Scène XI
Les mêmes, TOMASA
Attirée par le bruit, Tomasa arrive doucement, et, de loin, elle comprend ce qui se passe.
Tomasa. — C'est une abeille qui se pose et repart!... Par le saint sacrement, la mère qui l'a enfantée mérite une couronne!
Estrella, l'apercevant. — Ah!
Elle s'arrête.
Ramon. — Mama!
Il cesse de jouer.
Tom.\sa. — Ce n'est pas mal, petite. C'est même très bien. Donne la guitare, Ramon, et laisse-nous travailler.
Ramon. — Mais...
ToMASA. — Laisse-nous!
Ramon sort.
Estrella. — Est-ce possible?
ToMASA. — Attention ! Tes castagnettes ! J'ai besoin aussi de voir ton visage. On ne danse pas seidement avec ses jambes, mais 'avec sa figure. Tu sais te maquiller?
Estrella. — Quand j'étais petite, je me suis souvent privée de manger pour acheter un bâton de rouge.
Elle se maquille devant la glace.
ToMASA. — Vite! Vite!
Estrella. — Un peu de noir!
ToMASA. — Tu as un sourcil pi as large que l'autre !
Estrella. — Ainsi?
ToMASA. — Pas tant! C'est celui-là qui est trop large, maintenant. Mais tu as les joues comme un mur de plâtre! Allons, un peu de rouge... Voyons... là...
Estrella. — Ça y est !
ToMASA. — Dégraffe-moi ça!... Donne-toi de l'air à la peau...
Estrella. — Je ne suis pas grasse...
Tomasa. — C'est tout de même de la peau! Le châle! Les castagnettes! Attention! Soigne ton départ! (Elle joue de la guitare.) PaS mal! PaS mal!...