoit, varlet des chevaux de nostre dit chevalier, vint en la cuisine dudit hostel, et là se despoilla pour soy toster (chauffer) et rostir, et avint que en soy tostant, il fit une vilenie appelée pet, pour laquelle vilenie ainsi faite le valleton soillart (marmiton) de ladite cuisine sonna une paelle (fit résonner une pelle) comme acoustumé avoit esté et
estoit à faire ou dit hostel en tel cas » A cet
appel, Colart de Caix, ainsi que c'était apparemment le devoir de sa charge, vint à la cuisine où, en présence du coupable qui se revêtissait, de Mahieu
cette étude : Le 2i janvier 1369, Jean de Rosières, maître d'hôtel du duc de Lorraine, rendait hommage par procuration pour les terres de Boves et de Caix à l'abbé de Corbie. {Inveitt. des Chartes de l'Ahb. de Corbie, par Le Moine ; Bibl. Xat., Fonds Français, 8794 ; et Archives de la Somme, Reg. Stix de Corbie, fol. 64, vo.)
' Voir nos Preuves, LIX.
de Liqucs ' et de Gilette de Beauté, serviteur et chambrière du château, le marmiton lui dénonça le
forfait crépitant qui venait d'être commis. Aux
reproches mérités que lui adressait le majordome, Coflin riposta par des impertinences et des menaces; on en arriva assez vite à tirer les couteaux et, provoqué par Coffin, Colart « échauffe d'ire et de mal talent », eut le malheur de frapper deux fois de sa dague l'insolent valet, « dont par infortune et meschief » il mourut peu après.
Le meurtrier fit alors ce qu'on faisait toujours en pareille circonstance. Il « s'absenta du païs » et se cacha. Mais cela ne devait pas être longtemps à la convenance du sire de Muret. Car, en dehors de l'amitié qu'il pouvait avoir pour son beau-frère, le « gouvernement de son hostel », privé de la direction de son intendant, « demeuroit vague ». Aussi s'entremit-il bientôt auprès du Roi pour obtenir des lettres de rémission en faveur de Colart de Caix « qui tous jours a esté et est homme de bonne vie, renommée et conversation, sens repruche (sans reproche) d'aucun vilain cas autre que du fait dessus dit », et le Roi, prenant en considération « que ledit fait est advenu d'ire et eschauflfeture, sans aucune précédente excogitée mauvaisetée », pardonna cà l'infortuné Maître d'Hôtel par des lettres signées au Louvre, au mois de février 1379.
C'est peut-être pour indemniser Colart de Caix
' Ce Mahicu de Liques ou de Licques paraît comme écuyer, quelques années après, dans une Montre de Jean de Roye, fils de Matliieu, passée à Boulogne le i^"" juillet 1382 (Voir Coll. de Dom Grenier, T. 144, p. I).)
des déboires que lui avait causés cette aventure quelque peu ridicule, et pour le récompenser d'avoir défendu avec tant de zèle la dignité et la propreté de sa maison, que Mathieu de Roye donna à son beau-frère le fief de Faverolles à Nampteuil-sous- Muret, dont nous le voyons nanti deux ans après, en 1381 \
Hâtons-nous d'ajouter que ce petit drame de police domestique ne fut pas le seul acte de la carrière militaire de Colart de Caix.
Xous avons déjà dit incidemment qu'il était chevalier, dès 1366, quelques années après son mariage avec Marguerite de Chérisy. Nous le trouvons en cette qualité dans une Montre passée à Soissons, le 21 juillet de cette année', d'une compagnie de gens d'armes, sous le commandement de Robert de Piennes, connétable de France.
Xous perdons ensuite longtemps de vue ses services militaires, et ce n'est que vingt-deux ans après que nous le retrouvons servant dans l'armée de Champagne, sous le sire de Raineval, ainsi qu'en témoigne une autre Montre passée à Montereaufaut-Yonne le 19 août 1388, dans laquelle il est qualifié^ « Messire Colart de Kais, chevalier », en compagnie, entr'autres chevaliers et écuyers, d'Aubert et de Guillaume de Caix, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.
' Voir nos Preuves, LX.
* Voir nos Preuves, LXI.
' Voir nos Preuves, LXII.
Nous ne rcncontrons plus ensuite le nom de Colart de Caix qu'en 1396, dans une donation qu'il fait avec sa femme Marguerite ', à l'abbaye de Saint- Crépin de Soissons, de biens situés à Vénizel. Ces biens avaient été acquis par décret, après le décès de Jeanne de Chérisy, dame de Roye et de Muret, femme de Mathieu de Roye, et leur avaient été délivrés par les exécuteurs testamentaires de Jeanne : Guy de Roye, archevêque de Reims, Jean II de Roye, seigneur d'Aunoy et de Muret', et Regnauld de Roye, seigneur de Quincy et de Brunetel '\
Ce titre de 1396 est le dernier qui nous parle de Nicolas de Caix. Xous ignorons s'il laissa des enfants de sa femme Marguerite de Chérisy \
Avant de terminer ce qui regarde les autres membres de la famille de Caix au XIV^ siècle, il nous faut dire un mot ici de deux personnages du même nom que nous connaissons seulement par deux lettres de rémission et dont nous ignorons le
' Voir nos Preuves, LXIII.
' Il mourut la même année, à la croisade de Nicopolis.
' On remarquera que dans cet acte, Colart est seulement qualifié écuyer, de même que dans une mention de la Collection de Picardie , tome 56, p. 3 (« Colart de Kais, escuier en 1396 »), d'après des Annales ecclésiastiques manuscrites, mention probablement tirée des Archives de Saint-Crépin. Il y a très certainement là une erreur matérielle. Nous avons vu, en effet, plus haut, dans une Montre originale que nous publions in extenso, que Colart était chevalier bachelier dès 1366, c'est-à-dire trente ans auparavant.
** Voir néanmoins ce que nous disons plus haut (p. 72) à propos de Caix du Soissonnais qui pourraient provenir de lui par bâtardise ou autrement.
degré de parente avec les Caix santerrois. Nous croyons néanmoins qu'ils appartiennent à la même maison, à cause du voisinage des localités où se passent les actes qui les concernent.
Cependant, il serait possible qu'au moins le premier dont nous allons parler, fût étranger à cette famille et eût pris, en allant s'établir dans le diocèse de Beauvais, le nom de son pays d'origine. Il s'appelle, en effet, dans la pièce du Trésor des Chartes que nous résumons ici, Thomassin « dit de Ca3'S », et bien que, comme nous l'avons expliqué plus haut (p. iii), le « dictus » soit le plus souvent l'indication du nom profane, de ce que nous appelons aujourd'hui le nom de famille, quand les autres circonstances de l'acte viennent corroborer cette opinion, il n'en est plus nécessairement de même lorsque, comme dans le cas présent, celui qui est a dit » un Tel, a quitté son pays originaire, et qu'il est complètement « en l'air » au regard des homonymes auxquels il paraît se rattacher.
Sous le bénéfice de ces réserves, nous allons analyser la pièce concernant Thomassin, dit de Caix, dont — à cause de son extrême longueur et malgré l'intérêt tout particulier qu'elle présente pour l'histoire des juridictions du Beauvaisis au XIV*^ siècle, — nous ne donnerons à nos Preuves ' que les passages qui s'appliquent directement à notre personnage, en y joignant une courte analyse du surplus.
Jean, dit de La Marche, et Thomassin, dit
' \'oir nos Preuves, LXIV.
« de Cays », clercs du diocèse de Beauvais, étaient depuis longtemps retenus dans les prisons de l'évêque Milon de Dormans en Tannée i3cSo, sous l'accusation d'avoir commis un homicide dans ledit diocèse, sur la personn-e de Jean de Fresnoy et de Godefroy Le \'asseur, allds d'Omécourt. Pour procéder à leur jugement, rOllicialdc Beauvais signifia son intention à un grand nombre de juridictions du Beauvaisis, du Noyonnais, de Picardie et de \'ermandois, ainsi qu'aux parents des victimes, et les assigna à venir porter plainte, s'il y avait lieu, à son tribunal.
Tous firent défaut, sauf Florence, veuve de Jean de Fayel et sœur de Geoffroy Le A^isseur, et Jean du Marais (de ALtrisco), écuyer, cousin de Jean de Fresnoy, qui répondirent à l'assignation, mais néanmoins ne se présentèrent pas au jour dit et furent, par suite, déclarés contumaces.
L'enquête faite prouva seulement que les accusés haïssaient les victimes pour certaines injures qu'ils en avaient reçues, et le Procureur d'office de la Gour de Beauvais affirma, le samedi après les Brandons de l'an 1379 (v. st.), que le bruit public, à Sacy-le- Grand et lieux circonvoisins, leur attribuait le crime; il concluait donc à ce qu'ils fussent, eux et leurs prétendus complices, condamnés à la prison perpétuelle. La douceur relative de ce châtiment pour un assassinat aussi abominable prouve, par lui-même, le peu de base de l'accusation.
Les prévenus s'étant, d'ailleurs, justifiés dans les formes légales, ils furent acquittés par l'Official le mardi avant la Nativité de Saint-Jean-Baptiste de l'année 1380, et le Roi confirma cet acquittement
par lettres données à Paris au mois de février 1381 (n. st.).
Si Ton considère que parmi les témoins assignés et qui ne répondirent pas, se trouvaient les enfants de Geoffroy Le Vasseur, la femme et la mère de Jean de Fresnoy, leurs frères et leurs sœurs à tous deux, et un grand nombre de leurs plus proches parents, on ne peut s'empêcher de croire que le jugement fut bien rendu et que les prévenus étaient bien innocents du crime dont on les accusait.
Une autre lettre d'absolution ^ nous fait connaître quelques années plus tard, un Pierre de Caix, clerc de Corbie, qui fut accusé un peu avant 1394, avec les nommés Jean La Cave, Bauduin Mahieu, Mathieu Jumel et Nicaise du Puy, tous clercs, d'un homicide accompagné ou suivi de vol sur Bauduin de la Rubarbe, sa femme Marie de Norrent et Guillaume Tassoul.
La cause avait été portée devant l'Offiicial de l'abbaye de Corbie, duquel dépendaient les accusés, et cet Officiai, après une minutieuse enquête et une longue prison préventive, les avait renvoyés absous par sentence de l'année 1394. Mais l'un des accusés, Mathieu Jumel, ne se croyant pas, sans doute, suffisamment garanti par cette sentence, demanda et obtint une lettre confirmative d'absolution qui lui fut accordée par le Roi, à Paris, au mois de septembre 1403. C'est tout ce que nous savons de ce procès qui paraît avoir encore eu moins de fondement que le précédent.
* Voir nos Preuves, LXV.
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JEAN DE CAIX, DIT LE DANOIS, CHEVALIER, SEIGNEUR DE WIENCOURT- EN-SANTERRE, ET SA FEMME, JEANNE DE VÉ. — SES ARMOIRIES. — ORIGINE DES CROISSETTES DE l'ÉCU DE CAIX. — MARIE DE CAIX, MARIÉE A GILLES DU HAMEL-BELLENGLISE. — JEAN DE CAIX, CHEVALIER, SEIGNEUR DE DANCOURT ET DE WADIVOYE. — SES FILS JEAN ET ROBERT. — ADRIENNE DE CAIX, ÉPOUSE DE WALLET ESTRIBOT, ET LEUR FILLE MAHAUT DE LA CHAUSSÉE. — Xive SIÈCLE.
larmi les fils de Dreux de Caix et de Marie de Han, nous avons cité plus haut (p. 124) l'aîné, appelé Jean, dont nous devons maintenant nous occuper plus longuement. C'est lui qui posséda après son père le fief de AMencourt, qui constituait, avec celui de Fontaines, la principale seigneurie de Wiencourt, et dont nous avons vu Dreux faire hommage à l'abbé de Corbie en 1325.
Jean de Caix naquit vers l'époque de cet hommage; il est, en effet, indiqué à la Convocation des nobles et fieffés du Bailliage d'Amiens, en 1337, comme ayant fait comparaître (p. 96) pour lui un homme
monté et armé, ce qui prouve qu'il était alors trop jeune pour comparaître et servir en personne. Mais on le trouve cité à la suite de son oncle Pierre, le Traversier de Boves, en 1346, après la perte de la bataille de Crécy, dans le Rôle des Gentilshommes qui répondirent à l'appel du roi Philippe de Valois. Il était donc, dès lors, en état de porter les armes.
En Tannée 1337, il est mentionné de 'nouveau parmi les écuyers qui furent passés en revue le I) janvier, à Poitiers, peu de temps après la désastreuse bataille de ce nom \ Il servait alors sous le commandement de Jean, sire de Hangest, chevalier, « lieutenant du Roy es pais de Poitou et Xainctonge par deçà Charente ». Il est indiqué dans le même document comme portant pour armoiries : un écu burelé, brisé d'une bande chargée d'un écu à une aigle. Nous croyons que l'aigle est une mauvaise interprétation, provenant de l'état fruste du sceau, car dans tous les documents ultérieurs, cette aigle est remplacée par une croix.
Jean de Caix échappa à la mort et à la captivité et fut parmi ceux qui purent se retirer sains et saufs du champ de bataille.
Peu de temps après, le 20 mars 1337, il donne quittance -, à Paris, à Jehan Chauvel, trésorier des guerres du Roi, de ce qui lui reste dû pour ses gages et ceux de deux écuyers qui avaient servi sous lui
' Voir nos Preuves, LXVI. — Cette bataille eut lieu le 19 septembre; dix mille Français, la fleur de notre chevalerie, y furent tués, et au moins autant faits prisonniers.
* Voir nos Preuves, LXVII.
dans la campagne de Poitou et Saintonge. C'est à cette pièce qu'est appendu le sceau que nous publions plus loin ', et dont on peut lire la description à nos Preuves.
Puis, nous le retrouvons mentionné parmi les écuyers qui, sous le commandement de Jean, sire de Fransures ^ firent partie d'une montre passée à Dreux le 27 octobre 1337. Cette compagnie était sous les ordres supérieurs de « Monsieur Robert de Clermont, mareschal de marine ordené pour aller esdites parties du Perche. »
Cette campagne terminée, et au milieu des désordres qui furent la conséquence du désastre de Poitiers et de la captivité du Roi, Jean de Caix se retira en Picardie. C'est alors que lui arriva l'aventure que relate une lettre de rémission du mois d'avril
On lit dans cette lettre ^ qu'au temps où « les gens du plat pays se mirent en insurrection contre les nobles du royaume », c'est-à-dire lors de la Jacquerie de 1338, un nommé Symon de Beaupuiz ^ avait détruit et tait démolir et raser la maison de Jean de Hémévillers '', frère de Jean de Caix, alors âgé
* Cette pièce est une de celles que nous signalons plus haut, p. 82, et qui, bien que parfaitement lisible, et accompagnée d'un sceau sur lequel le nom de Kais est en toute évidence, a été indiquée par quelque généalogiste flagorneur comme appartenant à la tamille des Cars.
* Voir nos Preuves, LXVIII.
' Voir nos Preuves, LXIX.
* Beaupuis, aujourd'hui hameau de Grandviller-au-Bois, canton de Saint-Just-en- Chaussée (Oise).
* Aujourd'hui Hemevillers, canton d'Estrées- Saint-Denis (Oise).
d'environ neuf ans. Jean, étant allô — accompagné de deux amis, Colard de Campremy et Jean Le Mercier — demander réparation de cet outrage audit Symon, une querelle s'en était suivie et Jean de Caix avait frappé Svmon de Beaupuiz de deux coups d'épée, l'un à la cuisse (tibia), l'autre au bras, dont ledit Svmon était mort vingt jours après, bien que maître Pierre de Montigny, chirurgien juré, qui avait soigné le blessé, déclarât qu'il était mort, moins des coups qu'il avait reçus, que de sa colère et de son arrogance (per suam superbiam elationem). Le roi, prenant en considération les services des suppliants qui l'ont longtemps et fidèlement servi dans ses guerres sous les ordres de Raoul, sire de Rayneval \ leur fait grâce, à condition que Colard de Campremy et Jean Le Mercier feront un mois de prison au château royal de Montdidier. Quant à Jean de Caix, qui était déjà chevalier, il est pardonné sans conditions, le roi ayont eu égard, sans doute, à la colère légitime qui avait armé son bras contre le spoliateur de son jeune frère, excuse qui ne pouvait s'étendre à ses complices.
C'est dans cette lettre de rémission que nous rencontrons, accolé pour la première fois au nom de Jean de Caix, le surnom de Danois.
On sait qu'il était de mode au Moyen-Age, parmi les gentilshommes, de prendre un surnom — qui parfois devenait héréditaire — rappelant, tantôt une
' Nouvelle preuve ^^-'S relations intimes qui existaient entre les Caix, les Rayneval, les Vé, etc. (Voir notre texte, pp. 129 et 152).
particularité physique même peu flatteuse (le Borgne de Caix', le Hideux de Nointel), tantôt une indication du caractère moral (le Kutin '^ d'Aumont), tantôt le souvenir d'une campagne ou d'un voyage (le Flamand de Riencourt, l'Allemand de Sissy) ou toute autre circonstance de la vie de celui auquel il était appliqué "'. D'autres fois aussi, le chevalier adoptait une sorte de patron militaire, tiré la plupart du temps des romans de chevalerie (Fierabras, le Galoys, etc.). C'est à cette dernière catégorie que nous paraît appartenir le surnom de Danois, porté par Jean de Caix, sans doute en souvenir du fameux Ogier le Danois, un des héros de la Geste de Doon de Mayence. Ce patron chevaleresque a donné, à cette époque, son nom à plus d'un gentilhomme de Picardie ou des provinces voisines. Nous pouvons citer comme exemple un Adam de Gribeauval (ou Gribovai), écuyer d'Artois, que nous connaissons par plusieurs pièces mentionnées dans le Trésor généalogique de D. Villevieelle (Tome 45), de 141 7 à 1441, et qui est surnomaiié « le Danois ».
11 est même à remarquer que le généalogiste nous cite un peu plus tard (en 1477) des transactions entre les Gribeauval et Adrien de Riencourt, seigneur d'Orival et de Tiiloloy, marié à Marguerite de
' Le Borgne était souvent aussi un sobriquet glorieux, quand l'œil avait été perdu à la guerre.
* Nous prenons ici le Hutin dans le sens de : batailleur. Mais ce surnom n'était parfois qu'un diminutif de Huet, lui-même diminititde Hue, forme abréviative de Hugues.
■' Nous aurons occasion de revenir sur cette question dans le chapitre suivant, à propos de Jean de Caix, dit Bidaut.
ISO
Bercicourt, et ses fils Raoul et Thomas, dit Flamand de Riencourt, père et oncle d'Hugues de Riencourt, qui devint le mari d'Hélène de Caix, arrièie-petitenièce de Jean de Caix le Danois.
Le procès criminel dont nous venons de parler interrompit momentanément les services militaires de Jean de Caix, niais il rentra bientôt complètement en grâce, et nous le voyons, en 1364, assister à Reims au sacre du roi Charles \\ Le 12 mai de cette année, il est passé en revue à Amiens par Chrestien du Cange, receveur ordinaire des aides, avec sa compagnie, composée de deux autres chevaliers et de six écuvers « desservis ou à desservir pour aller au sacre du Roy \ »
Le même jour 12 mai ', il donne quittance d'une somme de 126 livres tournois pour ses gages et ceux des chevaliers et écuyers dessus dits de sa compagnie, gages qui leur étaient dus pour avoir été pendant vingt et un jours à Sacv, sous le « gouvernement de Monseigneur de Créquy, cappitaine de nii'''' hommes d'armes ». J'ignore ce que pût être ce mouvement de troupes. Il est probable que c'est aux déplacements occasionnés par la cérémonie du sacre que se rapporte celui de 1' « ost » du sire de Créquy. Il y a, d'ailleurs, plusieurs Sacy ou Saci entre Amiens et Reims.
Quoi qu'il en soit, Jean de Caix n'était plus, à Amiens, sous le commandement du sire de Créquy, mais sous celui de Regnault, sire d'Aubigny, ainsi
' Voir nos Preuves, LXX.
* Voir nos Preuves, LXXI. — Cette pièce est une de celles classées par erreur au dossier des Cars. (V. plus haut, p. 82).
que nous le voyons par le « Rollc des monstres faites en la ville d'Amiens, des gens d'armes estans sous le gouvernement de Regnault, sire d'Aubigny, chevalier, capitaine de quatre-vingts hommes d'armes ordonnés au sacre du Roy le xii may mccclxiv '. »
On remarquera dans cette montre que parmi les deux chevaliers qui accompagnent Jean le Danois de Caix, il y a un autre Jean de Caix, et parmi les six écuyers un Jean de Hémévillers.
Ce dernier n'est autre que le frère de Jean de Caix le Danois, qu'il avait si bien défendu quelques années auparavant contre Simon de Beaupuis, comme nous l'avons vu plus haut. On se rappelle que d'après la lettre de rémission de 1361, Jean de Hémévillers avait environ dix ans à cette époque. Il n'était donc âgé que de quatorze ans quand il alla, comme écuver dans la compagnie de son frère, au sacre de Charles V. Nous pensons que Jean de Hémévillers était le frère utérin de Jean le Danois. Leur mère, devenue veuve, s'était remariée à N... de Hémévillers, comme c'était l'usage au Moyen-Age, où il était bien rare qu'une femme qui avait perdu son mari ne convolât pas rapidement en secondes noces.
Quant au chevalier Jean de Caix, dont nous allons parler bientôt, c'était le hls du Danois de Caix, qui mourut probablement peu après l'année 1369, au cours de laquelle il rendit hommage, le 21 janvier, au duc de Lorraine, seigneur de Boves et de Caix,
' Voir nos Prouves, LXXII. — Nous pouvons rappeler ici (.]uc Raoul de Caix, oncle de Jean le Danois, était, avant 1328, maire d'Aubiçnv.
pour le fief de la Maine \ Le même Danois était aussi posscssionné à Boves, près de la Tuilerie de ce lieu, ainsi que nous l'apprend une mention du Trésor géncaJogiqiic dQ D. \^iLLEVinLLE -, du ii avril 1 561, tirée des Archives de l'abbaye du Paraclct.
