‹ La maison de granitChapitre 23 sur 50 · ON A RENTRÉ LES FOINS · texte numérisé non relu

ON A RENTRÉ LES FOINS

On a rentré les foins. Ce soir la grange est pleine De la chaude senteur des herbes de nos prés : L'anneau d'or du soleil a glissé sur la plaine, Mais l'air est pur, ici, sur les monts empourprés.

Je pense à toi qui, seul, dans la ville embrasée, Portes le lourd fardeau du labeur et du jour; Je te vois, travaillant sous la haute croisée, Ou cherchant l'ombre fraîche et le repas d'amour.

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Peut-être cette nuit quelque fille superbe Dénouant ses cheveux te verse un peu d'oubli ; Peut-être qu'en tes bras, comme une lourde gerbe, Pèse son corps, ployé, près de ton front pâli.

Lorsqu'elle partira, te laissant l'amertume De ses baisers vendus et de son rire faux, Tes yeux se voileront d'une légère brume, Car le plaisir n'est pas le bonheur qu'il te faut.

Si tu venais ici! Cette maison est tienne, Ces sauvages rochers, cette montagne en fleur, Cette ferme, ces prés, cette terre ancienne, Je te les ai donnés en te donnant mon cœur.

Ici tu trouverais une pure tendresse, Une pensée amie, un être tout à toi; L'air t'envelopperait de sa fraîche caresse. Tu te reposerais à l'ombre de mon toit.

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