Scène XII
Les MÊMES, entrent AMPARO et TRINIDAD
Amparo. — Vous donnez donc une matinée, aujourd'hui ?
ToMASA. — Non, c'est une élève, la meilleure.
Trinidad. — Elle est gentille. Nous ne te dérangeons pas?
Tomasa. — Asseyez-vous, mes pigeonnes.
Amparo. — Nous sortions de Féglise. De grosses gouttfts ont eonunencé de tomber. Nous nous sommes réfugiées ici.
TRtNiDAD. — Noas avions entendu de la musique. Ça attire.
Tomasa. — On chérit toujours la danse, hein?
Amparo. — Quand on a dansé pendant vingt ans, c'est dur de r&ster immobile.
Tomasa. — Des cigarettes?
Trinidad. — Avec plaisir.
Tomasa. — Donne des cigarettes, petite. (Amparo
et Trinidad allument des cigarettes.) Tu VOis, tu as devalnt
toi deux danseuses qui ont été acclamées.
Trinidad. — Moins que toi, Tomasa!
Amparo. — Tu étals notre reine.
Tomasa. — Nous avions toutes les trois du succès.
Amparo. — Aussi, on se détestait !
Trinidad. — On était jalouses!
Tomasa. — Etait-ce bête !
Amparo. — Tu as de la chance, Tomasa. Tu ne danses plus, mais tu donnes des leçons, et, chaque soir, tu vois danser.
Tomasa. — Oui !
Trinidad. — Les affaires vont bienî
Tomasa. — Superbes, les affaires.
Amparo, montrant Estrella. — C^cst une petite merveille que tu as découverte?
L'ILLUSTRATION THEATRALE
TouA3A. — Une perle à monter en or... Vous allez voir. AttentioD, Estreila, la première f^ure de -la madrilena... Re^rde: quatre pas en avant, arrêt ..sur le pied droit. Répéter le tout avec arrêt sur le pied gauche... La, la, la,... un...
Ampabo, se levani. — Non, il Vaut mieiuc faire le premier arrêt sur le pied gauche... Tenez... La, la, la, la, la...:
Elle dMM.-
TouASA. — Laisse donc! 'Tu te crois plus maligne que les autres; tu veux toujours expliquer à ta mère comment on a des enfants... chez toi, tu seras profeaseur..; ici, n'est moi la mutresse...
Amparo, lailirusf. — Ah! tu n'as pas changé, toi Qoa plus ! Toujoura aimable comme une abeille avec son derrière !...
Tbinidad, intcrvfnant. — Allons, ne vous disputez pas... Vous avez raison toutes les deux, seulement, c'est pas ça du tout... On passe le pied, voilà tout... Moi, je n'ai jamais fait autrement. (A Eurclla.) Regarde la vraie madrilena... Tra la la...
Eclair» et tonnerre.
TouASA. — Mais non, c'est la danse des ours! Il n'y a pas d'autre madrilena que celle-ci... (A EMrelu.) ne les écoute pas, toi... tra la la la...
TsiNiDAD, a Enrelia, — Petite, tu n'auras jamais de succès qu'en faisant comme moi... tra la la la la...
AuPAito, i EatieUt. — Mais non: tra la la...
Eclaira et tonacrre.
T0MA8A. — Laissez-la donc! Vous la rendez folle! Aviez-vous besoin d'encombrer ma maison T Voulezvous bien rentrer dans vos trous qu'on ne voie plus vos faces de bourriques...
Tbimidad. — Et la tienne!... Elle ferait peur aux morts des oimetièreal
Tomasa; — Ferme l'enfer de ta bouche, espèce de sans chonise, meurt-de-faîm, mendiante!
Ampabo, à Toma».^- Tu n'as pas honte d'enseigner la' danse, toi qui n'as'jamais gagné'ta vie que Btu: le dos !
' ToÙASA. — Garde ta langue!... Mes seinelles ont plus d'honneur que. toi!
Trinidad. — 'V'a donc faire la listé de tes culbuteurs. Tu n'as que le temps de t'y mettre, s'il te reste déux'ans & vivre! '
ToMASA. — Je durerai plus longtemps que toi, vieille charogne. rongée par le mr" ."1 diable!
Teinidad, — Rebut des hommes ! .
Aia<ARO. — Pouilleuse! Tu avais donc soufflé la chandelle qu'on a eu le courage de te faire un enfant !
ESTKEU^, tiam. — Ahlahlah!
TouASA. — Que le saint sacrement vous donne la mauvaise fièvre!
Trinidad. — Que le démon crache sur' le fils que tu as porté!
Ampaso. — Le Seigneur vous fera crever dans la saleté !
TRiNOtAC. — Dieu se venge d'avoir été mêlé à la dispute.
AuPABO, tombant à gmouK. — Psrdon, Notre Seigneur!
ToiuSA. — Epargnez-nous!
TrIHIDAC, (aiianc le nine dp la ciaii sur le frant, la
Marie, mère tràs bonne, ajez pitié de nous!
AuFARO. — Maiîe, Jœepb, nous sommes vos fidèles !
T0UTE8 LES TE0I8. — Ave Maria... Ave Maria... Ave Maria!..,
II payer... Combien It
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