Jean de Caix, dit le Danois, s'était marié deux fois. Nous ignorons le nom de sa première femme, dont il avait eu plusieurs enfants. Quant à la seconde, elle s'appelait, comme nous l'apprend un acte du Registre Franciscus de l'abbaye deCorbie-, a Madame» Jeanne de Vé, d'une ancienne famille chevaleresque alliée aux plus nobles maisons du pays.
Jeanne de Vé était fille de Jean de Vé, et de X... de Rayneval, comme nous le constatons par la lettre de rémission pour Guillaume de Caix (voir plus haut, p. 129). Son oncle, Raoul, seigneur de Rayneval, était conseiller du roi, et nous avons vu que Jean le Danois avait servi sous ses ordres. Cette alliance était toute naturelle entre familles aussi intimement liées que celles des Caix, des Vé et des Rayneval \ Jeanne avait aussi un frère, Raoul de Vé, écuyer.
Le père de Jeanne, Jean, sire de Vé, chevalier, servit avec la plus grande distinction de 1380 à 1389,
' Inveut, de Corhie, par Le.moixe; arm. 2, liasse 50. Registre Hugo — Cité dans la Notice de l'Jiicieuiic Sci^^nienric cl Eglise de Caix, p. 16.
' Voir nos Preuves, LXXIII.
•■• Voir nos Preuves, LXXIV.
* Voir ce que nous disons plus haut, et nctammer.t la note à la page 130.
contre les Anglais et les Flamands. Nous n'indiquerons pas les nombreuses pièces dans lesquelles il est cité, ce qui nous entraînerait trop loin. Nous dirons seulement que le 5 septembre 1380 (Titres scellés de Clahumbault, T. 1 10, p. 155), il était à Galardon, « en la compaingnie de Monseigneur de Coucy », et de même encore le 23 juillet (id. ibid., p. 136), et le 4 décembre (id. ibid., p. 157) de l'année suivante \ En 1382, il était lieutenant des maréchaux de France (id. ibid., p. i)8), et en 1386 (id., Tome iio, pièce 8629), commis à recevoir les montres en Flandre. Enfin, il défendit le château de l'Ecluse en 1387 (id. ibid.. p. 160), et en 1388 (id. ibid., p. 161, 164) "■'.
Après la mort de Jean de Caix le Danois, son premier mari, Jeanne de Yù, qui possédait en propre la seigneurie de Xamp-au-\'al, se remaria avec Jean de Tilloy, écuyer, seigneur de Fescamp ''\ Elle demeurait avec lui au manoir de ce lieu, en 1408, ainsi que
' Les armes de Vé étaient une quintefeuille accompagnée de neuf merlettes en orle. C'est celles que l'on trouve sur les sceaux de Jean de Vé, et que nous donnons à la fin du présent chapitre.
* Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, que nous rencontrons le nom de Vé, Xez ou Ver dans nos documents. On se souvient que l'nommage de Dreux de Caix fut fait à l'abbaye de Corbie en présence de Jean et de Manessier de Ver ou de Vez. Ce Manessier de Yé avait un autre frère appelé Simon et fut le père d'une Marie qui épousa Guy de Morecourt. Ils vendirent tous ensemble à l'abbave de Saint- Médard de Soissons des biens sis à Cir}' et à Sermoise en 1296.
^ Fescamps, aujourd'hui canton et arrondissement de Montdidier. La seigneurie principale appartenait à l'abbaye de Corbie, mais difterents seigneurs (pour partie) y étaient établis. (V. M.^rtix-V.\l : Histoire de Boulogne -la-Grasse, Compiègne, 1891, in-8°, p. 264).
nous le savons par une vente qu'elle In à Hue d'Aust, bourgeois d'Amiens, le 21 mars de cette année, du fief de \Mencourt-en-Santerre, d'accord avec sa bellefille « noble dame Marie de Gais », et son « fillastrc » l'époux de ladite Marie, « noble homme Monseigneur Gilles de Hamel, chevalier, seigneur de Bellen£:lise en la Prévosté de Saint-Quentin, v demeurant. ' »
On remarquera que ce fief de Wiencourt-en- Santerre est le même dont Dreux de Gaix, père de Jean le Danois, avait fait l'hommage, en 1325, à l'abbé comte de Corbie. l:n l'absence du registre lui-même qui est perdu, nous devons supposer que Jeanne de \é, « veuve de Monseigneur le Danois de Gais, chevalier », avait sur ce fief quelque douaire qui justifie son intervention dans ladite vente.
Nous trouvons les armoiries de Jean de Gaix le Danois décrites plusieurs fois dans nos documents.
Dans un « Recueil d'extraits de Tiltres scellez pour servir à l'armoriai de l'ancienne noblesse, aux généalogies et à l'histoire » (GoU.
Glaira.mbault, t. II, fol. 90), elles sont ainsi blasonnées en 1364 :
l^urelé de dix pièces, brisé d'une cotice, et un franc quartier à une croix ou quartefeuille ".
Lors d'une montre de 1336 (Glairambault, T. 90,
' Voir nos Preuves, LXXIV,
* Voir aussi Bibl. Xat., Pièces originaki, T. 571. Dossier Cais.
l't)!. I I î^. t']!'j ", sont blasonnécs : burclé, brisé d'une bande chargée d'un écu à une aigle. Nous avons dit plus haut que, d'après nous, cette aigle est mise par erreur pour une croix, par suite de l'état de mauvaise conservation du sceau qui a servi
à leur description.
A un autre sceau, appendu à une quittance du
20 mars 13 S7 dont nous parlons haut (p. 147) et que nous reproduisons, on voit un écu burelé à la bande chargée d'un écusson portant, d'après .M. Demay ' qui ne l'indique d'ailleurs qu'avec un point d'interrogation, un arbre, mais qui doit
être très certainement une croix.
Enfin, dans un vieil « Armoriai des nobles de
Picardie et particulièrement du Corbiois » transcrit par 1). Grenier dans la Collection de Picardie (T. 23, 19^' paquet, 1'" liasse, n^ 77), les armes de Jean de Caix le Danois sont ainsi libellées : « burelé d'or et d'azur de huit pièces ', à une bande de
gueules, au canton d'argent chargé d'une croix de
ijueules'. »
' Inventaire des sceaux de Picardie (Paris, 1875), n° 1978.
^ Régulièrement le biirclc comporte exclusivement dix pièces; au-dessous de dix, on doit dire /(«a', en indiquant le nombre.
■' On remarquera que, dans la description de cet écu, la croix n'est
Puis, au numéro 78, qui suit, nous lisons : « Caix, d'argent à deux sautoirs de gueules et deux croix de même en chef. »
C'est, comme on le voit, avec Jean le Danois qu'apparaît pour la première fois la croix de gueules, qui devint définitivement, au siècle suivant, la pièce principale de l'écu de ses descendants. Jusqu'alors, il règne une grande variété dans l'écu des Caix picards, et nous verrons même tout à l'heure le fils du Danois, nommé aussi Jean, porter des armes très différentes de celles de son père.
Il ne faut pas s'en étonner : cela est ordinaire dans
pas dite « alaisée », comme elle est figurée dans la gravure. Sans attacher autrement d'importance à cette divergence, nous pensons que c'est le dessin qui a raison ici contre le texte. Si Clairambault a pu hésiter dans sa description du sceau entre une croix et une quartcfcuille, et si Demay a pu proposer d'y voir un arbre (?), c'est évidemment que cet objet, quel qu'il soit, occupait bien le milieu du franc-quartier, et était bien, par conséquent, « alaise ».
beaucoup de fii milles au Moyen-Age. D. Caffiaux ' remarque « que la diversité des armes ne prouve point la diversité des familles, puisque des personnes d'une même maison peuvent porter des armes dilTérentes. Il ne faut qu'ouvrir les f^istes anciennes pour s'en convaincre... » Et ailleurs, il ajoute comme corollaire que si le port des mêmes armes fait une présomption que ceux qui les possèdent sont d'une même famille, et qu'ils sortent d'une même souche, cela n'est point une preuve absolue. Il ne faut donc pas attacher d'importance à la diversité des écus portés par les différents membres d'une même maison, et cela n'est pas un argument décisif pour ou contre l'établissement d'une filiation.
Nous revenons à celle de Jean de Caix, dit le Danois. Nous avons dit qu'il avait eu plusieurs enfants de sa première femme.
Nous citerons d'abord Marie de Caix — que nous avons déjà eu l'occasion de nommer plus haut (p. 1)4) — laquelle épousa, en 1406 ^ Gilles de Hamel ou du Hamel, seigneur de Bellenglise. Ils faisaient leur résidence principale au vieux manoir de Marfontaine, près d'Elincourt-Sainte-Marguerite, dont ils étaient seigneurs. Les du Hamel sont,
' Trésor gàieaJogiqui.' (imprimé). Discours préliminaires, p. xxi.
' Et non en 1465, comme l'imprime par erreur M. A. Peyrecave, dans sa Xotice historique et archéologique sur Elincourt-Saiiite-Marguerite (Compicgne, 1888, in-8°), p. 95. C'est sans doute une simple faute d'impression. La date de 1406 nous est fournie par le Trésor généalogique, manuscrit de D. Caffiaux (T. II, p. 951. Cabinet des Titres, r\° 12 12), qui tire cette indication des Papiers dom. aux titres d'Amer\'al, no 104.
d'ailleurs, une vieille maison chevaleresque qui possédait des terres à Caix '.
Gilles du Hamel était le fils puiné de Robert du Hamel et le petit-fils de Simon du Hamel et d'Isabeau le Bouteillier, tous seigneurs de Bellenglise, de Fresnes, de Jumcncourt, de Barisis, etc. Le frère aîné de Gilles, Jean III du Hamel, fut tué à Azincourt en 141 ), sans laisser d'enfants.
Marie de Caix avait eu, entr'autres biens, de la succession de son père, le fief de Wiencourt, dont nous avons parlé plus haut. C'est ce que nous apprennent des extraits des Cartulaires de Corbie donnés par Lemoixi- dans son Inventaire "'. Nous y lisons, en effet, que le 24 juillet 1394, Gilles du Hamel et sa femme firent relief pour ce fief à l'abbaye de Corbie. Ces extraits nous confirment, en outre, ce que nous savions déjà par la mention de D. \'illevieille citée plus haut (p. 154), c'est-à-dire qu'en 1408, les du Hamel vendirent, d'accord avec leur belle-mère Jeanne de Vé, veuve du Danois de Caix, ledit fief de \\'iencourt-en-Santerre à Hue d'Aust ou Aoust, dont les descendants le cédèrent à leur tour à l'abbaye suzeraine le 5 janvier 1439.
L'aîné des enfants de Gilles du Hamel et de Marie
' Voir sur les du Hamel : Laîné : Archiv. i^àu'al. et bistor. de la Xoblesse de France (Paris, 1834), T. IV; — Mi'uioire sur la terre du Ha)iiel-le^-Corl>ii', par le Comte du H.^.mel, dans Mémoire de la Soc. des Antiq. de Picardie, T. II (1859), p. 265 ; — Mellfaille : Diclionn. de l'Aisne, 2^ édit. (Laon, 1865), T. I, p. 95, et l'ouvrage de M. Peyrecwe, cité dans la note précédente. — Les du Hamel portaient pour armes : de gueules au chef d'or, chargé de trois molettes de sable (Voir la gravure en tète de notre chapitre X).
* Voir nos Preuves, LXXV.
de Cciix, Louis du llamcl, épousa en 1.144 Jeanne d'Amerval, filie dejean, seip;neur de \'illers-Carbonnel. Il nous est permis de retrouver dans le mariage de Gilles du llamel et de Marie de Caix la main de Jean de Caix, dit Bidaut, seigneur de Nanssel et de Travecy. cousin-germain de Jean de Caix, dit le Danois, et dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Travecy était, en ellet, très voisin de Bellcnglise, où résidaient les du Hamel, et il est probable que ce voisinage ne fut pas étranger à l'union de Gilles du Hamel et de Marie de Caix, dont les familles étaient, d'ailleurs, depuis longtemps, sur d'autres points de la Picardie, et notamment en Santerre et en Corbiois, en contact de possessions et de bonnes relations '.
Le frère de Marie de Caix, dame du Hamel, Jean de Caix, seigneur de Dancourt ', est cité, comme nous l'avons vu plus haut (p. 151), dès l'année 1364, à côté de son père, parmi les chevaliers qui assistèrent au sacre de Charles X. C'est lui aussi, sans doute,
' Dans une pièce imprimée de Tannée 1759, à propos de Térection d'un marquisat en laveur d'Antoine-Constant du Hamel-Bellenglise, on lit ce qui suit : « ... que l'Exposant est d'ailleurs allié aux fomilles de L;illain, Boubers, Homes, Melun, Desclaibes, ^'illers-aux-Tertres, Hertain, Lens, Boffles, Saint-Blimont, Bruyelles, d'Assignv, Duchatella-Hovarderie, d'Aoust, Habarcq, la Hamaïde, Namur, Hembize, Créqiiy, de Glines, Croy, du Becq, Nicolav, Mole, Gouffier, Caix, Gourlay, Dion, Bonnières, de Guisnes, Roisin et autres non moins illustres... »
* Dancourt, près de Roye. Nous ignorons comment il possédait cette seigneurie. Peut-être lui venait-elle par héritage du rameau des Caix, que nous avons vu plus haut fixés dans le voisinage de cette ville au siècle précédent.
que l'on trouve en 1368 au nombre des écuyers de Tabbaye de Corbie {Histoire de Boxxefoxds, T. II, p. 827. Codex computorum de hujus abbatis familiâ). Il y a probablement dans cette désignation d'écu3^er — tandis que nous le voyons chevalier quatre ans auparavant — quelqu'erreur de transcription dont les ouvrages imprimés de cette époque sont trop souvent coutumiers.
Dans tous les cas, c'est bien notre Jean que nous retrouvons comme chevalier bachelier dans une montre de Tristan de Roye, de la compagnie de (( Monseigneur le Galoys d'Aunoy », revue à Saint- Romain le 16 décembre 1369 '. Il est assez intéressant pour nous de constater en passant que ce Tristan de Roye était le fils de Mathieu de Roye et de Jeanne de Chérisy et le neveu par conséquent de Nicolas ou Colart de Caix, dont nous avons conté les aventures dans le chapitre précédent.
Une lettre de rémission "^ donnée par Charles V cà Compiègne le 11 juin 1374, nous apprend que Jean de Caix, outre Marie du Hamel, avait une autre sœur appelée Drienne ou Adrienne, qui se maria deux fois contre la volonté de sa flimille et, notamment, épousa en secondes noces A\'allet Estribot ou Estribat, écuyer ■*. Adrienne avait une fille du premier lit,
' Voir nos Preuves, LXXVI.
* Voir nos Preuves, LXXVII.
' Dans le cartulaire « Alexander » (Lat. no 24144), au folio 276 verso, on trouve un Enguerran Estribat au XIII»; siècle. Le même Engucrran, appelé cette fois Escribos, est cité dans un cartulaire de l'abbaye du Paraclet comme ayant fait un échange à Waubercourt en mars 1262. (D. ViLLEViEiLLE : Trésor génial. \° Waubecourt).
appelée Mahaut de la Chaussée ' probablement du nom de quelque fief — et dont la tutelle lui fut retirée et confiée à son oncle Jean de Caix, seigneur de Dancourt.
Cela ne convenait pas à Wallet Estribot et à sa femme, qui enlevèrent par surprise la jeune fille à la garde de son oncle. Celui-ci, outré décolère, rassembla quelques amis et se rendit chez le curé de Dammeryles-Roye, où on lui avait dit que les ravisseurs s'étaient retirés, et y trouva un homme qu'il crut être Estribot et qui, cà leur vue, s'enfuit et se réfugia dans l'église. Jean de C^aix l'y poursuivit et le frappa assez grièvement sur la tête du pommeau de son épée. Puis, ayant reconnu que ce n'était pas celui qu'il cherchait, il alla, avec ses amis, envahir 1' « hôtel » de Pierre de la Cour, en la dite « ville » de Dammery, et y ayant trouvé A\^illet Estribot et sa femme, ils battirent le mari et le «; navrèrent jusques à grant effusion de sanc, sans méhaing (blessure) et aussi ladite femme ot (eut) plusieurs buffes (coups) pour la prise de ladite nièce dudit suppliant »
L'affaire était grave pour Jean de Caix, bien que le bon droit fût entièrement de son côté. D'une part, il avait violé une église, et lui et ses complices furent poursuivis de ce chef en la Cour de l'Eglise d'Amiens, qui les excommunia; d'autre part, le bailli de Vermandois, ou plutôt son lieutenant à Roye, se saisit du délit, mit dans les mains du roi tous les biens des coupables et entama contre eux une procédure criminelle. Ces faits se passaient à la fin de Tannée
' Pcut-ctrc à Saint-McJard-en-Chaussce, près Roye.
1571 ou au commencement de 1372, et ce n'est, comme nous l'ayons vu, qu'au mois de juin 1374, que le roi, à la requête de Jean de Caix et de ses amis et complices, considérant qu'ils l'avaient bien et loyalement servi en ses guerres, « où ils ont fraie et despendu grandement du leur; et aussi que des faits dessus dits ils ont fait sattisfaction à partie, et de tout temps aient esté gens de bonne vie et renommée sans
estre diffamez d'aucun autre villain blasme », leur
fit grâce et pardon, et leur accorda les lettres de rémission qui nous ont conservé tous ces détails.
Jean de Caix avait naturellement disparu pendant tout le cours de ce fâcheux procès, et cependant c'est à la date de 1373, et avant qu'il ait obtenu les lettres de rémission dont nous venons de parler, que nous le trouvons mentionné dans le « Dénombrement des nobles du Comté de Clermont ' » comme possesseur de la moitié du fief de Wadivoye, qu'il tenait de Pierre de Nointcl, dit Hideux. Ce fief de \\\idivoye, qui n'existe plus, a peut-être laissé son nom à un lieu dit de Nointel, prés Liancourt, appelé aujourd'hui J^as-y-voir (prononcé en patois Vasivoie), entre le château de Nointel et la Montagne du Bois des Côtes. D'après la tradition locale, il existait autrefois en ce lieu un hameau maintenant détruit ^
' Voir nos Preuves, LXXVIII. — P. Lou^•KT (Hist. de Bcanvais, p. 834), parlant de ce déncmbremcnt, dit qu'il fut donné à Louis de Bourbon, comte de Clermont, vivant en 1366. La date de 1373 est bien celle du manuscrit.
' Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Delcrme, instituteur à Nointel en 1890.
Aussitôt qu'il fut rentré en grâce et qu'il eut obtenu son pardon, Jean de Caix reprit du service.
Nous le voyons, en qualité de chevalier, dans la Montre ' d'une compagnie de six chevaliers bacheliers et de dix écuyers, sous les ordres de Jean, seigneur de Hangest, et le commandement suprême de Louis de Sancerre, maréchal de France, Montre reçue à Reims le i"^"" mars 1375. Cette troupe était destinée à aller « devers les marches d'Allemagne », combattre certaines « compaignies » de routiers qui menaçaient de dévastation la province de Champagne.
L'année suivante (i'^'' mai 1376), nous le retrouvons ^ combattant les mêmes Grandes Compagnies sous le « gouvernement de Monseigneur de Coucy » et le commandement direct de Robert de Béthune, vicomte de Meaux ; mais le théâtre des opérations était changé et il se trouvait alors à \'ienne en Dauphiné.
Xous le suivons encore à Corbeil \ à la « poursuite des Anglais, » le i""" septembre 1380, sous messire Regnault de Domart, et toujours dans 1' « ost » du sire de Coucy.
On croit que Jean de Caix, fils du Danois, avait épousé Agnès de Saisseval, fille de Jacques, écuyer, seigneur de Saisseval et de Vaux-sous-Corbie.
De ce mariage, il avait eu plusieurs enfants, entr'autres un autre Jean de Caix, que nous voyons servant comme écuyer au ALms, le 28 juillet 1391, sous Jean de Gouffier, aussi écuyer, et Robert, qui
' Voir nos Preuves, LXXIX.
' Voir nos Preuves, LXXX.
^ Voir nos Preuves, LXXXI.
était mort le 20 mai 1407 ', ainsi qu'on le voit par le dénombrement que fit, à cette date, sa veuve, Guillaume d'Orvilliers, d'un fief situé à Cayeux-en- San terre ■.
Cest aussi très probablement de Jean de Caix que fut issue directement Marie de Caix, mariée au siècle suivant à Antoine II de Brouilly, seigneur de Mesvillers, etc., comme nous le verrons dans notre Chapitre XI.
Nous avons indiqué plus haut (p. 154) les armoiries que portait Jean de Caix, dit le Danois, et nous avons parlé, à ce propos, de la diversité des armes attribuées pendant le Moyen-Age aux membres d'une même famille. Nous en trouvons une nouvelle preuve dans l'écu de Jean de Caix, fils du Danois.
Dans le Dénombrement du Comté de Clermont, en 1373, que nous avons cité plus haut (p. 162 et Preuve LXXMII), on rencontre, en effet, parmi ceux des chevaliers, écuyers et gentilshommes possédant arrière-fiefs dans ledit Comté, l'écu suivant, attribué à Jean de Caix, comme seigneur de Wadivoye : « D'hermines à la bande en arc de gueules, chargée de trois besans d'or. »
' Voir nos Preuves, LXXXII.
* Archiv. de Corbie : DàiombremeiU des fiefs compris dinis la juridiction de Boi'es, au Registre BovES et ses dépendances. Reliefs. — C'est à 1 époque à laquelle nous sommes arrivés, vers l'année 1400, que fut brûlé le manoir de la Mairie de Caix, dont la porte se voyait encore il y a quelques années, à côté de l'église de ce bourg. (Voir notre figure, à la fin du chapitre XI). — Cfr. Iiiv. Le Moine, Fonds Français, 8794, p. 302.
