SCULPTURES AU-DESSUS DE LA PORTE D'ENTPÉE
dans l'intérieur de la maison et dont ) aurai à parler plus longuement.
Quand on pénètre dans cette maison, on entre tout d'abord dans une pièce irrégulière d'environ 5 m. 5o de longueur sur 4 m. 80 de largeur et 2 m. 70 de hauteur. Elle servait tout à la fois de chambre à coucher aux parents de Jeanne et de salle à manger pour toute la famille.
C'est là, dit-on, que naquit la Pucelle : on y retrouve facilement l'emplacement du large lit de cette époque : Une vaste cheminée au manteau élevé, et garnie d'une plaque en fer, aux armes de France et de Lorraine se dresse 'sur l'un des côtés de la chambre. On y remarque l'existence d'une vieille taque ou plaque de. fer destinée à recevoir la lumière.
C'est au coin de cette cheminée que la pauvre Jeanne a dû s'asseoir pendant les longues veillées de l'hiver.
Une grosse poutre transversale et une solive faisant saillie portent encore l'empreinte des taillades nombreuses qu'y pratiquèrent les personnes désireuses d'en emporter quelques fragments en souvenir de leur visite, ainsi quon le verra plus loin.
Au milieu de la pièce a été placée en 1843 une réduction en bronze de la statue en pied de Jeanne d'Arc, due au ciseau de la princesse Marie d'Orléans.
Sur le piédestal en marbre noir de ce chef d'œuvre si plein de sentiment, de grâce et d'inspiration religieuse, on lit Tinscription suivante : « Donné par le Roi son père, au département des Vosges, pour être placé dans la maison où naquit Jeanne d'Arc. »
l8 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY
La pose de cette statue a été l'objet à Domremy d'une cérémonie dont le Journal des Débats a rendu compte le i5 mai 1843, en ces termes :
« On sait que le Roi a donné au département des Vosges la statue de Jeanne d'Arc, ouvrage de la princesse Marie, pour être exposée à Domremy , dans la maison oùnaquit l'héroïne du XVe siècle.
« C'est le 9 de ce mois que l'inauguration a eu lieu. Une foule immense s'était rendue à Domremy de tous les points de l'arrondissement de Neufchâteau, et même de points du département très éloignés.
« En même temps la garde nationale de Neufchâteau, celle du département où le zèle de i83o soit peut être demeuré le plus vif, le plus empressé, se rendait dans la plus brillante tenue en masse à Domremy, avec sa belle musique en tête, précédée de son artillerie et faisant avec une charmante gaîté les trois lieues qui séparent Neufchâteau de Domremy.
« M. le maire de Neufchâteau avec ses adjoints en grande tenue s'étaient rendus d'avance à Domremy pour prendre la tête de la garde nationale lorsqu'elle viendrait au devant du préfet et des autorités qui l'accompagnaient en grand nombre.
«Au heures, M. le préfet des Vosges, M. le général Juncker, commandant le département, M. le sous-préfet de l'arrondissement, MM. les maires et adjoints des communes environnantes, et toutes les personnes attachées au conseil de révision en ce moment en tournées, sont arrivées au pont de Domremy, où la garde nationale de Neufchâteau, aug-
mentée de celles de diverses communes les attendaient.
« Le cortège ayant été formé, il s'est aussitôt mis en marche vers la maison de Jeanne d'Arc.
« Au milieu de la pelouse qui se trouvait entre la maison de 1426 et la grille , on avait placé sur un piédestal provisoire la statue de Jeanne d'Arc, qu'un voile de dentelle recouvrait presqu'entièrement.
« Bientôt le silence se fit : un roulement de tambours annonça que la cérémonie d'inauguration allait commencer.
ce M. le curé de Domremy s'avançait suivi de son clergé des environs et des jeunes filles vêtues de blanc et portant des bannières ; il prit place en face de la statue que quelques instants plus tard il devait consacrer par la bénédiction.
ce A ce moment, M. le Préfet des Vosges vint se placer tout près de la statue et prononça un discours où les souvenirs historiques qu'inspire Jeanne d'Arc, très vivement retracés, se mêlaient avec bonheur à l'admiration pour l'œuvre d'une Princesse dont le cœur et le génie ont su deviner et la grandeur si simple de Jeanne et l'héroïque vouloir de celle qui releva la France de son état d'abaissement en portant des coups décisifs à la fortune des princes de la maison de Lancastre.
« Quelques passages du discours du Préfet ont paru surtout produire une grande sensation sur la population attentive.
