‹ La Maison de danses: Pièce en 4 actes et 5 tablChapitre 49 sur 49 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

ESTRELLA, LUISTTO, puis RAMON et BEXITO

Estrella.

ment.

LUISITO. -

Estrella.

LuisiTO. -

Estrella.

tu as trouvé

Si je t'avais

j'aurais crié

raison. Mais

Luisito. -

Estrella.

— Tu aurais pu lui parler moins nule-

- J'ai parlé comme je devais.

— Mais, qu'as-tu donc, mon chéri?

- Je sais que Pepillo a été ton amant.

- Ma petite âme, tu es in-ité parce que Pepillo auprès de moi. Je te comprends.

rencontré avec une femme, ici, ce soir, encore plus fort que tu n'as crié. Tu as je veux t 'expliquer.

- (^'est inutile.

— Si, si ! Pepillo a soupe à la maison ;

Ramon est sorti; aussitôt j'ai voulu te rejoindre, j l^epillo m'a accompagnée...

LuisiTO. — Assez! assez! Ah! ne te donne pas la peine de mentir. Povjrquoi pas Pepillo en même temps que Ramon?

KsTRELLA. — Ramon ! C'est faux. Je le jure par le Christ!

LuîsiTO. — J'ai lu la lettre que tu lui as écrite la semaine dernière quand il était à Gibraltar.

EsTRELLA. — Eh bien ?

LuisiTO. — Tu ne te la rappelles donc plus! Tu lui parles de toutes les caresses qu'il t'a faites.

EsTRELLA. — Il t'a montré cette lettre?

LuisiTO. — Oui ! Oui !

EsTRELLA. — Le misérable!

LuisiTO. — Il a bien fait! Hein, tu ne jures plus

par le Christ! (Ramon et Benito entrent. Doucement •Kstrclla cherche à s'évader.)

Ramok, bondissant. — Toi, tu vas rester ici, n'est-ce pas ? Ne cherche pas à t 'enfuir.

Il la saisit par le poignet.

EsTRELLA. — Tu me fais mal! Brute! brute!

LiTisiTO. — Non ! Non ! Vous n'allez pas la tuer, hein ? Ce n'est pas vrai; Benito, tu ne commettras pas ce crime? %

Benito. — Ce n'est pas un crime, c'est la justice.

LuisiTO. — J'appellerai, je lutterai; il faudra me tuer d'aboi d.

Ramon. — Je te conseille de ne pas bouger et de te taire.

Estrella. — Vous avez fini cette comédie? Je sais bien que vous ne me tuerez pas. (A Luisito.) Misérable! Tu m'as donné ce rendez- vous d'amour! Je ne t'ai jamais aimé, lu entends? Je te trouve ridicule. Je me .**uis moqué de toi, toujoui*s. toujoui*». Si seulement je t'avais trouvé gentil, je serais à toi depuis longtemps. Tu n'es qu'un niais; tu étais digne d'épouser ta Coucha.

l.uisiTO. — Prends garde!

Estrella. — Oui, oui, tu vas me frapper, maintenant, parce que ta vanité est blessée. Je me moque de toi. Tue-moi, tue-moi donc !

LuisiTO. — Ne m'en défie pas.

Benito. — Luisito!

Estrella. . — Ah! ah! c'est le grand frère qui devient généreux. Tu es attendri en voyant que. je n'aime pas ton cadet. Tu crois peut-être que c'est toi que j'aime? Mais, Benito, j'éclatais de rire en me rappelant le soir ton visage grave et tes soupii^.

Benito. — Cependant, tu pleurais auprès de moi.

Estrella. — Je sais pleurer comme je sais danser. Je simule la douleur comme le plaisir. N'est-ce pas, Ramon ?

Ramox. — Quoi?

