‹ La maison de granitChapitre 24 sur 50 · ON A RENTRÉ LES FOINS · texte numérisé non relu

ON A RENTRÉ LES FOINS

Tu saurais la douceur d'être aimé pour toi-même, D'avoir sur ta poitrine un cœur tout plein du tien ; Tu connaîtrais enfin cette fierté suprême, D'enchaîner à ton sort l'âme qui t'appartient.

Mais tu ne viendras pas, et ma porte fermée Ne s'ouvrira jamais sous ta main bien-aimée. .. Moi, nourrie âprement du pain de la douleur j Je mourrai sans goûter le pain blanc du bonheur.

Car je n'ai pas le droit de dire que je t'aime !

Je suis femme, je dois toujours me taire, et, même,

Si tu me devinais je dirais encor : non !

Alors que tout mon sang brûle au feu de ton nom.

Il faudrait, pour briser le sceau qui clôt ma bouche,

Que, jetée à ton cou dans un élan farouche,

Je puisse te crier le secret de mon cœur,

Et que de mon orgueil Ion regard fût vainqueur.

Mais je ne dirai pas la parole qui lie, Parce que j'ai souci du bonheur de ta vie, Et que je ne sais pas si je peux apaiser Ta soif de volupté par mon chaste baiser.

Je renonce à Tespoir, à ses divines fêtes, Car je ne pourrai pas souffrir que tu regrettes Dans mes bras confiants tes maîtresses d'un jour, Et qu'ivre de plaisir tu méprises l'amour.

Si tu ne choisis pas toi-même ma tendresse,

Je ne parlerai pas; je tairai ma détresse ;

Et, comme un grain d'encens au creux de Tencensoir,

Brûlera tout mon être au feu clair du devoir.

JE VOUS ËCRIS..

J'avais dit : Je saurai porter ma solitude; Je resterai debout sous le fardeau si lourd Du silence, du soir, du devoir, de l'étude; Je n'écrirai jamais une lettre d'amour.

Et maintenant je suis seule devant ma table, Chaque mot que je trace est un monde d'espoir C'est le rêve ancien qui vient, inexorable, Arracher de mon front les plis d'un voile noir.

Bien longtemps j'ai voulu me cacher à moi-même Le secret qu'aujourd'hui je ne peux plus porter ; Qu'on me laisse crier enfin que je vous aime ; 11 me faut cet aveu pour me réconforter.

Il faut le murmurer au vent qui me caresse, A la brise qui passe effleurant mes cheveux; Je k dis cette nuit dans Tombre qui m'oppresse, Je le dirai demain à la face des cieux !

Mon espoir refleurit comme une fleur d'automne, Comme une rose pâle au parfum plus léger! Sous un dernier rayon tout mon être frissonne : Ah ! comme il vous faudrait savoir me protéger !

Que de soins, de tendresse et de bonté divine Deviendrait nécessaire à mon frêle bonheur ! Que je me blottirais contre votre poitrine, Dans vos deux bras aimés pour sentir leur chaleur

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