Pierre Louvet, dans ses Anciennes remarques de la Noblesse Beau-voisine (p. 834), parlant du même dénombrement, simplifie cet écu et donne pour armes à « Messire lean de Kais, chevalier », un écu d'hermines. C'est, du reste, le même que Ton trouve attribué à notre Jean dans un document des Pièces Originales à la Bibliothèque Nationale (Tome 1603, dossier 36885).
Peut-être ne ûmdrait-il voir dans ce prétendu champ d'hermines qu'un écu d'argent privé de ses pièces héraldiques, les croix de gueules, dont l'une était déjà portée par son père, le Danois de Caix, et qui deviendront bientôt les insignes définitifs du blason de ses descendants.
RAOUL DE CAIX, MAIRE d'aUBIGXY, ET ISABEAU DE SAINS. — LEUR DESCENDANXE. — JEAN DE CAIX, DIT BIDAUT, CHEVALIER, SEIGNEUR DE XANSSEL (NAMPCEl) ET DE TRAVECY, CAPITAINE DE LA VILLE DE LAON. — INSTALLÉ DANS LE LAONNOIS, IL DEVIENT l'a.MI ET l'intendant général d'eNGUERRAN VII, SIRE DE COUCY. — SERVICES au'iL LUI REND EN FLANDRE, EN GUY'ENNE, EN LORRAINE, ETC. — LE POÈTE EUSTACHE DESCHAMPS LE NOMME DANS UN DE SES RONDEAUX. — SON FILS BIDAUT II OU BIDALLET DE CAIX, CHEVALIER. — XI V»; SIÈCLE.
e personnage dont il nous reste à parler pour achever ce que nous avons à dire de la maison de Caix au XIV*-' siècle, est de beaucoup celui sur lequel nous possédons les documents les plus intéressants. Disons d'abord de qui il était issu.
Nous avons nommé plus haut (p. 122) parmi les frères de Dreux de Caix, Raoul, maire d'Aubigny, et nous avons dit qu'il était probablement l'aîné de tous. Il était mort, en effet, dès l'année 1328, laissant de
sa femme, Isabeau de Sains, plusieurs enfimts en bas-âge. C'est ce que nous apprend un acte du jeudi après la Saint-Mathieu de cette année, par lequel sa veuve, tant comme représentant son mari défunt que comme tutrice de ses enfants mineurs, prêta le serment d'hommage de la mairie d'Aubigny à l'abbé comte de Corbie. Ce serment fut prononcé en présence de l'abbé de Corbie, d'Anseau d'Oisemont, de Jean de Buissi, de Dom Thomas de Fayel, d'Homeret de Guénémont et de Henri de Rewart \
La maison de Sains, à laquelle appartenait la femme de Raoul de Caix, était une vieille maison chevaleresque de la Picardie et du Beauvaisis ^ Isabeau de Sains était fille de Raoul de Sains, chevalier, seigneur de Caigny, qui nous est connu par une pièce que D. \^illevieille '^ analyse ainsi qu'il suit :
« Monseigneur Raoul de Sains, chevalier, seigneur de Caigny, comme i" seigneur, messire Jean, chevalier, seigneur de Fouencamp, comme second seigneur, et messire Jean, seigneur de Jumelles, chevalier, comme seigneur dominant, amortirent la vente faite par Thibaut Hanons de Demuyn, écuyer, de 27 journaux de terre pour la fondation d'une chapellenie à Kais, au mois de j^'" 1295 ».
Ce Raoul était le petit-fils d'un autre Raoul,
' Voir nos Preuves, LXXXIII.
* Voir sur cette Maison : Vt'^ de Caix de S.\ixt-Avmour, Causeries du Bcsacier, T. I.
' Trésor Gi'iu'aloi^iqiic, T. 40. Extr. du Cartulaire de l'Evéché d'Ainkns, cote D, fol. 94, vo.
chevalier, maire de Rocquencourt en 1225, dont le sceau porte un écu semé de croissants, au lion à la queue tréflée '.
La femme de Raoul de Caix, maire d'Aubigny, avait également un frère qui nous est connu par une autre mention du Trésor généalogique de Dom ViLLEViEiLLE (verbo Sains'), résumant une charte du CartuJaircXchcmias de l'abbaye de Corbie (Mss. Fonds Latin, l'j'jèi, fol. 192). Cette mention est ainsi conçue :
« Noble homme Messire Aubert de Sains, chevalier, fut élu arbitre des différends que haute dame, noble et puissante Madame Marie de Blois, duchesse et marquise de Lorraine, dame de Bove, comme tutrice de Jean de Lorraine son fils mineur, avoit avec l'abbave de Corbie au sujet de la mouvance de la terre de Bove et des droits de péage et autres qu'elle y prétendoit, l'an 1348 ».
Le même Aubert de Sains était, en 1348 et 1349, gouverneur de Boves et bailli de Corbie ".
Comme on le \'oit, les parents d'isabeau de Sains étaient mêlés d'une manière active à ce qui se passait à Boves et à Caix; son mariage avec Raoul était donc chose toute naturelle.
Quant à la Mairie d'Aubigny, si l'on en croit une
' Dem.\y : Sceaux de Picardie, n" 754. — Voir aussi Cartul. Nehemias (Fonds Lat. 17761), fol. 114 recto. — Nous donnons plus loin cet écu (voir la table de nos figures). On trouve un autre blason appartenant sans doute à une autre fixniille du même nom et que nous reproduisons également, p. 113.
* Voir le Curlulairc Xoir de Corbie, Fonds Lai in, 17758, loi. 107 \-°, et J.wviKR : op. cit. p. 129.
mention du Registre Marais de l'abbaye de Corbie (^Fo}nls Laliii. 24140, fol. 53, recto), Isabeau de Sains la possédait encore en l'année 13 31 '.
Mais, comme nous allons le voir dans un instant, ce fief fut aliéné dès l'an 1344 par celui de ses iils auquel il était échu, et nous trouvons au Cartulaire de Corbie, dit AJcMVidcr (Fonds Français, 24144, fol. VII"V.), une pièce dans laquelle est relaté un procès qui eut lieu en 1345, relativement à une redevance, entre l'abbaye de Corbie et Adam de Régicourt, alors titulaire de la Mairie d'Aubigny.
Raoul de Caix et Isabeau de Sains eurent, comme nous l'avons vu plus haut, plusieurs enfants, parmi lesquels au moins deux fils.
L'un d'entre eux, appelé Raoul, comme son père, nous est connu par une pièce de l'abbaye du Paraclet analysée par D. Villevieille. Nous voyons dans cet acte que Raoul et Michel le Quesne, bailli du Chapitre d'Amiens, terminèrent comme arbitres' un différend qui s'était élevé, le 9 avril 1342, entre ledit Chapitre et Florent de Fouencamps, chevalier, au sujet de la possession d'un chemin et des héritages avoisinants, situés entre Cottenchy et le Paraclet. Raoul de Caix représente dans cet acte le seigneur de Fouencamps, qui était de la maison de Boves. Le second fils de Robert I de Boves, frère cadet d'Enguerran III de Coucy et tige de la seconde
' « Dismes à Fouilloy
« Le mairesse de Aubignv, en ce lieu (le Marké) tenant à Maroie Hanequine . . . m . . . v s. tournois ...» ' Voir nos Preuves. LXXXIV.
IJO
maison de Bovcs, eut, en effet, en partage la terre de Fouencamps, et il est tout naturel que son successeur ait choisi, pour le représenter en cette circonstance, Raoul de Caix, son cousin, descendant comme lui de Dreux de Boves.
Le second fils de Raoul de Caix, maire d'Aubigny, et d'Isabeau de Sains, celui auquel nous faisions allusion au commencement de ce chapitre, s'appelait Jean et portait le surnom de Bidaut. C'est à lui qu'était échu en partage le fief de la Mairie d'Aubigny, et il la vendit le 22 novembre 1344 à l'abbaye de Corbie. Nous l'apprenons par la mention suivante que nous trouvons dans l'Inventaire des Titres de Corbie de Le.moixe ' :
(En marge) : « Acquisition de la Mairie d'Aubigny.
« Vente faite sous le scel du Prévôt de l'Eglise de Corbie par Jean de Caix, dit Bidaus, à M"^ l'abbé et au couvent de Corbie « de la mairie que il avoit et « pooit avoir en le ville et terroir d'Aubigny, ainsi
« comme elle se comporte et estend et lequelle
« il tenoit de nosdicts seigneurs de Corbie. »
« La vente faite moyennant 41 livres parisis. »
Le surnom de Bidaut ou Bidau, porté par Jean, fils de Raoul de Caix, est assez bizarre et mérite d'autant plus que nous nous y arrêtions un instant qu'il nous a plus souvent induit en erreur. Nous l'avons pris longtemps, en effet, pour le prénom de celui qui le portait — la seule pièce nous apprenant qu'il s'appelait véritablement Jean étant une des
' Inventaire des Titres de Corbie, de Lemoine : Tome IV, Mansc conventuelle. — Bibl. Xat., Fonds Français, 8796, p. 14.
lyi
dernières qui nous soit tombée sous les yeux. Or, ce soi-disant prénom de Bidau étant une forme très connue du nom gascon de ^'idal, nous avions pensé voir dans ce prénom d'un Caix picard, un souvenir, une influence ou même une trace de relations directes avec les Caix du Quercy. On conviendra que notre erreur était bien excusable, quand nous voyons des scribes contemporains la commettre comme nous ^ et le fils de Bidau lui-même, héritant, suivant Tusage, du surnom paternel, le porter sous la forme diminutive Bidallet ou Vidallet.
La découverte de l'acte cité dans l'Inventaire Lemoine et parlant de la vente de la Mairie d'Aubigny à l'abbaye de Corbie par « Jean de Caix dit Bidaus », en donnant un autre cours à nos idées, nous a remis dans le droit chemin.
Bidau ou Bidaut n'est autre chose qu'un surnom
enfantin fort usité au Moyen-Age. « Alors, mon
petit bidaut, baisse la tête... » disent les Contes de Cholières, fol. 140, et Rabelais (Tome III, p. 96) emploie dans le même sens : mon petit bcdault. Ce mot, sous ses formes diverses : Bidel, Bidau, Bidaut, Bedel, Bedeau, etc., signifiait d'abord : soldat de troupes légères, armé de dards, de piques, etc., d'où soldat improvisé, pillard, et, par spécialisation, à cause de l'arme qu'ils portaient : sergents, d'où notre bedeau d'église actuel -,
' Voir la pièce dans laquelle Bidaut est appelé Vidal. Preuves, C.
^ Voir La Curxe de Sai\te-P.\l.\ye : Dictionn. hist. de runc. hmg. franc. Niort et Paris, 1877, in-4'^, et Godefrov : Dict. de l'aiic. laiii;. franc, du IX^ au XVe siècle. Paris, 1881, 111-4°.
Bidau ou Bidaut, nom d'amitié donné par un père à son enfant, devait équivaloir à a petit gredin, petit pillard, petit polisson, petit batailleur » ou quelque chose d'approchant. Si quelqu'un s'étonnait de voir un brave chevalier, mort septuagénaire, porter toute sa vie un sobriquet de ce genre, et le précéder souvent du c( Monseigneur » auquel lui donnait droit ses éperons d'or, je lui répondrai que son étonnement prouve seulement qu'il n'est pas très familier — ce qui est fort pardonnable d'ailleurs — avec les documents originaux du Moyen -Age, et je le renverrais à ce que je dis plus haut, p. 148, à propos du surnom d'un autre Jean de Caix, dit le Danois, cousin de Jean de Caix, dit Bidaut \
Quoi qu'il en soit de ce surnom, Jean de Caix, dit Bidaut, était né vers l'année 1323. Il avait donc environ vingt ans quand il vendit, en 1344, son fief de la Mairie d'Aubigny à l'abbaye de Corbie ^
Nous ne savons ce que devint Jean de Caix, dit Bidaut, dans les années qui suivirent cette vente. Resta-t-il dans le Santerre? Ou alla-t-il s'établir de suite dans le Laonnois, appelé par son illustre parent,
' Ce surnom de Bidaut se rencontre souvent dans les registres du Trésor des Chartes. Je citerai notamment, en 1327, Aymard de Barmont, dit Bidaut, chevalier (JJ. 65, i"), en 1452, Jean Morgent, dit Bidaut (JJ. 181); en 1490, Léonard Girard, dit Bidaut (JJ. 226). Voir encore : JJ. 74, 97, 124, 126, 130, 132, 153, 164, 172, 189, etc. — On trouve aussi le nom de Bidalet (JJ. 187), en 1455.
* Comme nous l'apprend le procès relaté ci-dessus (p. 169), ce fief fut donné par l'abbé de Corbie à Adam de Régicourt. Il était ensuite possédé, en mars 1 349, par un seigneur appelé Jean. (Cartiilaire \'oir de Corbie, fol. 74).
Engucrran VII, sire de Coucy? Nous l'ignorons; mais cette seconde hypothèse nous paraît hi plus vraisemblable. 11 est probable qu'il ne se défit de son fief héréditaire que pour avoir plus de liberté d'accepter les offres avantageuses qui lui furent faites alors par Enguerran et pour aller chercher fortune auprès de lui. Peut-être même est-ce à cette époque qu'il fiut placer son mariage avec l'héritière de Travecy, alliance qui lui fut très certainement ménagée par le sire de Coucy, seigneur dominant de ce fief
Dans tous les cas, la première pièce dans laquelle nous relevons ensuite le nom de Bidaut de Caix est une Revue, passée à Hesdin le 19 juillet 1380, de deux chevaliers et de quarante trois écuyers servant « sous Monseigneur Engucrran, sire de Coucy, comte de Soissons, chevalier banneret. * » Bidaut de Caix est cité le premier, en tête des quarante trois écuyers, ce qui prouve très certainement qu'il était le plus ancien des gentilshommes portant ce titre et comparaissant dans cette Montre, parmi lesquels on remarque beaucoup de noms appartenant à la plus vieille chevalerie : le Galoys, Boileaue de Burelles, Belleforière, le Bouteillier, d'Ausseville, etc. Bidaut de Caix devait avoir alors cinquante-cinq ans environ.
' Voir nos Preuves, LXXXV. — Cette Montre, qui a déjà été publiée dans le Trésor gcucaloi^iquc de la Picardie par un geiitilhoniiiie Picard (le M's DE Belleval), Amiens, 1860, T. II, n" 236, est, en original, aux Titres scellés de ClairaiiihaiiU, vol. 35. — Nous avons retrouvé également dans la même collection (vol. 35, pièce 82, f. 2621) l'ordre de paiement de cette Montre que nous publions aussi.
La même Compagnie fut de nouveau passée en revue le i'"' août suivant, et nous y trouvons encore Bidaut de Caix à la tête des écuyers \
Dans ces deux Montres, après Bidaut de Caix, nous trouvons Jehan de Aumont; puis, comme troisième nom cité, Bidallet ou Bidolet de Caix, fils de Bidaut, dont nous aurons à reparler plus loin. On sait que c'était un usage fréquent au Moyen-Age de donner le même nom aux générations successives d'une même famille. Le fils, le neveu, le cadet recevait alors, du vivant de son aîné, quelque diminutif ou quelque surnom qui souvent survivait à la nécessité qui le lui avait fait appliquer. De même que Raoul devenait ainsi Raoulin ou Raoullet, il ne faut pas nous étonner de voir Bidaut, ou plutôt Bidau, devenir Bidallet. C'est donc ce diminutif que nous voyons attribuer au plus jeune des de Caix figurant alors dans les Montres du sire de Coucy pour le distinguer de son père, qui, lui, gardait le surnom « plein » de Bidaut.
Nous insistons une fois de plus sur l'intérêt que présente pour nous la présence de ces deux membres de la famille de Caix parmi les gentilshommes servant sous le commandement d'Enguerran MI, sire de Coucy. Il y a là évidemment un fait qui n'avait rien de fortuit. Il est, en effet, tout naturel de penser que les représentants de notre vieille maison picarde sentaient toute l'importance qu'il y avait
' Voir nos Preuves, LXXXVI.
pour eux à s'altachcr le plus étroitement possible au chef de la puissante famille issue, comme eux, de Dreux de Boves; et le rôle qu'ils jouaient auprès du sire de Coucy établit d'une manière irréfutable que les souvenirs d'une origine commune, bien que remontant déjà à plus de deux siècles, n'étaient pas encore perdus.
Nous en retrouvons la preuve dans tout ce qui nous reste à dire de Bidaut et de Bidallet de Caix.
Nous rencontrons, en effet, leurs noms placés encore exactement de la même manière, — c'està-dire le premier et le troisième des écuyers — dans une Revue de trois chevaliers et quarante-trois écuyers sous le commandement de Enguerran, sire de Coucy et comte de Soissons, revue passée à Corbeil le i'^'' septembre suivant 1380 \ Sauf l'introduction d'un troisième chevalier bachelier, Messire Jehan laPersonne, la composition de cette Compagnie, destinée à servir contre les Anglais en Artois, Picardie et Champagne, est absolument identique à celle que nous donnent les deux Montres déjà citées.
11 n'en était plus de même le i'^'' octobre 1381. La Compagnie dans laquelle servaient les deux de Caix, Compagnie qui était réunie évidemment en vue de la prochaine guerre de Flandres, était alors réduite à vingt-quatre écuyers de l'hôtel d'Enguerran MI, comme nous l'apprend une Montre passée ce jour-là '• à Saint-Omer.
' Voir ncs Preuves, LXXXVII. * Voir nos Preuves, LXXXVIII.
Dans une autre Montre passée au même lieu le i'-''^ janvier suivant (1382, nouveau style), nous trouvons les noms inscrits de la manière suivante : « Escuiers « Enguerran de Coucy (( Bidaut de Cays « Bidolet de Cays », etc.
Quel était cet Enguerran de Coucy, inscrit en tête des écuyers servant sous « Monseigneur de Coucy, banneret? » Etait-ce le bâtard du sire de Coucy, connu sous le nom de Perceval? Nous ne le pensons pas, et nous livrons, dans tous les cas, ce point d'interrogation au futur historien de la maison de Coucy \
Xous possédons encore une Montre toute semblable et passée au même lieu le i'^'' février de la même année 1382 -.
Cette montre est la dernière dans laquelle nous trouvions le nom de Bidallet de Caix. A partir de ce moment, nous ne lisons plus qu'un nom, celui de Bidaut, dans les documents qui nous ont été conservés.
Il y a cependant une exception, c'est une pièce concernant Marie de Caix, datée de 1404, et constatant qu'elle est la fille de Bidallet de Caix. Or, comme cette Marie est née, ainsi que nous le verrons plus tard, en 1399, il est bien certain que ce n'est pas son père qui disparaît en 1382.
Mais cette disparition même d'un des deux personnages qui nous occupent, en 13 82, serait unehypothèse
' Voir nos Preuves, LXXXIX.
* Voir nos Preuves, XC.
injustifiée, et, malgré la suppression du surnom de Bidallet, qui semblerait indiquer que le plus âgé des Bidaut de Caix était mort à ce moment, ce qui avait rendu inutile le maintien dans les actes publics du surnom distinctif de son cadet, il est certain, au contraire, que les deux Bidaut continuèrent d coexister plusieurs années encore. Une pièce de 1387 nous signale, en eftet, un Bidaut de Caix, écuyer; or, comme, ainsi que nous allons le voir, Bidaut I de Caix fut fait chevalier en 1382, cet écuyer de 1387 ne peut être que Bidaut II. C'est précisément cette différence de qualification qui, à partir de 1382, a fait disparaître dans les actes le diminutif Bidallet, devenu inutile, puisqu'à son nom était accolé le titre d'écuyer, tandis que son père était indiqué comme chevalier. Mais, dans la vie privée, ce diminutif continuait probablement à lui être appliqué, et c'est ce qui nous explique que nous le retrouvions dans la pièce relative à Marie de Caix, sa fille, en
Il est donc inutile de supposer, comme nous l'avions pensé d'abord, que Bidaut I ait pu être tué à la sanglante bataille de Rosebecque, où les Français vainquirent, le 27 novembre 1382, les Flamands révoltés contre leur comte Louis de Mâle. Il en revint, au contraire, et c'est à lui que s'appliquent la plupart des pièces que nous citerons tout à l'heure.
Le sire de Coucy joua, dans la campagne de Flandre, un rôle très important constaté par tous les historiens. C'est lui, notamment, qui fut chargé, avec le seigneur d'Albret, de la poursuite des fuyards.
Bidaut de Caix accompagna très certainement ' son suzerain en Flandres, et il s'y distingua probablement, car il y reçut les éperons d'or de chevalier. Il n'est pas douteux, en effet, qu'il avait cette qualité aussitôtaprès Rosebecque, puisque les comptes des recettes et dépenses de la ville de Laon nous disent - que les bourgeois de cette cité firent, la nuit de la Sainte-Luce suivant, une « courtoisie » au messager « de Monseigneur Bidaut de Kais qui apporta lettres que les Flamens estoient desconfis ». Or, on sait que le titre de « Monsieur », ou de « Monseigneur » ne s'appliquait à cette époque qu'aux chevaliers.
C'est sans doute lors du retour de cette campagne de Flandre qu'il faut placer l'anecdote qui a donné lieu à un rondeau d'Eustache Deschamps, dit Morel, le célèbre bailli-poëte du XIV^ siècle, rondeau dans lequel il cite Bidaut de Caix ^
Il semblerait, si l'on prenait à la lettre le texte de ce rondeau, que Bidaut de Caix aurait prêté à Deschamps, à la suite d'une perte au « gieu des dez »
' Bidallet de Caix fut aussi, sans aucun doute, de cette « chevauchée », puisque nous voyons son nom dans les mêmes Montres que son père, pendant les mois qui précèdent et qui préparent l'entrée en campagne.
* Voir nos Preuves, XCI.