« Mais quel génie a donc créé cette œuvre si suave de formes et d'expression ? Quel esprit cultivé ,
quelle imagination tendre et religieuse, quelle main habile ont pu se trouver d'accord pour donner au bronze la vie, la volonté, les intimes croyances de cette bergère de combats ? Cette artiste, Messieurs , ce fut une jeune fille, une princesse, la fille de notre Roi, ce fut Marie d'Orléans ! Elle aussi était belle, elle aussi était jeune, elle aussi était pieuse, elle aussi aimait la France ! Elle est au ciel à côté de Jeanne d'Arc, puisque Jeanne d'Arc est tout auprès de Dieu.
« Presqu'en même temps, le Préfet enlevait le voile qui couvrait la statue et une salve de vingt-et-un coups de canon, répondit aux cris de Vive le Roi ! qui éclataient de toutes parts.
« La foule se pressait autour de la statue de Jeanne d'Arc et l'admiration était grande de la part de ces braves gens des campagnes, quand ils appre. naient que cette œuvre, belle et religieuse, était sortie de la main de la fille de leur Roi. »
Dans l'angle, à gauche de la pièce, une autre statue en pierre représente Jeanne d'Arc avec son armure (i).
Voici la description minutieuse qu'en donna M. Jollois, Ingénieur en chef des Vosges en 1820 (2).
« Les brassards et les cuissards formés de lames flexibles en parties superposées les unes sur les autres sont parfaitement exprimées. Le contour des cuissards et des épaulettes est terminé par des festons. La
(1) Voir la planche représentant cette statue.
(2) Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d'Arc. Paris 1821, page 159.
cuirasse est composée de deux morceaux réunis de chaque côté par une petite courroie à boucles. Les brassards avec les épaulettes qui en font partie sont liés de la même manière que la cuirasse ; seulement on remarque que les courroies sont percées de plusieurs trous pour serrer à volonté. Les cuissards sont maintenus contre les cuisses par des lanières qui enveloppent en même temps une robe de couleur amaranthe dont l'héroïne est vêtue ; ils tiennent à la cuisse par quatre courroies à boucles ; les jambes et les avant-bras étaient recouverts d'un métal très flexible ou peut-être même de cuir d'un seul morceau fendu sur le côté extérieur dans toute sa longueur, et serré par des petites courroies à boucles.
« Au bas de la taille et à la réunion de la cuirasse et des cuissards, est un ceinturon qui est accroché sur le devant du corps et où sont attachés deux anneaux destinés à suspendre l'épée ; l'un de ces anneaux est sur le côté gauche de la figure, l'autre est sur la face et correspond au milieu de la cuisse droite ; le baudrier est suspendu à une agrafe passée dans le premier anneau ; il est, en outre, retenu par une lanière traversant obliquement le haut des cuisses et attachée au second anneau ; six courroies à boucles dont les extrémités sont cousues, forment une espèce de gaine dans laquelle l'épée était passée ; on voit sur la pierre, les traces de la poignée de cette arme qui, étant tout à fait détachée du corps de la statue, a été brisée, mais on peut juger encore de la forme de cette poignée.
« Les jointures des bras et des jambes sont composées de deux lames métalliques qui, se repliant l'une
sur l'autre, facilitaient les mouvements du corps. Ces lames sont terminées par des trèfles sur lesquels on remarque encore de la couleur bleue.
« Les bords de la cuirasse ont été dorés, et tout le corps de cette même cuirasse offre des restes d'une couleur argentine qui imite fort bien le brillant de l'acier.
« La statue a la tête nue ; ses longs cheveux descendent presque jusqu'au bas des cuisses ; une mèche de ces cheveux qui ne tenait à la statue que par un très mince tenon a été brisée ; sur quelques parties de la chevelure on aperçoit encore des vestiges de dorure ; cependant la grande masse de la chevelure est actuellement recouverte d'une couleur noirâtre qui paraît avoir été le mordant dont on a fait usage pour appliquer la dorure. Dans l'hypothèse où les cheveux de la statue avaient été entièrement dorés, en devrait-on conclure que Jeanne d'Arc avait une chevelure blonde ? Cette conséquence serait entièrement contraire aux traditions historiques qui veulent que Jeanne d'Arc ait eu de beaux yeux noirs. Il ne faut donc voir dans cette dorure et dans les couleurs appliquées sur la statue, que le résultat de l'usage où l'on était de revêtir les sculptures de couleurs à Tépoque où cet ouvrage a été fait. Il est essentiel d'ajouter ici qu'une teinte rose, encore bien conservée dans quelques parties, colorait les joues de l'héroïne. En général cette figure est d'un assez beau travail. »
Cette opinion est loin d'être partagée par l'abbé Barthélémy de Beauregard, l'un des historiens de Jeanne d'Arc qui, en parlant de cette statue, s'exprime, au contraire, en ces termes :