LA PÊCHE ET LA CHASSE
Indien qui abat en un jour quinze ou dix-huit bisons. Chacun de ceux qui s'emploient aux soins dont nous venons de parler, est pourvu des instruments d'acier ou de silex nécessaires pour écorcher la bête et en racler le cuir en dedans, pour la couper en morceaux, pour diviser la chair avant de la faire sécher, de la fumer ou de la saler. Tout est travail, animation; ce sont des allées et venues, des courses, des feux pour bouillir , griller, rôtir... enfin des repas perpétuels. Au banquet du soir, parmi les tribus chrétiennes, la Robe noire prend sa place en bénissant les prémices de la chasse ; et on lui sert le morceau le plus délicat, c'est-à-dire, ordinairement, la tête bouillie d'un jeune bison qui tôtait encore.
Les Canadiens, compagnons de Martin , n'ayant pas de chevaux, et ne pouvant par conséquent suivre les Indiens et se mêler à eux, observèrent d'abord la direction de la chasse, puis allèrent se mettre à l'affût aux endroits où les bisons devaient passer dans leur fuite. Héron et Martin étaient armés de leurs fusils, Hermine de son revolver à six coups; ils choisirent un poste favorable à l'entrée d'un petit bois et attendirent. Par bonheur, les sauvages avaient dressé non loin de là la tente de la liobe noire et du Cacique^ et c'était dans le voisinage de cette tente que le souper devait être préparé. Le cœur d'Hermine palpitait d'émotion, et son impatience lui faisait prendre pour autant de siècles les moments qui la réparaient encore de celui où elle verrait le missionnaire, où elle lui parlerait et recevrait sa bénédiction.
Les bisons, poursuivis par les cavaliers et fuyant de tous les côtés, essayaient de se réfugier au milieu des arbres pour échapper au carnage; mais ils ne réussissaient qu'à donner dans les embuscades; nos voyageurs en tuèrent ainsi plusieurs. Comme Hermine s'abandonnait à ses pensées, elle enlendit tout à coup, dans le bois, un bruit et des mugissemonts formidables ; elle se retourne aussitôt et voit un bison
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blessé, el furieux, se précipiter sur elle; sans se laisser intimider, elle saule derrière un tronc d'arbre, vise le monstre à 1h tête, lire, et l'atteint à l'œil gauche; sa douleur et sa rage redoublant alors, il se jette sur l'arbre en rugissant et le frappe de ses cornes. Hermine saisit ce moment, lâche un second coup, puis un troisième, en tirant au flanc ; la balle traverse le cœur, el l'animal tombe lourdement.
L'intrépide enfant, après cet exploit, rechiirgea son revolver, et, laissant sa proie étendue par terre, retourna à son poste. Bientôt elle vit arriver, d'une course folle, un tout jeune bison, efTjré, la queue en l'air ; il accourait pour se réfugier au plus épais du bois ; mais avant qu'il y fût entré, Hermine l'avait abattu. Quelques instants après, une troupe d'Indiens vint à passer; à la vue du jeune animal, ils montrèrent une grande joie, el apercevant à peu de distance un Canadien, ils le prièrent, dans leur langue, d'obtenir d'Hermine qu'elle leur cédât la tête du petit bison pour en faire liummage à la Robe noire. Le Canadien traduisit le message en français, et Hermme, enchantée, voulut couper elle-même ce morceau recherché et le remelfre, de sa main, aux Indiens, pour le missionnaire.