Scène IV
CONCHA, BENITO, LUISITO, puis RAMON
et TOMASA
Benito. — Elle est drôle, cette petite!
CoNCHA. — Je raime bien !
Benito. — C'est elle qui yous aide à tenir en ordre la maison?
LuisiTO. — Oh! Elle ne travaille guère! Elle a peur de salir ses mains.
CoNCHA. — Elle fait ce qu'elle peut. Elle n'est pas Venue au monde pour servir.
LuisiTO. — Tu crois qu'elle sera danseuse?
Benito. — Ce serait malheureux I
CoNCHA. — Pourquoi?
Benito. — Elle a l'air de valoir mieux que ça!
LuisiTO. — Ah ! ah ! Tu crois à son air innocent...
Benito. — Mais...
LuisiTO. — La vertu d'Estrellita! Le danseur Pepillo pourrait en dire la couleur!
CoNOHA. — Oh! Luisito! Tu n'as pas le droit de parler mal de cette petite.
Benito. — Elle paraît très sage.
CoNCHA. — Elle Test I
Luisito. — Soit ! Je n'ai rien dit !
Benito. — Elle s'appelle Estrella?
fiONOHA. — Oui I
entrent Ramon et Tomasa.
Rahon, grognon. — Bon jour, Luisito.
ToMASA. — Bonjour!... Au revoir!... Tu voulais nous vendre du poisson? Inutile! Viens la semaine prochaine, mon garçon.
Luisito. — Mais non, je voulais vous parler d'une affaire, d'un projet... Je suis venu avec mon frère Benito.
Ramon. — Bonjour, Benito.
ToMASA. — Au revoir!
Benit^. — Nous avons besoin d'avoir une conversation avec vous, don Ramon.
Ramon. — C'est qu'aujourd'hui je n'ai pas beaucoup de temps. C'est la paye des artistes.
Tomasa. — Ils seront ici dans quelques minutes, les damnés artistes! Ils ne sont jamais en retard quand ils doivent recevoir de l'argent.
Luisito. — C'est bien naturel.
Tomasa. — Tu trouves? Ils nous coûtent des pièces et ne nous rapportent rien !
Benito. — Votre établissement est pourtant célèbre. Tout le monde connaît les Délices de l'Andalousie,
Ramon. — Oui, oui.
Tomasa, apercevant Concha qui» depuis l'entrée des* patrons, s'est retirée au fond de la pièce. — Et toi, que fais-tu là?
Crois-tu que tu es ici pour nous écouter? A la cuisine, n'est-ce pas!
CoNCHA. — Je voulais vous demander si je dois mettre au feu les deux beaux poissons que les frères vous offrent.
Tomasa. — Deux beaux poissons?
Concha. — OuL
Tomasa. — Us nous les offrent?
Benito. — Si vous le permettez.
Tomasa. — Pourquoi ce cadeau? Si nous voulons du poisson, nous l'achetons.
Ramon. — Voyons, mama!...
Tomasa, — On ne donne rien pour lien. Que voulez-vous?
Luisito. — Benito va le dire à don Ramon.
Tomasa. — Oui.
Concha. -— Ce sont des rascasses, de belles pièces ! Tomasa. — Nous allons voir.
Luisito. — Si vous en voulez d'autres, vous pouvez choisir dans le panier!
Tomasa. — C'est bien! C'est bien! (Concha, Luisito.
Tomasa, se dirigent vers la cuisine. Au moment de sortir,
Tomasa s'arrête.) Si c'est pour une affaire d'argent, don Benito, sachez à l'avance que mon fils ne fait jamais rien sans m'avoir consultée.
Benito. — Je sais î Je sais !