LES ÉTOILES FILANTES
Ce soir j'ai murmuré : « Que ma pensée amie T'apporte /jju âi^in.vt^<^uA^ ^ '^'^ -j-^dJtiijL
A toi qui fus vraiment le maître de ma vie; '
Que la mort qous unisse en son éternité. »
Et j'ai toujours ainsi, de richesses avide, A rétoile qui passe envoyé mon souhait; Et chaque don reçu, malgré tout, laisse un vide Aux mains que nul trésor jamais ne satisfait.
Mais je songe parfois qu'un jour viendra, peut-être,
Où mon être lassé ne demandera rien,
Oii ma douleur sera de ne pouvoir connaître
Le tourment de vouloir encore quelque bien.
Ah! je ne le crois pas! J'ai trop d'ardeur fervente Pour que le temps arrive un jour à l'épuiser ; Mais je veux implorer l'étoile confidente, Pour que la mort m'apporte assez tôt son baiser.
Et les beaux astres d'or dans la nuit lumineuse Sur ma tombe tranquille alors pourront glisser Sans que mon cœur, rempli de paix mystérieuse, Tressaille de désir en les sentant passer.
Ah! quand j'avais au cœur la divine espérance, Que la terre était belle, et quels frisonneraents Je trouvais aux grands bois où le bonheur s'avance A pas mystérieux comme des pas d'amants !
Je portais dans mon cœur tout le charme des choses; C'était moi qui donnais leur splendeur aux saisons, Leur émouvant parfum au calice des roses, Leurs cliangeantes couleurs aux vastes horizons.
Maintenant tout est mort, la lumière est voilée, Les roses du chemin s'effeuillent sous mes doigts ; L'illusion divine au loin s'en est allée ; C'est la réalité cruelle que je vois.
Et les clairs diamants de la blanche rosée Ne sont plus, je le sais, que de froides vapeurs; La terre où, pour un jour, notre tente est posée, N'est qu'une tombe ouverte à toutes les douleurs.
Pourtant je te préfère ainsi découronnée. Nature, quand mes mains arrachent de ton front La parure d'emprunt que je t'avais donnée, Et que tu restes nue, insensible à l'affront.
Car je peux mesurer enfin ce que mon âme Ajoute d'elle-même à la réalité ; Dans l'immense univers je ne suis qu'une femme, Mais mon fragile cœur peut créer la beauté.
Et n'ai-je pas aussi transfiguré mon rêve En lui donnant la vie intense dont je meurs? Lorsque dans un élan tout mon être se lève, Est-ce vraiment l'amour qui mérite mes pleurs?
Ah! peut-être qu'en lui le charme que j'adore Est celui dont mes mains ont voulu le parer; Et, si je possédais le bonheur que j'implore, Sur sa beauté détruite il me faudrait pleurer.
Combien de fois j'ai vu partir les hirondelles Vers le ciel d'Orient aux tons nacrés de fleur, Quand mon cœur, déjà prêt à s'enfuir avec elles, Se trouvait pris au piège obscur de la douleur.
Dans l'éblouissement de la jeune lumière,
Je les voyais monter comme un vol de points bruns;
J'aurais voulu les suivre, apaisée et légère,
Sans crainte d'afî'ronter la mer et ses embruns.
J'aurais voulu planer, fîère et silencieuse. Dans le silence immense où rien d'humain ne vit, Où seul le vent du ciel frôle une aile soyeuse, Où le sourire de Téther s'épanouit.
J'aurais voulu briser les barrières du monde Pour m'arrêter au seuil de la blanche cité, De la cité de rêve où le bonheur se fonde Sur l'amour immortel et sur la vérité.
Mais, hélas! ma pauvre àme est languissante et lourde Des bonheurs que jamais je n'ai pu vous donner; Sous le frémissement de cette douleur sourde Je sens les nœuds serrés qui vont m'emprisonner.
Je reste là, meurtrie, enviant l'oiseau frêle Qui part avant l'hiver loin de notre ciel gris, Moi que glace le froid d'une nuit éternelle. Loin du divin bonheur dont je sais tout le prix.
Je Dai pas entendu les chers mots de caresse, Qui jaillissent si frais de la source du cœur; Et j'ai connu Tintime et poignante détresse De passer, les deux bras fernaés, près du bonheur.
Je ne peux effacer de mes yeux votre image, Et votre souvenir ne me rend pas la paix, Car c"est l'effeuillement dans un long vent d'orage De la rose d'amour qu'en mes doigts je portais.