Estrella. — Tu peux leur dire que je sais feindre 1:» ])laisir; un homme (rex])érienoe comme toi s'y l.us-e tromper, hein? J'ai fnssonné dans tes bras, je me suis cabrée, j'ai pâli, j'ai crié. Tu croyais que c'était vrai, brave homme!

Ramon. — Tu meiis! tu étais heureuse.

Estrella. — Mais reganle-toi, tu es vieux, tu es ut;)s; quel .séducteur! Quand tu te déshabilles, tu devrais avoir honte de ton ventre.

Ramon. — Ah! tu me payeras tout ça!

Estrella. — Mes amants, mes trois amants, ils sont jolis: un niais, un pleurard, une brute! Et ils voudraient être aimés! Ah! les hommes! Celui que j'adore a un corps fin et joli, une bouche fraîche, nne chair jeune, des baisers longs.

R^MON. — C'est Pepillo!

Luisito. — Tout à l'heure, dans ce jardin, il t'a tenue encore?

E1st»rella. — Oui, oui, il

prise soiv cet

arbre, là. L'herbe porte encore la marque dy nuire étreinte.

Benito, la saisissant pour l'ctrangicr. — Je vais l'y étendre sur l'herbe, et tu ne te relèveras pas.

Estrella. — Puisqu'il n'est plus là, je peux mourir !

Ramon, l'arrachant à Benito. — Laisse-la, elle exagère : elle n'aime pas à ce point Pepillo.

Estrella. — C'est possible! Toi, tu me connaii* mieux que les autres.

Ramon. — Et tu ne me détestes pas tant?

Estrella. — Je l'adore! Ah! ah! ah! n'es-tu pas adorable, chéri de mon cœur?

Ramon. — Réponds-moi!

Estrella. — Non!

BenitId. — Pourquoi l'as-tu airachée de mes mains? Je l'aurais déjà étranglée.

Estrella, offrant son cou nu. — P]trangle. Etrani^le! Je me suis toujours moquée de toi ! Va donc ! Serre mon cou et je tirerai la langue comme un gamin qui se moque du maître.

Benito. — Assez!

Estrella. — Tu ne me tueras pas! Aucun de vous ne me tuera! Vous n'avez pas assez de courage pour commettre un meurtre, pour aller en prison. Vous avez peur. Ah ! si pei^sonne ne devait le savoir, s'il n'y avait pas las juges...

Ramon. — Ne crois pas que tu sortiras de ce jardin !

Estrella. — Je m'en irai quand je voudrai. Vous avez fait de beaux projets chez voils. Il me semble que je vous entends. Vous disiez: il faut écraser cette vipère! Allons, écrasez! Ce n'est pas si facile de tuer une femme! Pepillo m'a laissée ici avec Luisito. Il parlera et l'on retrouvera sans peine le meurtrier. Allez! tuez! Lâches, lâches, tuez donc!

Ramon, — Tout à l'heure!

Estrella. — Ah ! J'ai du temps pour me préparer à la mort ! Vous allez peut-être me donner un confesseur?

Ramon. — Tu vas d'abord nous demander pardon à genoux.

Estrella. — Moi?

Luisito. — Pourquoi l'humilier?

Ramon. — Ne nous a-t-elle pas humiliés?

Estrella. — Ne fais pas la grosse voix: c'est

inutile. (Elle s'agenouille.) Tu CS COUteilt ?

Ramon. — Nous verrons si tu riras tout à l'heure.

Estrella. — Senor Luisito, je t'ai doinié mes lèvres et l'étreinte de mes bras. Pardonne-moi de t'avoir donné autant; dis-moi si tu veux davantage.

Luisito. — Assez!

Estrella. — Senor Benito, je t'ai seulement abandonné It bout de mes doigts, tu as eu la moins belle pai-t. Je m'en excuse. Veux-tu mes lèvres et même tout mon corps?

Benito. — TaLs-toi!

