Mon charmant pigeon
sant à son moindre désir, elle était devenue l'esclave, de son regard même, et ce regard, disposant d'elle, la rendait triste ou gaie.
Ce regard t il devint le régulateur de sa vie, l'arbitre de sa destinée. Innocente de fait encore, elle apprit déjà dans les lettres de Wolinski à nourrir son imagU nation et son cœur de toutes les séductions d'une passion criminelle. Le poison s'infiltrait dans ses veines; la pauvre enfant était au bord du précipice
Et lui, vivant dans un siècle où la séduction était comptée comme une gloire, et où toutes les fautes de, ce genre avaient leur excuse dans les mœurs des s qut verainset dans les excès des favoris, qui se faisaient de leurs passions un simple jouet; corrompu par Tan? sence générale des mœurs et vaincu par sa passion funeste, Wolinski ne pensait qu'aux jouissances que soft amour lui préparait. Sa conscience se taisait;, Dieu iuu oublié; sa raison était perdue. L'homme ivre d'opium peut-il raisonner?
C'était à Marioulla qu'était confiée la remise des billets. Wolinski et Mariolizza tâchaient, chacun, de son côté, de lui faire une position au palais. Ce fut donc la mère elle-même qui continua à développer la fatale passion de son enfant, se reposant sur la promesse de mariage et le serment du séducteur, et comme ensorcelée par les caresses de Mariolizza, pour laquelle elle
avait déjà fait le sacrifice de sa beauté et était prête à faire le sacrifice de sa vie. Peut-être avait-elle calculé, au reste, qu'en suivant pas à pas la marche de cette passion, elle pourrait arriver à temps pour sauver l'honneur de sa fille s'il était en danger. Mariolizza, de son côté, s'attacha tellement à elle, qu'elle s'asseyait sur ses genoux, entourait son cou de ses deux bras, arrangeait le voile et les cheveux de la bohémienne de manière à cacher complètement les parties brûlées de son visage, et la caressait comme sa gouvernante , comme sa nourrice, comme sa mère. Marioulla, dans ces moments d'enivrement, la nommait des noms les plus doux : — Mon enfant chéri, disait-elle, ma vie ! aime-le, adore-le, ce séduisant Wolinski! il saura te rendre heureuse 1 Mais seulement ne lui accorde pas trop de liberté avant le mariage : un baiser, rien de plus, sinon tu te perds à tout jamais, sinon tu tombes dans les griffes de Satan !
— Oh! ma bonne, ma chère Marioulla, répondait en soupirant la pauvre enfant folle d'amour, un baiser, un seul baiser!... Mais si ce baiser me consume !...