Scène VI
LUISITO, CONCHA
(JONCHA, en jolie toilette. — 11 est parti?
IjUISITO. — Oui, tu nous écoutais?
CoNCHA. — Non, j'étais là, derrière la porte.
LuisiTO. — Tu as entendu î
CoNCHA. — Quelques mots.
LuisiTO. — Concha!
CoNCHA. — Je tretfiblais. Je craipiais qirAmalia ne vînt. Elle est chez la voisine, dans le petit jardin. Elle joue avec les enfants. Pense donc ! Si elle savait.
LmsiTO. — La pauvre!
CONCHA. — Il ne faut pas que Benito fasse cela!
LuisiTO. — Qui Ten empêchera ! J'ai tout fait pour le retenir.
CoNCHA. — Tu as même menti.
LuisiTO. — J'ai menti?
CoNCHA. — Tu as dit que tu étais amoureux d'Estrella. Ce n'est pas vrai, n'est-ce pas?
Luisrro. — Ma chérie!
CoNCHA. — Non, ce n'est pas vrai, mais il Va cru. Les amoureux sont si naïfs !
LuisiTO. — Concha!
CoNCHA. — Comment souhaiterais-tu les baisers de cette bouche qui est à tout le monde?
LuisiTO. — Ah!
CoNCHA. — Et sa peau est trop jaune pour toi, qui aimes ma peau blanche.
LuisiTO. — Concha, tu as raison de montrer ton cou !
CoNCHA. — C'est avril, Luisito. Je me suis faite belle! Dans deux jours nous fêterons Pâques.
Luisito. — Benito ne sera pas là : sa femme et ses enfants pleureront.
Concha. — Il faut le garder; il faut l'enlever à celle qui apporte le malheur.
Luisito. — Ma petite.
Concha. — Hélas ! tu aurais pu l'aimer ! Tu aurais souffert comme ton frère! Elle se serait moquée de toi! Car elle se moque de lui.
Luisito. — C'est sûr!
Concha. — Oh! Comme j'aurais eu de la douleur, et comme je t'aurais plaint ! Le malheureux, que vat-il devenir!
Luisito. — Viens contre mon cœur, Conchita.
Concha. — Oui, tiens-moi contre toi, et je te serre tendrement dans mes bras ! Nous sommes . unis, le malheur peut souffler!
Luisito. — Si tu savais! Si tu savais!
Concha. — Tais-toi! Tais-toi!
Luisito, sanglotant. — Concha! Concha!
C^ONCHA. — N'aie i)as honte de pleurai- !
Luisito. — Hélas!
Concha. — Il faut que tu parles à Estrella! Elle doit venir aujourd'hui avec Tomasa pour voir passer la procession;
Luisito. — Oui, c'est vrai.
Concha. — La gueuse, elle ose venir ici pour nous voler.
Luisito. — Comment?
Concha. — Pour nous voler Benito. Mais elle n'est peut-être pas tout à fait méchante. Elle ne sait pas, elle ne voit pas tout le mal qu'elle prépare.
Luisito. — Crois-tu?
Concha. — Essaye de lui expliquer...
Luisito. — Non, non !
Concha. — Reprends-lui ton frère.