RÉSURRECTION
Brusquement sur mes pas une vague se dresse; Elle monte et jaillit du sein profond des mers; La colonne d'onyx me cache la Sagesse Et les ordres divins que dictent ses yeux clairs.
C'est tout le flot de ma tendresse inassouvie ; C'est le remous puissant de mon rêve ancien : — Etre deux et marcher ensemble dans la vie C'est le chaste désir que mon cœur a du tien.
Mais avec mon amour ma peine est revenue...
Je ne goûterai pas dans la douceur du soir
La volupté d'errer sur la route inconnue.
Près de toi, sous le ciel beau comme un reposoir!
Je pleure de nouveau, seule dans le silence.. Nul bonheur désormais ne me consolera, Pas même la beauté de la terre où j'avance Sans savoir où, demain, le sort me conduira.
L'horizon lumineux s'est couvert de nuées, Long regard de l'espace obscurci par les pleurs. Lentement, comme un vol d'ailes exténuées, S'abattent sur la mer les plaintives douleurs.
Au ras de ses eaux cruellement bleues Tu pourrais les voir fuir devant la nuit; Elles franchiront mille et mille lieues Sans que leur appel vers moi t'ait conduit.
Mais si quelque jour tu pouvais entendre Le cri douloureux de mon cœur blessé, Si ta main s'ouvrait, chaude, pour se tendre Vers l'oiseau qui meurt dans le vent glacé :
Tu saurais alors le prix de la vie.
Car notre passage, un jour, ici-bas,
X'a qu'un seul bonheur digne qu'on l'envie,
Celui que, sans moi, tu ne vivras pas !