‹ La maison de granitChapitre 30 sur 50 · RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION

Je pense quelquefois que mon amour est mort,

Qu'il est enseveli dans une tombe étroite,

Et que si je suis là, silencieuse et droite,

C'est qu'autour de mon cœur l'oubli met son bras fort.

Une lente douceur envahit tout mon être, Et je m'épanouis au blond soleil des jours; J'entends le gai printemps frapper à ma fenêtre Comme pour m'inviter à de jeunes amours.

Je ne sais plus que j'ai souffert; la vie est belle; Le ciel est une fleur de saphir au cœur d'or... Mon âme est une mer calme où la barque frêle, Sans crainte des récifs, peut errer loin du port;

Tandis que, sur les bords du tranquille rivage, Toutes blanches parmi les cyprès de velours, Les paisibles maisons que n'atteint pas l'orage S'ouvrent pour le repos des merveilleux retours.

Et, sur le mont sacré qui domine l'espace.

Pensive, sous les plis du voile de Tazur,

Une fière statue au noble geste trace

La route des sommets où souffle un air plus pur.

Je vais la suivre, elle m'attire et je t'oublie,

0 toi, mon cher amour, qui m'enchaînais au sol ;

Secouant le fardeau de sa mélancolie,

Vers les plaines du ciel mon âme prend son vol.

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