Estrella. — Senor Ramon, j'ai été pendant trois ans ta sentante et tu ne me payais pas de gages; j'ai ensuite daasé et t'ai fait gagner beaucoup d'argent. J'ai été ta maîtresse et t'ai donné des nuits de plaisir. Pardonne-moi! pardonne-moi!

Ramon. — Et tout ce que j'ai souffert par toi?

Benito. — Tu m'as fait prendre en haine tout ce qui n'est pas toi.

L'ILLUSTRATION THEATRALE

LcisiTO. — Je lie peux piiia \-ivre qu'avec toi.

EsTBFXLA. — A qui ai-je promis d'être fidèleT Répondez! A qui ûi-je offert toute ma vieî A qui ai-je demandé toute sou exiwtencef Est-ee que je désire le mariai de Ramon?

Ramok. — Non.

EsTRELLA. — Ai-je accepté de m'enfuir avee loi, Beuitoî

Benito. — Non.

EsTBELu. — Ai-je voulu ('enlever à ta femme.

Luisitof

LoisiTO. — Kou.

Ebtbklla. — Je ne sul'î pas la femme d'un seul homme: je ne suis pa<t fnite pour surveiller le fourneau ou pour faire des enfants. Si j'étais une telle créature, vous ne m'aimeriez pas puisque vous êtes prêts à abandonner pour moi les A ma lia et les Coneha. Je suis née pour exciter le désir de tous, pour donner un instant de plaisir et pour aller plus loin. Je suis une daimeuse ! .Te danse avec mes amants oomme avec mes dau:>eurs. Je t'aîme, Kamon, et c'est ton tour. Liiisito, et je suis à loi, Benito, et à d'autres. à d'auli-es. et à moi-même. Je danserai ainsi toujouiïi. tonjoui8. Je ilatuie au milieu des cris de joie ou de douleur: ce n'est que de la musique. Je danse au son des guitares, au claquement des cast ariettes.

(On cnlend l'orgue dans l'cglinc <iu couwnl.) Je danse au.Y

accords de la mort. Je danse pour vous, pour ceux qui m'aiment, pour ceux qui me détestent, pour ceux qui me désirent, pour ceux à qui je fais horreur, pour celui qui voit tout. Je danse pour toutes les choses, pour le soleil, pour l'ombre el pour le clair de lune. Frappez-moi! frappez-moi quand je danse!

Ramon. — Tu es folle!

EantELLA, — Oui, je suis folle! J'aime les mouvements des corps, j'aime l'amour, et, pour vous donner sa cadence, je ne vous demande pas de me nourrir, de m'entrelenir jusqu'au tombeau, comme les femmes qui ne dansent pas, comme Amalia, comme Coneha. Le plaisir me suffit. Je vous donne un moment de joie et je m'en vais. Tuez celles qui s'attachent à vous. Tuez celles qui entravent votre bonheur. MaLs moi, vous devriez me bénir. Qui veut danser avec moi»

Les TROIS hommes. — Moi!

EsTRELLA. — Luîsito, Benito ou Ramon î

Les trois houhes. — Moi !

ESTRELLA. — Luisito! Luisito! (Elle 3'e» app

Luisiïo, s.

e la poureuivri

i passer!

Ramok. — Laisse-D

Luisito. — Non ! r

Ramon, s'éUntam. le coulïlu levé sur Luisito. — Noil

allons voir!

Benito. — Oh! pas ça! Ne touche pas le petit.

Il tire aussi son couteau.

Ramon. — Imbéciles ! Vous ne voyez donc pfl qu'elle va s'enfuir avec Pepillo.

Benito. — Bon voyage!

Ramon. — Mais toi, Luisito, tu l'aimes encore Allons la frapper.

Luisito. — Je ne veux pas qu'elle meure!

Rauon. — Je passerai, je passerai.

Il selance et frappe du poignard Luisito.

Luisito. — Ah! il m'a crevé le bras!

Benito, a frapp* lUmon à l'épauis. — Je le lui i

Ramon. — Lâches! lâches!

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