' Voir nos Preuves, XCII. Nous reproduisons cette pièce d 'après l'édition complète des Œuvres d'EusTACHE Deschamps, commencée pour la Société des Anciens Textes fiançais par feu le marquis de Queux- Saint- Hilaire et continuée avec tant de science et de dévouement par M. Gaston Raynaud. Nous donnons, après son texte, la traduction de ce rondeau, pour laquelle M. Raynaud a bien voulu nous prêter le concours de sa haute compétence.
faite par ce dernier à Cambray, une somme de trois francs d'or, à charge de lui en rendre un demi à Compiègne. Le poëte, naturellement, trouvait Tintérêt exorbitant, et il n'avait pas tort. Aussi, ne paraît-il pas très pressé de se rendre à Compiègnc pour s'acquitter :
« Mais que le roy et moy Eustace y viengne! »
Tout cela nous semble un pur jeu d'esprit dont était coutumier le malicieux et besogneux bailli de Scnlis.
Il était joueur — nous le savons par maint passage de ses poésies — et ce n'était pas, d'ailleurs, un grand crime si l'on se reporte au temps où il vivait et où tous les seigneurs de marque se reposaient volontiers aux dés, à la brique ^ ou à d'autres jeux analogues, de leurs travaux guerriers ou de leurs entreprises amoureuses. C'est sans doute à la suite de quelque joyeuse partie faite à Cambray, en revenant de Flandre, qu'Eustache composa ce morceau.
Il était trop habile politique pour y mettre quelqu'intention blessante à l'égard de Bidaut de Caix dont il connaissait les étroites relations avec le sire de Coucy. Eustache était, en effet, peu ou prou le pensionnaire d'Enguerran MI. Il en parle souvent dans ses vers; plusieurs de ses ballades lui sont entièrement consacrées et il avait dû aller plus d'une fois à Coucy qu'il décrit avec un véritable enthou-
' Sur le jeu de la brique, voir la BaUadc CLXI d'EusT.\CHE Deschamps, et le Mesinh^icr de Paris, T. I, p. 71. Ce jeu était connu dès le XIII>-^ siècle. On s'y livrait assis et h l'aide d'un petit bâton.
siasme. Il faisait donc partie, jusqu'à un certain point, de la Cour d'Enguerran VII, et il devait nécessairement connaître particulièrement Bidaut de Caix qui en était un des principaux, sinon le principal personnage. Cest ce qui nous permet d'affirmer que le rondeau dont il s'agit est un pur jeu d'esprit, comme s'y complaisait Eustache Deschamps, et qu'il n'a pu entrer dans sa pensée d'accuser sérieusement Bidaut de Caix de faire Tusure.
La situation de fortune de Bidaut était d'ailleurs assez prospère pour écarter de lui tout soupçon de ce genre, et le titre de chevalier, qu'il venait de conquérir noblement contre les Flamands, doit, plus encore que tout le reste, défendre sa mémoire contre toute fâcheuse interprétation de la fantaisie poétique du bailli de Senlis.
Xous retrouvons, quelque temps après, Bidaut de Caix dans une Montre passée à Paris le 12 janvier 1383, de trois chevaliers bannerets, dix chevaliers bacheliers, vingt-six écuyers et onze archers, toujours sous le commandement du sire de Coucy. En se reportant au texte de cette Montre, que nous publions à nos Preuves \ on verra que Bidaut s'y rencontre en belle et noble compagnie, avec des Roye, des Clary, des Clermont, des Sepoy, etc., etc.
Les dangers courus en commun dans cette sanglante campagne des Flandres ne firent que resserrer les liens qui unissaient Bidaut de Caix à son puissant cousin Enguerran VII, et il devint dès lors, s'il ne
' Voir nos Preuves, XGIII.
l'était déjà, le commensal et, pour ainsi dire, l'homme de confiance du sire de Coucy.
De curieux fragments de comptes de la maison de Coucy, de l'année 1384, conservés à la Bibliothèque Nationale \ nous le montrent, tantôt à Assy (probablement en mission avec lé vicomte de Meaux), tantôt en pèlerinage à Saint-Lambert '\ avec « Madame sa femme et Maistre Jean Couperel », et recevant des envois de poissons variés provenant des étangs de ce dernier domaine, par ordre exprès de Monseigneur de Coucy. Et ce n'est pas seulement en déplacement qu'il bénéficiait de ces largesses culinaires, car le même compte nous montre ses gens gratifiés encore de lots de poissons du même étang pour « porter à Travecy pour la despense de Tostel de Madame sa femme. »
La seigneurie de Travecy ou Travesy, située dans l'ancien Xoyonnais, sur la rive droite de l'Oise, et à une petite demi-lieue au nord de La Fère, ville dont la seigneurie dépendait également du sire de Coucy, était venue à Bidaut de Caix, ainsi que nous l'avons déjà dit, par son mariage avec l'héritière de cette famille. Sa femme appartenait, en effet, à une vieille maison qui possédait depuis longtemps une partie de la seigneurie de Travecy \ Nous soupçonnons
* Voir nos Preuves, XCIV.
* Domaine près de Saint-Gobain, appartenant au sire de Coucy.
' Melleville : Diction, histor. du Dcp. de l'Aisne, Laon, 1857, in-8°, cite Jean de Travecy, écuyer, et Adelide, sa femme, comme les derniers représentants de la maison de Travecy. Cependant on trouve
également les trois maillets que nous verrons tout à l'heure Bidaut porter dans son écu, d'être les armes de cette famille de Travecy. C'était, en effet, l'usage cà cette époque que les gentilshommes qui acquéraient un fief par alliance, prenaient les armoiries de ce fief ou de la famille qui en portait le nom et le personnifiait pour ainsi dire; ils gardaient alors seulement de leurs armes personnelles un franc canton, un écu en abîme ou toute autre pièce héraldique. C'est ce qui arriva pour Bidaut de Caix, dont les armes aux trois maillets portent un franc canton chargé, croyons-nous, de la croix rouge des Caix, à moins que l'on ne veuille y voir, comme nous l'expliquons plus loin, un fascé-bandé gracieusement octroyé par Enguerran VII à son fidèle cousin.
Pour en revenir à la seigneurie de Travecy, elle n'appartenait d'ailleurs qu'en partie à Bidaut de Caix. Une autre portion en était possédée, ainsi que nous l'apprend un dénombrement de l'année 1378 \ par Madame de Fontaines, dame de Jumégnie, femme de Raoul, bâtard de Coucy, dont nous avons déjà rencontré le nom, à côté de celui de Bidaut, dans nos documents. De la partie de la seigneurie appartenant à Bidaut de Caix relevaient plusieurs arrière-fiefs dont nous connaissons quelques-uns par trois aveux
encore- un Jean de Travecy dans un dénombrement de septembre 14 17 (Arch. Kat., P. 248^ pièce 127). La seigneurie de Travecy étmt divisée, comme nous allons le voir, entre plusieurs seigneurs, cette apparente contradiction s'explique aisément. (Cfr. Bihl. NaL, Pièces ori^'iiialcs, T. 2875, doss. 63805).
• Voir nos Preuves, n" XCV.
et dénombrements qui en furent fiiits à l^idaut en 1386 et 1399 \
Quoi qu'il en soit, on voit que hi situation de ces biens, si rapprochés des domaines de Coucy, favorisait l'intimité de Bidaut de Caix avec son puissant parent.
Mais cette intimité avait d'autres manifestations que les envois de douceurs que nous avons constatés plus haut, et elle se traduisait, du côté de Bidaut, par un dévouement sans bornes et une aide effective dans la guerre et dans la paix. Xous l'avons vu accompagner son suzerain dans les campagnes contre les Anglais et les Flamands. En 1389, il le suivit en Guyenne "^ dont Enguerran était capitaine-général, et nous trouvons son nom parmi ceux des quatre chevaliers qui, avec vingt écuyers, furent passés en revue à Saint-Jean-d'Angély le i'-"'' décembre de cette année.
Il ne pouvait manquer d'être aussi du voyage qui amena Enguerran VII en Lorraine l'année 1386, pour y épouser sa seconde femme Isabelle, fille de Jean I, duc de Lorraine, et de Sophie de Wurtemberg. Xous trouvons, en effet, son nom parmi les « nobles seigneurs » , témoins d'un accord qui fut passé le 8 mars 1386 (n. st.) au sujet des droits et apports de la nouvelle dame de Coucy. Dans cette curieuse pièce que nous publions à nos Preuves \ Bidaut est appelé Vidal de Caix.
' Voir nos Preuves, XGVI, XGVU, XCVIII.
* Voir nos Preuves, XCIX.
' Voir nos Preuves, G. — Voir aussi ce que nous disons plus haut, p. 171.
L'amitié d'Enguerran pour Bidaut ne fit que s'accroître après son mariage avec Isabelle de Lorraine, et trois ans après ce mariage, par des lettres datées du château de Saint-Gobain le i8 avril 1390, il lui donna la gruerie et la garenne de Nansscl.
La terre de Nanssel ^ appartenait déjà, nous ignorons comment, à Bidaut de Caix qui y avait un a chastel »; mais le sire de Coucy y possédait des bois où, en qualité de suzerain, il jouissait seul du droit de chasse. En abandonnant ce droit à son vassal, il lui donnait une preuve de bienveillance dont le prix était grand à cette époque. L'acte que nous publions à nos Preuves ' est, du reste, fort curieux et fournit des détails intéressants sur les mœurs seigneuriales à la fin du XIV'-^ siècle.
Ce don et l'octroi de la jouissance du château et des terres de Nanssel qui l'avaient sans doute précédé équivalaient pour Bidaut à la seigneurie, car nous le voyons, à dater de cette année 1390, prendre dans les actes publics la qualité de seigneur de Nanssel.
Jusque-là, il s'était seulement qualifié seigneur de Travecy, et c'est avec ce titre qu'il avait donné quittance le 6 février 1390, des cent francs d"or, gages de sa capitainerie de Laon ■^.
Le sceau qui authentiquait cette quittance nous a
' Aujourd'hui Nampcel, canton d'Atticliy (Oise). * Voir nos Preuves, CI. ' Voir nos Preuves, CIL
été conservé. Il est de forme ronde, de 0,032 millimètres de diamètre, et porte, sur un champ entouré d'un cordon où court une guirlande de Heurs : un écu portant trois maillets, au franc canton chargé d'un écusson ', penché et timbré d'un heaume cime. La légende, assez fruste, permet cependant encore de lire les lettres suivantes :
^. |i(la. .. .aifî vm\},
(Scel Bidau de Kais, seigneur de Travercy.)
Nous ignorons la date exacte à laquelle Bidaut de Caix fut pourvu de cette charge de Capitaine de Laon; mais il nous semble très probable que ce fut peu après ou pendant la campagne de Flandres en 1382. On a vu plus haut, en effet, que c'est un messager de Bidaut qui vint annoncer aux habitants de Laon la victoire de Rosebecque. Peut-être faut-il voir dans ce fait une présomption qu'il commandait dans cette campagne les contingents du Laonnois. Dans tous les cas, il indique des relations courtoises et suivies avec les bourgeois de la ville épiscopale, relations
' Cet écusson porte la trace de pièces héraldiques qui peuvent représenter une croix, comme celui de Jean de Caix, le Danois (Voir plus haut, p. 154). M. Roussel, l'artiste habile et consciencieux auquel sont dues les vignettes qui illustrent ce volume, après un examen très attentif, à la loupe, du moulage de l'atelier des Archives Nationales, est arrivé, au contraire, à cette conviction, que cet écu du franc canton porte un iascé-vairé de quatre pièces, et c'est ainsi qu'il l'a dessiné dans l'en -tête du présent chapitre. S'il a bien vu, cela prouverait qu'Enguerran VII avait autorisé son cousin et tîdèle serviteur à rappeler par cet emblème leur commune origine.
avant pu préparer le choix qu'ils firent de lui pour leur Capitaine.
Une autre hypothèse peut se présenter à Tesprit et justifierait également la prise de possession de la capitainerie de Laon, par Bidaut, à cette époque.
Les historiens de Laon rapportent, en effet \ qu'il V eut dans cette ville, en cette même année 1382, une émeute provoquée par la cupidité des oncles de Charles VI, qui avaient établi des impôts excessifs. Une violente sédition éclata à l'occasion de la levée de ces impôts, mais elle fut vite réprimée, et l'année suivante, le roi accorda aux habitants des lettres de rémission. Le gouverneur de Laon était, à cette époque, Hugues de Prouverville ^ Est-ce à cette occasion que Bidaut de Caix fut nommé Capitaine de la ville? Si l'on admet cette hypothèse, il fmt supposer que le Gouverneur aurait été alors remplacé par un Capitaine. On ne voit plus, en effet, de Gouverneur cité avant 1394 ^ Il est certain, néanmoins, que la charge de Capitaine était indépendante de celle de Gouverneur, puisque Bidaut de Caix ne mourut qu'en 1398, comme nous le verrons plus loin, en possession de sa charge, et que Jean Petit de Tavaux était Gouverneur de Laon dés 1394. A Beauvais, à Compiègne, il en était de même : le
' Voir notamment Melleville : Histoire, de Laon, 1846, Tome II, p. 243.
* Melleville, op. cit., T. I, p. 400.
' Nous trouvons, cette année 1 394, comme gouverneur de la ville de Laon, Jean Petit de Tavaux; en 1404, Colart Haton, et en 1414» Jacques du Pressoir.
Capitaine était un ollicicr municipal, nommé à l'élection par les habitants et confirmé par le souverain, tandis le Gouverneur était directement désigné par le roi. Les attributions des deux charges se confondaient sans doute sur beaucoup de points et donnèrent lieu à de nombreux conflits, le roi s'arrogeant souvent le droit de nommer d'ofiice le Capitaine et les habitants,de leur côté, soutenant contre le souverain et contre son Gouverneur les prétentions du chef militaire électif qu'ils avaient placé à la tête de leur milice et commis à la garde de leur cité. Nous ne savons s'il en fut de même à Laon, mais cela est probable.
Dans tous les cas, c'est très certainement à l'influence de son cousin et protecteur Enguerran MI, sire de Coucy, que Bidaut de Caix dut cette charge de Capitaine de Laon.
Elle lui valait des gages annuels de cent livres tournois, somme alors considérable, et nous avons les quittances de Bidaut constatant qu'il a touché ces émoluments en 1390, 1392, 1394, 13 9) ^^ 1397 \
Les mêmes comptes nous apprennent que cette fonction ne l'obligeait pas à une stricte résidence, puisque, le 18 décembre 1393, les bourgeois de Laon lui envoient un messa2;cr au château de Coucv, où il était alors, « pour savoir... où le Roy estoit et s'il venroit par Coucy ou par Laon » ^
' Voir nos Preuves, CIII, CIV, CV, CVI et GVU. ' Voii nos Preuves, CVIII.
La dernière fois que nous trouvons le nom de Bidaut de Caix, dans une revue militaire, toujours sous la bannière d'Enguerran de Coucy, c'est lors d'une Montre passée à Sainte-More, en Guyenne \ le I" novembre 1392; il est le seul chevalier bachelier de cette Montre et est accompagné de dix-huit écuyers, parmi lesquels nous retrouvons plusieurs des noms de ses compagnons d'armes depuis douze ans.
Mais un grand malheur devait frapper bientôt la maison de Coucy et par contre-coup son plus fidèle serviteur. En 1396, Enguerran VII partit, par dévouement pour son parent le comte de Nevers, pour la croisade qui se termina par le désastre de Nicopolis, et, le 18 février 1397, i^ mourut prisonnier à Brousse, en Bithynie, où il avait été emmené par Bajazet, son vainqueur.
Bidaut de Caix survécut peu à son parent et bienfaiteur.
Nous voyons, par un fragment de compte qui nous a été conservé et qui date très probablement du temps de l'absence du sire de Coucy, qu'il était devenu, de plus en plus, l'homme de confiance, le familier de la maison de Coucy, quelque chose comme l'intendant général d'Isabelle, privée de la protection de son époux ". Il avait en même temps
' Probablement Saintc-Maurc-dc-Peyriac (Lot-ct-Garonnc). — Voir nos Preuves, CK.
' Voir nos Preuves, CX.
conservé le titre de Capitaine de Laon, qu'il garda jusqu'à sa mort arrivée peu après. Nous apprenons, en effet, par un mandement royal conservé aux Archives de la ville de Laon ' et qui ne peut être postérieur à 1399, que le roi nomma à l'office « vacquant par le trespas de Bidaut de Cays, chevalier » , son huissier d'armes Guillaume de Philliecourt, malgré les efforts du sire de Châtillon pour faire choisir « un sien parent nommé Célabaud de Montmorency. » La mort de Bidaut de Caix arriva postérieurement au mois d'avril de cette année 1399 '; il avait alors environ 73 ans.
Quant à Bidaut II de Caix, l'ancien Bidallet, il paraît avoir joué un rôle tout à fait effacé à côté de son père. Nous le trouvons mentionné dans une Montre du 17 octobre 1387 ^ en tête des écuyers. Puis le silence se fait sur lui. Nous savons cependant, par des pièces concernant sa fille, qu'il était chevalier * quand il mourut, entre 1399 et 1404. Nous apprenons également, par les actes concernant cette fille, qu'il avait épousé une demoiselle appartenant à la maison des seigneurs de Sissy % et que la mère de sa femme s'appelait Mahaut de Prix. Nous allons retrouver ces personnages en racontant le mariage
' Voir nos Preuves, CXI.
^ Voir nos Preuves XCVIII.
^ Voir nos Preuves, CXII.
* Voir nos Preuves, CXVII.
* Voir nos Preuves, CXIU.
romanesque de Marie de Caix, fille de Bidaut, deuxième du nom, en qui s'éteignit ce rameau établi dans le \'ermandois.
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OLtiaynTanVll bonnf a33\^a.\vt be QCala LagruftieVtnangsf l,^
MARIE DE CAIX, FILLE DE BIDAUT DE CAIX , 11*^ DU \CM, ET DE N... DE SISSY. — ELLE EST EXLEVÉE PAR NICOLAS DE BUCNEVAL, VENEUR ET ÉCUYER DE LOUIS, DUC d'ORLÉAKS. — SON MARIAGE. — ELLE DEVIENT DEMOISELLE d'hONNEUR DE LA REINE, PUIS EST PLACÉE SOUS LA PROTECTION DE VALENTINE DE MILAN. — NICOLAS DE BRUNEVAL, GRAND FAUCONNIER DE FRANCE. — FIN DE CETTE BR.\NCHE DE LA .MAISON DE CAIX. — XV^ SIÈCLE.
n certain jour du mois de septembre de l'an de grâce mil quatre cent trente-six, une trentaine de cavaliers armés faisaient irruption dans le pacifique petit village de Rcvillon-cn- Laonnois ', et cernaient le manoir où demeuraient Messire Hue de Brégny, chevalier, et Madame Mahaut de Prix, sa femme, tous deux vieillards octos;énaires. Les envahisseurs traînaient iwec eux M. Jean, dit UAUcmand, chevalier, seigneur de Sissy-
' Révillon, aujourd'hui canton de Braine, arrondissement de Soissons.
en-Thiérachc \ fils d'un premier lit de ladite dame Mahaut, qu'ils avaient rencontré sur leur chemin et qu'ils avaient lait prisonnier, non sans l'injurier cruellement, le traitant de « mauvais ribaut » et autres choses amènes.
Ce n'était pas, néanmoins, à Jean de Sissy, non plus qu'à sa mère, qu'en voulait la troupe en question. Elle ne s'était pas mise en campagne pour injurier un chevalier et pour terroriser deux vieillards, mais bien pour s'emparer d'une jeune héritière, petite-fille de la dame Mahaut de Prix, qui vivait à Révillon sous la garde de sa grand'mère et sous la protection de Messire Jean L'Allemand, sire de Sissy, et de Messire Jean de Boyleau, seigneur de Burelles-en- Thiérache et de Saint-Gobert % ses oncles, dont le dernier était son tuteur.
La jeune héritière dont il est ici question a déjà figuré dans le chapitre précédent. Elle s'appelait Marie de Caix et était la fille unique de Bidaut II de Caix et de la demoiselle de Sissy, sa femme ^
' Sissy, aujourd'hui canton de Rihémont, arrondissement de Saint- Quentin. (Voir nos Preuves, CXIII).
* Burelles, aujourd'hui canton et arrondissement de Verv-ins. — On trouve aux Archives Nationales (P. 249'', pièce LXix), un hommage rendu le 10 août 1404 par Jean Maqucrel, dit Chevalier, à « noble homme Boilleaue de Burelles, escuier, ad cause de son fief de Saint- Gobert » de terres sises en ce lieu. — Le même chevalier est nommé dans plusieurs des Montres où figurent les deux Bidaut de Caix. (Voir nos Preuves).
^ Jean de Sissy avait, en efi"et, épousé Jeanne de Fayel; il ne pouvait donc être l'oncle de Marie de Caix que par le mariage de sa propre sœur avec le père de sa nièce, puisque la grand'mère de celle-ci, Mahaut de Prix, était la propre mère de Jean. (Cfr. Melleville : Diclioun. de l'Aisne, et nos Preuves, CXIII).
Tant du côté paternel que du côté maternel, mais surtout du premier, elle possédait de grands biens que l'on estimait à « six ou huit cent livres de terre », ainsi que s'exprime la lettre de rémission qui nous sert de guide ^
Elle avait encore à Caix-en-Santerre un arrière-fief qui lui provenait d'Aubert de Sains, son grand-oncle, arrière-fief relevant de Fouencamp et de Jumelles, ainsi que nous l'apprend un dénombrement de cette dernière terre, rendu le lo mars 1404 par Jehan de Digneure, chevalier, seigneur de Jumelles à cause de sa femme Isabelle de Jumelles, à Monseigneur Ferry de Lorraine, seigneur de Boves '. Elle était aussi, par son père, dame de Travecy, de Nampcel et de Trennel en partie ^
Bref, c'était une riche héritière, et, bien qu'elle n'eût alors que sept ans ou environ, — étant née en ^399» — gIIg était l'objet des convoitises de beaucoup de jeunes seigneurs, parmi lesquels un des plus ardents à cette poursuite était Nicolas (ou Colart) de Bruneval, l'aîné d'une vieille maison dont, en dehors de ce qui concerne Nicolas lui-même, il nous a malheureusement été impossible de trouver d'autres traces ^ que deux quittances de gages, l'une
' Voir nos Preuves, CXIV.
