ESTRELLA, RAMON
KstrcIIa envoie un baiser à Benito; elle traver:,: la salle en rythmant une danse pour rentrer dans l'intérieur de la maison. Ramon, qui ta guette, la saisit par la taille et tente de baiser ses lèvres; elle se dégage.
Estrella. — Brute!
Ramon. — Les ^râlants .sont parti*?, enfin. Que te disait donc l'illustre Benito?
Estrella. — Vous le savez bien. Vous écoutiez.
Ramon. — Vous parliez bas. Je n^ii rien entendu.
Estrella. — C'est fâcheux !
Ramon, lui penant la main. — Faisons la paix!
Estrklla. — Si vous voulez!
Ramon. voyant le bracelet. — C'est lui qui t'a donné ce bracelet ?
Estrella. — Oui!
Ramon. — 11 e^t ton amant?
Estrella. — Parce qu'il m'a offert un bracelet de deux douro.s? Ce n'est pas cher!
Ramon. — Pourquoi ce présent?
Estrella. — Pour me faire plaisir, et c'est un souvenir qui me rappellera le mariage de Concha.
Ramon, — Tu le trouves joli, ce bracelet?
Estrella. — Très gentil!
Ramon. — Si tu le voulais, Esti-ella, je te donnerais
un bracelet avec un gros diamant, des colliers, des bagues, des broches.
Estrella. — Avec quoi les payeriez- vous?
Ramon. — Je suis plus riche que tu ne crois.
Estrella. — Bah?
Ramon. — Ma mèi'e se plaint sans cesse...
Estrella. — Il est vrai que les affaires ne sont pas brillantes, je le sais.
Ramon. — Mais elle a des rentes. Nous ne dépensons pas beaucoup d'argent. Et, chaque année, elle achète des valeurs, et elle n'est plus jeune.
Estrella. — Vos paroles font du bruit dans l'air, mais elles ne sonnent pas dans mon cœur.
Ramon. — Mon père m'a aussi laissé de l'argent et ses bijoux. Il aimait les bijoux. J'ai une bague avec un gros rubis : c'est un baron qui la lui a donnée quand ma mère dansait à Vienne. La yeux-tu, dette bague?
Estrella. — Non !
Ramon. — Viens là-haut, dans ma chambre. Elle est enfermée dans le coffre. Elle brille comme le soleil qui se couche.
Estrella. — Allez la chercher.
Ramon. — Viens avec moL
Estrella. — Non.
Ramon. — Viens!
Estrella. — J'ai dit: non!
Ramon. — Estrella, EstreUita, pourquoi es-tu si méchante avee moi? Tu souris à tout le monde, à Pepillo, à Luisito, à Benito, et, pour moi, tu n'as que des regards méchants.
Estrella. — Je ne les aime pas. Je ne vous déteste .pas! Je demande qu'on me laisse tranquille!
Ramon. — Ils sont plus jeunes que moi, oui, tous, même Benito. Ah! la jeunesse! la jeunesse! Je la hais! J'ai été beau, ma petite, oui, beau!
Estrella. — Je n'en doute pas!
Ramon. — Et l'on m'a adoré. Tiens, Dolorès, la belle Dolorès, je l'ai fait pleurer d'amour dans cette maison. Tout à l'heure, elle me disait que j'ai été le seul amour de .sa vie, et pourtant bien des hommes lui ont dit: « Je t'aime. »
Estrella. — Toutes mes félicitations!
Ramon. — Tu te moques de moi?
Estrella. — Mais non! Il est très possible que voas ayez été beau.
Ramon. — Oui, oui! Tu me trouves flétri, et tu sonores à Pepillo et à Luisito. Eh bien, ma petite, ils sont plus jeunes (we moi, mais ils ne savent pas aimer comme j'aime.
Estrelt^. — Fanfaron! Tous les hommes vieillis parlent eomme voils!
Ramon. — Si tu voulais! si tu voulais!
Estreli^. — Je ne veux pas. Je suis jeune. Je veux (le la jeunesse, des lèvres fermes et, contre ma ehaii-, un corps mince et doux à toucher.
Ramon. — Prends grarde!
Estrella. — Vous ne me faites pas peiir!
Ramon. — Pi-ends garde! l>a maison est vide!
Nous sommes seuls!...
Estrella. — Eh bien! Vous allez me violer? a\ la
saisit dans ses bras brusquement et baise sa bouche. Rstrella
se défendant.) Mauvaise bête! Brute!
Ramon, la tenant. — Tu peux crier! On ne t'entendra pas!
Estrella. — Je n'ai pas peur de vous!
Ramon. — Je ne te demande pas d'avoir peur!
Estrella. — C'est ici que tu vas me caresser? Sur le plancher? Sur l'estrade?
L'ILLUSTRATION THEATRALE
Saho». — Ja f emporterai, Ut-haut, dans ma diambrel
EsTBELLA. — Tu seras bieu, fatigué quand tu auras monté l'eecalier. Tu ne songeras plus qu'à redescendre !
RiMON. — Nous allons voir.
Es^tElitiA. - — Je resterai froide dans tes bras ! Le bel avantage!
Bauon. — Je n'espère pas que tu m'aime». Je te veui!
ESTRELLA. — Ah ! ah ! Tu ue m'as pas encore !
RaUON, esl sur le point de remporlcr. — Je t'auTai .''
Je t'aurai 1
E8THBU.A. — Si tu fais cela... (Tomasa arrive par !i