Comme le passereau sous un toit solitaire, Je gémis loin de vous, je vous appelle en vain, Et mon cri désolé, que je ne peux plus taire, Dit que votre présence est ma soif et ma faim.
Mais je ne saurai pas cette joie infinie
De marcher près de vous, seule, dans le soir d'or,
De lire dans vos yeux qui reflètent la vie.
Et de vous posséder comme un vivant trésor.
Et pourtant je n'ai pas maudit ma destinée; Je garde une fierté de mon fragile espoir ; L'ombre de votre amour, sur ma tête inclinée, Posera sa douceur avec l'ombre du soir.
J'avais fait ce beau rêve : Un jour tu reviendrais Dans la chère maison où j'attends en silence ; En te voyant souffrir j'avais cette espérance Que, tourné vers mou cœur, enfin, tu comprendrais.
Hélas ! Il est trop tard... La volupté cruelle A tissé sur les yeux le voile de l'oubli... Je le déchirerais sans effacer le pli Qui t'empêche de voir ma tristesse mortelle.
Toute la terre obscure et le ciel désolé S'emplissent des clameurs de ma peine infinie; Et toi, qui ne sais rien de ma lente agonie, Tu demandes : « Qui meurt sans être consolé ?»
Ah ! je t'avais donné mon doux amour de femme; Mon être tout entier tressaillait près de toi ; Mais je voulais bien plus qu'un périssable émoi: Il me fallait ce don divin : toute ton àme !
Et toi, l'esprit troublé par l'égoïsme humain,
Tu voulais réserver une part de ta vie
Au plaisir égoïste, à la pire folie,
Aux maîtresses d'un jour qui te tendaient la main,
Elles furent à toi ces femmes sans tendresse; Elles brûlent ton sang avec leurs baisers fous... De m'avoir oubliée à leurs pieds, je t'absous : La solitude est lourde et j'en sais la détresse !
Et moi,, moi qui vivrais pourtant si tu m'aimais, Je ne peux t'accuser, m appeler ta victime, Puisque j'ai librement commis un autre crime Pour toi qui, je le sais, ne m'aimeras jamais.
Pour toi j'ai refusé de devenir l'épouse
Que rhomme généreux accueille en sa maison ;
J'ai préféré la mort à cette trahison :
Offrir une âme où règne une idole jalouse.
J'ai refermé sur toi la porte de mon cœur. . .
Je ne saurais chérir les choses éphémères ;
Et, tandis que s'enfuit l'essaim lourd des chimères,
La douleur met sur moi son éperon vainqueur.
Et je pleure sur toi, sur ta force détruite,
Sur ton foyer désert où jamais ne viendront
Les enfants qui, vers nous, lèveraient leur beau front
Si tu m'avais un jour à ta table conduite.
Mais je voudrais au moins que de tant de doule ur Jaillisse pour ton âme une claire espérance ; Puisque la vie a mis dansmes mains la souffrance. Qu'elle donne à tes jours une dernière fleur.
Qu'elle t'apprenne enfin que je n'ai sur ma bouche Que des mots de pardon, de douceur et de paix, Que je suis ton amie, ô toi qui m'oubliais, Et que ton ombre est là, sur mon étroite couche.
J'ai trop pleuré sur toi pour qui je vais mourir, Puisque tu ne sais pas seulement que je t'aime ! Si je te le disais, tu sourirais, et même Tu ne comprendrais pas comment j'ai pu souffrir.
Car ton orgueil t'a fait une âme différente De celle qui brûlait pour toi jalousement; Et tu te satisfais du plaisir d'un moment Quand je veux ton amour, ta tendresse fervente.
j'ai trop pleuré sur toi loi
Pour calmer le souci de ton cœur frémissant, Il suffit d'une femme un peu jeune et jolie ; Une robe, un parfum excitent ta folie, Tu ne vois pas l'abîme oii ton esprit descend .
Et tu te plains pourtant de rester solitaire, De porter seul le poids des rêves incompris ; Tes jours, tristes et courts, ont perdu tout leur prix. Et tu ne connais plus la beauté de la terre.
Mais surtout tu n'as pas su lire dans mes yeux Que je n'aimais que toi dans Tunivers immense, Que mon être vibrant t'adorait en silence, Et que j'étais pour toi le seul bien précieux.
Ensemble nous aurions vécu la belle vie Que pare la douceur des choses d'ici-bas ! Peut-être un tel bonheur est ta secrète envie : Il fleurit dans mes mains, et tu ne le vois pas !