* Voir nos Preuves, CXV.
' Probablement aujourd'hui le Traïaaut, terme de la commune d'Housset.
* M. le vicomte de Poli a bien voulu néanmoins nous signaler plusieurs pièces dans le dossier Berkeval (Piîrcs originales du Cabinet des Titres, Tome 306), qui concernent probablement des Bruneval. — Un autre dossier de la même collection (Pièces orig". Fricaxs), contient
d'un Guillaume de Bruneval, écuyer, en date à Amiens du 28 janvier 1388 (n. st.), l'autre d'un Robinet de Bruneval, aussi écuyer, en date au Mans du 28 juillet 1392 \ L'un de ces deux personnages était-il le père de Nicolas ou Colart de Bruneval? Nous ne saurions le dire.
Cest évidemment notre Colart dont nous trouvons le nom dans diverses pièces de l'année 1403, relatives à une gratification de cinquante francs d'or, qui lui est attribuée, comme veneur du duc d'Orléans, pour l'aider à s'équiper en vue d'accompagner son maître dans son voyage d'Italie '. Ces pièces nous font voir
également deux pièces (3 et 12), concernant un écuyer du nom de Jehan de Berneval, en 1350, et un autre appelé Michel de Berneval, en 1566; tous deux ser\-ant sous la bannière de Jean de Fricans. En 1405, un Bertin de Bruneval, écuyer d'Artois, est passé en revue par Jean de Vergy, maréchal de Bourgogne (La Chauvelays et Coligny : Les Années de trois premiers ducs de Bourgogne de la Maison de Valois, Paris, 1880, p. 141). Ce dernier Bruneval, au ser\-ice de Bourgogne, était très vraisemblablement d'une autre famille que le notre, écuyer et veneur du duc d'Orléans.
' Clairambault : Reg. 13, p. 861 et Titres scellés, T. 23, f. 1645. A la quittance de Guillaume de Bruneval est appendu un sceau rond de 19 mill. portant un écu gironné de quatorze pièces à l'écusson en abîme, au bâton en bande brochant sur le tout (Demay : Sceaux de Clairambault, ï\° 1658). Dans l'autre pièce citée. Robinet de Bruneval donne quittance de 30 francs à lui dûs pour ses gages et ceux d'un autre écuyer pour leurs serx'ices sous le gouvernement du comte d'Eu « en ceste présente chevauchée qu'il (le roi Charles \Y) entend faire en
aucune contrée » C'est le fameux voyage de Bretagne qui se
termina par l'apparition de la forêt du Mans et la folie définitive du Roi. — La maison de Bruneval tirait probablement son nom du fief de Bruneval, près de Merlemont (commune de Warluis, canton de Noailles, Oise), où l'on voit encore aujourd'hui une motte, sans doute l'emplacement de l'ancien manoir.
* Nous donnons ces pièces à nos Preuves, CXVI,
que dès cette époque, Nicolas de ]3runeval était déjà au service et fort avant dans les bonnes grâces du prince brillant, prodigue et futile, dont les folies semblaient autoriser et absoudre celles de ses serviteurs.
En 1406, nous le voyons devenu écuver et attaché comme écuyer-tranchant à la cour du même Louis, duc d'Orléans. Outre la fonction honorifique dont nous venons de parler, Nicolas de Bruneval occupait le poste de capitaine d'Ouchy-le-Château, une des cinq chdtellenies du Wilois, pour le compte du duc, son maître.
\'ivant dans le même pays, et connaissant très certainement Marie de Caix et sa famille ; sachant, comme le dit notre document, « qu'elle estoit gentil femme et riche de six à huit cens livres de son héritage de père et de mère, qui estoient alez de vie à trespas, » il la « convoita et affecta avoir par mariage », et il commença par mettre dans ses intérêts le duc d'Orléans lui-môme.
A sa prière, celui-ci fit faire une démarche auprès des parents de la jeune fille et invita même les principaux d'entre eux, et particulièrement ses oncles l'Allemand de Sissy et Boyleau de Burelles, à venir le voir. Mais ils firent la sourde oreille et ne bougèrent point. Bruneval redoubla donc ses eftbrts, et comme, à cette époque brutale, le meilleur moyen d'épouser une jeune fille que ses parents vous refusaient, était de s'en emparer par la violence, quitte, si elle n'était pas encore nubile, à la mettre en lieu sûr jusqu'au moment où le mariage pourrait se consommer, Bruneval, dis-je, parvint à circonvenir
tant et si bien le duc Louis d'Orléans, que celui-ci ordonna à son bailli de Coucy de lui amener ladite Marie et ses parents, afin de leur faire entendre raison. Et c'est sur cet ordre abusif d'un prince débauché que, le jour de septembre dont nous parlons, ledit Bruneval, s'étant « embrunché ' afin qu'on ne le congneust, en la compaignie dudit Bailli et d'autres grant nombre de gens armés », arrivait à Révillon, pour enlever une enfant de sept ans à ses parents octogénaires.
Le coup de main ne fut ni long, ni difficile à exécuter. Il n'v avait pas de résistance possible. Bien que ledit Bailli de Coucy, qui prêtait son autorité à si vilaine besogne, eût donné sa parole au vieux chevalier Hue de Blégny qu'il n'entrerait qu'avec deux personnes, les portes de l'hôtel furent forcées par trente soudards qui se répandirent partout et qui trouvèrent la petite Marie réfugiée dans la cave avec une chambrière « pour doubte des dessuz diz ». Le gibier pris, il s'agissait de le mettre promptement en sûreté.
On fit donc monter à cheval la pauvre enfant et sa grand'mère. Madame Mahaut de Prix, — malgré ses quatre-vingts ans, — ainsi que leurs plus proches parents. Il était bon de s'assurer contre des résistances et des plaintes ultérieures, et d'avoir en même temps sous la main les gens qui auraient à sanctionner le mariage si, comme on l'espérait bien, on parvenait à l'accomplir.
Ainsi renforcée, la troupe galopa vers Château-
' Embrunché, c'est-à-dire la tête couverte, dissimulée. •
Thierry, où clic croyait rencontrer le duc d'Orléans, mais, celui-ci étant alors parti pour Paris, on reprit en toute hâte le chemin de cette ville.
De Rcvillon à Château-Thierry, il y a à vol d'oiseau six bonnes lieues de France. On devine dans quel état y arrivèrent, à la suite d'une pareille course, une enfant de sept ans et une vieille femme de quatre-vingts, prisonnières et folles de terreur et de fatii2;uc.
Tout en chevauchant, Nicolas de Bruneval essavait d'opérer une pression sur la volonté de Marie, de sa grand'mère et de son oncle TAlIemand de Sissy, qui l'accompagnait aussi, bon gré mal gré. Tantôt il leur rappelait « qu'il seroit riches homs de la succession de son père » et qu'il était l'aîné d'une grande et noble famille, les sollicitant et les faisant solliciter par ses compagnons, au moyen de « doulces paroles », à consentir au mariage. Parfois aussi il prenait le ton de la menace, leur montrait l'intervention de son maître, le puissant duc d'Orléans, dans tout ce qui se passait, et essayait de les intimider et d'obtenir leur consentement par la peur.
Leur résistance persistait néanmoins. Peut-être espéraient-ils quelque inten^ention inattendue et providentielle qui viendrait les tirer de ce mauvais pas. La déconvenue qu'ils éprouvèrent en ne trouvant pas cà Château-Thierry le prince de qui ils avaient la naïveté d'attendre justice, sembla néanmoins ébranler leur fermeté. Mais quand ils eurent ajouté à leur pénible chevauchée les douze lieues qui séparent Château-Thierry de Meaux, et qu'ils virent que leurs bourreaux ne s'arrêtaient même pas dans
cette ville et qu'ils reprenaient sans tarder le chemin de Paris, leur courage tomba tout à fait, et ils demandèrent grâce.
On arrivait alors à Chauconin, le premier village en sortant de Meaux, sur la route de Paris. Bruneval ne perdit pas un instant, et profitant du consentement arraché par la fatigue et la crainte de pire à la malheureuse aïeule et à son fils, il s'arrêta dans ce village où le ravisseur et la victime furent « fiancez par main de prestre, et y dancèrent à menestréz, et firent grand feste. » On devine ce que fut cette fête pour Mahaut de Prix et pour l'Allemand de Sissy; mais ce fut du moins pour la pauvre femme un moment de repos qui lui permit de ne pas succomber de suite à sa fatigue et de repartir pour Paris dans un état moins lamentable. Ce ne fut d'ailleurs pour elle qu'un répit de quelques jours. Le coup qui l'avait frappé, l'excès d'épuisement qui en était résulté, et les violences qu'elle avait subies, avaient excédé ses forces physiques et morales, et elle ne devait pas s'en relever. A peine le mariage de sa petite-fille, célébré à Paris, lui eut-il rendu sa complète liberté, qu'elle revint chez elle où elle mourut, trois semaines après, du « desplaisir qu'elle avoit eu en la dicte besongne et mariage. »
Pendant ce temps, Marie de Caix, devenue devant l'église l'épouse légitime de Nicolas de Bruneval, bien qu'elle fût à peine, ainsi que nous l'avons vu, dans sa huitième année, était placée comme damoiselle d'honneur auprès de la reine Isabeau de Bavière. On pourrait s'étonner de voir cette enfant, dont la position était si singulière, confiée à une princesse
aussi peu rccommandablc que la femme de Charles \'i, si l'on oubliait les relations intimes qui existaient entre cette princesse et son beau -frère le duc d'Orléans. Nicolas de Bruneval ne pouvait donc — moralité à part — voir placée dans des mains plus sûres, plus à l'abri d'un retour offensif des braves parents de province qui la pleuraient dans leur manoir de Revillon, la petite héritière dont il était enfin parvenu à faire sa femme, et de la fortune de laquelle, en attendant qu'elle fût nubile, il commençait à jouir.
Cette fortune venait même de s'augmenter encore par l'ouverture de la succession de Mahaut de Prix, et, faisant mentir le proverbe qui dit qu'on n'hérite pas des gens qu'on assassine, Bruneval, au nom de sa femme-enfant, montrait des exigences éhontées. Malgré la coutume du pays, d'après laquelle tous les meubles de la défunte devaient revenir à son mari Hue de Blégny, Bruneval forçait le vénérable chevalier, par ses persécutions, à faire avec lui un accord par lequel il lui transportait toute sa fortune mobilière, tant celle qui lui était personnelle que celle qui provenait de sa défunte femme, la grand'mère de Marie de Caix. Puis, comme l'Allemand de Sissy, fils et héritier de ladite Mahaut, essayait de s'opposer à cette usurpation, et que quelques-uns de ses serviteurs avaient tenté de l'en.pêcher en s'emparant de ces valeurs, il les malmena et leur donna « une buffe ou deux », selon l'expression de notre document. Il est permis de croire que la lettre de rémission que nous suivons, et qui avait intérêt à diminuer les torts de celui qui en était le bénéficiaire,
adoucit quelque peu les faits, et la manière dont Bruneval avait agi dans l'affaire de son mariage nous autorise à croire qu'il mena celle de cette succession avec la même brutalité. Ce qui confirme pleinement cette supposition, c'est que, sur la plainte de Boileau de Burelle et de sa femme, « belle ante » de Marie de Caix, sur celle de son oncle Jean de Sissy, de Ramage de Beaurain et de Bidolet Herlin, également ses parents ou, comme on disait alors, « ses amis charnels », le roi cita eniin Nicolas de Bruneval, sous peine de bannissement, à comparaître en personne en la Cour du Parlement, « à certain jour du mois de may l'an mil quatre cent et sept », pour répondre des actesquiluiétaientreprochés. Il luiétait également enjoint, par la même citation, d'amener devant ladite Cour sa femme, qui était toujours à Paris, pour disposer d'elle et de ses biens « comme il appartiendroit. » Mais Bruneval, dès qu'il eut connaissance de ces lettres royales, fit tant et si bien qu'il emmena Marie de Caix hors de Paris, auprès de la duchesse d'Orléans, la belle et bonne Valentine de Milan \ sous la protection de qui il la plaça. 11
' Nous voyons, par un compte du mois d'août 1408, que Valentine de Milan prit au sérieux son rôle de protectrice de cette pauvre petite femme abandonnée. Comme dame de Coucy, elle avait la mainmise sur les biens de Marie de Caix jusqu'à ce que son mariage fut régularisé. Ces biens étant au pillage, la duchesse fit, en 1408, moissonner à Trennel, tout ce qui restait des récoltes, et c'est le résultat de cette expédition que nous publions à nos Preuves, n" CXVII. Sa famille, et en particulier son tuteur Jean Boyleau, seigneur de Burelles, défendaient aussi ses intérêts du mieux qu'ils pouvaient. Nous possédons et nous publions à nos Preuves, CXVIII, le procés-verbal d'une revendication exercée en son nom, le 5 août 1409, contre Raoul l'Escuier, demeurant à Marie, qui avait usurpé différentes récoltes et
comparut donc seul, apporta un semblant d'information qui avait été faite de son innocence, nia qu'il eût été présent à Reviilion au rapt de la jeune fille, affirma qu'elle avait alors dix ans ou environ « et que tout avoit esté fait de franche volonté et de plein consentement d'elle et de ses dits amis, et qu'ils en avoient eu très grande joye, » et essaya de payer d'audace jusqu'au bout.
Mais la Cour ne fut pas dupe de toutes ces belles phrases, et, par arrêts des 27 et 28 mai suivant, elle ordonna de nouveau que Marie de Caix comparaîtrait en personne devant elle « pour estre veue et interroguée », et elle décida que Bruneval serait « arresté prisonnier entre les quatre portes de Paris, sur peine d'estre actaint et convaincu dudit cas et de confiscation de corps et de biens, jusques à ce qu'il aroit fait venir ladicte damoiselle par devers ladicte Court ».
On pourrait croire que cette décision rigoureuse mit fin à la résistance de Nicolas de Bruneval; mais ce serait mal connaître la longanimité de la justice de cette époque quand elle avait à faire à des gentilshommes bien en cour, et l'énergie du ravisseur de Marie de Caix. Celui-ci prit prétexte d'une maladie... diplomatique, « et pour plus tost estre gary de la dicte maladie et avoir l'air du lieu de sa nativité », il quitta Paris à la barbe du Parlement, de ses sergents et de ses archers « et fut malade par l'espace d'un an ou environ ».
objets mobiliers appartenant à Marie de Caix et notamment « quatre blans draps » qui sont restitués.
Cette fois, cependant, la mesure était comble. Ses adversaires redoublèrent d'efîorts, et ils obtinrent contre lui quatre jugements par défaut, le condamnant tant au criminel qu'au civil. Par ces jugements, en effet, il était déclaré « décheu de ses deffenses », convaincu « etattainct des dicts cas », condamné de rechef à amener sa femme devant la Cour et à lui rendre tous ses biens usurpés et leurs fruits et revenus, à déposer devant la Cour « la somme de deux cents livres pour convertir en messes et prier pour l'âme » de la pauvre grand'mère Mahaut de Prix, qu'il avait fait mourir de fatigue et de désespoir, enfin, à payer à l'Allemand de Sissy 3000 1. t. pour la valeur des biens meubles de la succesion de sa mère, qu'il avait fait disparaître, et au même l'Allemand, auxdits Ramage et Bidolet, 4000 autres livres tournois, à titre d'amende, de dommages et intérêts, et au roi 2000 1. t. d'amende. De plus, il était condamné à la prison et au bannissement perpétuel, et le reste de ses biens étaient confisqués.
Sous le coup de cette condamnation, Bruneval fi.t agir de nouveau, au mois de janvier 1408, ses protecteurs et ses amis, et, par leur entremise, il obtint des lettres de grâce et de rémission le relevant de ses jugements par défaut en ce qui concernait les condamnations encourues et les amendes envers le Roi — tout en maintenant les sommes attribuées à ses adversaires — mais à la condition expresse « qu'il feroit venir ladicte damoiselle sa femme par devers ladicte Cour quand elle l'ordonneroit, pour veoir et interroguer icelle damoiselle », et avant que ces lettres fussent vérifiées, il fut appréhendé au
corps cl conduit au Chaslclct de Paris pendant que sa femme était, de son côté, amenée à Paris et interrogée par le Parlement.
Marie de Caix avait alors treize ans ou environ, « grande et puissant », dit notre document. Elle déclara qu'il y avait déjcà un an et demi qu'elle vivait maritalement avec son époux et qu'ils avaient « demouré ensemble en l'hostel du père dudit suppliant, paisiblement et amoureusement, comme mary et femme doivent demourer ensemble ». Bref, tout était pour le mieux dans le meilleur des ménages, et la pauvrette faisait contre mauvaise fortune bon cœur. De ce côté donc, toute difficulté était aplanie. Restait à régler les questions d'intérêt avec la famille de Marie de Caix. Sur ce point, Bruneval faisait observer qu'il était « en voye d'accort à ses parties adverses », mais qu'il craignait que la Cour c( ne vueille procéder à l'encontre de luy extraordinairement et à peine corporêle, dont il seroit à tous jours désert et perdu... ». Il demandait donc au roi, « en faveur dudit mariage qui est fait, parfait et consommé », et faisant valoir qu'il était « homme de grande et noble génération et extraction », de lui accorder des lettres de grâce. C'est à la suite de cette requête que lui fut octroyée, à Auxerre, au mois d'août 141 2, la lettre de rémission dans laquelle nous avons trouvé les curieux détails que nous venons de rapporter et qui pardonnait à Nicolas de Bruneval tous ses méfaits antérieurs sous réserve, bien entendu, de la satisfaction civile qu'il devait donner à ses adversaires.
Nous ignorons ce que devint cette union inaugurée
sous de si fâcheux auspices. Xous n'avons même pas pu nous assurer si elle fut féconde ou stérile, et nous n'avons trouvé aucune trace des enfants issus de Nicolas de Bruneval et de Marie de Caix \
Tout ce que nous savons, c'est que l'ancien écuyer-tranchant du duc d'Orléans devint, peu de temps après la fin de son procès, échanson et grand fauconnier du roi.
Xous possédons, en effet, deux quittances de lui, en date du 29 janvier 141 6 "' et du 11 décembre 141 7 '\ concernant des sommes reçues par lui en cette qualité pour l'achat de « certains oyseaulx » destinés au « déduit et esbatement » de son maître *. Ces quittances sont scellées d'un sceau rond en cire rouge de 2) mill. portant pour armoriai un écu gironné de quatorze pièces à l'écusson en abîme, penché, timbré d'un heaume à lambrequins cime d'une tête d'homme barbu.
Colart de gr al
Elles sont, en outre, signées par Nicolas de Bruneval, particularité fort rare encore à cette époque dans les pièces de ce genre '\
' Peut-être une Marie de Bruneval qui possédait, en 1470, une rente sur le grenier à sel de Pontoise, était-elle issue de notre couple ? (Calai, du Baron de Joursanvault, T. I, p. 234).
* Voir nos Preuves, CXIX.
' Voir nos Preuves, CXX.
* Clairambault : Titres scelles, T. 23, fol. 1647. — ^'o'"" ^"^ssi le P. Anselme : Hist. gàu'aJ., T. VIII, p. 70, et nos Preuves, CXXI.
* Nous donnons à la fin de ce chapitre un des sceaux de Colart de Bruneval et sa signature autographe à nos Preuves.
De plus, nous avons retrouve le dénombrement d'un arrière-lîef de Travecy, fait le 9 mai i.}i6 à Colart de Bruneval, en sa qualité de seigneur de Nampcel et de Travccy en partie, lequel dénombrement nous prouve qu'à cette date encore, il possédait les deux seigneuries qui lui provenaient, par sa femme, de son beau-père Bidaut II de Caix (Preuves, CXXII).
Quant à Marie de Caix, nous ignorons ce qu'elle devint après que son mariage eut été régularisé.
Avec elle s'éteignit la deuxième branche de la maison de Caix fixée en Vermandois au XIV^ siècle. On nous pardonnera très certainement d'avoir aussi longuement raconté l'histoire de sa romanesque union avec Nicolas de Bruneval, histoire qui nous paraît jeter un jour curieux sur les mœurs de la noblesse à l'époque de Charles VI.
HENRY DE CAIX, I" DU XOM, SEIGNEUR DE LA MAIRIE DE CAIX. — MARIE DE CAIX, ÉPOUSE d'aNTOIXE DE BROUILLY. — JEAN DE CAIX. — PROCÈS D'hENRY DE CAIX AVEC LE PRIEUR DE LIHONS-EN-SANTERRE. — LIQUIDATION DE SA SUCCESSION ENTRE LES ENFANTS DE SES DEUX FEMMES : MARGUERITE DE RUBEMPRÉ ET ADRIEXNE DE SOREL. — HÉLÈNE DE CAIX, SA FILLE AÎNÉE, APPORTE LA MAIRIE DE CAIX A SON ÉPOUX, HUGUES DE RIEN COURT. — ADRIEN DE CAIX, I" DU NOM, ET SES FRÈRES. — HENRI II ET ADRIEN II DE CAIX (XV^ ET XVIC SIÈCLES).
oLis ignorons l'époque de la naissance de Henry de Caix, i^-" du nom, écuyer, seigneur de la Mairie de Caix-en-Santerre. Etait-il le
fils de Jean de Caix, fils du Danois, sous lequel fut brûlé le manoir familial de Caix, ou celui d'Aubert II"^ du nom? C'est ce que l'état de nos connaissances sur ce sujet ne nous permet pas de décider. La possession du fief de la Mairie de Caix, constatée entre les mains du premier au commencement du XV*^ siècle (voir p. 151), nous porterait à croire qu'Henry, seigneur du même fief cinquante ans après, comme nous allons le voir tout à l'heure, était issu de lui; mais comme, d'un autre côté, nous ne connaissons aucun document authentique concernant les enfants de ce Jean, il serait aussi possible qu'Henri fût le fils ou le petit-fils d'Aubert II, et que ce dernier eut trouvé le fief de la Mairie dans la succession de son cousin Jean, le fils du Danois. Quoi qu'il en soit de cette filiation, ce qui est hors de doute, c'est qu'Henry de Caix était issu, par Jean ou par Aubert, de Dreux de Caix et de Marie de Han, puisque les autres descendants de ce couple n'avaient pas laissé de postérité \
Avant de nous occuper de Henr}^ de Caix et de sa descendance, nous devons parler d'un certain nombre de personnages, du nom de Caix, que nous trouvons à la même époque.
