‹ La Maison de danses: Pièce en 4 actes et 5 tablChapitre 48 sur 49 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

On entend encore l'orgue ; par la gauche entrent

ESTRELLA et PEPILLO

Estrella. — Je t'adore!

Pepillo. — Maîtresse de mon âme!

Estrella. — Dans une heure tu auras quitté la ville!

Pepillo. — Dans deux heures.

Estrella. — Et, sans doute, je ne te reverrai plus.

Pepillo. — Je reviendrai.

Estrella. — A Paris, tu ne m'oublieras pas tout à faitî

Pepillo. — Je penserai souvent à toi.

Estrella. — Tous les jours?

Pepillo. — Toutes les nuits.

Estrella. — Menteur.

Pepillo. — Je te le jure.

Estrella. — C'est gentil.

Pepillo. — Estrellita, tu ne sens donc pas que je t'aime?

Estrella. — Comme tu aimes Elena, Mercedes, et tant d'autres.

Pepillo. — Toi, ce n'est pas la même chose: j'ai mal en te quittant.

Estrella. — C'est sans doute ce que tu as dit à toutes, aujourd'hui !

Pepillo. — Ma petite aux yeux noii-s, rappelle-toi nos journées d'amour, et tu comprendras que je te reofrette.

Estrella. — Tu regrettes le plab^ir que je t*ai donné.

Pepillo. — Et toi, n'as-tu pas été heureuse dans mes bra.sî

Estrella. — Folie!

Pepillo. — Et les soirs d'été dans ce jardin?

Estrei.la. — Tais-toi!

L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

Pepillo. — Ma maîtresse!

11 la serre.

EsTRELLA. — Je t*en prie.

Pepillo. — Tu as voulu revoir ce jardin avant mon départ.

EsTRELLA. — Mais non en cueillir les fruits.

D'ailleurs, c'est le printemps; il n'y a que des fleurs.

Pepillo, qui la suit de près. — Estrellita, ta bouche ( st une cerise mûre, et je voudrais mordre tous les iiiiits de ton corps.

EsTRELLA. — Non!

Pepillo. — Pourquoi?

EsTRELLA. — Il est trop tard; tu devrais partir très vite, courir vers la gare. L'amour veut du temps, mon amant, rappelle-toi !

Pepillo. — Si je ne m'en allais que demain matin?

ESTRELLA. — Non.

Pepillo. — Partir si loin sans avoir eu, une fois encore, notre joie.

EsTRELLA. — Adieu.

Pepillo. — Kstrella! EsTRELLA.' — Eh bien !

Pepillo. — Viens avec moi.

EsTRELLA. — Où donc?

Pepillo. — A Paris.

ESTRELLA. Tu CS fou.

Pepillo. — Viens, tu es libre. Tu n'as pas besoin de paquets. Je t'emporte telle que tu es, toute nue.

EsTRELLA. — Ou presque.

Pepillo. — Viens.

EsTRELLA. — Comme tu me désires parce que je me refiL<?e!

Pepillo. — Quand tu te donnes, je te désire encore et toujours, tu le sais.

EsTRELLA. — Oui, tu es jeune.

Pepillo. — Je t'aime!

EsTRELLA. — Tu es incapable d'aimer.

Pepillo. — Je t'adore, et t'adorerai.

ESTRELLA. — Chut!

Pepillo. — Est relia!

EsTRELLA. — J'aime teç yeux faux : tu es une fille, tu as des mouvements de fille.

Pepillo. — Quand je danse?

EsTRELLA. — Et aiLSsi quand tu ne danses pas.

Pepillo. — Je te plai^?

EsTRELLA. — Plus que tous les hommes.

Pepillo. — Viens à Paris.

EsTRELLA. — Pauvre petit, tu te lasserais bien vite de moi.

Pepillo. — Jamais.

EsTRELLA. — Tu me tromperais bien vite avec la belle Dolorès que tu vas rejoindre.

Pepillo. — Et toi-même m'as-tu jamais été fidèle? Cependant, tu me revoyais toujours avec joie.

Estrella. — Oh! oui!

Pepillo. — Viens à Paris. Je veux encore passer des jours et des nuits auprès de toi!

Estrella. — Adieu !

Pepillo. — Tu ne veux pas?

Estrella. — Je voudrais bien.

Pepillo. — Tu as peur d'être malheureuse?

Estrella. — Moi? Chéri de mon cœur, je ne serai jamais malheureu.se! Je ne crains pas la pauvj'clé. j'ai do jolis yeux; je ne crains pas les hommes, nui ])eau est tellement .«sensible qu'elle me console vite do tr)ules les trahisons.

Pepillo. — Oh! toi!

IvSTRELLA. — Ne te mets pas en colère; je te resso'.iblo, Pepillo. Nous sommes un beau couple. Les

spectateurs l'ont souvent dit quand nous montions sur l'estrade.

Pepillo. — Demain, tu danseras avec un autre.

Estrella. — Au revoir!

Pepillo. — Tu restes ici? - Estrella. — Avec ton souvenir.

Pepillo. — Je suis triste de te laisser ainsi dans notre jardin.

Estrella. — Peut-être n'y serai-je pas longi^emps seule.

Pepillo. — Mauvaise!

Estrella. — Un amant s'en va, l'autre vient.

Pepillo. — Tu me fais de la peine.

Estrella. — Le train va partir sans toi, mon amant.

Pepillo. — Estrella!

Estrella, le regardant dans les yeux. — Tu me plais cependant, ma petite canaille.

Pepillo. — Viens avec moi.

Estrella. — Tu m'as donné toutes les joies.

Pepillo. — Je te les donnerai encore.

Estrella. — Tu as de jolis regards, une bouche si douce, des lèvres de femme. Petit! Petite!

Pepillo. — Donne-moi encore ton baiser.

Estrella, lui offre doucement sa bouche. — Prends! Oh! Mes lèvres me font mal. Tu m'as mordue!

Pepillo. — Pardon!

p]STRELLA. — Merci!

Pepillo. — Estrella!

Estrella. — Merci pour la douleur et pour la joie, pour toutes les douleui-s et toutes les joies.

Pepillo. — Je m'en vais?

Estrella, lui donnant i« branche fleurie. — Prends cette branche en fleur, mon joli, et va!

Pepillo. — Au revoir, chérie de mon âme!

Estrella. — Adieu! chéri de mon corps!

Au moment où Pepillo va sortir, Rstrella.est tendue vers lui. Apparaît, très pâle, par la brèche, Luisito.

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