‹ La Maison de danses: Pièce en 4 actes et 5 tablChapitre 27 sur 49 · ESTRELLA, RAMON · texte numérisé non relu

ESTRELLA, RAMON

KstrcIIa envoie un baiser à Benito; elle traver:,: la salle en rythmant une danse pour rentrer dans l'intérieur de la maison. Ramon, qui ta guette, la saisit par la taille et tente de baiser ses lèvres; elle se dégage.

Estrella. — Brute!

Ramon. — Les ^râlants .sont parti*?, enfin. Que te disait donc l'illustre Benito?

Estrella. — Vous le savez bien. Vous écoutiez.

Ramon. — Vous parliez bas. Je n^ii rien entendu.

Estrella. — C'est fâcheux !

Ramon, lui penant la main. — Faisons la paix!

Estrklla. — Si vous voulez!

Ramon. voyant le bracelet. — C'est lui qui t'a donné ce bracelet ?

Estrella. — Oui!

Ramon. — 11 e^t ton amant?

Estrella. — Parce qu'il m'a offert un bracelet de deux douro.s? Ce n'est pas cher!

Ramon. — Pourquoi ce présent?

Estrella. — Pour me faire plaisir, et c'est un souvenir qui me rappellera le mariage de Concha.

Ramon, — Tu le trouves joli, ce bracelet?

Estrella. — Très gentil!

Ramon. — Si tu le voulais, Esti-ella, je te donnerais

un bracelet avec un gros diamant, des colliers, des bagues, des broches.

Estrella. — Avec quoi les payeriez- vous?

Ramon. — Je suis plus riche que tu ne crois.

Estrella. — Bah?

Ramon. — Ma mèi'e se plaint sans cesse...

Estrella. — Il est vrai que les affaires ne sont pas brillantes, je le sais.

Ramon. — Mais elle a des rentes. Nous ne dépensons pas beaucoup d'argent. Et, chaque année, elle achète des valeurs, et elle n'est plus jeune.

Estrella. — Vos paroles font du bruit dans l'air, mais elles ne sonnent pas dans mon cœur.

Ramon. — Mon père m'a aussi laissé de l'argent et ses bijoux. Il aimait les bijoux. J'ai une bague avec un gros rubis : c'est un baron qui la lui a donnée quand ma mère dansait à Vienne. La yeux-tu, dette bague?

Estrella. — Non !

Ramon. — Viens là-haut, dans ma chambre. Elle est enfermée dans le coffre. Elle brille comme le soleil qui se couche.

Estrella. — Allez la chercher.

Ramon. — Viens avec moL

Estrella. — Non.

Ramon. — Viens!

Estrella. — J'ai dit: non!

Ramon. — Estrella, EstreUita, pourquoi es-tu si méchante avee moi? Tu souris à tout le monde, à Pepillo, à Luisito, à Benito, et, pour moi, tu n'as que des regards méchants.

Estrella. — Je ne les aime pas. Je ne vous déteste .pas! Je demande qu'on me laisse tranquille!

Ramon. — Ils sont plus jeunes que moi, oui, tous, même Benito. Ah! la jeunesse! la jeunesse! Je la hais! J'ai été beau, ma petite, oui, beau!

Estrella. — Je n'en doute pas!

Ramon. — Et l'on m'a adoré. Tiens, Dolorès, la belle Dolorès, je l'ai fait pleurer d'amour dans cette maison. Tout à l'heure, elle me disait que j'ai été le seul amour de .sa vie, et pourtant bien des hommes lui ont dit: « Je t'aime. »

Estrella. — Toutes mes félicitations!

Ramon. — Tu te moques de moi?

Estrella. — Mais non! Il est très possible que voas ayez été beau.

Ramon. — Oui, oui! Tu me trouves flétri, et tu sonores à Pepillo et à Luisito. Eh bien, ma petite, ils sont plus jeunes (we moi, mais ils ne savent pas aimer comme j'aime.

Estrelt^. — Fanfaron! Tous les hommes vieillis parlent eomme voils!

Ramon. — Si tu voulais! si tu voulais!

Estreli^. — Je ne veux pas. Je suis jeune. Je veux (le la jeunesse, des lèvres fermes et, contre ma ehaii-, un corps mince et doux à toucher.

Ramon. — Prends grarde!

Estrella. — Vous ne me faites pas peiir!

Ramon. — Pi-ends garde! l>a maison est vide!

Nous sommes seuls!...

Estrella. — Eh bien! Vous allez me violer? a\ la

saisit dans ses bras brusquement et baise sa bouche. Rstrella

se défendant.) Mauvaise bête! Brute!

Ramon, la tenant. — Tu peux crier! On ne t'entendra pas!

Estrella. — Je n'ai pas peur de vous!

Ramon. — Je ne te demande pas d'avoir peur!

Estrella. — C'est ici que tu vas me caresser? Sur le plancher? Sur l'estrade?

L'ILLUSTRATION THEATRALE

Saho». — Ja f emporterai, Ut-haut, dans ma diambrel

EsTBELLA. — Tu seras bieu, fatigué quand tu auras monté l'eecalier. Tu ne songeras plus qu'à redescendre !

RiMON. — Nous allons voir.

Es^tElitiA. - — Je resterai froide dans tes bras ! Le bel avantage!

Bauon. — Je n'espère pas que tu m'aime». Je te veui!

ESTRELLA. — Ah ! ah ! Tu ue m'as pas encore !

RaUON, esl sur le point de remporlcr. — Je t'auTai .''

Je t'aurai 1

E8THBU.A. — Si tu fais cela... (Tomasa arrive par !i

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