Xous aurons, du reste, peu de choses à en dire. En
' Une pièce du Cabinet des Titres (Pièces originales, Tom. 1603, doss. 56885) indique bien que d'Hozier, son rédacteur, considérait Henry de Caix comme appartenant à la même souche que Jean de Caix, seigneur de Dancourt et Wad\-\-oie, que Jean de Caix, chevalier en 1255, et que Robert de Caix en 1131, dont il réunit tous les noms au sien.
effet, si le XR'^ siècle est le plus riche en documents pour l'histoire de notre vieille maison picarde, le XV^ est, par contre, celui qui nous a laissé les moins nombreux.
Nous pouvons citer, dans la première moitié de ce siècle, un Hue de Caix, que les Archives de Joursanvault nous montrent qualifié écuyer, canonnier du roi, et envoyé de Romorantin à l'armée d'Angoumois et de Saintonge \
On pourrait s'étonner de voir le titre d'écuyer accolé à la mention de canonnier du Roi. Mais il ne faut pas oublier qu'au commencement du XV^ siècle, l'artillerie commençait à jouer un rôle décisif dans les combats. Le maniement de ces nouveaux engins de destruction était encore peu répandu — on en voit une preuve dans l'envoi de Hue de Caix au comte d'Angoulême — et ceux qui les connaissaient étaient, parmi les hommes d'armes, des privilégiés. La charge de maître de l'artillerie était une des plus importantes à la cour militaire des rois à la fin du XlV^et pendant toute la durée du XV^ siècle. Ceux qui la remplirent furent des personnages considérables. Il suffit de rappeler les noms de Jean de Lyon, de Jean Petit, de Louis de Crussol, de Jean et de Gaspard Bureau, de Tristan Lhermite, de Jean Chollet, etc. ".
' Voir nos Preuves, CXXIII.
* Un canon, conser\'é au Musée d'artillerie, porte l'inscription suivante sur la tranche de bouche : « MCCCCLXXVIII, du commandement Loys, par la grâce de Dieu, roi de France, XI<: de ce nom, me fcist faire à Chartres, Jean Chollet, chevalier, maître de l'artillerie dudit seigneur ».
Si les maîtres de rartilleric étaient de hauts fonctionnaires, les maîtres canonniers étaient des officiers de marque qui avaient de nombreux servants sous leurs ordres, et qui jouissaient de privilèges appréciés '. Presque tous appartenaient à la noblesse et avaient le titre d'écuyer. Nous pouvons citer Nicole de Billy « maistre de canons au service du roy » en 1370-, Jehan de Lanault, Anthoine Richief et Colart Jozel de Dinant « maistres de bombardes » à Metz, dont M. Larchey publie (page 103) les sceaux armoriés, etc., etc. C'était donc une situation fort honorable, pour un gentilhomme de fortune, comme Hue de Caix, que celle de canonnicr du roi, et elle n'amoindrissait nullement, au contraire, sa qualité d'écuyer.
Nous trouvons à la même époque, dans une Montre de 8 chevaliers, 83 écuyers et 5 archers à cheval, sous Raoul de Gaucourt, Montre passée le 14 août 1415 à Lourmaiye (Lourmais, Ille-et-Vilaine), un le Galois de Chey ^. Cet écuyer est-il des nôtres ? C'est ce qu'il nous est impossible de dire, bien que la forme de son nom ne soit pas ici un obstacle (\^oir plus haut p. 36). Nous ferons seulement remarquer que cette
' Parmi ces privilèges était celui de pouvoir porter, même au feu, la robe, tandis que leurs servants n'avaient que le justaucorps (Lorédan L.ARCHEY : Origines de l'artillerie française; planches autographiécs, d'après les monuments du XIV^ et du XV>^ siècles, avec introduction, table et te.xte descriptif. Paris, Dcntu, 1863, in-fol., pi. 29).
' Comptes d'Yvon Huart, receveur des aides de Caen. — LÉOP. Delisle : Histoire de Saint-Sauveur le Vicomte, n° 125, p. 185, cité dans Vte DE Poli : Inventaire de Billy, n» 188.
' Cl.\ir.\.mb.\ult : Titres scelles, T. 52, no 24, p. 5910.
compagnie, sous le commandement du connétable d'Albret, est remplie de noms picards et artésiens. On V trouve notamment, parmi les chevaliers, ceux de : Quitr}', Fontaines, Hargicourt, Sapignies, Karados des Quesnes (seigneur de Boulogne-la- Grasse), Bouconvillers, et, parmi les écuyers, ceux de : Serens, Pont, Milly, Grosmenil, Cuise, Gribeauval, Belloy, la Lande, Gaudechard, Auxy, Froissicourt, Sains (deux fois), Hardeville, Hargenlieu, Lallemant, Bonneval, la Neuville, Berthemont, Avesnes, etc., etc. Il ne serait donc pas étonnant qu'un Caix picard se trouvât égaré en Bretagne avec tous ces compatriotes, sous le nom de Galois de Chey, forme que nous avons déjà rencontrée pour Caix \
Nous pourrions encore citer d'autres personnages du nom de Caix dont l'attribution à notre famille picarde est plus que douteuse ', mais nous croyons
' Il y a, dans cette pièce, trois écuyers portant le surnom de Galois : le Galois de Cuise, le Galois de Chey et le Galois de Hardeville. Ce sobriquet, tiré des romans de chevalerie, est très fréquent au moyen-âge. On trouve chez les Aunoy, vieille maison picarde repré.sentée aux croisades, notamment par Gilles d'Aunoy, tué en 1204 au secours d'Andrinople et cité par Villehardouin, trois chevaliers surnommés le Galois d'Aunov. L'un d'entre eux eut sous ses ordres, en 1569, Jean de Caix, seigneur de Dancourt (Voir plus haut, p. 160).
* Farmi les Caix que nous rencontrons au XV>-' siècle, nous citerons encore pour mémoire un Anthoine de « Quay », ou de « Quaiz », veneur du roi Louis XI (Fonds Français, 2906, fol. 64, 77), un Nicolas « Caix » passé en revue le 24 août 1426 (Cabinet des Titres, vol. reliés, n° 1410, pièce 104); un Guillaume « Desquay », archer dans une Montre passée à Amiens le 13 juin 1475 (I-'oinls Français, tome 25780, pièce n» 63), et un François « Desquez » ou « des Quetz » qui paraît comme archer en 1483 dans une Montre du même volume
devoir ne pas nous laisser entraîner trop loin dans cette voie.
Il nous faut cependant dire un mot d'une Marie de Caix, qui fut la sœur de Henri de Caix et qui épousa, vers le milieu du XV'' siècle, Anthoine de Brouilly, seigneur de Mesvillers, etc.
Les documents anciens sur Anthoine de Brouilly et sa femme Marie de Caix sont tellement confus et contradictoires que nous sommes obligé, pour ne pas faire ici une trop longue digression , de les étudier à part '. Nous renvoyons nos lecteurs à cette dissertation spéciale. Ils y constateront, une fois de plus, l'inexactitude et l'incohérence des généalogistes les plus fameux, quand ils travaillaient autrement que sur des documents précis, et avec quelles précautions il faut se servir de leurs données concernant la filiation des familles, pleines, presque toujours, d'erreurs, et très souvent d'absurdités.
Henri de Caix avait encore un frère appelé Jean qui nous est connu, d'abord, par une Montre passée à Montreuil le 30 mai 1482 '. On pourrait s'étonner de voir un gentilhomme picard, servant en Picardie parmi des gens de guerre qualifiés, comme dans
(pièce 88), puis le 20 mai de ranncc 1 500, comme homme d'armes dans une Montre passée à Cosne, sous le commandement d'Antoine de Baissay, seigneur de Longocourt et bailly de Dijon (Clairambault : Titres scelles, reg. 120, no 6). Nous ne savons si ces personnages appartiennent aux Caix de Picardie, et, dans le doute, nous n'osons rien affirmer.
» Voir nos Preuves CXXIV.
* Voir nos Preuves CXXV.
cette Montre, de « gascons »; mais il ne faut pas oublier que, dès le XV*^ siècle, les compagnies se composent d'hommes d'armes levés un peu partout. Ainsi, dans cette Revue de prétendus gascons, on trouve des la Perrière, des Jobert, des de Beauregard, des de Bailleul, des de Bertaucourt, des du Pont, des duicret, des de Beaulieu, etc., etc., qui appartiennent très certainement aux provinces du Nord. Cette expression de « gascons » n'était donc nullement exclusive de recrues provenant de pays tout différents. Les exemples foisonnent à cet égard, et c'était, la plupart du temps, l'origine de son commandant qui servait à donner à la compagnie, quand elle en avait une, sa désignation provinciale. Mais la meilleure preuve que cette troupe n'avait de « gascon » que sa désignation officielle, c'est qu'elle ne paraît pas avoir quitté l'Artois et la Picardie pendant plus de dix ans. Nous retrouvons, en effet, Jean de Caix, au mois de juin 1493, en garnison à Doullens \ où il eut, « au logis de son cappitaine où pend pour enseigne le Constantin » une querelle avec un de ses camarades « pour raison de certain butin qu'ilz avoient eu durant qu'ilz estoient en garnison à Béthune ». Ayant été injurié, traité de méchant homme et de « hongnard » ", et menacé par son adversaire, « Jehannot » de Caix perdit patience, tira son épéc et en donna un coup de taille
' Voir nos Preuves, CXXVI.
' Hongnard = grondeur, grognon ; d'un verbe Hongner ou Hoingner. — Cf'r. Lacurne de Saixte-P.^l.\ye : Dictionii. histor. de Vauc. Langage français. Edit. Havre. Paris, in-4".
sur la tête de son compagnon, « au moyen duquel cop, par faulte de gouvernement (de soins) ou autrement », il en mourut trois jours après. Immédiatement emprisonné, Jean de Caix demanda des lettres de rémission, et il est probable que la provocation avait été violente, car il obtint ces lettres quelques jours après, dans le même mois de juin.
Maintenant que nous avons déblayé le terrain, il ne nous reste plus qu'à parler de Henry de Caix, premier du nom, et de sa descendance.
Vers l'année 1482, Henry avait épousé damoiselle Marguerite de Rubempré, fille de Raoul de Rubempré, écuyer, seigneur d'Aubercourt, et de damoiselle Antoine (sic) d'Hénencourt '. De ce mariage naquit une fille unique, nommée Hélène.
Marguerite de Rubempré étant morte peu d'années après, Henry de Caix se remaria, vers 1488, avec damoiselle Adrienne de Sorel, appartenant à une vieille famille picarde sur laquelle nous donnons une note assez étendue à nos pièces justificatives". De ce second mariage naquirent plusieurs fils et plusieurs filles, dont nous parlerons plus tard.
Comme seigneur du fief de la Mairie de Caix, Henry I de Caix eut, ainsi que ses ancêtres, des démêlés avec le Monastère de Lihons-en-Santerre, dont le prieur-commendataire était alors Guillaume Maraffin, évêque et comte de Xoyon. Henry de Caix refusant de rendre la foi et hommage qu'il devait à
' Voir nos Preuves, CXXVII.
* Voir nos Preuves, CXXVIII.
Tévêque, son suzerain, celui-ci avait mis opposition sur les revenus du fief qu'il avait saisi, et cette situation dura jusqu'à l'année 1488, époque à laquelle Henry consentit enfin à s'exécuter \
11 est permis de croire que son alliance avec la demoiselle de Sorel ne fut pas étrangère à cette détermination. Nous voyons, en eflfet, que Pierre de Sorel, frère d'Adrienne, était alors chanoine de Noyon, et il est probable que l'autorité de ce chanoine s'exerça pour amener la soumission d'Henry de Caix, soit que celui-ci espérât, par cette soumission, réaliser plus facilement ralliance qu'il convoitait, soit que, marié déjà, il ait cédé aux instances de sa femme désireuse, dans un but intéressé ou dans un sentiment de pure affection, de ne pas s'aliéner les bonnes grâces d'un parent respecté et influent.
Quoi qu'il en soit du mobile qui le fit agir, nous voyons qu'Henry se rendit, en personne, à Noyon, le 23 mai 1488, et qu'il y fit au prieur-évêque l'hommage de « tout un fief et noble tènement, contenant la Mairie de Caix » où il demeurait, « avec le serment de fidélité et en tel cas requis et accoutumé », moyennant quoi il obtint la levée de la main-mise sur ledit fief, et en reçut de nouveau « pleine délivrance » -.
* Voir nos Preuves, GXXIX.
* II m'a été malheureusement impossible de remettre la main sur les pièces de procédure de ce long procès, dont nous ne connaissons que l'acte final. Je signale cette recherche à ceux de nos arrière-neveux — s'il s'en trouve — qui reprendront après moi ces études d'histoire familiale. Lorsque les Archives départementales de la Somme et de l'Oise seront dans un état de classement plus avancé, il est possible que
Henry de C:ii.\ vivait encore en 1493, ainsi que nous rapprend une inscription gravée en caractères gothiques, sur pierre dure, qui était, il y a quelques années, appliquée sur le mur de fond du transept de l'église de Caix-en-Santerre '. Cette inscription est une donation de terre à ladite église par Jehan et Mariette de Han et les trois pièces de terre qui font l'objet de cette donation touchent à des propriétés de Henry de Caix.
Celui-ci mourut après sa seconde femme, dans la première ou dans la seconde année du XVI'-' siècle, et sa succession donna lieu à de graves contestations entre ses enfants des deux lits.
Par son contrat de mariage avec Marguerite de Rubempré, il avait été stipulé, en effet, que si de ce mariage il ne laissait que des filles et que, d'un autre mariage, il eût des fils qui succédassent à ses fiefs, ses filles du premier lit auraient, après son décès, un fief consistant en quinze muids de grains de rente, hypothéquée sur l'abbaye de Corbie, et un autre fief situé à Omiécourt. Sa succession ouverte, Hélène, sa fille unique du premier mariage, qui avait
l'on retrouve quelques traces de ces procédures, lesquelles auraient pour l'histoire de notre maison une importance toute particulière, — soit à Amiens, dans les dossiers du prieuré de Lihons, soit à Beauvais, dans les monceaux de papiers judiciaires, empilés aujourd'iiui dans les greniers de l'ancien Evèché. Quant aux Arcliives du Château de Sorel, où j'avais espéré pouvoir rencontrer quelque renseignement à ce sujet, une aimable communication de son propriétaire actuel, M. le baron de Ségonzac, m'atBrme malheureusement qu'elles ont complètement disparu.
' Voir nos Preuves, CXXX.
alors atteint sa majorité \ prétendait se faire attribuer les deux fiefs susdits hors pari et venir partager le reste de l'héritage paternel avec ses frères et sœurs du second lit. Il fallut donc en venir à un arbitrage ^
Les arbitres choisis furent MM. de Brouilly, de Mgnacourt et François ^ Les parents appelés à représenter les enfants des deux lits furent, pour Hélène de Caix, son oncle Adrien de Rubempré, écuyer, seigneur d'Aubercourt, à qui elle donna sa procuration, et pour ses frères et sœurs mineurs, Messire Pierre de Sorel, prêtre, chanoine de Noyon, aussi leur oncle maternel, et qui, en cette qualité, était déjà leur tuteur.
Les parties entendues, ces arbitres décidèrent que si Hélène préférait venir partager la succession avec ses cohéritiers, elle le pourrait, mais en renonçant à se prévaloir de la clause du contrat de mariage de sa mère et en abandonnant préalablement les deux fiefs qui lui étaient assurés par ce contrat; mais que si, au contraire, elle comptait se prévaloir de cette clause du contrat, et s'en tenir au don qui y était stipulé en sa faveur, elle ne pourrait rien réclamer de
' On sait qu'au Moyen-Age, les femmes étaient majeures bien avant les hommes. Ceux-ci ne le devenaient qu'à vingt et un ans, âge auquel ils étaient présumés pouvoir accomplir leur devoir féodal. Les femmes, au contraire, n'avant aucune obligation militaire à remplir personnellement, étaient majeures dès qu'elles étaient nubiles, c'est-à-dire vers quinze ou seize ans. Or, Hélène de Caix devait avoir à peu près i8 ans en 1505, et son frère aîné Adrien trois ou quatre ans de moins.
' \'oir nos Preuves CXXXI.
^ I^ signature « A. de Brolly » est-elle celle d'Antoine de Brouilly, marié à Marie de Caix, tante des parties? Cela est fort probable.
plus sur les fiefs, terres et autres biens laissés par son père.
Les pièces que nous possédons ne nous font pas connaître d'une manière explicite le parti auquel s'arrêta Hélène de Caix. Il paraît certain, néanmoins, qu'elle renonça aux clauses du contrat de mariage de sa mère et qu'elle entra en partage avec ses frères, puisque nous voyons plus tard ses héritiers posséder des fiefs qui ne sont pas indiqués audit contrat, et notamment la Mairie de Caix; son fils, Jean de Riencourt, se qualifier seigneur de Caix, et la Maison de Guiche tenir, au siècle suivant, la Mairie de Caix, des représentants du même Jean.
Hélène de Caix épousa, en effet, vers l'année i)20, Hugues de Riencourt, chevalier, seigneur de Tilloloy, Vaux, Arleux et Saint- Séverin, fils de Jean de Riencourt ', écuyer.
Elle en eut deux enfants : un fils, dont nous
' Gcncal. de Riencourt ; etD. Grenier : CoUcct. de Picardie, Tome 144, fol. 10 verso. — D'après des traditions de famille, ce mariage fut fait sous les auspices de Gabriel ou Garain de Riencourt et de Jean, son frère, écuvers, lesquels étaient oncles à la mode de Bretagne de Hugues de Riencourt et amis de la famille de Caix. Tous deux étaient fils d'un autre Hugues de Riencourt, en son vivant premier maître d'hôtel d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et de damoiselle Marie de Lameth. Ils demeuraient à Corbie, où ils furent tous deux, dès l'année 1 507, conseillers aux Comté et Prévôté de la ville. Garain de Riencourt signa, le 23 mars 13 13, avec plusieurs autres, en qualité d'échevins de la ville de Corbie et d'auditeurs royaux, une délibération qui fut prise dans l'assemblée de ville au sujet des réparations à faire aux fortifications de la ville. — Voir Ane. Keg. du Buffet de Corbie, cote 15, fol 56 recto ; Comptes de 1 557 et 1 549. — D. Grenier : T. 30, paq. 4, art. 6, et T. 54, paq. 5, art. 2^B. — Voir encore d'Hozier : Armoriai général, Reg. V, 2e Partie. Article Riencourt.
venons de parler, marié à une demoiselle de Daumont et mort sans postérité, et une fille, Marie de Riencourt, qui épousa, avant le 6 janvier 1338, Jean (ou Robert) de Forceville, seigneur de Forceville, de Fontaines et de Varel, d'où vint Jean II de Forceville, chevalier de Malte. Marie de Riencourt apporta à la maison de Forceville les biens qu'elle possédait à Caix du chef de sa mère.
Hélène de Caix mourut, bien avant son mari, entre les années 1527 et 1332, ainsi qu'il résulte de deux des pièces où il est question d'elle, parmi celles qui furent produites aux Preuves faites par la maison de Riencourt '.
Pour en terminer avec ce que nous avons à dire de la fille de Marguerite de Rubempré, nous ajouterons que V Armoriai General de d'Hozier (art. de Riencourt^, parlant du mariage d'Hélène de Caix ', dit qu'elle était « sœur d'Antoine ^ Sgr. de Caix au pays de Santerre, homme noble et d'ancienne lignée,
' ViLLERS-RoussEviLLL : Xobiliairc de Picardie. (\'oir nos Preuves, CXXXII). Devenu veuf, Hugues de Riencourt se remaria, le 25 juin 1532, avec Catherine de Cochet de Jalage, qui vivait encore en 1550 et dont il eut plusieurs enfants, notamment Christophe et Claude de Riencourt, qui continuèrent la descendance. — Voir le Dictionnaire de L.\ Chesnwye des Bois. — A propos de cet auteur, nous ferons remarquer ici en passant, qu'il ne cite même pas la première union de Hugues de Riencourt avec Hélène de Caix, ni les enfants qui en sont issus. La légèreté habituelle de ce généalogiste vénal suffirait à expliquer cette omission s'il n'avait pour excuse, dans le cas présent, ce fait que la descendance de cette branche des Riencourt se continua par la seconde femme de Hugues, Catherine de Jalage.
* Voir nos Preuves, CXXXIII.
' Voir sur cet Antoine ce que nous disons plus loin, p. 225.
et fiUc d'Antoine de Caix, lîcuyer, seigneur de Caix », etc. Nous n'avons pas besoin d'insister sur cette erreur du célèbre généalogiste qui en a tant commis d'ailleurs — par complaisance aussi bien que par ignorance. Cela ne diminue en rien, du reste, la valeur du document qu'il cite relativement à Hélène de Caix, fille, non d'Antoine, mais d'Henry de Caix, écuyer, seigneur de la Mairie de Caix en Santerre.
Nous revenons au partage de la succession d'Henry de Caix.
Il n'est pas douteux, ainsi que nous l'avons démontré, que c'est à la suite de ce partage que les fief et manoir de la Mairie de Caix ', que la famille conservait à travers tant de vicissitudes, et qui lui permettait de résider encore dans le pays dont elle portait le nom, et dans une situation nobiliaire honorable, malgré la spoliation dont elle avait été victime en 1 13 1 — il n'est pas douteux, disons-nous, que c'est à la suite de ce partage qu'eut lieu cette aliénation du domaine fLimilial, qui consomma la ruine définitive de la maison de Caix.
