Scène IX
RAMON et TOMASA, puis ESTRELLA
ToMASA. — Quand je pense qu'il y a dans le monde des filles que j'ai instruites et qui possèdent des diamants, des domestiques, des chevaux. Elles étaient plus pauvres que les cigales en hiver! Grâce à mes leçons, elles en ont fait une belle route! Et moi, je n'ai même pas de quoi aller chez la coiffeuse I Est-ce la justice? Des gamines qui n'avaient que leur chemise.
Ramon. — Et leur peau, marna!
ToMASA. — Ah ! tiens ! Yeux-tu que je te dise, Ramon? Les hommes me dégoûtent.
Ramon. — Oui.
ToMASA. — Quand une belle fille danse devant eux, ils ne pensent qu'à la couleur de ses poils! La peau, comme tu dis, la peau! Oh! les chiens I
Ramon. — Ya, mama, va!
ToMASA. — Moi aussi, j'aurais pu avoir des rentes. J'ai dan.sé à Madrid, à Paris, à Yienne : j'ai été célèbre !
Ramon. — Je sais, je sais !
ToMASA. — Quand j'apparaissais sur la piste du cirque d'Eté, les hommes en habit noir me faisaient l'ovation. Ils m'invitaient à souper. Ah! si j'avais voulu !
Ramon. — Tu as de l'honneur, je sais.
Tomasa. — J'aimais ton père, mon petit, et j'aimais l'art. Aussi, nous ne sommes pas riches.
Ramon. — On n'est pas si pauvre ! On s'en tirera !
Tomasa. — Que le fils de Dieu t'entende! Je vais ranger le registre et le sac. (Pesant le sac.) Il n'est pas lourd. (Elle appelle.) EstrcUa!
EsTRELLA, apparaissant. — Senora?
Tomasa. — Emporte ces verres. Essuie la table. De l'ordre ici ! De l'ordre I