ESTRELLA, BENITO
Benito. — Alors, vous aimez le petit?
Estrella. — Quoi?
Benito. — Vous aimez mon frère Luisito?
Estrella. — Moi?
Benito. — Ecoutez, Estrella. Vous ne voyez peutêtre pas très clairement vos sentiments ; mais vos regards, vos gestes, votre voix disent... Enfin ! vous aimez Luisito!... Conchita en est à trembler!
Estrella. — Ça, c'est trop fort!
Benito. — Ne vous fâchez pas! Je vous explique aivssi doucement que je puis ce que je vois, ce que je crois voir.
Estrella. — Ah ! vous voyez, Benito? Vous croyez voir! Vous osez dire que vous voyez! Ah! Madone!
Benito. — Estrella, que voulez-vous dire?
Estrella. — Rien, rien... Pardonnez-moi!
Benito. — Ma petite!
Estrella. — Je suis malheureuse !
Elle pleure.
Benito. — Estrella!
EsTRELixA. — Ah ! Benito ! Si vous pouviez deviner combien je souffre dans cette maison.
Benito. — Parlez!
Estrella, lui prenant la main. — Je ne sais pourquoi : je vous dirais ce que je cache à tout le monde!
Bknito. — Parce que vous sentez que je ne suis pas comme les autres pour vous.
Estrella. — Oui, je crois que vous m'aimez un pou.
Benito. — Je vous aime!
i'^STRELLA. — J'ai besoin de vous sentir teiidre avec moi... 11 faut défendre votre petite amie.
Benito. — Contre qui?
Estrella. — Contre tous, vous savez bien... Tous les hommes sont après moi, Pepillo, Ramon, surtout... d'autres encore.
Bknito. — Qui?
Estrella. — D'autres...
Benito. — Luisito?
Estrella, — Non ! Non !
Benito. — LuLsito, j'en étais sûr!
Estrella. — Vous vous trompez!
Benito. — Et il est sur le point d'épouser Concha!
Estrella. — Mais non ! mais non, pas Luisito !
Benito. — Vous ne voulez pas me le dire parce que c'est mon frère. Mais je me rappelle ses regards. Et pourquoi vous a-t-il offert un cadeau?
Estrella. — Et vous-même?
Benito. — Mais moi, ce n'est pas la même chose? Je n'ai plus l'âge d'être aimé!
Estrella. — Vous croyez?
Benito. — Mais...
Estrella. — Benito, je ne veux plus demeurer la
uuit dans cette maison. Dès ce soir^ après la représentation, j'irai dormir loin d'ici, dans un petit logement. Tomasa dit que je fais bien!
Benito. — Ab! Tant mieux!
EsMŒLLA. — Vous sentez, n'est-ce pasf qu'il est dangereux pour moi de rester près de Ramou?
Bbnito. — Oui! Oui! Où irez-vous?
ESTBELLA. — Je ne sais pas... Je ne peux pas sortir... Si vous vouliez!...
Benito. — Quoif
EsTRELLA. — Vous me chercheriez une chambre, une toute, petite chambre oii je serais tranquille.
Benito. — Oui, je le ferai.
EsTBELiiA. — Après les danses, cette nuit, vous viendrez ici et vous m'emmènerez.
Bbnito. — Je vous le promets.
EsTRELLA. — PepOlo m'avait proposé son aide, mais il n'est pas brave, il n'est pas fort: c'est un enfant !
Benito. — C'est une Ame de boue! Il vous ferait tomber aussi bas que lui!...
EsTRELLA. — C'est cc que j'ai pensé! Je me confie à vous, Benito.
Bbnito. — Merci!
EsTRELLA. — Vous scrcz m OU ami.
Benito. — Vous me dites bien tout, Estrclla?
EsTRELLA. — Mais... ouiî...
Bbnito. — Vous n'aimez pei-sonnet
Estrella. — Non...
Benito. — C'est bien vrai?
Estrella. — Ne m'intermgrez plus ! Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir... J'ai confiance en vous... Ne m'abandonnez pas.
Benito. — Mon aimée! .
Estrella. — Non î non ! Je n'ai rien dit ! Vous avez mal compris!
Benito. — Estrella !
Estrella. — Allez! Allez!...
Benito s'éloigne et sort.