Par une singulière fatalité, nous retrouvons encore ici la main de l'abbé de Lihons ou de membres du clergé placés entièrement sous sa dépendance.
On a vu plus haut, en effet, que le tuteur des
' D'aprcs des documents contemporains, dix journaux de terre, clos de murs et constituant un parc, entouraient le manoir de la Mairie de Caix; ce manoir était situé derrière l'église; on en voyait encore quelques restes, en brique et pierre, il y a peu d'années (Xotice sur lu seigiu'iiiic et l'église de Caix, pp. 23 et 26).
enfants d'Adrien ne de Sorel était leur oncle maternel, Pierre de Sorel, chanoine de Xoyon, et que c'est lui qui fut chargé de les représenter lors de la liquidation de la succession de leur père.
Or, il ne faut pas oublier que le Prieuré de Lihons était, à cette époque, à peu près inféodé à l'évêché de Xovon. Après Guillaume II Maraffin, mort à Carlepont, le 7 août 1301, Charles I de Hangest, son successeur sur le siège épiscopal de Noyon, était devenu prieur de Lihons. De plus, la cure d'Orvilliers- Sorel et celle de Biermont, desquelles dépendait le château familial de Sorel, étaient à la collation du Trésorier de Lihons. Les motifs ne manquaient donc pas à Pierre de Sorel, chanoine de Noyon, pour le disposer à être agréable à son évêque. Or, que pouvait-il faire de mieux pour cela dans cette circonstance, que profiter de l'occasion qui se présentait de débarrasser le prieuré de Lihons de vassaux gênants, descendants des anciens seigneurs du fief dominant et chez lesquels — on l'avait vu récemment par les difficultés qu'avait faites Henry de Caix pour rendre hommage à Guillaume Maraffin — n'était pas encore éteint le souvenir de la spoliation de 1131? Il est donc très vraisemblable qu'il crut de bonne politique de supprimer à son prieur-évêque des vassaux embarrassants, tout en liquidant la situation probablement très obérée de ses jeunes neveux. C'était faire coup double, et il est peu de circonstances dans lesquelles les visées de l'intérêt particulier aient pu se revêtir avec plus de vraisemblance du masque d'un devoir à accomplir. Nous avons, d'ailleurs, le testament de Pierre de
Sorcl qui nous donne la preuve que l'esprit de famille était complètement dominé chez lui par le zèle religieux et qu'il n'aurait pas hésité, le cas échéant, à sacrifier le premier au second.
Dans ce testament, que nous publions à nos Pièces justificatives ', et qui date vraisemblablement d'une époque antérieure, Pierre de Sorel donne presque tout ce qu'il possède à l'Eglise et aux pauvres — à l'exception de quelques legs à des amis, parmi lesquels, chose assez curieuse, il comprend « Charles, son filleul, fils de son compère Cauvin », lequel n'est autre que le frère du fameux Jean Calvin"-. Par contre, il a soin de dire qu'il « veut que son frère ni sa sœur ou autres de ses héritiers, ne se meslent ny aient l'entremise de l'exécution de son testament, en quelque manière que ce soit y).
Il nous paraît donc bien certain que l'aliénation définitive de la Mairie de Caix, qui eut certainement sur les destinées de la maison de Caix , aux siècles suivants, l'infiuence la plus désastreuse, fut due aux mêmes influences et presque aux mêmes personnes que celles qui furent les auteurs de sa première ruine quatre siècles auparavant.
' Voir nos Preuves, CXXXIV.
* Le Charles Cauvin en question est, en effet, le fils de Gérard Cauvin, procureur en Cour d'Eglise, père du célèbre réformateur noyonnais. Charles Cauvin, sensiblement plus âgé que Jean, devint chapelain de la Cathédrale et reçut les ordres. Accusé de certaines opinions hétérodoxes, il fut l'objet de plusieurs censures et finalement mourut en état d'interdiction. Sa rupture avec l'Eglise lui valut d'être inhumé sous les fourches patibulaires en 1557. On peut voir sur ce personnage l'ouvrage de M. Abel Lefr.\nc, archiviste aux Archives Nationales : La Jeunesse de Calvin. Paris, 1888, i vol. gr. in-8.
De son second mariage avec Adrienne de Sorel, Henry de Caix laissait d'ailleurs plusieurs enfants ; l'arbitrage de 1503 parle au pluriel des « frères et sœurs » d'Hélène, et, comme nous connaissons au moins trois des frères, il en résulte qu'Adrienne de Sorel avait au moins cinq enfants vivants. Cette circonstance était encore de nature à donner une justification à l'abandon consenti, au nom de ses neveux, par Pierre de Sorel, puisqu'il paraissait ne consentir à cet abandon que sous le coup d'une nécessité inéluctable.
Que restait-il à faire, dans cette situation, aux fils d'Henrv'' de Caix, devenus des hommes, sinon reprendre l'épée qu'avaient portée presque tous leurs ancêtres et que leur père avait peut-être laissé se rouiller quelque peu au fourreau ? Ils le comprirent.
L'aîné, nommé Adrien à cause de sa mère, Adrienne de Sorel, servit d'abord dans une Compagnie de cinquante lances fournies des Ordonnances du roi, comm.andée par le Comte de Saint-Pol, et il fut passé en revue avec cette Compagnie, à Corbie \ le 24 novembre 1521. Puis, nous le voyons, pendant de longues années, dans une autre Compagnie de vingt-cinq lances — constituée sans doute par un dédoublement de la première — placée sous le commandement de M. de Humyères, et dont nous possédons les Montres passées à Péronne le 30 avril 1522', le 16 juin 1)2)', le 15 septembre 1527 \ et
' Voir nos Preuves, CXXXV.
' Voir nos Preuves, CXXXVI.
' Voir nos Preuves, CXXXVII.
* Voir nos Preuves, CXXXVIII,
le i) mai 1)38 '. On voit dans cette dernière pièce que la Compagnie en question composait, à cette époque, la garnison permanente de la ville de Péronne. Dans toutes ces Montres, Adrien de Caix a pour compagnons d'armes des Rouvray , des Sacquespéc, des Linières, desMaugiron, des Anglure, des Contay , des Bayencourt, des Galonné, des Amcrval, des Miraumont, des Rubempré, parents de la première femme de son père, un Vermoises, son cousin-germain, son propre beau-frère, Hugues de Riencourt, etc., etc.
Comme aîné, Adrien I de Caix avait conservé à Caix, non pas le fief de la Mairie, sorti définitivement de sa maison et passé à sa sœur Hélène, dame de Riencourt % mais un autre fief moins important, connu sous le nom de fief de Maucourt, lequel passa aussi, nous ne savons dans quelles circonstances,
' Voir nos Preuves, CXXXIX.
* Au XVIIe siècle, la Mairie de Caix, avec ses dix journaux de terre entourant le manoir seigneurial, appartenait à la maison de Guiche, qui le tenait des ayant-droit de Jean de Riencourt, fils d'Hélène de Caix. Au commencement du XVIII^ siècle, Charles Crappier était possesseur dudit fief, « consistant en une maison, héritages et bastimens situés à Caix proche de l'Eglise, relevant en deux fiefs, par chacun de 60 sols parisis de relief et 30 sols parisis de chambellage et autres charges portées par la coutume ». (Deiionibrcvient de la t:rre de Caix du 13 octobre 1708. — Jirh. de la Soniiiie, fonds Corhie, Armoire 2, Liasse 50). Les bâtiments du manoir seigneurial ont été démolis et il n'en reste plus que quelques fragments en brique et pierre. Derrière l'église, on voit la porte principale en cgive, surmontée d'un écusson qui a été gratté; mais plus loin est une autre porte de chêne surmontée d'une archivolte en doucine, ornée de denticules, et au bas de l'arcade surbaissée de droite on distingue les traces d'un écu avec sautoirs et fasces. Est-ce l'armoirie des Guiche ou celle des Caix qui, comme nous l'avons vu, portaient des sautoirs et des fasces (p. 154, 136)?
aux Forceville, héritiers d'Hélène de Caix, qui le vendirent en 1618 à la famille de Fontaine \
Adrien de Caix, I" du nom, eut, d'une femme que l'on ignore, un fils appelé Henry, IF" du nom, qui continua la descendance de la branche aînée, et dont nous parlerons plus loin.
Xous connaissons François et Jean de Caix, autres fils de Henry de Caix, I" du nom. Le 9 juin 1525, Jean fait partie comme archer, d'une compagnie de cinquante lances fournies des ordonnances du roi, passée en revue à Boulogne-sur-Mer, sous la charge de « Mgr. Philippe de Boulainvilliers, chevalier, comte de Dampmartin » '. Nous le retrouvons ensuite, dans une Montre faite à Ivry, près Paris \ le 14 septembre 1344, de quatre-vingt-dix-sept hommes d'armes et cent quarante-sept archers, sous le commandement du duc de Guise, leur capitaine. François de Caix, son frère aîné, était enseigne, c'est-à-dire lieutenant en second de cette compagnie
' C'est la possession de ce fief qui permit aux Fontaine de se qualifier Seigneurs de Caix. Charles de Fontaine, chevalier, se disait Seigneur de Caix en 1647 (Pièces origin., T. 1025, Dossier Dournel, pièce 4). — Nous avons un Factum imprimé en 1677 « pour dame Marguerite de Cambray, veuve de Messire Charles Desfontaine, seigneur de Quaist, contre Madame la Maréchale de Créquy... » (Bibliothèque KatioiiaJe. Fonds Tboiiv, 139, fo 225) qui prouve qu'à la fin du XVIIe siècle, les Fontaine se disaient encore Seigneurs de Caix, au moins pour partie. Cette dame est ainsi inscrite à V Armoriai général de i6^% : « Marguerite de Cambray, veuve de Charles de Fontaine, seigneur de Caix : d'argent, à un chevron d'azur chargé de deux billettes d'or ». Armoriai général : Généralité d'Amiens.
* \'oir nos Preuves CXL.
' Voir nos Preuves, GXLI.
dont Pierre de Haniucourtétait lieutenant en premier. « Jehan de Caix » est classé ici parmi les hommes d'armes, au nombre desquels nous relevons des noms appartenant aux familles du Hamel, de Flavy, de Dampierre, de Beaufort, de Roussy, de Gueydon, de Damas, d'Athie, d'Angluze, de Remigny, de Alailly, de Failly, de Choiseul, du Chastelet, etc. \
La présence de ces deux frères de Caix dans une troupe commandée par le duc de Guise, dès 1544, explique l'ardeur avec laquelle certains de leurs neveux adoptèrent, quarante ans plus tard, le parti de la Ligue, à la tête de laquelle se trouvait la maison de Lorraine.
Un document assez singulier nous rappelle le nom d'Antoine de Caix, un autre fils de Henry I, que nous connaissons déjà par une mention rappelée plus haut (p. 218).
Dans un Livre d'heures d'Antoine de Caulaincourt, religieux et officiai de l'abbaye de Corbie,dont il écrivit l'histoire - — livre d'heures imprimé en
' Le passage suivant d'un auteur du XYIi^ siècle explique la valeur de ces diverses qualifications de lieutenant, d'enseigne, d'homme d'armes ou d'archers :
«... Les grands ont charge de gens d'armes plus grande ou moindre, selon leur qualité et vertu. Les autres sont lieutenans, les autres porteurs d'enseignes, les autres hommes d'armes, et les autres archers, et encore les jeunes gentilzhonimes y sont nourris pages. » (La Grand' Monarchie de France, par Claude de Seyssel, i^e partie, Chap. xiv, éd. de 1557, p. 4, vo).
* Cette histoire est à la Bibliothèque Nationale (Fonds de Corbie, n° 25). Cfr. CocHERis : Inventaire des Mss... sur la Picardie, p. 550.
1530 — on voyait, dit D. Grenier \ « à la fin de l'office de l'Annonciation,.... écrit à la main en gros caractères ; AN0aNlOT2 AEKAY, Antoine de Kay, alias de Gais et de Gaix... »
Et, à la page suivante du même volume de D. Grenier, au milieu de l'indication de diverses pièces du Trésor de l'abbaye de Gorbie, le savant bénédictin donne un grossier croquis d'une armoirie qui se trouvait, dit-il, « sur la châsse de sainte Bathilde », et qui était probablement celle du donateur de cette châsse.
Gette armoirie est partie : au i^"" de au chevron
de accompagné en pointe d'un lion de au chef
de chargé d'un croissant entre deux étoiles; et au
2^ de aux trois levrettes, 2 et i, celle en pointe
surmontée d'un croissant sous un lambel. A côté de ce croquis, on lit, d'une autre main, cette note :
« Armoiries d'Antoine de Gaix, d'or au chevron d'azur, en pointe d'un lion de gueules, au chef de
' Collection (le Pica ni ie, T. 30, p. 363.
gueules portant un croissant d'argent entre deux étoiles du même » '. L'armoirie accolée est sans doute celle de la femme d'Antoine de Caix.
C'est probablement là l'origine du quartier de l'écu que portaient au XVIIP siècle certains membres de la famille de Caix, et dont les branches cadettes écartèlent encore leurs armes.
Nous ignorons les noms des autres enfants de Henri P*" de Caix.
Nous trouvons bien, dans une Montre faite à Condom - le 3 mai 1314, un Louis et un Guillaume de Caix; mais nous avons tout lieu de croire que ces deux personnages appartenaient à la famille des seigneurs de Caix en Quercy, dont nous avons parlé dans un chapitre précédent (\^oir plus haut, p. 61).
11 en est probablement de même d'un Pierre de Caix que nous trouvons parmi les hommes d'armes d'une Montre passée le 20 août 15 17 « à Traversiére ou Ferraroys ''' » sous le baron de Béarn, et d'un autre Pierre que nous rencontrons parmi les hommes d'armes d'une Montre passée à Mirande * le i*''' janvier 1580, sous le commandement de Antoine de Guilhermy, seigneur de Lartuzie et de Bagnères, et dans la revue d'une autre compagnie du régiment du comte de Brissac, faite à Dronier (Dronero) en
' Cfr. Registres des onieiiieiits et des livres de Corhie. CocHERis : Inventaire... p. 656, 657. — Fonds de Corhie : 32', 32- et 33.
^ Voir nos Preuves, CXLII.
^ Voir nos Preuves, GXLIII.
" Voir nos Preuves, CXLIV.
Piémont le 3 mai 1581 '. Cependant, il peut y avoir quelqu'hésitation en ce qui regarde ces deux derniers personnages ^.
Nous ne savons non plus à quelle famille du même nom rattacher des de Caize, de Que ou de Gais que nous trouvons dans les Pays-Bas à la même époque '\ et dont l'un, Louis de Caye, était abbé de Bonneffe, en Flandre, en 1367. Il ne nous paraît pas impossible, néanmoins, qu'un rameau des de Caix que nous avons signalés plus haut (p. 116) comme établis en Artois, ait remonté encore plus au Nord et ait été l'origine de ces Caix flamands *.
' Voir nos Preuves, CXLV.
* Il est bien certain, au contraire, que le Jean de Cais qui épousa, vers l'année 1580, Georgette de Grimaud, de la maison des Grimaldi de Monaco (P. Anselme : Hist. ^cm'al. IV, p. 502) n'appartenait pas à nos Caix picards, mais aux Cais de Provence et de Nice. Q.uant à son contemporain Honoré de Cais, ambassadeur de France en Portugal, nous avons également dit plus haut (p. 68) qu'il nous faut le classer à la même famille. — Nous citons encore pour mémoire un Jehan Caix et un Ramon del Caix, faisant partie le i^"" octobre 1591 de la garnison de Conques {Fonds Français, vol. 25.820; Montres, T. 57, pièce 351), qui se rattachent peut-être par leurs origines aux Caix du Quercy.
' On peut voir sur ces personnages les « Anciennes Magistratures du Pays de fVaes », par M. le Chevalier Schoutheete de Tervarent (gd in-80 : Saint-Nicolas, 1874), et 1' « Inventaire des Archives de Saint- Xicolas » (gJ in-8° : Saint-Nicolas, 1877), par le même.
Pour Louis de Caye, abbé de Bonneffe, « Les Fiefs du Conite de Xaniur », par Stanislas Bormans (Namur, 1877, in-8), où l'on trouve la mention suivante à la page 533 :
« 18 Novembre 1 567. Damp Corneil Brenseghem, abbé de Bonneffe, relève la seigneurie de Taviers et le fief délie Motce à Namur par décès de Damp Loys de Caye, son prédécesseur. » Fol. 217 du Registre des Reliefs et Transports, de 1551 à 1592.
* On trouve encore, à la fin du XVIc siècle, un François du Cay,
Pour ce qui est de l-rançois de Caix, fils cadet d'Henri ^■^ il eut, d'une femme que l'on ignore, un fils nommé Jean, comme son oncle, qui jura la Ligue à Corbie ' le dimanche 28 août 1388, et reçut presque aussitôt du duc d'Aumale, — par une sorte de dérision de l'histoire — le commandement du château de Boves, berceau de sa race cinq siècles auparavant, et dont il eût dû porter le nom, si les noms de famille avaient été constitués d'une manière régulière et définitive au temps de Hugues, de Dreux et d'Anseau de Boves, ses premiers aïeux paternels.
Il ne garda pas longtemps cette charge. Le duc d'Aumale la lui retira presqu'aussitôt, pour un motif que nous ignorons, et la donna au sieur de Lauzerel.
La brutalité de cette mesure ne tarda pas à soulever de justes réclamations, et la commune d'Amiens, dont la forteresse de Boves constituait une des principales défenses, s'en émut. L'Echevinage de cette ville prit, le 23 juin 1389, une délibération • dans laquelle elle blâme énergiquement le duc d'Aumale d'avoir remplacé le sieur de Caix comme capitaine de Boves.
Au même moment, plusieurs autres de Caix servaient en Picardie, dans l'un ou l'autre des partis en présence.
ccLiyer, seigneur de la Mérière, archer des gardes du corps du roi en 1584, 1585 et 1589. La forme de la particule qui précède son nom, du pour (/(', doit le faire écarter de notre classification. Il avait pour armes : d'azur à un daim passant d'or. (Bibl. Xat. Picccs originale:;, etc.).
' D. Grenier, T. 34, pièce 208.
* Voir nos Preuves CXLVI.
Dans une Montre d'hommes de guerre « français » faite en la ville de Chauny le 3 août 1591, sous le commandement de René de Laulne (Voir nos Preuves, CXLVII), nous trouvons un Nicolas de Caix, probablement le fils ou le neveu de ceux dont nous avons parlé plus haut.
Il en est sans doute de même de Robert et d'Antoine de Caix, dont nous rencontrons les noms dans une autre Montre faite au Château de La Fère, le I" décembre 1597, d'une compagnie de cent hommes de guerre « français » comme les précédents, sous le commandement de Philippe de Longueval, sieur de Manicamp (Voir nos Preuves, CXLVIII).
Les membres de la maison de Caix, dispersés par l'aliénation du manoir familial, ruinés par la guerre étrangère et par la guerre civile qui ensanglanta la Picardie pendant presque tout le cours du XVP siècle, étaient condamnés désormais à lutter isolément pour la vie, et la décadence ne fit, comme nous allons le voir bientôt , que s'accentuer pendant le siècle suivant.
ADRIEN' II ET ADRIEN III DE CAIX. — NICOLAS DE CAIX ET SES FILS : CLAUDE-ALEXIS, TIGE DE LA BRANCHE DE SAINT- AMOUR (AUJOURD'HUI SAINT-AYMOUR) ET FÉLIX, TIGE DE LA BRANCHE DE BLAINVILLE ET DE CHAULIEU. — ÉDOUARD-VICTOR-ALEXIS ET SON FRÈRE JACaUES- FERDINAND, TIGE DE LA BRANCHE DE REMBURES. — LANGE DE CAIX DE LA MAIRIE. — TABLEAU GÉNÉALOGIQ.UE DE LA FAMILLE DE CAIX DEPUIS 1652 (xVIie ET XVIIie SIÈCLES).
|Our reprendre la filiation des aînés de la maison de Caix, il nous faut maintenant revenir au fils de Henry de Caix et d'Adrienne de Sorel, Adrien de Caix, I^"" du nom, lequel se maria vers l'année 1525 et eut un fils appelé Henry, comme son grand-père. Cet Henry II mourut un peu avant 1573, époque à laquelle son fils Adrien, IP du nom, qualifié « écuyer » comme ses auteurs, paya les droits de relief pour un fief situé à Caix et consistant en XV journaux de terres labourables, faisant
probablement partie d'un fief plus considérable, dont une portion appartenait à ses cousins de Forccville.
Mais ce fief, qui provenait de Charles d'Aubigny, n'était pas le seul que possédait à Caix, Adrien, 11^ du nom; il avait conservé d'autres épaves de la fortune de son bisaïeul et de ses ancêtres paternels, seigneurs de la Mairie de Caix.
Il releva, en effet, le 15 février 1603, au duc de Lorraine, seigneur dominant comme baron de Boves, quatre fiefs dont « deux fiefs nobles ayant toute justice » et deux fiefs abrégés mouvant de Boves; ces quatre fiefs consistant en terres labourables, prés, bois, cens, terrages, champarts et service de plaids de quinzaine en quinzaine à Boves et à Caix '.
Puis, en 16 10, il est cité dans la « Déclaration des
Paieries de Boves "^ », comme possédant au même
lieu de Caix un fief consistant « en censives et sept journaux de terre », fief qui lui provenait évidemment de ses cousin et cousine de Riencourt et de Forceville (fils et fille de sa grand'tante Hélène de Caix) ; nous voyons, dans la pièce de laquelle nous extrayons ces détails, que Charles Gorin, seigneur de Bourdon, avait pris hypothèque sur ledit fief ainsi que sur deux autres « comme appartenant à Jehan de Riencourt, seigneur de Tilloloy, pour seureté de xiiii muidz et demy de bled, cinq muidz d'avoyne, et LXi livres xiii solz un deniers de rente, le premier décembre LXII » (i 562), et que Charles de Forceville,
• Voir nos Preuves, CXLIX.
