‹ La maison de granitChapitre 49 sur 50 · EN PATURE · texte numérisé non relu

EN PATURE

Ainsi que doit faire un lutteur blessé J'ai très fièrement caché ma blessure; Je disais : Le Temps ^avec sa main sûre, Mettra sa douceur sur mon cœur glacé.

Mais quand f ai tenu Vespérance morte Entre mes deux mains tremblantes de froid, Lorsque fai senti l'indicible effroi De voir un cercueil au seuil de la porte ;

Je nài pas voulu livrer au tombeau^ A la jjourriturey à Vombre, au silence L'être qui vécut d'une vie intense, Et le voir tomber lambeau par lambeau.

Je n'ai pas voulu quen un peu de cendre Ce cœur palpitant se trouvât réduit ; Dans la solitaire Iiurreur de la nuit Je n'ai pas voulu le laisser descendre.

Et j'ai préféré jeter au passant, Qui quête en chemin quelque nourriture, Aux oiseaux du ciel, la rouge pâture Qui sera demain leur chair et leur sang.

Ils déchireront, âpres, fJjre à fibre, Leur proie ; et, fouillant ses replis secrets, Vamour, la douleur, l'espoir, les regrets, Ils sauront comment toute une âme vibre.

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