Scène VIII
Les mêmes, TOMASA, portant un registre et un sac d'argent. Tous se lèvent.
ToMASA. — Bonsoir! Ah! vous êt&s à Theure, aujourcriuii, et an complet ! On voit bien que vous ne venez paij pour travailler. C'est bon... On va vous payer. (A Eiena.) Combien te doit-on?
Elena. — Mais voas .savez bien... A cent pesetas, ça fait cinq douros pour la semaine.
TOMASA, lui donnant de l'argent. — Tiens î Yoilà CC
qui te revient.
Elena. — Il n'y a que trois douros.
ToMASA. — Eh bien ! Et les amendes, et le verre de lampe que tu m'as cassé l'autre soir ! Et ton fard ! Et tes œillets pour danser! Et les castumes! Qui paye tout cela? Est-ce toi ou moif Tâche de te taire, hein? (A Mercedes.) Toi, voilà ton compte.
Mercedes. — A moi aussi, vous ne donnez que trois douros f Mais je n'ai pas d'amende, je n'ai rien cassé.
ToMASA. — As-tu besoin d'argent? Tous les jours ou te rencontre en voiture. Crois-tu qu'un homme distingué t'aurait remarquée s'il ne t'avait pas vue sur les planches? Tu devrais payer pour travailler dans notre établissement, toi qui ne sais rien.
Mercedes. — Je ne sais rien ? Je ne sais rien ?
ToMASA. — Non ! Tu ne sais rien.
Mercedes. — Il ne fallait pas m'engager. Vous me devez cinq douros. Yous les donnerez.
ToMASA. — Si tu n'es pas contente, ma fille, tu peux partir, et te plaindre à la justice. Compris? N'est-ce pas? Je n'aurais pas de mal à te remplacer.
Peptllo. — Allons! C'est bon! Tais-toi, Mercedes. Il n'y a pas que l'argent. Il y a la gloire. Il est temps de payer les hommes.
Ramon. — Yoilà ton argent.
Pepillo. — Ali! non! Il manque trois douros.
C'est trop fort !
Ramon. — Ne crie pas si foi-t. Tu as des ressources comme Merccde!*?. Tu es joli garçon et tu. sais te débrouiller. Je suis tranquille. Tu ne mourras pas de ^aim, ma mignonne.
Le Guitariste. — Mal»;, moi, vous me retenez dix pesetas. Où les trouverais-je? Regardez ma figure?
Ramon. — Tu as du caractère.
Elena. — Ah î non ! Dix pesetas pour ton visage, non!
Mercedes. — Ah! ah!
Ramon. — Il y a des femmes pour tous les
liômmes.
Le Guitariste. — Je ne peux pourtant pas voler.
Ramon. — Tiens ! Yoilà encore cinq pesetas ! Mais c'est tout ce que je peux faire. Je n'ai pas d'argent. Yous savez bien que ça ne va pas.
Le Guitariste. — Yous ne fermerez pas le café,
au moins?
. Ramon. — Est-ce que je sais? Faut que les recettes
remontent, ou alors...
Pepillo. — Mais vous ne faites rien pour attirer le publie.
ToMASA. — Tu trouves, mon petit. Tu vas apprendre à marcher à tes grands-parents?
Pepillo. — Donnez-moi une danseuse et vous
verrez.
Elena. — Une danseuse? Eh bien! Et moi?
Mercedes. — Et moi?
ToMASA. — Il a raison. Yous n'êtes pas des danseuses.
Elena. — Yraiment?
Mercedes. — Eh bien?
Elena. — Tu n'as pas toujours dit ça, Pepillo!
Mercedes. — Imbécile !
Elena. — Je ne suis pas une danseuse?
Mercedes. — Qu'est-ce que nous sommes, alors? Qu'est-ce que nous sommes?
Elena. — Si je n'avais pas pitié de votre maison, je ne viendrais même pas ce soir !
Mercedes. — Quelle maison de voleurs! On ne nous paye pas, et on nous insulte. (Kiies sortent.)
ToMASA. — Yolailles! *
Pepillo. '- — Faites venir de Séville ou de Grenade une vraie danseuse et vous verrez si nous attirons la foule.
ToMASA. — Ça ne coûte rien d'en parler, mais pour nous c'est une dépense.
Ramon. — Il a peut-être raison.
Pepillo. — Suivez mon conseil. Au revoir.
Il sort avec le guitariste.