• Voir nos Preuves, CL.
neveu de Jean de Riencourt et petit-fils d'Hélène de Caix, avait relevé ces trois fiefs en 1565 et 1572, et sa fille Catherine de Forceville, en 1607.
Ce fief était le fief de Maucourt, ainsi appelé du nom de ses propriétaires au XIV" siècle, et avait appartenu à Adrien de Caix, I^^ du nom, d'où il s'était divisé, par frérage, entre les Caix et les Riencourt. Nous voyons que Hugues de Forceville le vendit, en 1618, à Adrien de Fontaines. S'agit-il seulement de la partie qui était échue primitivement aux Riencourt? Ou avait-il réuni à cette partie celle qui avait appartenu à Adrien II de Caix? C'est une question que nos documents ne nous permettent pas d'élucider.
Quoi qu'il en soit, cette transaction est la dernière trace que nous rencontrions des fiefs conservés à Caix par les descendants de Henri PS seigneur de la Mairie de Caix. Nous arrivons désormais à l'époque moderne, au cours de laquelle les actes des paroisses deviennent le meilleur guide de l'histoire familiale.
Il n'entre pas dans notre plan de parcourir cette période et, ainsi que l'indique le titre de cet ouvrage, notre tâche s'arrête ici. Les preuves de la filiation, depuis le XVII^ siècle jusqu'à nos jours, grossiraient outre mesure ce volume qui a pris déjà des proportions trop considérables, et seraient même dépourvues du faible intérêt que peut présenter l'étude de nos documents du Moyen-Age.
Nous nous permettrons donc seulement de faire remarquer que tous les faits que nous avons publiés jusqu'ici, établissent d'une manière irréfutable la
descendance d'Adrien de Caix, IP du nom, vivant au commencement du XVIP siècle, et de son fils Adrien III, avec Henri l^^, seigneur de la Mairie de Caix-en-Santerre, au milieu du XV''. De ce dernier en remontant à Dreux de Boves, le doute ne pourrait subsister que pour des esprits aveugles ou de mauvaise foi. Qu^int à la suite de la filiation, depuis les deux Adrien de Caix que nous venons de nommer jusqu'à nos jours, ce n'est plus qu'une question d'état-civil, dont nous tenons les actes à la disposition des rares érudits picards qui nous feront l'honneur de nous lire.
Si les généalogistes des deux derniers siècles sont muets, la plupart du temps, sur la famille de Caix, cela tient à la décadence dans laquelle tomba cette maison dans la seconde moitié du XVII^. Déjà la ruine l'avait atteinte à deux reprises différentes, lors de la donation d'Anseau et de Robert, au XII^ siècle, et lors de l'aliénation du domaine patrimonial au commencement du XVP. Néanmoins, la branche de cette maison, restée en Picardie, avait toujours continué à tenir un rang honorable dans la noblesse d'épée, et s'était même relevée par quelques alliances avantageuses. Mais, à la fin du XVI^ et au commencement du XVIP survinrent des circonstances malheureuses — parmi lesquelles nous pouvons citer les désordres de la Ligue — qui jetèrent pendant plus d'un siècle la famille de Caix dans une médiocrité — nous pourrions dire une pauvreté — ne lui permettant pas de conserver cette bonne tenue nobiliaire que nous avons constatée jusqu'ici.
Or, avec le règne de Louis XIV, vint précisément
l'époque où, pour des raisons fiscales, le roi exigea que la noblesse fît ses preuves — ailleurs que sur les champs de bataille. Les arrêts de maintenue et de réhabilitation étaient devenus, pour le roi, matière à finances. Au mois de décembre 1692, il révoque toutes les réhabilitations; en 1696, il déclare que les réhabilités doivent se faire confirmer en payant de nouveau; en 1698, il ordonne qu'ils produiront les titres justificatifs de leur noblesse; en 1703, il leur enjoint de rapporter tous les titres depuis 1360; enfin, en 17 10, il révoque toutes les confirmations accordées en vertu de ses ordonnances depuis la Déclaration de 1661! Joignez à cela l'avidité des traitants, la rigueur des Intendants, surtout vis-à-vis de la vieille noblesse d'épée qui, plus ancienne et plus appauvrie, avait par cela même plus de difficultés à produire ses titres, et demandez-vous ce que pouvaient devenir, dans cette bagarre fiscale, dans cette chasse intéressée aux gros sous, sous couleur de recherches des usurpateurs de noblesse, de malheureux gentilshommes ruinés dès le XVP siècle, et à qui on demandait du jour au lendemain de « faire leurs preuves ». Pour faire ces preuves, il fallait de l'argent. Les généalogistes, d'Hozier en tête, malgré leurs beaux titres officiels, ne travaillaient pas pour rien : les exemples en surabondent ^
' Tallemaxt des Réaux : Historiette de d'Ho:^ier (2^ édition
Monmerqué, T. IX, p. 86). Il est inutile d'insister une fois de plus sur ce fait, qui est passé en axiome pour tous les érudits modernes, qu'en dehors des affirmations appuyées sur des documents précis, toutes les filiations établies par le fameux juge d'armes, pour le XVIe siècle et les temps antérieurs, ne méritent aucune créance.
Les assignations, réponses, impôts d'armoiries, etc., coûtaient fort cher; des déplacements étaient nécessaires; et tout cela était rendu impossible à d'infortunés gentilshommes, retombés par une pauvreté trop réelle dans une apparente roture, et pour lesquels la question du pain quotidien primait toutes les autres. Chargés de nombreuses familles, obligés de tirer parti eux-mêmes des quelques lambeaux de terre qu'ils possédaient encore ça et là, ou forcés de se confiner dans de petites judicatures dont les maigres émoluments leur permettaient au moins de faire vivre leurs enfants, ils végétaient ainsi, peu soucieux de réveiller les souvenirs d'un passé plus brillant, dont la comparaison avec leur triste état présent ne pouvait leur être que très douloureux \
C'est ainsi que la famille de Caix manque de documents nobiliaires à l'époque où tout le monde en possède, même et surtout ceux qui n'y avaient
' Le passage suivant du Discours préliminaire du Trésor généalogique (imprimé) de D. Caffl\ux, un des rares livres d'histoire nobiliaire qui fassent autorité, nous paraît résumer admirablement la situation des gentilshommes pauvres de ce temps : « L'auteur déclare, dit-il, qu'on auroit tort de tirer des inductions défavorables à ceux dont les noms ne se trouveront point dans son livre, ou qui n'y seront pas placés avec toute la distinction qu'ils souhaitteroient. Il n'a pu travailler que sur les pièces qu'il avoit, et manquant de connoissances sur plusieurs maisons, il lui a été impossible de leur rendre toute la justice qu'elles
étoient en droit d'attendre Il sçait, — ajoute-t-il quelques lignes
plus loin, — que plusieurs personnes, qui n'ont aucun titre de leur famille, tirent leur origine de maisons fort anciennes et très illustres; et que plusieurs n'ont pris des lettres d'anoblissement, quoique de famille noble et ancienne, que pour éviter les frais de recherches, qui les auroient remontés à leurs aïeux... » Loc. cit., p. xii.
d'autre droit que celui qu'ils tenaient d'une escarcelle bien garnie \ A cette époque, en effet, je le répète, elle était ruinée, et hors d'état de faire valoir ses titres.
On a, d'ailleurs, de nombreux exemples de familles où les choses se sont ainsi passées au XVII'-" siècle, et il ne nous serait pas difficile d'en citer plusieurs, sans sortir de notre coin de Picardie ". Peut-être, d'ailleurs, ces vieilles familles doivent-elles se féliciter d'une déchéance momentanée qui, en les retrempant dans
' On s'imagine, à tort d'ailleurs, que la présence des armoiries d'une famille dans un des nombreux armoriaux de la fin du XVII'-" et du commencement du XVIIIe siècles indique que cette famille appartenait à la noblesse. Il n'en est rien. A partir de la fin du XVIe siècle, tout le monde prit des armoiries ; chaque enseigne de boutique devint blason, suivant le mot de Ménage, et il ne fut si petit bourgeois qui ne se parât d'un écusson plus ou moins fantaisiste. Des ouvriers même se pa3^èrent ce luxe (Armor. génér. Lyon, p. 460), et de 1696 à 1704, on enregistra plus de trente mille armoiries de roturiers. La mesure, purement fiscale, prescrite par le roi Louis XIV, de l'enregistrement des armoiries, transforma l'usurpation en un droit que consacra ensuite l'ordonnance rendue par Louis XV en 1760 et dans laquelle il est dit expressément que « suivant un usage qui a prévalu, le port des armoiries n'est pas borné à la seule noblesse. »
* La famille de Cambrav, vieille et excellente maison picarde, seigneur de Villers-aux-Erables, de Maubuisson, etc., possédait à Caix un fief qui portait son nom, dont elle fournit un dénombrement à Ferry de Lorraine en 1407 et qu'elle conser\-a jusque dans le courant du XVIfe siècle. Tous les membres de cette famille sont qualifiés « écuier « au XVI^ siècle, ce qui n'empêche pas que l'un d'entre eux, dans un dénombrement du i'^'' février 1505, s'appelle tout simplement : Jean de Cambrai, laboureur (Cauvel de Beauvillé : Rixiieil... T. IV). — « En 1708, Louis XIV octroya à Benoît Caudron, avocat, échevin et bourgeois d'Arras, des lettres de relief de dérogeance dans lesquelles est relatée sa filiation sans lacune jusqu'à Baudouin Caudron, chevalier, vivant en 1096. » (Vicomte de Pou : Essai sur l'hist. t^i'iu'al., p. 84. — Pièces orio^iii., T. 621. Dossier Caudron).
la lutte et le malheur, leur a donné de nouvelles forces d'énergie pour se relever, tandis que d'autres, qui semblaient plus favorisées du sort, ont disparu définitivement, tuées par l'anémie, résultat des excès du bien vivre et de l'oisiveté.
Cette décadence, cependant, ne se produisit certainement pas sans lutte dans la maison de Caix, et ses membres se décidèrent difficilement à renoncer à ce noble métier des armes qui avait été celui de leurs ancêtres.
C'est ainsi que nous voyons, en 1659 et 1674, le fils d'Adrien II de Caix, appelé Adrien comme son père, qualifié écuyer, archer des gardes du Roi en la prévôté de son hôtel et grande prévôté de France, près la personne de Pierre Seguier, comte de Gien, chancelier de France ^; Emery de Caix, son parent, figurer comme homme d'armes dans une Montre passée à Paris en 1621 -, et un autre de Caix servant comme homme de guerre à cheval dans les chevau-légers de cavalerie étrangère, dont la revue fut passée à Aunain en 1639 '\
Mais, pendant ce temps, la décadence s'accentuait parmi les descendants d'Henri I de Caix.
' Voir nos Preuves, CLI et CLII. — Nous ne savons si les de Quay et de Chay que l'on trouve à la fin du XVIIe siècle, officiers dans les troupes royales, appartiennent à la même souche. (Cabiii. des Titres : Pièces origin., T. 728 et 2409.)
* Voir nos Preuves, CLIII.
' Voir nos Preuves, CLIV. — Au même moment existait à Paris une honorable famille de bourgeoisie du nom de « de Cay », qui n'a absolument rien de commun avec celle qui nous occupe. (Voir ce que nous en disons à notre Preuve CXXIV).
Il nous serait impossible de nommer ici les nombreux rejetons qui sortirent de son arrière-petitfils Adrien II au XVIP siècle, non plus que leurs cousins, issus originairement de François, de Jean et d'Antoine de Caix au XVP. Cependant, il est intéressant de constater qu'ils s'unissaient encore à des femmes portant des noms à consonnance nobiliaire, et appartenant sans doute, comme eux, à d'anciennes fomilles ayant eu des revers de fortune.
Laissant donc de côté les divers collatéraux, — dont la descendance, si elle existe encore, continue obscurément la lutte pour la vie — nous dirons seulement un mot de la branche principale qui est parvenue — par un travail opiniâtre et par d'honorables alliances — à sortir au XVIIP siècle de l'oubli dans lequel toute la famille était plongée au milieu du XVII^, et à reprendre sa place dans la condition sociale à laquelle ses origines lui donnaient droit.
C'est de Nicolas ', cousin-germain du dernier Adrien, cité plus haut, que sont issues les trois branches actuellement existantes de la maison de Caix, et c'est parmi ses enfants que se trouvèrent ceux qui les premiers entreprirent la tâche de relèvement dont nous venons de parler.
L'aîné de ces enfants, Claude-Alexis de Caix,
' Pour les détails de noms et de dates, voir le Tableau gân'alogique, ci-après, p. 252.
seigneur de Renihures \ devint successivement Conseiller du Roi et Bailli Général du Comté de Corbie, et il épousa Marie-Barbe Arnauld de Saint- Amour, fille de Antoine Arnauld, chevalier, puis comte de Saint-Amour.
Son frère cadet, Félix, servit avec distinction et eut de Marie-Anne Le Page de Sourdon, entr'autres fils, François de Caix, écuyer, seigneur de Blainville, que les hasards de la vie militaire conduisirent en Normandie, où il se maria et fit souche d'une branche qui s'est toujours depuis soutenue avec distinction dans cette province, sous les surnoms de
' Voir pour ce fief, qui relevait du Comté de Corbie : Rôle des fiefs du Comté de Corbie en JôSc^, dans DoM Grenier : Collecl. de Picardie, Tome 33, fol. 93.
Blainvillc et de Chaulicu '. Un certificat donné à deux des fils de Félix de Caix en 177 1, par quatre
' Félix de Caix servit comme cornette au régiment de Flavacourtdragons ; il mourut en 1765, laissant quatre fils :
L'aîné, Nicolas-Philippe, né le 15 janvier 1734, débuta au service comme porte-drapeau, en 1750, et se retira comme capitaine au régiment de Chartres-infanterie et chevalier de Saint-Louis. Alors lieutenant au régiment de Chantilly, il se distingua par une action d'éclat en Allemagne, le 13 août 1759. Il mourut sans alliance en 1808.
Le second, Ferdinand, né le 7 septembre 1735, embrassa l'état ecclésiastique, et devint titulaire du prieuré-cure d'Avernes (auj. Seineet-Oise) ; il fut condamné révolutionnairement et exécuté à Paris, le 8 thermidor 1795, veille de la chute de Robespierre.
Le troisième, Jean-François, seigneur de Blainville, né le 28 septembre 1739, d'abord porte-drapeau dans le régiment des grenadiers royaux de Chantilly à l'armée d'Allemagne en 1757, puis lieutenant en 1760 aux grenadiers de Joigny, en 1763, à la compagnie de la Neigerie au régiment de Soissons , devint capitaine en 1766 au régiment des recrues de Caen ; il passa ensuite en 1775 au régiment provincial de Senlis et en 1779 au régiment de Beauvoisis. Il reçut la croix de Saint-Louis en 1781 et fut nommé capitaine de grenadiers au régiment du roi en 1782. Il mourut en 1802. Il avait épousé M"e de la Roque de Serquigny, dont il eut un fils unique, Georges-Gustave- Hilaire, qui ser\-it pendant neuf ans tant dans la garde constitutionnelle de Louis XVI (compagnie de Vaux) que dans l'armée nationale, et qui continua la descendance.
Enfin, le dernier fils de Félix de Caix, Claude-Alexis de Caix de Bonval, né le 21 janvier 1747, sen.'it d'abord au régiment des recrues de Chalons, avec lequel il fut réformé en 1766, fut ensuite garde du corps de Monsieur, frcre du Roi, en 1771. Il y devint brigadier, avec rang de major, en 1780. Capitaine de cavalerie en 1787, il fut, comme ses frères, chevalier de Saint-Louis, et mourut assassiné en Allemagne, où il remplissait les fonctions de payeur de l'armée de Condé.
Georges-Gustave-Hilaire de Caix, fils unique de François de Caix de Blainville, servit d'abord, comme nous le disons plus haut ; il se retira ensuite dans ses terres, en Normandie, et y épousa Mademoiselle Adélaïde Le Seigneur, fille de Nicolas Le Seigneur, seigneur des Ostieux, Bernay, Fier\'ille, etc.
Il eut de cette union : Gustave-Antoine, né en 1806, élève de
gentilshommes de Picardie, atteste qu'il y a toujours vécu noblement \
Claude-Alexis de Caix, seigneur de Rembures, eut, entre autres fils :
Edouard-Victor-Alexis, d'abord officier au régiment de la Couronne, capitaine d'infanterie, réformé en 1749, puis conseiller du roi et grénetier au grenier à sel d'Amiens; il épousa Marguerite Chardon du Havet et fut la tige de la branche aînée, qui prit le nom de Saint-Amour (devenu par corruption Saint- Aymour) par la volonté expresse de son aïeul, héritier de ce titre;
Jacques-Ferdinand-Raymond, qui donna naissance à la branche cadette, dite aujourd'hui de Rembures ^;
l'Ecole militaire en 1816, mort sans alliance; Alfred-Martin, né le 1 3 mai 1807, garde du corps de 1827 à 1830, marié à Clotilde Antheaume de Sur\'al ; Claire, mariée à Charles de Nollent, et Amédée-Georges- Henri de Caix, marié à Berthe des Rotours de Chaulieu, fille de Hubert des Rotours, baron de Chaulieu, et de M'ie Emma Lambert de Chamerolles, desquels sont issus les barons de Caix de Chaulieu, actuellement vivants (Voir le Tahlcaii généalogique ci-après.)
* K Nous, gentilshommes de la province de Picardie, y demcurans, certifions que Monsieur Félix de Caix, père de Messieurs de Caix de Blainville, capitaine d'infanterie, et de (Caix de) Bonval, lieutenant, a vécu dans la province honnestement et noblement, en foy de quoy nous signons ce présent certificat, ce premier mars mil sept (cent) soixante onze.
(Signé :) Belloy de Grivesnes.
Thierry de Castcl, mousquetaire du Roy.
Montoviller.
Le Pruvost de Glimont » (Arch. de MM. (Je Caix de Chaulieu).
* Jacques-Ferdinand-Raymond avait épousé Marie-Madeleine Le Leu. Leur fils, Claude-Ferdinand, né le 10 mars 1753, épousa Mademoiselle
Et enfin un autre fils dont nous devons dire ici quelques mots.
Il semble que Claude-Alexis de Caix, dès qu'il eut commencé à restaurer la fortune des siens, n'ait rien eu de plus pressé que de réveiller le souvenir de l'éclat dont avait autrefois brillé sa famille, et de se rattacher de nouveau, par un lien visible, à cette vieille maison picarde dont il se savait issu. Il donna donc à l'un de ses fils, Lange, né le 4 janvier 1738, le surnom de la Mairie, et c'est avec ce surnom que cet enfant fut inscrit sur les registres paroissiaux, à l'acte de son décès survenu le 4 mars 1750 V En agissant ainsi, Claude-Alexis perpétuait la mémoire de sa filiation et il renouvelait, pour ainsi dire, autant que les circonstances le lui permettaient, les
Maric-Françoise-Clotilde Mallet, dont il eut Ferdinand-François, né en 1792, marié à Henriette Barnoux de Milleville, qui continua la descendance (Voir le Tableau généalogique ci-après), et Armand, dit de Brunel, né en 1797, mort sans postérité mâle.
' Voici cet acte :
« Le 4 mars 1750 est décédé, le lendemain a esté inhumé dans l'église de cette paroisse S' Jean, après la messe chantée, le sieur Lange de Caix de la Mairie, âgé de 12 ans passés, cy-devant officier au régt de la Couronne, et actuellement lieutenant de la milice dans un des bataillons d'Amiens, fils du sieur Claude-Alexis de Caix, sieur de Rembures, cons'^'' du Roy, commissaire et fiscal de la ville et comté de Corbie, et de damoiselle Arnaud, ses père et mère, et ce en présence dudit sieur de Caix père et de Messire Jacques de Caix, clerc tonsuré et chapelain de S^e Marguerite en S' Albin dud. Corbie et de N. D. de Prouzelle, oncle paternel dud. défunct, qui ont signé avec nous au présent ».
(Registre de la paroisse de S^ Jean FEvangéliste de Corbie, année 1750).
protestations de Robert de Caix, en 1 1 3 1 , et d'Henri I, au milieu du XV^ siècle, contre la donation de la seigneurie de Caix aux moines de Lihons.
On remarquera, de plus, dans cet acte de décès, que Lange de Caix, bien que mort à l'âge de douze ans, avait été officier au régiment de la Couronne dans lequel son frère aîné, Edouard-Victor-Alexis, de quatorze ans plus âgé que lui, servait comme lieutenant effectif \ Tous deux assistaient à la bataille de Fontenoy. Compris dans la réforme de 1748, après la paix d'Aix-la-Chapelle, Lange de Caix avait été admis dans le bataillon de la milice d'Amiens où, malgré son jeune âge, il comptait comme lieutenant.
Il semble que Louis XV, en accordant à cet
' Vicomte Oscar de Poli : Le Régiment de h Couronne. Paris, 1891, in-8°. — Parlant des jeunes candidats officiers, voici ce que dit le savant auteur : « Le stage commençait vers l'âge de sept ans, et après un apprentissage plus ou moins long, selon leurs progrès et leurs aptitudes, ceux qu'on appelait « les enfants du régiment », rompus à la vie militaire, habitués au contact des soldats, formés par l'enseignement, l'exemple et la pratique, étaient investis de leur premier grade... » Puis, après avoir cité un grand nombre d'exemples d'enfants nobles ayant pris part à des faits de guerre, il termine ainsi : « Sans remonter si loin, Honoré Grimaldi, page de Louis XIV, fut blessé si gravement au siège de Mons, en 169 1, qu'il dut renoncer à la carrière des armes. Sans sortir du régiment de la Couronne, nous voyons le sous-lieutcnant Louis du Boscq de Beaumont, âgé de 14 ans, assister à la bataille de Fontenoy; Lange de Caix, cadet au régiment, y assistait aussi; il avait juste 7 ans; le brave petit fut réformé trois ans après avec le grade de sous-lieutenant et mourut en 1750, dans sa 13e année, étant lieutenant de la milice d'Amiens. » Op. cit. Introduction, pp. xiv,